Clermont-Nancy (2-0) : La Chardon à Cran Académie touche aux limites.

Tomblaine, an 1 après PC.

Tout semble enfin prêt pour la fête. Les chars pour le défilé ont été décorés par les bénévoles, dont certains ont accepté de les tirer eux-mêmes à bout de bras en l’absence d’une mécanique assez solide pour remédier au problème de la traction. Les costumes sont prêts, chacun ayant ajouté sa touche de fantaisie au bel ensemble blanc que le président Rousselot a exigé pour célébrer la Promotion. D’aucuns sont allés jusqu’à oser passer un peu de graisse de machine dans leurs cheveux pour les faire monter en pic, en hommage à Benoît Pedretti. Les services internes du club ont réussi à déjouer la tentative d’attentat désespérée que fomentait un fanatique contre le staff en le piégeant dans un bar. Après avoir bu toute une bouteille d’amer-bière sans bière, le terroriste a fini par lâcher le détonateur de sa ceinture de dynamite et glisser au sol comme un petit paquet de crottin enveloppé dans un sac. Les deux solides gaillards chargés de le neutraliser, quoique passablement éméchés -il fallait bien donner de sa personne pour prendre le forcené à son propre défaut-, se sont aperçus que le dispositif explosif n’était qu’un faux grossier et que le pauvre type n’avait de pouvoir de nuisance que limité à son haleine et quelque agressivité verbale sans grande inspiration.

Dans son bureau, Vincent en a presque fini avec la colère. Tout cela n’a plus beaucoup d’importance, désormais. Il récite dans sa tête le déroulé prévu des événements et se réjouit à l’idée du fameux coup d’éclat qu’il a prévu d’offrir à tout le monde comme bouquet final. D’une célébration nostalgique, passéiste et pleine de ressentiment, il veut faire un tout autre moment : celui de l’espoir renaissant, de la résurrection, de l’ouverture décomplexée sur un avenir radieux ou en tout cas moins glauque que ce présent terne et blafard. Alors qu’il s’enfonce dans ses agréables pensées comme dans un matelas cotonneux trop confortable, le lieutenant Faisan fait irruption de manière tonitruante dans son bureau avec le courrier du jour sous le bras. Agaçante, cette manie qu’il a d’entrer sans frapper. À croire qu’il s’acharne à vouloir surprendre Vincent en train de faire…quoi ?

« Le courrier, monsieur.
-Quelles nouvelles, Faisan ?
-Presque que des bonnes choses, monsieur. Les préparatifs vont bon train pour la Fête de la Promotion et l’on sent une certaine…ferveur.
-Vous ne voulez pas dire que les Nancéiens sont excités, je ne vous croirais pas.
-Oh je n’irai pas si loin, monsieur »

Vincent Hognon se penche sur la pile -bien volumineuse, aujourd’hui- de lettres, billets et autres cartes postales qui lui sont adressés et commence à en feuilleter le contenu. La plupart des messages lui sont personnellement destinés. Ils demandent presque tous son éviction, voire son éviscération. En termes pauvres, d’une ennuyeuse grossièreté, la majorité des détracteurs de Vincent lui adresse un message universel de haine. Certains le traitent de « chancre syphilitique du ballon rond », d’autres appellent à lui passer les couilles à la « Gégénesio »…mais ce sont là les plus originaux, et Vincent arriverait presque à en oublier les sempiternels « fils de pute on va te soulever », « dégaje de mon club batar », « Tu l’as dans l’oignon Hognon » ou encore « Hognon démission » sur lesquels son attention glisse comme un ballon trop gonflé sur une pelouse gelée.

« Ce qu’il y a de bien, avec le grand bond en arrière technologique, Faisan, c’est ce retour au papier. C’est quand même admirable, le papier. »

Sans se méfier de voir son supérieur s’abandonner à autant de légèreté, Faisan acquiesce et se retire poliment, pressé qu’il est de retourner participer aux préparatifs de cette fête qui lui, le grise dans des proportions tout à fait délirantes. Vincent ne remarque même pas le départ de son lieutenant, car il vient de tomber sur une lettre dans une enveloppe, chose rare, qui tient sur trois feuillets, chose encore plus rare. Sa lecture se révèle quelque peu déconcertante pour Vincent.

« Cher escroc,
si tu lis ça, c’est que tes sbires m’ont eu. Je dois désormais reposer dans une cave putride près des ruines de Picot auprès des nombreux cadavres dans le placard que tu trimballes depuis ton intronisation et de ma ceinture de kamikaze postiche. Peu importe, car je n’ai rien à faire de te savoir entier sur tes jambes ou à l’état de flaque de chair aux pieds de tes lieutenants abrutis. Je ne suis que le messager. Et le message que j’ai à te délivrer, Vincent Hognon, n’est pas de mon fait. Il est l’agrégat nébuleux de toutes les rancœurs unies en une seule voix sourde et vengeresse, que tu entendras carillonner à ton oreille grossière jusqu’à la fin de tes jours. Elle ne scande qu’un mot, un mot terrible qui résonne de toute la haine et de toute la déception que tu as toi-même provoquées. Ce mot, c’est « échec », tu aurais pu le deviner.

Crois-tu sincèrement que cette célébration fantoche d’un événement que chacun ne regarde déjà plus que comme un jalon historique d’un autre monde servira à nourrir les desseins de ce club que toi et ta clique vous acharnez à démantibuler comme nos gouvernements successifs de vulgaires services publics ? Te prends-tu pour l’un de ces vulgaires eunuques du pouvoir bien calés dans leur costume très cher qui s’octroient une légitimité toute imaginaire à détruire consciencieusement les outils que l’on met entre leurs mains ? Crois-tu que c’est en détournant l’imagination du bas peuple vers des statues en plâtre à l’effigie d’Olivier Rouyer que tu obtiendras le soutien populaire que tu réclames à cor et à cri depuis le début ? Nous sommes des milliers, que tu fais taire avec tes manigances mais qui diffusons en souterrain le même message que tu t’acharnes à ignorer. Échec. Échec. Échec. Certains d’entre nous ne sont désormais plus capables de prononcer que ce simple mot.

Du fond de ma prison insalubre, des foyers chiches de la banlieue de Nancy, des hauteurs du plateau pelé de Malzéville, des bas-fonds du Faubourg des Trois Maisons, du cœur-même battant à tout rompre de Tomblaine, la maison du football, ce mot, ce cri primal qui ponctue chacun de tes plus microscopiques faits et gestes retentit au passage de la moindre évocation de ton nom.

Comme je disparais ou m’apprête à le faire sous peu, ton image s’impose sur tous les murs, tous les portraits, dans tous les dictionnaire, toutes les encyclopédies comme le synonyme le plus pur et parfait de ce mot, qui n’en est plus un mais un concept rendu matériel par tes exploits. Ce qui n’était qu’une abstraction est devenu grâce à ton travail une réalité tellurique implantée dans le programme génétique de notre équipe, de notre football-même. Tu es un grand homme, Vincent. Aussi grand que ce qu’un tâcheron n’arrivant pas à la cheville de son prédécesseur peut l’être. »

Sans pouvoir allez au bout de sa lecture, convaincu que le nom maudit va une nouvelle fois être mentionné, Vincent fait des trois feuillets une boule qu’il jette dans un coin de la pièce. Il se lève brusquement de son fauteuil et sort dans une bourrasque de son bureau. Où est Faisan ? Où sont les ânes bâtés des services internes ? Où sont-ils tous, bon sang ? Que se passe-t-il ici qui échappe encore à la compréhension d’habitude si aigue de Vincent ? Enfin il croise quelqu’un, un comptable probablement.

« Où gardons-nous les prisonniers ? demande Vincent sans aucune forme d’entrée en matière.
-Les prisonniers, monsieur ?
-Tu sais très bien de quoi je parle, alors boucle-la et emmène-moi, tête de bite. »

Aussitôt cantonné à une déférence ahurie, le pauvre comptable précède Vincent dans une suite de galeries obscures. Pas certain de se trouver sous Picot, Vincent tourne la tête en tous sens afin de se repérer, mais il lui est impossible de distinguer une coursive de la suivante. Enfin, le binoclard s’arrête devant une porte en fer encadrée par un mur tellement meurtri par les infiltrations et l’absence d’entretien que l’on se demande ce qu’il peut bien enfermer.

« C’est ici.
-Dégage. »

Manipulant d’un geste sec le lourd loquet de fonte barrant la porte, Vincent sent ses muscles se raidir, prêt à une éventuelle agression. Ses yeux n’ont pas besoin de s’habituer à la pénombre du cachot pour le renseigner sur l’absence de quiconque dans la pièce. C’est alors qu’il comprend. Presque trop tard. À peine a-t-il eu le temps de placer son pied en opposition qu’une forte poussée invisible le précipite au fond du cachot. Solide sur ses appuis comme au bon vieux temps, Vincent se précipite vers la porte et heurte le lourd panneau de fer l’épaule en avant. Réussi. Il a mal, mais il est dehors. Le bruit des pas de son agresseur le guide à travers le dédale du sous-sol. Impossible de l’approcher tant il va vite. Son épaule lui donne un mal de chien. À peine revenu au dehors, Vincent abandonne la poursuite.

Un attentat. Ces enragés ont commis un attentat envers sa personne. À travers lui tout le club était visé. En voulait-on à la Fête ? Tout à coup, il y repense : la surprise ! Tant pis pour la douleur et pour le souffle, Vincent se rue à perdre haleine vers son bureau. Lorsqu’il arrive le cœur au bord des lèvres, la porte est ouverte.

« Qui est là ? rugit-il.
-C’est moi, monsieur.
-Faisan ? Que faites-vous ici ?
-Monsieur, je ne comprends pas…
-Sortez immédiatement ! »

La porte claquée et verrouillée à double tour, Vincent prête attention aux bruits de l’extérieur un long moment afin de s’assurer que personne ne traîne dans les parages. Puis à l’aide d’un mécanisme glissé derrière l’armoire de l’entraîneur du mois dont il a pris le soin de faire mettre à son nom tous les anciens trophées, il fait pivoter un mur dérobé qui révèle une large caisse grêlée de petits trous. Prudemment, Vincent s’approche de la caisse sans un bruit et glisse un œil par un des orifices. Puis il ouvre le couvercle après avoir libéré le cadenas qui le maintenait verrouillé  et se retrouve à surplomber une fillette chétive prostrée au fond du volume de bois. En dépit du bâillon qui l’empêche d’articuler un son reconnaissable, la jeune captive parvient à glisser un râle si pitoyable que Vincent manque défaillir.

« Patience, glisse-t-il dans un souffle. Ton tour approche. »


LES COMPTABLES.


Gneugneugneu les blessés…non mais on a vraiment que ça à proposer ?


LE MATCH en différect.

1 Nancy engage, au moins ils arrivent à faire ça, ce qui n’est apparemment pas donné à tout le monde en Lorraine (mais notre niveau nous permet-il cette perfidie ? Oui. Car je le rappelle, nous n’avons pas de race).

2 Et l’on assiste déjà à une première frappe qui est contrée par la grosse tête de Yahia en corner.

5 Nordin est bien servi par Bassi, manque de pot il se transforme en Lucas Moura : dribble quinze adversaire et pousse trop son ballon au moment de faire face au gardien.

13 Dugimont devait nous rejoindre, voulait nous rejoindre, il était trop cher, il ne nous a pas rejoints, il tente des frappes contre nous, pas de raison.

20 Bassi a un espace pour tenter sa chance, il tire de peu à côté. Voilà, c’était notre dernière occasion du match ou presque.

22 Tir bien à côté de Clermont qui n’est pas pour nous faire oublier que l’on souffre grave sa mère en ce début de partie.

28 Faute de Diagne sur le monstre Ajorque (2 mètres 76 au garot). Une tête anonyme passe au-dessus de notre but.

31 Gros tir du même Ajorque, la balle manque nettoyer la lucarne de Jourdren, ce qui est sale, quand on y pense.

33 Nouveau tir, cette fois capté par Jourdren, ce qui est moins sale.

34 Jaune pour un type au patronyme hispanique qui n’est pas Ramos, ce qui n’empêche pas son porteur d’écoper immédiatement du sobriquet de grosse salope de tes morts.

37 Ba prend son jaune aussi, mais il est évident que c’est de la compensation en dépit de la douleur non feinte de sa victime.

38 Gros cafouillage dans et aux abords de notre surface avec ce satané ballon qui n’accepte pas qu’on le dégage loin, loin, (il faut dire, avec nos mollets de coq…). Jonathan Iglesias, l’un des nombreux ratés de nos recrutements passés, n’ayant jamais percé chez nous, bonne tête de benêt, pas né pour le football, mais il passe par là et marque d’une frappe imparable quand même, pour bien nous signifier qu’on est des merdes et que tous nos anciens même les plus foireux peuvent marquer contre nous bordel j’en ai maaaaaaaaarre. 1-0.

Mi-temps.

46 Clermont engage, et même ça il le font mieux que nous. Normal, Bassi est sorti à la mi-temps, remplacé par Abergel.

48 Jaune pour Badila, sanctionné pour l’insulte faite à l’humanité d’exister.

60 On fera l’impasse sur les douze minutes passées à essayer de relancer le streaming en se disant qu’on n’aura rien raté, voire qu’elles étaient les plus chiantes du match.

61 Ba a séché un Clermontois, mais pas de rouge, bizarrement. Se pourrait-il que l’arbitre croie naïvement que cela nous désavantagerait plus qu’en l’état actuel des choses ?

64 Tête à côté d’Ajorque, qui devrait bien finir par marquer.

65 Cuffaut transperce enfin un peu son côté droit, le voilà en bonne position pour adresser un centre en retrait, l’arme absolue, et il trouve Nordin complètement seul aux onze mètres, le bougre ! Et le jeune donne tout dans ce plat du pied-sécurité, tout sauf de la précision car il LE FOUT SUR LE GARDIEN CET ABRUTI VA TE PENDRE AVEC TES PROPRES NERFS OPTIQUE BORDEL DE SOUS-CREME DE FIENTE DE BOUVIER TRÉPANÉ.

69 Clermont continue de soigner ses stats inutiles avec ce nouveau tir hors-cadre.

77 Oh le changement de tous les dangers, c’est Yahia qui sort (soit un défenseur, enfin à ce qu’il paraît mais je ne le blâme pas trop cette fois car il a fait un match correct) pour Yanis Barka, un vrai attaquant même s’il n’est encore que U-13. Et à peine sorti, ni Diagne ni Lang n’ont l’idée de fermer l’axe ce qui laisse toute la place à Ajorque pour aller marquer. C’est ce qu’on appelle un coaching gagnant. 2-0.

81 Clément s’en va, Nguessan arrive.

86 Jaune pour Cuffaut, je ne sais même plus pourquoi, je ne l’ai ni noté ni remarqué.

89 Tir en touche de Dugimont pour nous rappeler ce qui nous attend à l’étage du dessous.

On en reste sur un coup-franc pas mal tiré mais trop mou pour inquiéter le gardien adverse, œuvre de Nguessan.


LES NOTES.

Jourdren 2/5
Pas le pire homme sur le terrain, mais clairement pas un leader de défense non plus.

Diagne 2/5
Je ne lui en veux pas, je crois toujours en lui.

Yahia 2/5
Bien en place, ce qui a probablement précipité sa sortie communsymbole de coach qui fait tout dans le bon sens.

Lang 2/5
À droite, dans l’axe, à gauche, il a fait tous les postes avec des fortunes diverses. Aujourd’hui il a donné dans ce que le jargon qualifie de « non-match ».

Cuffaut 2/5
Courageux par intermittence, bête avec un constance remarquable.

Badila 1/5
Nul tout le temps.

Clément 1/5
Ex-futur grand joueur dont on retiendra un niveau dont son passage à Saint-Étienne ne permettra pas de faire ignorer qu’il provient en ligne directe de la fameuse formation lyonnaise.

Ba 2/5
Un des seuls à avoir essayé mais trop tard, d’autant qu’il n’aurait pas dû finir le match.

Bassi 2/5
Toujours notre meilleur joueur, malgré des efforts assidus à le mettre en mauvaise position, à le sortir à la mi-temps et à lui péter la confiance par tous les moyens.

Dalé 1/5
Le retour le plus pété depuis Indiana Jones.

Nordin 1/5
Petit, il est temps de rentrer se faire prêter à d’autres losers, tu as fait ton temps chez nous.

NOTE ARTISTIQUE DE L’ÉQUIPE : 1/5

On ne va pas tenter d’être surprenant : on a encore été à chier, dans des proportions qui nous paraissent à la limite du supportable. C’est-à-dire que nous atteignons un stade de dépit qui ne nous autorise même plus à nous dire que l’on va créer l’exploit, non. On se demande juste de combien de buts on va perdre, qui sera le plus ridiculement mauvais, quel scénario défavorable va nous être soumis.

Cette équipe ne se raconte plus, elle se subit. Il est donc bien normal d’écrire finalement de moins en moins sur elle et de plus en plus nous adonner à quelques rigolades périphériques, car il vaut mieux après tout s’autoriser ce pas de côté pour conserver une santé mentale, même si c’est un pas qui nous rapproche de la falaise.

On vous en trouvera encore des moments pour vous parler de l’ASaNaL. Du moins tant qu’elle joue pas les jeudi à 18h15. Faut juste continuer à espérer, qu’est-ce que tu veux mon gars, on croirait que t’as le cancer. Mais quand ça suffit même plus de se dire que ce n’est qu’un jeu tellement le malheur est grand fort et costaud, qu’est-ce qui nous reste à part souhaiter que tout ça se termine, peu importe comment ? Achevez-nous mais faites ça vite, tas de sous-hommes.

Marcel Picon.

Marcel Picon

Ras le cul de toutes ces conneries.

5 Comments

  1. un véritable sacerdoce de supporter cette équipe…

    au moins, ce weekend on échappe à la purge hebdomadaire…

  2. Les rigolades périphériques sont toujours nous plongent toujours dans une ambiance que ne renierait pas P. Roth. Mais Le Gégénesio, je dois bien avouer, a déclenché l’envie de commenter cet article (me cher et tendre ajoutant : et de voir un Lyon Namcy …)

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