OM-Dijon (3-0), La Canebière académie trouve son rythme

C’est qu’ils auraient failli nous faire déprimer, dites donc.

Aïoli les sapiens,

Le doute, et ces premières lignes réécrites et effacées, jusqu’à la dernière heure avant le coup d’envoi. Le football agonise de son obésité morbide, et les cuistres s’affairent autour de son corps boursouflé ; certains dansent de joie, d’autres s’en lamentent, tous partagent la vacuité de discussions inaudibles à force de saturer l’espace. Aucun espoir n’est à trouver du côté de ceux qui se désintéressent du football : l’occasion est trop belle pour eux de clamer haut et fort qu’ils s’en foutent.

Non que le constat soit nouveau, me direz-vous. Nous tous, qui écrivons ici, aurions beau jeu de critiquer l’argent-roi, au seul motif que nous sommes trop manches pour réussir à gratter du proxénétisme généralisé ne serait-ce qu’un sachet de tisane. Nous aurions beau jeu de critiquer la dénaturation du jeu par la venue implacable de la vidéo, nous qui attentâmes à plusieurs reprises à l’honneur de mères respectables dès lors que leur rejeton se montrait trop dépassé pour nous accorder la juste sanction de quelque faute adverse.

Alors quoi ? Tout concourt, objectivement, à ce que fermer sa gueule représente la seule façon de ne pas ajouter des décibels au vacarme ambiant, fût-ce par cet assemblage de calembours à deux balles et d’enculeries de bon aloi qui vous est livré à dos de dromadaire depuis maintenant trois ans et demi.

Mais le pire, la nouveauté fatale, c’est la fin de ce statut d’orphelin qui nous convenait si bien depuis deux ans. Il nous avait abandonnés et, pour salaud qu’il fût, son absence ne le rendait pas moins héros. Un repère en tout cas. Ses successeurs n’avaient rien fait pour atténuer le souvenir, et nous pouvions nous autoriser à condescendre : naïfs autres clubs, vous n’avez pas connu.

Et il est revenu, et surtout il a parlé. Nous n’étions plus orphelins, et c’était pire : il était encore celui que nous vénérions. Il était lui-même, chez d’autres. Et ses mots que l’on jurait faits pour Marseille, nous les avons entendus. Ils gardaient leur faculté unique de dissoudre le néant qui nous asphyxiait, et à les entendre nous nous rappelions soudain ce qui nous faisait aimer le football. A la Commanderie, les paroles anémiées de l’entraîneur s’élevaient juste assez pour ne pas mourir pendant les vingt centimètres qui les séparaient des micros. Au même moment, les siennes franchissaient parallèles et méridiens sans effort jusqu’à nous faire encore mal au cœur deux jours plus tard.

Je ne veux pas songer à son retour en nos terres – son retour chez lui, ai-je failli écrire. L’émotion exigera le silence, le football exigera la passion ; nous n’aurons ni l’un ni l’autre, puisque les payeurs exigeront de la guimauve, de la bien lourde, de la bien indigeste, de celle qui s’éructe le plus bruyamment possible. J’en ai déjà la nausée.

Et puis l’heure du coup d’envoi approche. Et tout cela, le mercato omniprésent, Neymar, la marchandisation à outrance, les réseaux sociaux témoins des concours de quéquettes des médiocres, la pub, Bielsa, tout cela s’effacera, dans l’espoir, dans l’unique espoir de ce qui nous fait vibrer chaque année : qu’on les défonce. Qu’on défonce la Ligue 1, qu’on défonce Lille, qu’on défonce les gros, qu’on défonce les petits, tout se pardonnera, tout s’oubliera, et nous nous aveuglerons de bonne grâce pour peu que notre OM nous rende fiers. En commençant par défoncer Dijon, donc.

 

L’équipe

Ceci est notre équipe-type, ce qui explique par ailleurs l’impatience de certains quant à notre recrutement.

 

Le match

L’OM n’a pas changé. Possession stérile, écart entre défense en milieu qui se transforme en gouffre lors des contre-attaques, absence de réponse au pressing adverse, manque d’autorité, manque de cohérence défensive : cette première-mi-temps est proche du ratage le plus complet, que les simples manques d’automatisme ou de forme physique ne suffit pas à pardonner.

L’incapacité des Bourguignons à trouver le but malgré leurs actions tranchantes nous sauve, tandis qu’une poignée de passes entre les lignes nous laisse entrevoir ce que nous pourrions espérer, pour peu qu’on se réveille. A la mi-temps, même s’il n’atteint pas les sommets d’un Echouafni se plaignant du faible niveau des adversaires de l’équipe de France féminine, notre stratège lâche néanmoins « les autres ne font que du jeu direct, et ça marche. » Il faut attendre le retour des vestiaires pour constater tout ce que cette sentence sous-entendait en réalité : « Ah vous aimez le jeu direct, mes sagouins ? Je vais vous coller dans les pattes Njie à la place de Payet, vous allez voir ce que c’est que du jeu direct, nom de Dieu. »

Le bloc olympien se place bien plus haut en seconde période, et les occasions s’ensuivent. C’est alors que Luiz Gustavo – coïncidence ? – se met pour une fois à jouer vers l’avant, avec un dribble qui élimine deux joueurs pour envoyer Germain sur l’aile. Heureux d’avoir enfin un ami à qui passer la balle dans la surface, Valère soigne son centre pour Njie, qui en profite pour inventer le geste technique dit « de l’épaule plongeante » (1-0, 51e). C’est maintenant Dijon qui voit ses lignes disloquées, ce qui autorise Germain à contrôler sereinement après une intervention défensive de Sanson (information à valider eu égard à mon lien tout pourri ; merci de corriger le cas échéant : c’est le concept d’académie participative). Valère attend la cavalerie, en l’occurrence Thauvin qui accourt et, une fois la balle reçue, continue de galoper jusqu’à la surface où Yambéré évite de le stopper grâce à un admirable recul-frein jusque dans ses six-mètres. Un bête plat du pied suffit ensuite à prendre Reynet à contre-pied (2-0, 54e).

Après quelques escarmouches, l’OM baisse nettement de pied, d’autant que le remplacement de Sanson par Zambo Anguissa annonce clairement les intentions de l’entraîneur. Dijon reprend le contrôle du ballon, mais cette fois-ci sans trop nous poser de problème.

Sereine, la fin de rencontre est égayée par un coup de surchauffe de Njie, qui se met en tête de dribbler trois défenseurs successivement. Entre petit-pont et contres favorables, l’affaire aboutit à l’entrée de la surface, d’où le tir dévié par un défenseur décrit une gracieuse courbe au-dessus de Benjamin Reynet, pour un but que l’on pourrait qualifier de « chef d’œuvre le plus dégueulasse de l’histoire » (3-0, 72e).

La suite, machiavélique, consiste simplement à éviter de marquer d’autres buts, ce qui permet à Lyon de conserver leur première place et de les conforter dans l’idée selon laquelle Bruno Genesio est l’homme de la situation.

Les joueurs

Mandanda (3/5) : Privé de tirs cadrés comme un alcoolique de boisson, avec pour même résultat une sobriété forcée.

Rami (2+/5) : L’impression nuancée d’un homme situé une classe au-dessus de nos brêles ordinaires, mais dont l’on attendra encore de vérifier quelques performances avant de le ranger dans la catégorie « slipo-safe ».

Rolando (2/5) : Clarifions l’appréciation ci-dessus en nous avançant : cette défense sans recrutement, c’est la centrale de Fessenheim sans chewing-gum pour boucher les fuites. Pour l’instant ça tient, mais le jour où ça craquera j’espère que je me trouverai à des kilomètres.

Sakai (4/5) : Peu voire pas surpris en défense, attentif à chercher des solutions en première mi-temps, franchement enthousiasmant dans nos temps forts. Du coup, j’ai beau chercher, je ne vois pas de raison de ne pas lui mettre quatre. A part le racisme, bien entendu.

Evra (3-/5) : Quand il se dispense de fioritures dans son placement, il fait le travail. Dans le cas inverse, il vérifie l’adage selon lequel il ne faut pas confondre la moutarde de Dijon, qui monte au nez, et Patrice Evra, qui monte au pif.

Luiz Gustavo (3+/5) : Distille son jeu vers l’avant comme un dealer son héroïne : avec parcimonie. Le produit promet d’être addictif en tout cas.

Sertic (87e) : Doria n’aurait pas fait mieux.

Lopez (2/5) : Des difficultés à se situer qui n’ont pas empêché quelques bonnes choses. Question de réglage, sans doute.

Sanson (3/5) : L’un des rares à tenter de jouer vers l’avant en première période, avec un succès mitigé. De plus en plus à l’aise au fil de la partie, ce qui a sans doute incité Rudi Garcia à le sortir prématurément, des fois qu’il prenne des risques.

Zambo Anguissa (59e, 3-/5) : Après deux absences coupables voire blasphématoires de l’effectif contre Ostende, André-Frank retrouve sa place en même temps que l’ordre cosmique sa sérénité. Les vacances n’ont pas altéré son allure de bourrin sympathique, en tout cas.

Thauvin (4-/5) : Responsable comme les autres de ces regrettables 45 premières minutes. Les 45 suivantes, la Bourgogne s’est davantage fait rouler dessus par lui que par les millions de parisiens qui empruntaient l’A6 ce week-end.

Payet (2-/5) : Cette révélation pourra nous être utile cette saison : les soirs où il n’est pas bon, somme toute, on n’est pas obligés de le laisser sur le terrain.

Njie (46e, 4+/5) : André-Frank s’est enfin décidé à affranchir son compatriote camerounais pour ce qui est des rituels vaudous. Et c’est peu dire que Clinton a fait grimper Erzulie aux rideaux, avec ces deux buts aussi somptueux que marqués par une chatte surnaturelle.

Germain (4/5) : Isolé tout au long de la première mi-temps, il s’est montré ensuite aussi démonstratif que des académiciens d’Horsjeu pour leurs retrouvailles annuelles : disponibilité, sourires, passes décisives, tir sur la barre, sodomies animales, bref toute la panoplie du compagnon idéal.

 

L’invité zoologique : Ko-Chon-Hoo.

D’abord on l’élève, on le met en confiance, on l’engraisse, on lui fait des câlins. Ensuite on l’étripe et on le bouffe. Le cochon était bien l’invité approprié pour raconter avec moi ce match contre les dijonnais.

– Les autres : Ce manque d’efficacité dans les temps forts qui ne pardonne pas lorsque l’on est en peine de tenir le rythme d’une partie complète. Une pensée à leur défenseur Wesley Lautoa, qui inaugure sa saison avec une blessure assez sale à la cheville au bout de 6 minutes.

– Le classement : Nous voici deuxièmes à l’entame de ce championnat. Que voulez-vous que je vous dise ? C’est bien.

– Point mercatal : Transmis par Sisko, alias notre gorge profonde pour tout ce qui a trait aux cœlacanthes, ce transfert majuscule d’un homme bien connu de cette académie.

– La page abonnement : Pour que vive l’Alterfoot cananal historique.

– Les réseaux : ton dromadaire préféré blatère sur Facebook et sur Twitter. Didier A. remporte le concours zoologique.

 

Moi devant une conférence de presse de Marcelo Bielsa.

Bises massilianales,

Blaah.

Blaah

Dromadaire zoophilologue et pertuisien. Idéal féminin : à mi-chemin entre Scarlett Johansson et Maryse Joissains.

6 Comments

  1. Ah bielsa. . .
    Je partage ton opinion et ton introduction résume bien ma pense. Et sans fautes d’orthographes, lisible et compréhensible.
    Bielsa et partie.
    Heureusement il y a @blaah .
    Nôtres Marcelo à nous. Celui qui ne partira pas. Merci à toi.
    Une bien belle académie de reprise de conforama. Émotions, rire et réflexions. Au taupe.
    Merci.

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