OM-Ostende (4-2) : La Canebière académie se place en risque sévère d’enflammade

C’est avec une originalité incroyable que nous débutons cette saison par une Ostende-up ovation pour Valère Germain.

Aïoli les sapiens,

[Résumé de la saison précédente : l’intercession de la déesse Erzulie auprès des forces surnaturelles a permis à André-Frank Zambo Anguissa de bénéficier du sort de titularisation éternelle. Mais les renforts reçus lors de ce mercato placent le joueur et les dieux vaudous face à un défi d’une ampleur inégalée.]

Quand André-Frank retrouva le réduit de la Commanderie et y dispersa ses bougies, il ne put s’empêcher de penser aux cieux de Provence qui s’embrasaient au même moment sous le regard des journaux télévisés. Toute la fougue de sa déesse bien-aimée, Erzulie, semblait avoir échappé au contrôle de quelque apprenti sorcier inconscient. Elle se mettait à dévorer, dévorer encore et toujours, consumer la vie. Le ciel marseillais lui-même rougeoyait ce soir-là. Il ne s’agissait pourtant que du coucher de soleil rendu incandescent par le mistral, mais avant de pénétrer son antre, André-Frank y vit comme un avertissement. Un avertissement de quoi, il n’en savait rien, mais une chose était certaine, sa visite à Erzulie ne devait pas se dérouler comme d’habitude.

Les murs du réduit s’écartèrent à mesure qu’André-Frank mâchait les plantes de pouvoir. Nulle musique pourtant, nulle fumée n’accompagnèrent cette fois-ci l’apparition de la déesse. D’apparition il n’y eut point, d’ailleurs : seule une lumière rougeâtre vacillait au loin. Ne sachant quoi faire, il se leva et marcha jusqu’à la lueur. Cela lui parut prendre de longues minutes ; au fil de son avancée, la silhouette d’Erzulie se précisait. Nue, alanguie sur sa couche, elle l’attendait. La toison blonde qui émergeait des jambes de la divinité intrigua André-Frank ; Erzulie ne savait plus quelle fantaisie inventer pour me séduire, pensa-t-il, amusé.

Egrillard, il pressa le pas, mais ce qu’il vit se préciser alors lui porta au cœur le coup bien connu des amoureux inquiets. Ce n’était pas une toison blonde qu’Erzulie tenait entre ses jambes croisées, c’était une tête d’homme. Le corps parcouru de soubresauts qu’il lui croyait réservés, la déesse, sa déesse, jouissait de la langue d’un autre. Tout à leur passion, les amants ne s’aperçurent pas de l’irruption d’André-Frank. Ce n’est qu’une fois comblée qu’Erzulie leva un œil distrait vers lui. Alerté, l’Autre tourna la tête vers l’intrus, se révélant ainsi à son coéquipier.
– Valère !? Mais… mais qu’est-ce que tu fous ici putain ? Depuis quand les blancs font du vaudou ?
– Du calme, André-Frank, l’apaisa Erzulie. Ce n’est pas ton ami qui est venu me chercher. Il s’est simplement égaré, je te rappelle qu’il est nouveau venu dans tes locaux. C’est ta faute aussi, tu n’avais pas bien refermé ton portail vers l’inframonde, après ta dernière visite. Bref, il m’a trouvée, nous avons fait connaissance, et puis de fil en aiguille, tu sais ce que c’est.
– Mais… mais… et moi dans tout ça ? Et mon sort de titularisation éternelle ?
– Oh, il faudra que tu attendes le prochain tour, mon petit André-Frank, je crois que j’ai tout donné, lâcha-t-elle dans un soupir.
– Et les malheurs éternels du club, quand je ne suis pas sur la feuille de match ? L’offense aux dieux, tout ça, ça ne fonctionne plus ?
– Mmmmh, je crois que ton club a mérité un peu de protection divine malgré tout… A ces mots, elle se tourna vers Valère Germain et lui caressa les lèvres.
– Ze ne comprends pas tout à ze qui ze passe, André-Frank mais ze t’assure que ze ferai de mon mieux pour que l’OM aille le plus haut possible.
– Essuie-toi la bouche, toi, il te reste encore un poil. Vous me dégoûtez.

André-Frank disparut dans un nuage de cendres. Aspiré, Valère Germain allait le rejoindre quand Erzulie l’agrippa et lui chuchota : « Ne l’écoute pas. A ta place, je garderais mon poil de déesse. Essaie, tu verras. Bonne chance, mon tendre nouvel amant ».

 

L’équipe

Pas de Zambo Anguissa, donc ; en revanche, les recrues sont bel et bien là. Puisque tout va très vite dans le football, nous récapitulerons le mercato olympien à l’issue d’icelui ; dans l’immédiat, concentrons-nous sur le match.

Le match

Le poil de déesse magique fait son office dès l’entame : un second ballon gagné par Payet est transmis à Thauvin, qui adresse un petit centre à Germain dont la reprise fait enfin entrer le mot « subtilité » dans le vocabulaire de notre cité phocéenne (1-0, 2e).

Face à un adversaire réputé beaucoup plus faible, l’entame est idéale pour l’OM réduise ce tour préliminaire d’Europa Ligue au rang de formalité. C’était oublier que l’abaissement définitif du slipomètre ne figure pas dans nos objectifs à court terme. Une première alerte survient quand Evra passe près de l’expulsion après avoir été surpris dans la profondeur. Plus tard, un coup-franc bêtement concédé par Sakai se convertit en pénalty après une poussée aussi voyante qu’inutile de Thauvin. Ce but particulièrement idiot permet à tout le moins de montrer à Mandanda que peu de choses ont changé durant son absence (1-1, 26e).

Laborieux, l’OM s’en remet à des coups d’éclat, tel ce centre de Payet pour un Germain largement couvert par un Belge distrait. Sa frappe en pivot est repoussée par le gardien sur Sanson, qui finit adroitement le travail (2-1, 32e). La fin de mi-temps est du même calibre, avec un OM peu souverain au milieu mais qui se montre très dangereux par à-coups.

Au retour des vestiaires en revanche, le slipomètre passe en risque « très sévère », quand les Belges font par deux fois du tourisme dans notre surface – avec Patrice Evra en guise de guide à ombrelle. La menace se précise, quand Mandanda doit se fendre d’un beau jaillissement dans les pieds pour empêcher l’égalisation. C’est le moment que choisit Germain, en tueur distingué, pour assassiner nos adversaires d’un maître tir sans contrôle depuis l’entrée de la surface (3-1, 57e).

Le plus dur est fait ? C’est sans doute ce que se disent les Olympiens, d’autant  que les joueurs d’Ostende semblent assommés par ce but inscrit contre le cours du jeu. Cela ne rate pas : notre confiance se mue en relâchement coupable, d’où résulte une nouvelle analité défensive. Sur une contre-attaque d’où notre milieu est une fois de trop absent,  Rolando et Rami sont surpris, Sakai est devancé et Mandanda, qui s’est avancé aussi imprudemment qu’un journaliste mercato recevant les confidences exclusives du beau-frère d’un agent de joueur, se laisse lober par Musona (3-2, 69e).

Bien qu’étant un garçon discret, Germain sent bien que le moment est choisi pour en mettre plein la vue aux spectateurs. Un tir sur la barre pour s’échauffer puis, idéalement servi par Payet, le voici qui trompe Proto tout en finesse pour obtenir simultanément le coup du chapeau, l’orgasme généralisé du stade et une sécurité supplémentaire en vue du retour (4-2, 82e).

Les notes

Mandanda (3/5) : Un arrêt héroïque gâché par une sortie hasardeuse quelques minutes plus tard.  Les nerfs qui ont lâché, sans doute, il faut qu’il se réhabitue à ce qu’est une défense de l’OM.

Rami (3-/5) : Mettons sur un plateau de la balance son bon match global et sa présence sur coup de pied arrêté, et sur l’autre quelques insuffisances dont l’une en partie responsable du second but. D’un avis personnel, tout ceci s’équilibre, d’autant qu’un homme qui a une tête de dromadaire ne peut pas être foncièrement mauvais.

Rolando (2+/5) : Parmi les animations événementielles prévues dans le nouveau contrat avec la ville, l’OM prévoit de s’inspirer de la récente course de Michael Phelps contre un requin blanc : le duel qui mettrait aux prises Rolando et une holothurie  s’annoncerait aussi spectaculaire qu’indécis.

Sakai (2/5) : Valeureux comme à l’accoutumée, mais aussi en cause sur les deux buts encaissés. Rappelons que son remplaçant se nomme à l’heure actuelle Bouna Sarr, ce qui m’amène à aborder ce mois d’août avec la sérénité d’un pin d’Alep en bord de départementale.

Evra (1/5) : Principal acteur de la comédie de l’été, dont le « gimmick » consiste à se promener n’importe où en slip, puis d’aller trouver les attaquants partis dans son dos en leur disant : « Ben alors, on n’attend pas Patrice ? » Comme on peut s’y attendre, ce genre de film est souvent un navet.

Hubocan (74e) : La manière pataude avec laquelle il occuper son corps ferait passer Rolando pour George Balanchine. Ceci dit, sa sobriété bourrin nous a reposés des fantaisies de son prédécesseur.

Luiz Gustavo (3+/5) : Une intelligence de jeu réelle, avec cependant quelques petites adaptations à trouver pour mieux correspondre au concept olympien (c’est-à-dire trouver le moyen d’occuper son poste tout en compensant les failles des autres milieux, sans oublier d’aller couvrir les âneries de Patrice Evra).

Lopez (2+/5) : Une note plombée par l’ulcère qu’a provoqué sa perte de balle suicidaire dans le temps additionnel. Au-delà de cela, beaucoup d’irrégularité dans son rendement au milieu de terrain, avec des bons moments concrétisés par sa passe décisive.

Sanson (3/5) : Un peu trop discret à mon goût dans le jeu, si l’on considère les moments difficiles qu’a pu nous faire éprouver le 4e du dernier championnat belge. Avec un fort joli but et une vision du jeu qui ne se dément pas, gageons cependant qu’il aura de quoi faire frétiller des bas-ventres sous peu.

Thauvin (2+/5) : Un match idéalement lancé par une passe décisive pleine d’adresse. Sa faute grossière et sa difficulté à produire du jeu rappellent cependant sa reprise tardive. Que la victime le salarié qui ne s’est jamais attelé à son Powerpoint de rentrée sans encore avoir la tête à Palavas-les-Flots lui jette le premier pâté de sable.

Ocampos (58e) : Sa façon de défendre en sautant comme un lièvre sous ecstasy, ses raids dévastateurs, ses choix parfois désastreux… il ne lui manque plus qu’à tenter des Madjer et nous l’aurons pleinement retrouvé.

Payet (4-/5) : Lui aussi encore en phase de reprise, il débute la saison dans son registre exaspérant : souvent inefficace dans le jeu, mais finalement décisif à plusieurs reprises. Promet de former avec Germain un couple aussi soudé sur le terrain que les époux Balkany devant un juge d’instruction.

Germain (5/5) : Malgré son nom à faire du théâtre, Valère Germain a choisi de se vouer à l’élégance balle au pied plutôt que de se compromettre dans quelque spectacle lourdingue joué au Palais des Papes. Seuls les cuistres s’en plaindront. Et s’il nous arrive plus tard d’être déçu, nous nous dirons que ce n’était que la sègue d’une nuit d’été (William Shakespeare – je cite de mémoire).

Sertic (85e) : Si vous voulez.

 

L’invité zoologique : Silvio Protozoaire.

Discret et insignifiant, le protozoaire n’en peut pas moins faire de votre vie un enfer diarrhéique si vous ne vous montrez pas assez prudent. Il s’agissait donc bien de l’invité approprié pour commenter avec moi ce match contre des adversaires que l’on aurait tort de traiter à la légère (selon les dires de notre consultant Amibe Beye). Voici ses observations.
– Les autres : Plus faibles, mais néanmoins prompts à trouver des espaces entre nos lignes et à bien s’en servir.
– Les images : le premier match officiel de Valère Germain, à archiver soigneusement.
– La page abonnement : Pour que vive l’Alterfoot cananal historique.
– Les réseaux : ton dromadaire préféré blatère sur Facebook et sur Twitter. Kast&Deutsch remporte le premier concours zoologique de la saison.

Bises massilianales,

Blaah.

 

Blaah

Dromadaire zoophilologue et pertuisien. Idéal féminin : à mi-chemin entre Scarlett Johansson et Maryse Joissains.

8 Comments

  1. Contestation sur le concours zoologique. Sinon, tout le monde sait que les Noirs préfèrent les blondes (comme Mary J Blige) d’où la déception de voir que ce ne fut que Valère la toison blonde

  2. T’ain ça attaque fort!
    « homme qui a une tête de dromadaire ne peut pas être foncièrement mauvais. »
    Je me disais « obligé que seigneur @blaah le remarque.
    Bref un match plein d’espoir concernant l’animation offensive.
    Mais flippant niveau défensif.

  3. Et Valerium, benedictum fructum ventris tui, nobis post hoc exsilium Ostende.
    O clemens, O pia, O dulcis Massilia.

  4. La note d’Ocampos a même fait rire Madame, élevée au Bresil et qui se fout éperdument de notre Ligue 1 (alors les tours préliminaires de ligue Europa…). Merci!!

  5. Ah quel bonheur de retrouver cette prose. Je ne vous souhaite pas pour autant une belle saison, j’aime trop monsieur lapin pour ça.

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