I Sanguinari à Nantes : Récit d’un déplacement historique

L’histoire commence en début de saison. Au détour d’un déplacement, l’idée est lancée « Et si on faisait le déplacement à Nantes cette année? ». Chiche ?

La saison passe, les mauvaises performances aussi. Du coup, au moment d’organiser le déplacement, les volontaires ne sont plus si nombreux que cela. L’un travaille, l’autre également, un troisième ne peut pas, le quatrième préfère venir à Nantes sans aller au match. Bref, au final, un seul Sanguinari répond présent, le Perfettu, rendu célèbre par le match ultra-médiatisé à Lyon.

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Pas de cortège sanguinariesque au départ de Paris donc mais un covoiturage miteux au départ d’Issy les Moulineaux à 8h30 du matin en compagnie d’un couple parti en week-end et d’une femme qui a fait croire à son mari qu’elle allait retrouver ses meilleures copines pour une soirée alors qu’elle allait sans doute se faire troncher par son amant.

L’arrivée dans la ville natale de Jules Verne se fait à 12h30. Le match se déroule 7h30 plus tard. Du temps à tuer, il y en a. Du coup, on fait le tour de la ville et on va rendre visite aux joueurs à leur hôtel du centre-ville. Entre-temps, Cyril et sa femme, supporteurs de l’AC Ajaccio venus de Vannes, ont rejoint le Perfettu. Par cet après-midi ensoleillé, l’intendant Dédé Paccioni en profite pour aller acheter des cadeaux à Jouéclub pendant que les joueurs sont à la sieste. Le second à sortir du hall n’est autre que Cyril Vannucci, de la sécurité de l’ACA. La discussion est entamée et il nous apprend que le président Orsoni est encore à l’étranger pour des problèmes personnels. Mais il nous apprend également que l’arbitre d’Ajaccio-Lille, conscient de son mauvais match, a demandé à être escorté immédiatement jusqu’à l’aéroport.

C’est alors au tour des joueurs de sortir pour rejoindre le bus. Alors que Memo Ochoa se prête au jeu des photos, Ricardo Faty et Claude Goncalves s’arrêtent pour saluer le Perfettu. Ça y est, l’excitation monte. Il est l’heure de se rendre à la Beaujoire.

18h. La voiture se gare sur le parking visiteur, placé à côté d’une église. Comme un symbole de brûlage de cierge. On s’approche alors du premier stadier. Extraits.

« Pour acheter les places, c’est pas ici. Il faut longer le grillage, aller à droite, puis à gauche. Il faut prendre vos billets à la billetterie centrale.

Vous êtes sûrs ? C’est bizarre d’aller chercher ses billets du côté des Nantais.

Oui, oui, je vous dit que c’est là-bas, il n’y a pas de guichet visiteur ici. »

Nous voilà donc partis à la recherche des billets. Arrivés à la billetterie, on demande à une guichetière, à une autre, puis à une autre. C’est seulement la dernière qui nous indique que pour acheter des billets, il faut se rendre … dans le parcage visiteur. Visiblement, les employés de la Beaujoire ne sont pas les plus au courant de ce qu’ils se passent dans leur enceinte. Retour à la case départ. La stadier initial s’excuse et nous voici dans l’antre. Non sans avoir passé, avec succès, la fouille.

Le parcage vu des tribunes nantaises

Le parcage vu des tribunes nantaises

On se pose, on achète un sandwich et une bière pour 150 euros et on bâche. C’est à ce moment-là qu’arrive un autre stadier. Et il aura une requête pour le moins inattendue. Avec tout le sérieux du monde, il demande « Comment on dit Monsieur Patate en corse ? ». Soit disant parce que l’un de ses collègues est surnommé de la sorte et qu’il aimerait connaître ce sobriquet dans le plus de langues possibles. On lui donne la réponse, il est content. Comme quoi, les Corses n’ont pas besoin de menacer pour mettre les ennemis dans leur poche.

On est beau non?

On est beau non?

19h. C’est l’heure choisie par les renforts pour arriver. Ou plutôt par le renfort. Armé de son ensemble de bandera, le prof de Bretagne, habitué des déplacements avec I Sanguinari dans le nord-ouest de la France, fait son apparition, tel le messie. Nous ne serons donc pas 3 mais 4. Celui que nous surnommeront Prof fait une entrée remarquée. En serrant la main du Perfettu, il dira « Je présume que tu es le Perfettu ? Tu es une star un peu depuis le match de Lyon ». L’euphorie va continuer lorsqu’un nouveau supporteur pointera le bout de son nez, suivi de trois autres, inconnus au bataillon. Le parcage visiteur sera donc composé de 8 fans. Après une autre discussion avec les membres de la sécurité acéiste et quelques minutes interminables à attendre, le match pouvait débuter. En l’absence de Manufrankin et de 8Clem, pas énormément de macagnas à se mettre sous la dent. Il faudra attendre le but de Mostefa et les erreurs d’arbitrages pour entendre les premières. Les classiques « Oh arbitre, oh PD, siffle, c’est fini » dès la 5ème minute et les honteuses « Oh Lannoy, t’es un arbitre à la noix ! » Au bout de dix minutes, I Sanguinari avait déjà vécu toutes les émotions, l’exultation sur le but et la déception immense sur l’égalisation nantaise. Les 35 minutes suivantes ? Pas grand chose à se mettre sous la dent. On pouvait seulement s’ébahir devant le beau stade et la belle ambiance mise par la tribune Loire et s’en donner à cœur joie contre l’arbitre. Les testa mora et le blason de l’ACA flottait dans le ciel nantais mais cela n’aidait en rien les joueurs à reprendre l’avantage. Pareil pour les chants, pourtant entonnés avec toute la foi possible et imaginable par Cyril, Prof et le Perfettu. La mi-temps arrive rapidement.

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I Sanguinari dans ta télé au CFC sur le but de Gakpé

Et c’est toujours en tee-shirt que le Perfettu affrontera la seconde période. Un peu moins de chants, un peu plus de peur. Beaucoup plus de sueurs. Froides, bien sûr. Surtout quand Djordjevic touche le poteau. Surtout quand Djordjevic double la mise. La résignation prend alors le dessus. Les encouragements y sont encore mais leur force diminue au fur et à mesure que les minutes passent. Puis vient le temps additionnel. Junior Tallo, sur qui on n’avait pas finit de divaguer, critiquant ses choix – et celui de ses coéquipiers -, dribble, dribble, frappe. On retient notre souffle. On lève les bras. Mais on s’affaisse aussitôt en voyant la balle frôler le poteau. Ce n’est que partie remise. A ce moment-là, on ne le sait pas encore. Une légende dit même que le Perfettu et Prof aurait eu une discussion de ce genre :

« Bon bah voilà, c’est fini, c’était la dernière action. Tu n’as pas du voir l’ACA ramener beaucoup de points depuis le début de saison.

Si à Quimperlé, mais ça compte pas. Ah oui et au Parc aussi, magique.

C’est pas aujourd’hui qu’on va les voir gagner, ni faire match nul ».

Luc NostradaLeca, le président d’I Sanguinari, n’était pas là et même lui n’aurait pas osé un tel pronostic. A la dernière seconde, Sigamary Diarra, hors-jeu, bat Riou d’un pointu de derrière les fagots. C’EST LA FOLIE DANS LE PARCAGE VISITEUR ! On saute plus haut que les débris des villas plastiqués ! On se tape dans les mains, on se serre dans les bras, on court au plus près de la pelouse. I Sanguinari est alors en train de vivre un moment fort de son histoire. On exagère à peine.

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Explosion de joie dans J + 1 sur le but de Diarra

Un but dans les dernières minutes qui permet de ne pas repartir bredouille, c’est tellement rare qu’on le savoure. Surtout que l’arbitre siffle immédiatement la fin du match. I Sanguinari peut enfin souffler et stopper l’infarctus qui montait petit à petit depuis cinq minutes.

Avec ce match nul, les joueurs vont pouvoir venir nous saluer, nous serrer la main et pourquoi pas nous donner leur maillot. D’autant plus que le très sympathique Mr Vannucci nous avait dit qu’il passerait le mot aux joueurs de nous garder une ou deux tuniques victorieuses. Mais la réalité a vite rattrapé la fiction. Si la plupart des joueurs, dont Faty, Hengbart ou André ont salué le parcage visiteur, ceux-ci ne s’y sont pas approché à moins de 30 mètres. Des supporteurs nantais, rencontrés après la rencontre, diront même que des joueurs qui ne vont pas au plus près de leurs supporteurs au coup de sifflet final était « très bizarre », « irrespectueux » ou encore « pas normal ». Tant pis. On ramène un point dans l’escarcelle. Et c’est bien cela le plus important.

I Sanguinari Nantes Portrait

On débâche, on se rhabille. On attend que le stade soit vide pour pouvoir sortir. Le chef des stadiers – ou un mec de chez les flics – intervient alors et nous prévient « Faîtes gaffe en sortant, cachez bien votre bâche, ce serait con de vous la faire voler. Dans les embouteillages, si on frappe à votre porte, ne faites pas attention et tracez ». Les supporteurs nantais ont beau être déçus du match nul, jamais ils ne feraient de mal à quatre pauvres supporteurs acéistes. Ils sont tellement sympas que le Perfettu décide même d’aller fêter le partage des points alors que les autres rentraient dans leurs quartiers généraux. Un petit tour dans le tramway où l’on croise un nain saoul, un pansement sur le front, une chaussure plus grande que l’autre et en pantacourt. Le charme de Nantes. Direction chez Jean Colère, l’ami nantais. Mais l’appel de la bière se fait vite ressentir. Nous prenons donc le chemin du centre-ville de Nantes, plus particulièrement celui du Petit Zinc où l’on rejoint des amis de Jean Colère, qui avaient auparavant pris place dans la tribune Loire de la Beaujoire.

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Ah vous faisiez les malins encore à ce moment

Le beau temps aidant, les filles sont en mini-jupes, les mecs ont l’écharpe du FCN. Une pinte, on le trophée du top joueur attribué à Ricky Faty, les trophées des flops joueurs attribués à Mehdi Mostefa et Issa Cissokho. Bref, on refait le match (mieux qu’Eugène Saccomano, faut pas déconner). Puis rendez-vous au Lieu Unique, cette ancienne usine transformée en salle de concert, salle d’expo, discothèque, musée, bar, pépinière, librairie, toilettes publiques, magasin de bricolage. Les tournées de whisky-coca et de bières s’enchaînent. Les liens sont noués par-ci, par-là. Mais l’attraction, c’est bien Gérard Baste (rappeur français membre du groupe Svinkels et du Klub des 7 et animateur de la tranche horaire 6h-9h sur D17), en showcase ce soir-là pour la clôture du festival Hip-Opsession. On venait à Nantes pour assister un match de foot et on se retrouve dans une vieille usine désaffectée à boire du whisky-coca en train de faire La Chenille avec un Gérard Baste bedonnant et dégoulinant en slip tête de mort. Le WTF le plus total.

GERARD BASTE EN CALECON

GERARD BASTE EN CALECON

Des émotions impressionnantes et imprévisibles. Et s’il n’y avait qu’à Nantes que l’on pouvait vivre cela ? Mais l’incroyable ne s’arrête pas là. En effet, le hasard fait bien les choses et on se retrouve face à face avec le fils de Philippe Hinschberger, l’entraîneur de Laval fraîchement licencié. Qui dit Laval, dit Damien Tiberi, l’ancien acéiste. La discussion dérive donc inévitablement sur lui. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le coach n’avait pas forcément une haute estime de son joueur. En off, Hinschberger avoue volontiers que Tiberi est « nul » et qu’il « préfère voir jouer son nouveau joueur qu’il vient de recruter en CFA2 plutôt que Tiberi. » On voit que le petit Damien fait l’unanimité partout où il passe.

Bref, la conversation se continue au BPM puis de nouveau chez Jean Colère, autour d’une bouteille de rouge. 5 heures du matin, il est l’heure d’aller se coucher sachant que le covoiturage du retour est à 9h. Un covoiturage dans l’ambiance et la bonne humeur mais surtout la fatigue. Heureusement, la grande gueule du chauffeur italo-germano-français qui emmenait sa petite famille de Nantes à Munich n’empêchera pas de dormir. Et de rêver à ce déplacement nantais qui restera très longtemps dans les annales d’I Sanguinari.

Perfettu Erignacci.

PS : Je tiens à remercier chaleureusement Côme, Cyril, sa compagne, Cyril Vannucci, Claude Goncalves, Bart, Mario, Babass, Simon, Ricardo Faty, Jaro et sa copine sans qui ce déplacement n’aurait pas été aussi parfait.

academicien

Le plus grand auteur Anal de football

6 commentaires

  1. D’ailleurs, on s’est demandé comment tu avais réussi à te lever le lendemain. Je ne sais pas si j’aurais réussi une telle performance après cette folle nuit.

  2. J’avoue que cela reste un mystère pour moi aussi. Je ne sais pas du tout comment j’ai fait pour entendre mon réveil 1h30 après s’être couché.

  3. du Coca dans du Whisky ? Luke Seafer était avec vous ?

    Sinon le Gérard est un dieu, dans le temps (et surement toujours un peu) il était souvent dans le finistère nord pour des soirées toujours épique stimulées par toutes sortes de choses…

  4. J’ai pleuré du début à la fin. Merci pour cette tranche de poésie. Jack Kerouak peut continuer de mourir tranquille.

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