Les Hommes du Président – Partie 1

Vendredi 16 décembre 2011

Le diable s’habille en Hechter  

 

Après huit mois d’enquête à travers le monde, de Doha à New York en passant par Milan et Sofia, DCDV est enfin de retour. Huit mois passés à délier les langues, éplucher les archives et vaincre l’anosognosie de témoins clés, pour enfin vous livrer LA vérité.

Sorti de nulle part en 1970 pour tenter de combler l’absence de football professionnel dans la capitale, le club de Saint Germain souffre depuis toujours d’un déficit de légitimité. Les années 80 le voient pourtant gagner ses premiers titres, sous la présidence de Francis Borelli : 2 Coupes de France en 1982 et 1983 et un titre de champion en 1986. Mais le PSG peine à s’imposer comme référence en Île de France face à la concurrence du Matra Racing de l’ambitieux Jean-Luc Lagardère. Non content de lui imposer le partage de son Parc des Princes, celui-ci multiplie les recrutements prestigieux (Bossis, Francescoli, Littbarski) et se permet même de lui voler l’idole de la porte d’Auteuil, Luis Fernandez. Fort heureusement, le groupe Lagardère (au sein duquel Arnaud prend de l’importance, nous y reviendrons) décide rapidement de quitter le monde du football. Officiellement, les résultats décevants et le manque d’enthousiasme du public sont mis en cause ; cette impatience (7 petites années à la tête du club) ne ressemble pas à Lagardère Senior. Les raisons de ce retrait sont donc plus obscures qu’on ne le croit, mais il n’est pas interdit de penser que certaines relations, comme Silvio Berlusconi et Jérôme Seydoux (que Jean-Luc fréquente au comité de direction de « la Cinq ») ou encore le jeune Nicolas Sarkozy (que l’héritier qualifiera bientôt de « frère ») aient pu peser dans ce choix.

Un ancien fasciste, un néo-fasciste et un marchand d'armes : Ici, c'est Paris !

Malgré ces manigances, le PSG est loin d’être au mieux. Enfin leader dans la ville des lumières, le club croule sous les dettes et peine face à la concurrence du Bordeaux de Bez et de l’OM de Tapie. L’apport d’un nouvel investisseur devient indispensable pour prolonger « le rêve rouge et bleu ». Un acteur de poids se profile alors à l’horizon : Silvio Berlusconi, magnat des médias et président du Milan AC, aimerait poursuivre ses investissements en France. Il propose d’investir 150 millions de francs sur trois ans, et surtout d’amener avec lui plusieurs grands noms du club rossoneri, citant Maldini, Baresi et Gullit. Il ne parvient pourtant pas à séduire le maire de Paris, Jacques Chirac, principal décideur sur ce dossier (malgré son peu d’intérêt pour le ballon rond). Chirac, en effet, n’apprécie guère le personnage et rechigne à laisser tomber le club de la capitale entre des mains étrangères. Plus encore, c’est l’appartenance de Berlusconi à « Propaganda Due », loge noire radiée par le Grand Orient d’Italie qui effraie le corrézien. Malheureusement, nos enquêteurs n’ont pu accéder au « Plan de la Renaissance Démocratique » , document saisi lors de l’arrestation du grand maître maçonnique Licio Gelli en 1998. Nous ne pouvons donc affirmer avec certitude que ce document, qui prépare l’instauration d’un régime néofasciste, comporte un quelconque paragraphe sur le Paris Saint Germain. Ce qui est certain en revanche, c’est que la proposition italienne a joué un rôle crucial dans l’histoire du club, et même de la République toute entière. Nicolas Sarkozy, supporter du PSG et homme au physique de jockey pour qui « Il Cavaliere » fait figure d’idole, ne pardonnera jamais à Chirac, son mentor d’alors, de s’être opposé à ce rachat. Pire, c’est Canal+, que Sarko considère comme une chaîne de gauchistes, qui va hériter de l’objet de ses fantasmes.

"Sois sûr que sous les feux, la vérité est masquée, viens, bascule de notre côté, obscur..."

« Le Caïman » écarté, Chichi doit encore trouver un repreneur sérieux. Il mandate Bernard Brochand, président de DDB Needham et actionnaire du club, afin de trouver un partenaire français.Le méchant monsieur Brochand  rédige alors le « Grand Projet », un document de 35 pages qui  explique comment doter la capitale d’un « club flamboyant ». Tel Faust face au pacte de Méphisto, Pierre Lescure est séduit par ces écrits sataniques, et Canal + entre au capital du PSG à hauteur de 40%. Bien que l’investissement soit conséquent, la chaîne cryptée ne souhaite en aucun cas écraser la concurrence, mais simplement contester le monopole marseillais, qui, à terme, pourrait mettre en péril la valeur de son produit phare: le championnat de France de football. Vu de Neuilly, cette situation est loin d’être satisfaisante.

Tibéri, Lescure, Denisot et... Human Bomb ???

A bien des égards, l’année 1993 est une date charnière dans l’Histoire, et elle l’est aussi pour le Paris-Saint-Germain. Au cours du mois de mars, le club parisien élimine le Real de Madrid en quart de finale de feue la Coupe de l’UEFA. Pour beaucoup, ce match reste à ce jour le plus grand exploit européen du club francilien. Le travail de Canal semble commencer à porter ses fruits, mais le parcours européen du PSG s’arrête en demi-finale, éliminé sèchement par la Juventus de Turin. Pendant ce temps-là, l’OM s’apprête à jouer la finale de la Ligue des Champions (pour la deuxième fois en trois saisons), et l’attention des médias est focalisée sur le club phocéen et son golden boy de président. Ignoré des médias, voyant sa carrière politique et son club de cœur stagner, Sarkozy enrage. Sombrant dans la paranoïa, il se voit des ennemis partout: Chirac, Tapie, l’OM, Canal+, Jacques Martin. Il se décide alors à agir pour éliminer ou soumettre ceux qui entravent ses desseins. A deux semaines de la victoire marseillaise à Munich, une affaire pour le moins étrange secoue la France: la prise d’otages de la maternelle de Neuilly. Celle-ci soulève encore de nombreuses questions aujourd’hui hui, que ce soit chez nos confrères du Réseau Voltaire ou sur Wikipedia.

Que voulait réellement Human Bomb? Etait-il manipulé?Qu’est devenue la rançon, qui n’a visiblement jamais été restituée au Trésor Public? A-t-elle été détournée pour gonfler l’enveloppe transfert du PSG? Qui a financé le transfert de Raï? Et si le « petit noir » en question était Mamadou Sakho ?

Avant de couler un pays, le petit homme "sauvait" des enfants

Impossible d’être affirmatif quant à ces questions. Ce qui est cependant certain, c’est qu’il s’agit de la première grande mise en scène de Sarko comme « premier flic de France ». Selon l’histoire officielle, c’est également à cette occasion qu’il aurait rencontré un personnage essentiel, Sébastien Bazin. La fille de celui-ci fait en effet partie des « otages » du « forcené ». S’il paraît difficile d’imaginer que ces deux trentenaires aux dents longues aient pu s’éviter jusqu’à cette date dans le microcosme de l’ouest parisien qu’ils fréquentent depuis toujours, il est clair qu’ils nouent de solides liens après cet événement. Ensemble, ils vont ourdir l’un des plus grand complots du début du XXIème siècle.

"A Paris en vélo, on dépasse les autos, en vélo dans Paris, on dépasse les taxis"

En 1994, l’heure est à la cabale contre Bernard Tapie. Les milieux politiques (de droite comme de gauche) s’accordent pour éliminer ce personnage singulier qui commence à prendre trop d’importance. Mais c’est également le bruyant rival sudiste du PSG qui est visé. Comment expliquer sinon, que parmi toutes les affaires louches dans lesquelles Tapie a trempé, c’est par le biais du football qu’on décide de l’atteindre? L’affaire OM/VA est en effet plus que bancale. Rappelons qu’une bonne partie du réquisitoire repose sur l’impossibilité pour Jacques Mellick de rallier Paris depuis Béthune en moins d’une heure. Mido et Jérôme Rothen, pourraient facilement contester ce postulat (puisqu’une moyenne de 190 km/heure suffit), mais ces lacars évitent de mettre les pieds dans le Pas-de-Calais. Il n’existe par ailleurs aucune preuve matérielle de l’implication de Tapie. Il est pourtant le seul condamné à la prison ferme et ce, sur l’intime conviction du juge. Éric de Montgolfier, le procureur de l’affaire révèlera d’ailleurs bien plus tard que « les faits ne le méritaient pas ». Sarkozy participe à la mesure des pouvoirs du Ministre du Budget qu’il est alors, en collant un contrôle fiscal au  « Boss » marseillais.

Gagner une Coupe d'Europe sur un but de Ngotty et contre un club autrichien, Paris est vraiment magique

Tapie en prison, l’OM en deuxième division, Sarko jubile. Il peut à présent se concentrer sur son ascension politique. Son club de cœur remporte le titre de Champion en 94 puis la coupe des vainqueurs de coupe deux ans plus tard, et paraît un temps s’imposer comme la nouvelle place forte du football français. Malheureusement, l’euphorie est de courte durée : Canal+, devenu actionnaire majoritaire, est en crise et se désintéresse peu à peu de son jouet. Et exceptée une étrange offre venue d’Arabie Saoudite, il n’y a guère de repreneur pour ce club sulfureux qui a tout du gouffre financier. Seuls de nouveaux riches aux poches pleines de pétrodollars pourraient s’y intéresser. Mais le temps n’est pas encore venu.

BONUS : Ever danced with the devil in the pale moon light ?

A suivre…

 

Kaiser Sauzée

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