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CAN 2012 : No we CAN’t but we think about it

Dimanche 22 janvier 2012

S’ouvre donc la 28ème Coupe d’Afrique des Nations pour le plus grand plaisir des peuples avides de célébrations disproportionnées, de dirigeants avides de contre- feux et bien sûr, des effectifs de l’ensemble des clubs européens, petits et grands.

La CAN, c’est politique docteur. Le foot à usage médical. La promesse d’une anesthésie générale sur des nerfs à vif. La réussite devient la preuve que le pays avance, que la nation unie derrière son équipe et accessoirement son président est capable de tous les exploits. Un échec ? Et l’honneur de la patrie a été bafoué par une bande de traitres insensibles aux difficultés du peuple, se prélassant dans l’abondance que leur fournit une carrière européenne.

Les presses africaines sont au garde-à-vous pour distribuer malédictions trans-générationnelles et autres certificats de béatifications. La condescendance des médias européens s’apprête à faire rêver les foules des spectateurs qui ressortiront la panoplie de l’intérêt sportif spécial Coupe du Monde de Rugby : « Mais y a des matchs avant les quarts de finale ? »  «  S’il se qualifie pour la finale on n’est pas près de les revoir en club ! ». Alors que les ambigües iront de leurs commentaires  « Franchement, je ne vois pas pourquoi on en parle vu que ça concerne pas la France. Merde, c’est pas Zidane et Vieira là-bas… lâches les gosses chéris on va les rater ! ».

En plus d’être à l’origine d’une structure identitaire solide (ou pas) et complexe (ou bordélique), le statut d’immigré offre parmi ses nombreuses options un état des lieux bi-annuel de nos allégeances respectives. Ainsi, si le niveau footballistique du pays qui fait de nous des agents doubles le permet (Mwoinama, tu sais de quoi je parle), la CAN est un moment propice à la découverte de ce formidable sentiment qu’est l’orgueil national (Ah! 1998 ! On a vraiment cru que c’était la bonne!) .

Le concert des rivalités régionales entame sa tournée « Si on perd contre les Tunisiens, tu crois qu’ils auront la permission de fêter ça » (Ah non ça ç’est plus valable maintenant) ; « Quitte à perdre contre les Sénégalais autant ramener des morceaux d’El hadji Diouf à Conakry. Allez Djanbobo !».  Dans une ambiance bonne enfant se confondent les grands discours de solidarité entrainants et stériles, les diagnostiques fatalistes sur les causes de l’exil et les promesses fortement conditionnées de retours triomphants. Le pays ne perd autrement que des suites d’un complot international que seuls les Africains et leur intégrité en solde peuvent générer. L’horreur du discours sur les arbitres africains.

Au pays une CAN se vit plus intensément, comme on l’imagine. A priori tout le monde est d’accord pour supporter le même camp. La capacité de mobilisation fascine autant qu’elle effraie. Les joueurs placent leur famille dans des programmes de protection de témoins préventifs et les agents immobiliers proposent leurs services ; une maison étant un combustible très inflammable lorsqu’elle s’expose à un pénalty raté. Une coupe ramenée « and the sky is the limit », l’idolâtrie du ballon n’est jamais bien loin, quelle que soit sa juridiction spirituelle.

La CAN Orange France Telecom n’a jamais aussi bien porté son nom puisqu’elle se déroule dans deux sanctuaires du néocolonialisme d’école, celui de nos grands-pères : j’ai nommé le Gabon et la Guinée Equatoriale. Les chefs indigènes aux mandats quadragénaires et les grandes entreprises étrangères aux droits d’exploitation centenaires félicitent une population aux allures de dommage collatéral pour l’engouement très relatif qui la caractérise. Les Gabonais ont du mal à se passionner pour une compétition organisée sans que leur avis ni leur implication n’aient été demandés. Quant à la Guinée Equatoriale, première participation de l’histoire, l’exaltation nationale pâtit de l’image d’une équipe composée d’opportunistes naturalisés et de lointains expatriés. L’égo de certains, remarquablement développé pour des joueurs de troisième division espagnole, n’a d’égal que leur mépris pour des joueurs locaux qui évoluent dans un championnat sans début, sans fin et sans niveau. Henri Michel, sélectionneur du Nzalang, a attendu l’arrivée de sa dernière fiche de paie pour démissionner, se rappelant que les promesses n’engagent que ceux qui les croient, surtout lorsqu’elles proviennent d’un chef d’Etat. A la défense de l’homme aux réseaux, un ministre des sports sélectionnant des joueurs en affirmant que «  le football est une affaire d’Etat » et vous accusant de comploter contre l’honneur de la nation, ça peut paraitre encombrant (entre deux « per diem » si les dirigeants de la CAF pouvaient travailler).

En plus de l’hispanophone co-organisateur, la compétition s’offre de mettre fin à la virginité footballistique de deux nouveaux pays ; le Niger, sa sécheresse, ses famines annuels et son Rolland Courbis ; et le Botswana rappelant qu’il existe. Mais la part belle cette année, est offerte aux pays en sortie de crises graves génératrices d’espoirs vains et de craintes irrationnelles. Les « comme un symbole » et autres contes merveilleux du nationalisme chanté seront banalisés car pas moins de cinq équipes auront la lourde tâche de symboliser le renouveau de la Nation (parmi eux : la Guinée, le Soudan, la Côte d’Ivoire, la Tunisie et la Libye).

Le Ghana comme la Côte d’Ivoire font figure de favoris auxquels s’ajoutent, dans une moindre mesure, les sélections sénégalaises et marocaines qui affichent de bonnes équipes format A4. L’Angola, la Guinée et la Zambie vendront chèrement la peau de l’animal qui les symbolise tandis que le reste est venu pour « voir ce qui se passe » comme le dit le sélectionneur primé du Niger, Harouna Doula ou « faire le nombre » comme le dit le reste de ceux que cela intéresse.

Au sujet des absents et de leurs torts, soulignons le naufrage du Cameroun dont la vie de groupe se lit comme une pâle copie du scénario de Gang of New York. Le Nigeria, quant à lui, paye ses difficultés à renouveler une génération qui n’a pas répondu à toutes les attentes. Les règlements FIFA ont considérablement pénalisé l’Algérie en l’obligeant à sélectionner des attaquants algériens, les Hautes Instances n’ont que faire de la misère du peuple. Reste les égyptiens et leurs restes qui n’auront pas l’occasion d’assumer une nouvelle fois leur rôle de ciment, unissant les peuples d’Afrique contre eux.

C’est avec un enthousiasme joyeusement masochiste que la (dé)fête du football africain vous sera contée en ce début d’année 2012, à commencer par un Guinée Equatoriale – Libye qui s’annonce comme un pied de nez à la suppression de l’épreuve de culture générale au concours d’entrée de science-po. Hayatou, qui s’est greffé avec succès à la tête pendante de la CAF l’année où Papin signait à l’OM, nous assure que le foot africain avance suivant les conseils avisés du mur qui invite à aller tout droit.

 

Tahar JSK

 
Vos commentaires (vous pouvez créer votre gravatar en cliquant ici)
  • Pierre-Edouard Suppute dit :

    Cissé Sow, le meilleur buteur de L1, qui joue en pointe, alors le Sénégal a toutes ses chances. Mais je miserais quand même ma pièce sur la Ayew connection.

  • Young Turks dit :

    C’est le meilleur texte que j’ai pu lire jusqu’ici sur ce site, ne recommencez pas Tahar, vos concurrents pourraient ne pas s’en remettre…

  • Porthos Molise dit :

    Comme c’est joliment dit…

  • Bart Van den Van Krrr dit :

    Ouah ça c’est du papier, plein de bons sens mais également porteur de pessimisme (ou alors j’ai rien compris) à l’égard du foot. Bien joué Tahar, tu nous feras également des résumés des matchs ?

  • kafkaien dit :

    Bravo Tahar, merveilleuse présentation de la CAN

  • Chulo dit :

    Hihihihi, j’avais oublié à quel point Diouf était couillon et que s’il (re)venait à Cky, il se ferait arracher les couilles !

    J’espère qu’on aura quelques billets sur le tournoi parce que ça m’a l’air bien parti.

  • Fredo dit :

    Mouais, on a beau dire, une CAN sans Cameroun Nigeria et Égypte, ça rabaisse de suite l’intérêt et la médiatisation. Ça rappelle presque le Paris-Dakar tiens (hop une comparaison foireuse)

  • Luke Seafer dit :

    Wow, ça c’est un foutu bel article. Chapeau Tahar!

  • Marco Grossi dit :

    Très bon. Malin d’avoir utilisé le foot comme excuse pour parler géopolitique.

  • JustWide dit :

    Nice job !

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