Mercredi 30 mars 2011
Nous nous étions quittés d’un air désolé, indifférents à la joie des neveux de Sam. L’Algérie n’avait pas été ridicule en Afrique du Sud, mais n’avait pas non plus répondu à la demande d’un peuple avide de liesse, de démonstrations de joie démesurée et de mathématique anglophone. Le sentiment d’alors pouvant se traduire par un collégiale et épuisant « Et maintenant ? ». Un peu comme un drogué que la pénurie aurait contraint à un retour dans une réalité ridiculement désespérante. Donnez-nous du foot, juste un peu ! (« Et je te file mon cheeseburger » comme dirait l’autre).
Le championnat algérien se professionnalise, certes, mais il n’est pas facteur de fraternité, tout juste bon à garantir l’organisation de nos charmantes émeutes hebdomadaires. Rien de bien solide dans la recherche de l’artifice. L’Algérie ne doit son absence des médias du monde entier qu’à la mise en place d’un espèce d’extraordinaire plan Vigipirate (les contraintes constitutionnelles en moins), venu remplacer un état d’urgence qui, pendant 19 ans, a formé les Algériens à l’utilisation du plafonnier et aux divertissements de forces de l’ordre atteintes d’ennui chronique. S’ajoute à cela l’utilisation subtile d’une opposition, qui, ne représentant qu’elle même, empêche toute mobilisation en appelant à la mobilisation (toute personne saine d’esprit ou algérienne refuserait de mourir pour le FSS ou le RCD). Bref, le pays est au bord de l’explosion, mais à condition que celle-ci se fasse dans un déchaînement de violences anarchiques et aveugles propre à toutes les populations pauvres conscientes depuis trop longtemps de vivre dans un pays riche.
Vient alors ce formidable Algérie – Maroc, le derby des « régimes en sursis ». Rabah Saadane et ses 3-6-1 ont signé une démission anachronique, lâchés par des joueurs à la motivation sélective après le match nul pitoyable à la maison contre la Tanzanie, un pays dont la devise est « hakuna matata » (oui, ça vient de là).
Tous réclament alors la nomination de ce fameux grand entraîneur de renommée internationale censé téléporter le football algérien dans une dimension merveilleuse où les participations à la coupe du monde seraient courantes et les victoires à la CAN, des réponses adéquates aux multiples crises sociales. En jetant un œil sur la réalité des salaires, Mohamed Raouroua s’est souvenu de la nécessité de promouvoir le savoir pas-faire des techniciens algériens (pénurie de formation et abondance de présidents de club schizophrènes, tout s’explique). Voilà donc le sympathique Abdelhak Benchikha à la tête des Fennecs. L’homme s’est forgé une réputation dans le championnat tunisien, mais sa tendance à constamment se référer à la miséricorde divine est à mettre en parallèle avec sa volonté de développer un jeu offensif et populaire.
Une défaite contre la Centrafrique plus tard , les Verts s’étalent à la dernière place du groupe et sont dos au mur, mains liées, yeux bandés, prêts à se faire exécuter par l’ensemble de la presse et de l’opinion publique. Une défaite ou un match nul contre nos frères marocains et les Algériens ne verront pas le Gabon et la Guinée équatoriale.
Le climat n’étant pas forcément propice au rassemblement de plus de 100 000 Algériens en plein cœur d’Alger, la rencontre a lieu à Annaba. Le match bénéficie d’une couverture médiatique assez exceptionnelle voir surréaliste (les débats allant de la qualité de la voirie de la ville à la pelouse, en passant par les footballeurs locaux et les faux billets). Les joueurs multiplient les déclarations spéciales E.N (« On est des hommes » ; « Match de guerriers » ; « combat ») issues d’une ligne de communication rodée en direction du public algérien. Le Ministère de l’intérieur se met au diapason et invite plus de 30 000 membres des forces de l’ordre à participer, chaperonnés par quelques hélicoptères pour ne rien manquer de la fête.
Le Stade du 19 mai, fort de ses 50 000 places, accueille donc environ 80 000 supporters des Verts (Quand y en a pour deux y en a pour trois) encadrant quelques 3000 frères marocains. À noter que la vente des billets a été le théâtre de graves incidents que la police n’a pas manqué d’observer avec la plus grande fermeté.
Pour vous donner une idée de l’ambiance, le coup d’envoi était à 20h30 et les portes du stade ont été logiquement ouvertes à 9h du matin, le stade plein à Midi, plus de 8h avant le coup d’envoi laissant amplement le temps à l’atmosphère de devenir insurmontable pour une équipe visiteuse jouant sans Gattuso, Heinze ou Zanetti.
Le match commence dans une ambiance fabuleuse qui pousserait le plus mercenaire des joueurs à donner sa vie pour le maillot ou un contrat publicitaire. Une main ridicule d’Adil Hermach offre un penalty aux Algériens dès la 7ème minute et confirme le théorème énonçant l’absence totale de retenue qu’éprouvent les joueurs évoluant en Europe pour les arbitres africains forcément plus corrompus, plus incompétents et moins pointilleux quant au degré de respect que l’on doit montrer à leur égard. Cette ouverture du score heureuse amène les Verts à ce qu’ils font le mieux, à savoir défendre comme des possédés. Ça a tenu dans un mélange de chance et d’abnégation saupoudré d’une bonne dose d’intimidation (« Hamdoulah » comme le dit trois fois Yebda, dans son interview d’après-match pour rentabiliser les cours d’arabe qu’il n’a pas suivi). La fin du match nous rappelle que l’amour fraternel n’empêche pas de se mettre sur la gueule de temps en temps.
Toutes les équipes du groupe sont à 4 points. Rendez-vous à Casablanca en juin prochain, si on a encore un Etat.
Les Notes.
Rais M’Bolhi 3.5/5: Les applaudissements pour Chaouchi n’ont pas perturbé celui qui préside désormais pour le club russe de Samara. Mise à part une sortie à la Mounia sur la grosse occasion marocaine qu’il s’empressa de rectifier, il a assuré ses prises de balles et décrété une no-fly-zone dans sa surface.
Mehdi Mostefa 2.5/5 : Il n’avait certainement pas obtenu le visa à entrées multiples l’autorisant à séjourner dans le camp adverse au contraire de son homologue pistonné. A défendu comme il a pu, c’est peut-être un détail pour nous mais pour les jambes de ses adversaires, ça veut dire beaucoup.
Antar Yahia 4/5 : Il a maquillé son œil droit aux couleurs de l’Algérie comme pour prévenir Chamakh de la suite des événements. Capitaine Larage a dirigé sa défense avec la verve de l’Emir Abdelkader malgré les absences de Halliche et Bougherra trop occupés à passer le casting pour la suite de 300. (Remplacé par Carl Medjani à la 71ème)
Mohamed Bouzid 4.5/5 : Enterré après un match catastrophique en 2008 au 5 juillet contre la Guinée, Bouzid est revenu d’entre les morts pour traumatiser le crêteux d’en face jusqu’à lui faire péter les plombs. Chamakh se laissant aller à un pleurnichage hilarant comme si on lui avait annoncé une pénurie mondiale de gel cimenteux. Un tacle magnifique dans la surface en première mi-temps qui multiplia par cinq les membres présumés de la famille Bouzid.
Djamel Mesbah 3.5/5 : Un sauvetage à la gloire de Dieu en deuxième mi-temps, une volonté attendrissante mais peu efficace de se projeter vers l’avant. Indiscutable.
Khaled Lemmouchia 4.5/5 : Le Sétifois a confirmé que Saâdanne avait fait preuve d’un mépris à limite du néocolonialisme envers les joueurs locaux. Un match magnifique, une activité et un sabotage permanents qui a contraint le golum marocain de l’Inter à se contenter de traduire auprès de l’arbitre les complaintes incessantes de ses coéquipiers. De son fait, les Aigles de l’Atlas ont balancé des ballons par-dessus la terre du milieu pour le plus grand plaisir de la pointe marocaine et de sa capacité à encaisser les coups.
Mehdi Lacen 3/5 : A l’image de l’équipe, il ne prend une réelle dimension que lorsque la tension atteint le niveau nécessaire à l’activation du système nerveux algérien. Ses pressings constants se sont parfois liés d’amitié avec une intéressante capacité de relance. Une bonne entente avec Lemmouchia qui continue à souligner le manque chronique d’animation offensive.
Hassan Yebda 3.5/5: Marque un penalty décisif pour réaliser ses rêves de célébrations au milieu d’un stade hystérique rouge de plaisir et d’engins pyrotechniques. Une grande disponibilité mal récompensée par une difficulté à faire la décision mais un rôle de milieu offensif qui ne demande qu’à se travailler. (Remplacé par Hadj Aïssa à la 90ème)
Ryad Boudebouz 2/5 : Mis à part quelques petits éclairs de normalité, Ryad était un peu à la rue ralentissant le jeu par des prises de balle lentes et beaucoup trop longues. Le Sochalien doit apprendre à évoluer dans une ambiance psychédélique et accepter cette sensation remontant dans son cou qui lui signale que 80 000 personnes sont prêtes à perdre la raison au moindre de ses crochets.
Abdelkader Ghezzal 1/5 : Cette note très sévère se justifie par son regard témoignant d’une panne persistante de lumière (cf. Algérie-Slovénie) et son action ratée en première mi-temps. Pour courir il court, mais je ne suis pas un adepte de la secte qui valorise les attaquants pour leurs activités défensives.
Rafik Djebbour 2.5/5 : Il a cherché à combiner comme un vrai attaquant mais n’a eu qu’une demi-occasion comme un vrai attaquant algérien. Ce serait formidable qu’il prouve que ses statistiques dans le championnat grec ne sont pas un jeu d’écriture pour cacher la crise aux supporters des verts.
Remplaçants :
Carl Medjani : La défense algérienne est une armée fraternelle qui transcende les frontières du talent et de la condition physique.
Hadj Aïssa : Il rentre dans les arrêts de jeu pour massacrer deux contre-attaques dont une en simulant une fracture de la colonne vertébrale. Il est toutefois la preuve vivante que l’association « cheveux crépus et nuque longue » n’est pas un rêve inaccessible.
Nadir Belhadj : Joue donc au Qatar et perd sa place contre un gars titulaire au Nîmes Olympique (un club qui n’existe même pas).
Courtes Remarques :
Abdelhak Benchikha : « C’était le match des tripes, le match de l’homme algérien ».
Le comité aurait dû saisir cette occasion pour contribuer au renforcement de la théorie de l’évolution.
Adil Hermach et Chamakh sont sous le choc, ils viennent d’insulter un arbitre ayant pris une décision tout à fait justifiable, mais personne ne leur a demandé de regretter leurs propos.
Tahar JsK.
Bonus vidéo : 1ere mi-temps
Bonus vidéo : 2eme mi-temps (et oui, pas bête le service)
Vivement le match retour avec une équipe au complet (meghni,ziani, magic, halliche, Matmour et guedouria) mais vont ils un jour avoir un vrai attaquant?
1,2,3!
Quelle belle académie. Quelle plume.
Vive l’Algérie Libre.
30 000 forces de l’ordre ? Et après quand il y a les 2 000 policiers pour PSG-OM on parle de match à risques. Là quel adjectif pourrait être employé ?
Match a guerre civile ?
les notes sont injustes, trop favorables a certains (lemmouchia, bouzid et yahia) et trop sévères pour d’autres (boudebouz,djebbour et ghezzal), on sent que ce sont des notes pro joueurs locaux mais n’oublions pas que sans eux l’EN ne serait pas grand chose …
Magnifique académie, sahitou.
@reelax
Yahia et Bouzid ne sont pas des joueurs locaux.
Bouzid n’était pas de la campagne mondialiste alors que lemmouchia oui.
Lemmouchia est le seul joueur local de toute l’équipe titulaire donc je ne comprend pas bien ton accusation à moins qu’elle ne se base simplement sur de l’ignorance, auquel cas ce sont des choses qui arrivent.
La scission qui me semble pourtant évidente se trouve entre la défense-millieu et l’attaque (composé par les trois joueurs que tu pense sous noté)
L’E.N ne demande qu’à représenter le pays.
Djamel Mesbah est aussi un « autochtone » mais belle théorie du complot do!
Finalement Gerets va aller à Lyon
@Moké
J’ai jamais vu des joueur tirer avec autant de certitudes sur le sélectionneur après seulement un match. « Mauvaise tactique », « arrogance quant au niveau de l’adversaire ». Mais le groupe vit bien.