Vendredi 14 janvier 2011
Manuel de savoir-parler foot
Une initiation au footballistiquement correct
de Barnabé la Plume
Afin de vous permettre de briller en société lorsqu’il s’agit de parler foot, Barnabé la Plume vous offre gratuitement (*) un petit Manuel d’initiation aux expressions toutes faites du foot. Aujourd’hui, décortiquons l’expression suivante :
CHAPITRE 5 :
« Le Ballon d’Or »
Et donc ? Aujourd’hui, on va au bal ? On dort ? Ni l’un ni l’autre, mon cher Watson : sans crainte aucune, examinons plutôt cette récompense de près ! Car le Ballon d’Or mais contrairement à l’eau, il n’y a aucune raison de s’en méfier.
Origine : Le Ballon d’Or fut inventé en 1956 – soit seulement quatre ans avant la naissance de Luis Fernandez, ce qui est vraiment sidérant quand on y pense. Il s’agit d’une invention éminemment française, comme tant d’autres géniales découvertes. Oh certes, moins glamour que la guillotine en son temps ou le Camembert. Néanmoins, l’invention est tout aussi indispensable que le taille-crayon, le minitel ou le digicode inventé dès 1870 par Bob Carrière pour permettre à sa future descendance de percer les cages les mieux défendues de Ligue 1.
Figure 13b : «Lorsque Thierry Henry s’éveilla un matin au sortir de rêves agités, il se retrouva sacré Ballon d’or. »
Description: S’il fut officiellement créé en 1956, le Ballon d’Or a cependant connu de nombreuses difficultés à cause d’une croyance religieuse et populaire tenace selon laquelle le Ballon d’Or serait plat et non pas rond. Il aura fallu une somme colossale de recherches, d’efforts et de débats menés par les scientifiques de Larqué Foot sur RMC pour démontrer qu’il s’agissait effectivement d’un objet parfaitement rond. C’est d’ailleurs Jean-Michel Larqué qui annonça officiellement la nouvelle à Dominique Strauss-Khan un dimanche matin pluvieux et gris:
- Monsieur Strauss-Kahn, je pense que la preuve est désormais faite et qu’il n’y a plus aucun doute permis, même à gauche : le Ballon d’Or est rond. J’avais donc raison, modestement.
- Aucun doute, Monsieur Larqué. Bravo à vous, votre contribution à la marche du monde moderne est égale à celle des plus grands !
- Comme Galilée ?
- Comme Galilée.
- Et Einstein ?
- Et Einstein !
- Et Copernic ?
- Ah oui, lui il arrête pas, il est pire que moi.
Et c’est ainsi que la contribution de RMC à l’histoire de l’humanité se grava à jamais dans les annales et qu’il fut déterminé avec certitude que le Ballon d’Or était sensiblement plus rond qu’un triangle équilatéral. Chacun connaît la suite : la face du monde en fut changée à jamais.
Charge symbolique : Il faut bien comprendre que le Ballon d’Or reste à ce jour l’une des plus grandes manifestations du génie européen: le Ballon d’Or n’est pas comme un symbole, c’est un symbole. Un sacré symbole, un symbole sacré : ne dit-on pas « Messi, sacré Ballon d’Or pour la deuxième fois » ? D’ailleurs, on dira indifféremment « comme un symbole » ou « comme un Ballon d’Or ». Car sans le Ballon d’Or la joie dans le monde serait une utopie, l’Afrique serait sans espoir et la construction européenne aussi improbable qu’une victoire d’Arles-Avignon en Ligue des Champions.
Figure 47a. Le bonheur apporté au monde par les triples vainqueurs du Ballon d’Or : Johan Cruyff, Michel Platini et Marco Van Basten. Vue d’artiste (exposée au musée Moké, 43 Impasse du Désir Refoulé)
Ballon d’Or et modernité : Sachant s’adapter aux grand principes humanistes de son époque avec une fulgurance inouïe, le Ballon d’Or fut ouvert aux joueurs non européens dès 1994, soit à peine 30 ans après la fin de la décolonisation et seulement un siècle et demi après l’abolition de l’esclavage. Avec pour résultat immédiat, dès 1995, la consécration de Georges Weah (Libéria) comme premier et dernier lauréat africain. Après quoi, en effet, plus aucun joueur africain ne sera récompensé. Ni ne montera sur le podium. Faut pas déconner non plus.
Critères de non-obtention du Ballon d’Or : Il est important de savoir quels gestes peuvent constituer ou non un sérieux handicap dans l’obtention de la récompense ultime. Ainsi est-il fortement déconseillé d’asséner un coup de tête rageur en plein thorax à un adversaire lors d’un événement largement médiatisé, même discrètement et même si l’adversaire en question est italien, ce qui pourrait, à première vue, constituer une excuse parfaitement valable. En revanche, piétiner un adversaire arabe dans un match de poule est parfaitement toléré, surtout si l’auteur du piétinement parvient sans peine à démontrer qu’il avait vraiment besoin de s’essuyer les crampons à ce moment-là de la partie.
Figure G
Je l’ai pas le ballon d’or, vous êtes sûrs de ça ? Hein…? Le « melon d’or » vous dites… ?
Ballon d’Or et politique : On ne peut s’empêcher de constater que le Ballon d’Or présente quelques similitudes avec les primaires du Parti socialiste français, mais en nettement mieux organisé. A la décharge du PS, on leur reconnaîtra deux difficultés supplémentaires. Tout d’abord, l’exercice est rendu bien plus difficile par le nombre de candidats. Si les nominés au Ballon d’Or 2010 étaient au nombre de 23 seulement, le nombre de candidats aux primaires socialistes est actuellement estimé à 143 en comptant les femmes et les éléphants, chiffre encore susceptible d’augmenter dans les semaines à venir. Ensuite, le vivier mondial dans lequel sont puisés les candidats au Ballon d’Or n’a rien de comparable avec le PS en France : il est extrêmement ardu de trouver des points communs entre le talent intrinsèque d’Arnaud Montebourg et le talent intrinsèque contenu simplement dans l’orteil gauche de Lionel Messi. Pour avoir une base comparative valable, il faudrait que le podium du Ballon d’Or soit composé de Guy Luyindula (c’est son prénom à l’état civil), Bakayoko et Philippe Christanval.
Figure 22
Quoi ?! Christian Jeanpierre m’aurait menti ?? J’ai vraiment pas le ballon d’or ??
Conseils pratiques: comment participer avec brio à une conversation sur le Ballon d’Or fraîchement désigné ?
Dans un premier temps, c’est très simple. Sûr de vous et sur un ton définitif, affirmez : « Franchement, c’est mérité, rien à dire ». Si vous êtes contredit par un convive pénible, enchaînez aussitôt sans le laisser respirer mais en fronçant les sourcils : « Attends, c’est le meilleur, tu peux pas dire le contraire ! »
Si dans un second temps on continue à vous réclamer des arguments concrets, saisissez la première opportunité qui se présente pour aller faire une pause pipi ou pour détourner discrètement la conversation vers un sujet en apparence similaire, mais que vous maîtrisez davantage. Par exemple, vous pouvez joyeusement lancer un débat sur l’influence de l’œuvre artisti…de l’œuvre littérai…de l’œuvre écrite…bref, sur l’influence de l’œuvre imprimée de Michel Houellebecq sur la vie culturelle mondiale, du café de Flore jusqu’à la brasserie Lipp, rien que ça. Mieux encore, n’hésitez pas à ouvrir le débat sur un mode interrogatif : « Lionel Messi, d’accord, il a eu la récompense suprême des footballeurs. Mais est-ce que le prix Goncourt devrait vraiment être attribué à Houellebecq ou PPDA ? Pourquoi pas à un écrivain, finalement ? »
Figure de style
Deux ballons d’or dans chaque caleçon. Astiqués tous les soirs par Christian Jeanpierre. Alors tu parles si je m’en fous…
Conclusion : Pour bien apprécier la valeur immense du Ballon d’Or, son apport à la grandeur d’âme de notre société et au-delà, son unique façon de récompenser un individu dans un sport collectif pour ses performances individuelles au sein d’un effort collectif qui seul peut permettre l’expression individuelle maximale mais au service d’un collectif qui sert la performance individuelle autant que cette dernière facilite la réussite collective…bref, pour conclure en beauté, méditons utilement cette éructation inopinée mais néanmoins authentique et empreinte de sagesse de Jean-Claude Van Damme, le plus sage d’entre nous :
« Les cacahuètes, c’est le mouvement perpétuel à la portée de l’homme. »
Encore plus que la démocratie de Ségolène, ce Manuel est participatif et toutes les idées d’expressions toutes faites sont bienvenues : transmettez-les à Barnabé via Facebook ici.
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* Les Cahiers du football proposaient en leur temps et proposent à nouveau « A partir de là, le parler foot haut en couleurs » (voir ici) mais c’est payant…
Barnabé, t’as tout compris. Je t’adore.
Je te soutiendrai en cas d’arrivage de fans d’Henry prépubères…
Un plaisir une fois de plus même si je ne vois pas en quoi on peut paralélliser des crampons et os frontal.
Que dire en effet d’un essuyage de crampon sur paillason transalpin vertical? Ou d’un baiser rageur sur un allongé saoudien? La question est ouverte
Très bon comme d’hab.
Henry qui n’a pas de ballon d’or alors qu’il a l’habitude (selon lui) de « faire le dos rond » (comme un ballon), c’est flirter avec l’oxymore symbolique.
Barnabé, nous parleras tu un jour de cette expression de toute beauté anale ?
Mais putinqu’es se t’y conné au foot ppour te foutre de la guele d’Henry comme ça. Batar retourne lire tes livre d’intello
ET t’a l’air con avec tes lunetes
guess who’s back ? back again ?
Je dois avouer que la figure 47a m’a légèrement émoustillée !
Mais oué tro d’acore. MONSIEUR TITI HENRY est le + gran jouere darsenale. TITI HENRY banc belle !! Il A GAGNE 4 CHAMPIONA A LUI TOU SEUL pas com lézotre ALOR TU VOI KILT MERITRE LE BALLON DORCEL DI FOI + K TOI mon gar !!!
!!!
et oué messi son nom c tro 1 truk de boufon
Merci pour la conclusion offerte par un des plus grands philosophes modernes, insufisamment reconnu à mon goût.
Barnabé, suis toutefois les conseils d’Ali Baba et essaie de lire un peu plus de livres non-intellos. Moi j’aime tes lunettes.
Pardon, je revenais du forum lequipe.fr et je… je ne sais pas ce qui m’a pris… tout est allé si vite…