Manuel de savoir parler foot : Le Renard des Surfaces

Barnabé est loin de traverser le désert, comme un symbole.

Manuel de savoir-parler foot

Une initiation au footballistiquement correct

de Barnabé la Plume

Afin de vous permettre de briller en société lorsqu’il s’agit de parler foot, Barnabé la Plume vous offre gratuitement (*) un petit Manuel d’initiation aux expressions toutes faites du foot. Aujourd’hui, décortiquons l’expression suivante :

CHAPITRE 6 :

« Le renard des surfaces»

Le renard des surfaces est appelé ainsi pour qu’on le distingue de Raymond, 59 ans, technicien de surface junior au Monoprix de Boulogne-Billancourt.

Définition : Parfois appelé « terreur des surfaces », le renard des surfaces est un mammifère footballeur assez proche de l’Homme. Il se caractérise par une capacité hors du commun à profiter de la moindre occasion pour « planter » des buts à tout va et dans n’importe quelle situation. Comme le diable mais contrairement à Frédéric Lefebvre, le renard est malin, ce qui lui permet d’enfiler des buts « pleins d’opportunisme ». Ou encore : « pleins de réalisme, comme un symbole de la réussite de cette équipe ».

Exemple 1 : Conférence de presse d’un entraîneur A sur les performances d’un buteur B

– Claude Puel, c’est une nouvelle déception ce soir du côté de l’Olympique Lyonnais cette défaite et ce but sur la seule occasion de votre adversaire, ça fait mal ce soir ?

– C’est à nous à avoir à cœur à rebondir le plus vite. Ce soir, je retiens le positif. Il y a eu de la qualité. Mais on a manqué un peu d’impact dans l’agressivité. Mais bon on le savait que leur buteur pouvait marquer à tout moment, c’est un renard des surfaces.

– Euh, Claude…c’est Kader Keita qui a marqué…
(Silence gêné)
(Fin de la conférence de presse)

L’avis d’un expert recueilli par un envoyé spécial de l’Equipe

– Pape, vous croyez qu’André-Pierre Gignac s’imposera-t-il comme le renard des surfaces que l’OM il a tellement besoin ?
– Attendu que, et nonobstant l’intéropérabilité de la conjoncture marseillaise dont je suis tout de même à l’origine, d’une part je pense qu’un régime ne serait pas superfétatoire si d’aventure et, d’autre part, je vous dirais que je m’en tartine la prostate avec du beurre de cacahuètes.

Figure 125478cLe renard des surfaces a encore planté de la tête

Faux amis et risques de confusion : On ne soulignera jamais assez à quel point il est essentiel de ne pas confondre le renard des surfaces avec d’autres mammifères tels que le lapin ou la baleine. Prenons l’exemple du lapin. Suffit-il de tirer sur tout ce qui bouge et de courir partout pour être qualifié de renard des surfaces ? Evidemment, non. Tout au mieux peut-on parler de chaud lapin, qui se distingue du renard des surfaces en ceci qu’il ne remplit pas une condition essentielle : il faut la mettre au fond dans la surface adverse. C’est la raison pour laquelle John Terry ne peut pas être considéré comme un renard des surfaces : il la met au fond, certes, mais dans la surface d’un coéquipier. Il en va de même pour Franck Ribéry, qui plante des buts mais à qui il arrive de planter ses graines carrément à l’extérieur de la surface.

Figure de styleLe regard du gardien sur le renard de surface. Perspective inversée. Vue d’artiste

Spécificité relationnelle particulière : Il va de soi que le renard des surfaces entretien une relation très particulière avec sa victime préférée, le gardien de but. A ce propos, Patrick Poivre d’Arvor, ambassadeur mondial de l’art français et qui s’intéresse de près à la problématique romantico-littéraire de l’influence des relations renard/gardien sur le degré de cuisson de la baguette parisienne, nous a fait parvenir son dernier texte. Pour le moins originale, cette prose, selon ses propres termes, « illustre bien la problématique transversale ». Fidel à lui-même, PPDA nous a certifié parole d’honneur sur la tête de son âme créatrice, que le texte qui suit est authentique, entièrement de lui :

La relation particulière entre le gardien et le renard des surfaces – Patrick Poivre d’Arvor (tous droits réservés):

Maître Gardien, sur sa ligne perché,
tenait entre ses gants un ballon recherché.
Maître Renard des surfaces
A l’affût et perspicace,
par l’odeur du but alléché,
lui tint à peu près ce langage :
« Hé ! bonjour, Monsieur le Gardien.
Que vous êtes fort ! que vous me semblez affûté !
Sans déconner, si votre agilité
se rapporte à votre rapidité,
vous êtes le Gardien qui l’aurait arrêtée,
cette frappe de McFadden, l’écossais. »
A ces mots le Gardien ne se sent pas de joie;
et pour montrer qu’il l’aurait arrêtée cent fois,
il ouvre grand ses mains et relâche le ballon une fois.
Prompt, Maître Renard des surfaces le saisit,
lui plante son but et dit :
« Mon bon Monsieur, apprenez que tout flatteur
vit aux dépens de celui qui l’écoute:
Cette leçon vaut bien un but de renard, sans doute. »
Le Gardien, honteux et confus,
jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus.

Conclusion
Si la race des renards de surface semble plutôt en voie d’extinction au profit de buteurs puissants et véloces à tout prix, il n’est que justice de rendre hommage ici à celui qui fut parfois injustement traité, restant dans l’ombre d’autres géants parce qu’il était toujours géant sur le terrain et rarement dans le service après-vente. Un grand buteur au sang-froid élégant et au calme majestueux. Un poète avare de mots mais débordant de gestes parfois magnifiques et parfois moins beaux mais toujours décisifs ; un artiste dont l’oeuvre pure parle d’elle-même et réveille le souvenir encore vivace de cette fulgurance d’un soir de juillet 2000, lorsqu’il nous instilla l’euphorie au cœur et les larmes aux yeux.
Merci pour tout David.

Exercice pratique : Décrivez ce que vous ressentez en visionnant les images entre 2’03 et 2’28.

Lecture recommandée sur les aspects tactiques :

« La solution finale au problème tactique posé par le renard des surfaces inversé », Xavier Gravelaine, Editions Goebbels fut-il un con ?, 2010

Encore plus que la démocratie de Ségolène, ce Manuel est participatif et toutes les idées d’expressions toutes faites sont bienvenues : transmettez-les à Barnabé via Facebook ici.

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* Les Cahiers du football proposaient en leur temps et proposent à nouveau « A partir de là, le parler foot haut en couleurs » (voir ici) mais c’est payant…

23 thoughts on “Manuel de savoir parler foot : Le Renard des Surfaces

  1. Ah oui, la super déclaration à 2:56 : « je crois que ce but va changer la physionomie du match ».

  2. Super. Belle verve l’ami Barnabé. Toutefois il faudrait apprendre à selectionner des images d’un peu meilleure qualité, ou au moins affichées dans leur ratio original.

  3. Désolé j’ai commenté avant d’avoir regardé la vidéo, mais putain, David il se fait consoler par Sylvestre quand même. Le pauvre.

  4. J’ai vite arrêté de regarder la vidéo, je me retrouve tout tremblant, limite la larme à l’œil (et c’est vrai en plus).
    Ah « pu » plus loin « tain », qu’est-ce qu’ils nous ont fait depuis ces tarlouzes ?
    Du sommet au ravin. Je les détestes ainsi qu’Estelle D. pour avoir fait tremper les biscuits des héros de 2000 !

  5. La tête du renard des surfaces me fait penser à une célébration de but islandaise !
    Très bonnes interviews. Et quel joueur ce Trézéguet, on n’en fait plus des comme ça, capables de coller n’importe quel ballon dans n’importe quel filet avec n’importe quelle partie de son corps (ou de celui du défenseur adverse)

  6. Seul manque l’hommage aux goupils, ces renards des anciens temps. Mais on ne fera pas le difficile.

  7. Une référence à Gerd Müller n’eut pas été de trop, mais c’est un billet très plaisant à lire.

  8. Bravo notamment pour la fable.
    On notera avec grand plaisir l’étendue du carnet d’adresses de notre Barnabé qui connait donc personnellement PPDA.
    Décidemment horsjeu.net s’embourgeoise.

  9. c’est la faute aux riches citadins qui laissent trainer leurs poubelles avec abondance de bien et de chèvres à 20 000 000, les renards envahissant les villes n’ont plus à se décarcasser pour trouver leur pitance, et disparait ainsi toute leur astuce et grâce quant à la capture de nourriture…

    Ainsi disparait progressivement l’habile et élégant rougeoyant pour laisser place à un terne pigeon bi(quadru)pède.

  10. Sur l’Equipe de la video y’a une pub assez enorme pour Ricard sur une « une » de deception.

  11. On aurait retrouve l’inscription « Sourcils m’a tuer » sur les murs d’une villa de Turin a vendre depuis l’ete dernier.

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