Sedan se meurt dans l’indifférence générale

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C’est devenu officiel la semaine dernière mais cela faisait de longs mois que l’espoir était devenu mince dans les Ardennes : le CSSA retrouve le National, 15 ans après l’avoir quitté. Et personne en parle ! Alors HJ.net rend hommage à ce club historique avant qu’il soit trop tard.

Les années 2000

Sedan ? Sans doute l’épopée la plus funky de la fin des 90’s et du début des années 2000. Qui n’a pas eu de sympathie pour cette équipe de mecs rejetés de toutes parts ? Les Deblock, Quint, Elzeard, Mionnet, Sachy, Satorra et compagnie.

C’était la belle époque de l’ancien stade Emile Albeau avec ses tribunes métalliques et sa buvette, qui marchait jusque tard dans la nuit après les matchs où les joueurs échangeaient avec les supporters, les partenaires, etc. Une époque révolue.

Parti de National en 1997, les Sangliers coachés par Patrick Rémy parviennent à accrocher deux montées de suite pour retrouver la D1 en 1999 et enchaîner une finale de Coupe de France perdue contre Nantes en 1999. A l’époque, Sedan propose un football chatoyant et total sans arrières-pensées. Deblock et Quint font des misères sur leurs ailes, Pius N’Diefi, Alex di Rocco et Cédric Mionnet sont chargés de concrétiser. Les mecs ne se prennent pas la tête et savent d’où ils viennent. L’époque des virées en Smart.

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L’équipe finaliste en 1999 (crédits photos : pari-et-gagne.com)

En haut de gauche à droite : Sachy, Oliveira, Borbiconi, Quint, Di Rocco, Crosnier, Laquait, Satorra

En bas de gauche à droite : Deblock, Elzeard, Pabois, Mionnet, Faure, NDiefi

Sedan a même joué la coupe UEFA, malheureusement éliminé dès le premier tour par un obscur club tchèque. Le CSSA de l’époque, c’est aussi ce 5-1 infligé au PSG qui a coûté sa place à Bergeroo.

Mais peu à peu, les joueurs mythiques partent et d’autres prennent place, le club perdant un peu de sa fraîcheur. Le président Urano fait quelques beaux coups en privilégiant les joueurs peu connus comme Lemoigne, Lautoa ou Noro. Les prêts s’enchaînent également avec des Ciani, Baysse, Sow, Bonnet, et compagnie vivotant entre haut de tableau de L2 et L1.

Finalement après plusieurs saisons avec la place du con (4è), Sedan se retrouve aujourd’hui en National. Comment en est-on arrivé là ?

Un club populaire dans un département sinistré

Le problème actuel de Sedan est principalement financier. Le club a sans doute vu trop grand dans les années 2000 (le stade Dugauguez de 23 000 places et le centre d’entraînement de Montivilliers) mais a su se structurer. Tout le monde s’accorde à dire que Sedan dispose de superbes installations pour un club de L2 et sans doute meilleures que celles de certains clubs de L1 (hein Reims !).

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Le centre d’entraînement du CSSA

Mais aujourd’hui, le président Urano qui a longtemps contribué à boucher les trous a décidé de stopper l’hémorragie financière. Laurent Guyot, l’entraîneur actuel, avait accepté de relever le challenge alors que sur les 24 derniers mois des joueurs tels qu’Ismael Traoré, Wesley Lautoa, Jérôme Le Moigne, Kassim Abdallah, Yohan Eudeline, Vincent Gragnic, Nicolas Fauvergue, Benoît Costil, Pierrick Valdivia et Lossemy Karaboué ont quitté le navire… Challenge trop ardu cette saison.

L’espoir d’un repreneur est apparu il y a quelques mois avec Guy Cotret mais un désaccord financier avec le Conseil Général a fait capoter l’affaire – Cotret voulant que le CG rachète le centre d’entraînement pour réduire la dette du club. Aujourd’hui, Cotret est parti mettre son argent à Auxerre…

Mais Sedan reste un club superbement structuré, notamment au niveau de la formation. Toutes les équipes de jeunes font bonne figure au niveau national (2è en U19 et 5è en U17) et le club jouera la finale de Gambardella la semaine prochaine contre Bordeaux. De plus, dans un département sportivement sinistré (Charleville redescend en N1 en basket, pas d’équipe de rugby, pas d’équipe de hand, pas d’équipe de volley), Sedan reste un étendard très apprécié par la population.

La disparition d’un club historique ?

Historique ? Vous pensez que j’abuse ? Sedan, c’est l’histoire d’un club complètement absorbé dans le contexte économique et culturel local. Les premiers présidents visionnaires étaient également les directeurs des Draperies sedanaises. Mais le grand architecte du CSSA demeurera à jamais Louis Dugauguez.

Louis Dugauguez, c’est Guy Roux avant l’heure. De 1948 à 1973, il reste à Sedan tout d’abord comme joueur puis entraîneur-joueur, voyant passer des mecs comme Lemerrre, Noah, Herbet ou Synakowski. Sous sa férule, le club passe de la DH à la D1 glanant même deux coupes de France en 56 et 61. Dugauguez a tout révolutionné avec son équipe de footballeurs-ouvriers. Car oui, l’après-midi, les mecs vont charbonner à l’usine après s’être entraîné… Dugauguez deviendra même sélectionneur de l’Equipe de France. Aujourd’hui, le stade porte son nom.

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Louis Dugauguez debout, l’âme du CSSA (crédits photo : l’union)

Avec cette descente en National et les soucis financiers, le doute subsiste sur le futur du club qui pourrait repartir à un échelon inférieur voire déposer le bilan. Dans la région, tout le monde espère que Sedan ne connaitra pas le même destin que l’Olympique de Charleville, qui a longtemps squatté la D2 dans les années 90 avant de connaître un dépôt de bilan. Aujourd’hui, ce club vogue dans les divisions régionales sans espoir de grand lendemain… Dudule mérite un avenir au niveau professionnel.

Mais bon les Ardennes ont toujours le club champion d’Europe de roller-hockey : Rethel !

Tristan Trasca

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15 Comments

  1. en tant qu’ardennais et fan de HJ voir un bon article sur Sedan de bon matin ça fait plaisir !!
    ça change de voir les Ardennes dans un média autre que pour de la pédophilie ou la pluie :-D

  2. Pas mieux que Rabe. J’en ai les larmes qui montent. Pourvu qu’on reparte en national avec les futurs vainqueurs de gambardella !

  3. Non pas dans l’indifférence générale, bien au contraire. Un club relégué administrativement, c’est une chance de maintien en plus pour des clubs de Natianal, à commencer par le Red Star.

    Donc je vais pas pleurer parce que effectivement, ça me ferait bien plaisir une rétrogradation de Sedan en CFA15.

    Après, plusieurs remarques :

    1. Fallait pas trop compter sur Guy Cotret de toute façon. Quand des mecs comme lui ou Michel Moulin traînent dans les parages, c’est de très mauvais augure. La diligence, les vautours, tout ça.

    2. Un dépôt de bilan, une relégation administrative, une saison en Natianal ? C’est pas la mort d’un club. Au contraire, ça permet de faire le tri entre les parasites et les vrais fans. Regarde du côté de Strasbourg ou Grenoble ce qui se fait.

    Ces choses dites, je vous souhaite bien du courage et bonne continuation.

  4. Attends mais… Le mec sur la photo de présentation, à droite, crâne rasé… C’est Brison non ?

    Qu’est-ce qu’il fout là ?

  5. J’avoue n’avoir jamais ressenti que de l’indifférence pour ce club (avec des petites pointes d’énervement face à leurs sangliers ou leurs smarts). En apprenant qu’ils descendent en bonne partie car ils ont eu les yeux plus gros que le ventre et qu’ils comptaient sur les contribuables pour combler les dettes, j’ai envie de dire « bien fait ».
    Après, c’est toujours triste une région sans clubs, et s’ils déposent le bilan, quid du centre de formation qui n’a pas l’air mauvais.

  6. La révolution viendra des Ardennes, il n’y a plus de pain, il n’y a plus de jeu. Le sanglier va chargé! Tremblez! Je pense que Patrick Remoulade l’avait déjà compris, on ne le voit plus depuis!

  7. Merci Rabe et Tibe ! Bien du courage.

    Porthos, j’espère que le Red Star aura pas besoin de Sedan pour rester en Natianal. Pour le reste, ça me parait difficile de comparer avec Grenoble et Strasbourg qui ont les moyens économiques de repartir d’un bon pied. Si Sedan se retrouve en CFA2 ou en DH, je doute qu’ils reprennent leur chemin vers le professionnalisme directement.

  8. Je suis triste pour le CSSA. C’est un club qui a une histoire, qui a fait vibrer des amateurs de foot,J’espère que les moyens seront trouvés pour repartir sur de bonnes bases. Bonne chance à vous les ARDENTS ARDENNAIS. Pour le Red Star le commentaire de son « supporter » est affligeant. Un Normand du Stade Malherbe CAEN

  9. Bien dommage , ce club c’est mes souvenirs de jeunesse avec mon père au stade Emile Albeau, je les ai vu les Fulgenzy, Maryan,Bernard, Faustino etc… mais aujourdhui il n’y a plus que l’argent qui compte….voire PSG,MONACO etc..et puis un jour ces gens retirent leur billes et c’est la cata.
    La région a trop peu d’habitants et d’industries pour soutenir un club pro actuellement et le contribuable ne peut pas toujours y aller de sa poche.
    j’ai toujours été étonné que SEDAN n’aie pas regardé du côté de la Belgique proche pour acquérir des joueurs (l’international Philippe ALBERT-Anderlecht-newcastle )était de Bouillon et MANGALA aux porteS de l’équipe de France jouait à Wépion (Namur)avant d’aller au Standard et POrto….LILLE et Valenciennes ont bien compris(HAZARD etc….)

  10. Merci pour cet article qui remet un peu l’église au milieu du village. Sedan c’est les matchs avec mon père, supporter de la première heure dans les année 50… depuis 1990 je supporte cette équipe et je me souviens de ces années folles avec Mionnet, Sachy mais aussi Rodolphe… Le match contre Martigues et la sortie en civière… jean-Marc Rodolphe de dos face à son but pendant un pénalty qu’il jugeait injuste… Les Smarts… La finale de la coup de France… Le but refusé de manière incompréhensible face au PSG sur leur pelouse… Et pendant toutes ces années où le club s’envolait, les commentateurs et journalistes y allaient de leur petite phrase assassine, étonnés de ce club, oubliant cette histoire des années Dugauguez, des footballeurs ouvriers, des coupes de France gagnées… Sedan c’était comme Saint Etienne et quelques années plus tard tout le monde faisait mine de ne pas s’en souvenir… Et que nous étions une surprise sortie de nul part.
    Bon bref, c’est vrai que l’esprit pugnace s’est perdu depuis quelques années, que les joueurs étaient moins passionnés depuis quelques temps, plus de passage qu’attachés à ce club…
    Je remercie Urano parce qu’il a quand même mis la main à la poche pendant des années et il faut bien mettre une limite.
    C’est comme dans une entreprise, le patron ne peut pas tout assumer, les salariés doivent aussi se battre… Aux joueurs donc de réagir sans juste penser à leur carrière et à se recaser…
    J’espère que nous serons encore nombreux l’an prochain à applaudir Dudule and co… Car même si c’est la Nationale, moi je serai là !

  11. Coucou, c’est un Téféciste qui vous parle, oui je sais, on doit être deux sur le site… Mais bon. Urano pour moi c’est le type qui a tué ce club. Certes la ligue 1 c’était trop pour Sedan, rapport bassin de populace, mais sans les frasques débiles de ce président, y avait moyen de viser une 15eme place chaque saison.

    Regardez, aujourd’hui quelques clubs stagnent par miracle (Ajaccio et Bastia, désolé les corses, mais aussi VA, Evian…), mais si y a pas de tunes, y a pas d’cloub ! Pour moi Sedan en finale de la coupe un an avant Calais, c’était kif-kif avec ces derniers. En gros ça révélait de l’amateurisme. Et c’était sympa.

    Hélas ! Les années 2000’s sont passées par là. Finis les clubs sans pognon, finis les clubs investissant dans des stades pour rien (Amiens, Le Mans, Grenoble… Lyon ?…) Mais une bonne nouvelle pour vous ! Les clubs de National qui remontent en ligue 2 remontent aussi en ligue 1 ! Je vous fais pas la liste de ces 12 dernières années. Bon ok faut d’abord remonter de national, mais Sedan le fera, parce qu’aujourd’hui regardez bien les clubs de national, il n’y a plus rien. Le TFC est bien remonté avec une équipe de CFA2.

    Bref pour finir, outre le fait que je prend les paris ici que Sedan remontera, je veux juste me rappeler de mon plus grand souvenir de Sedan : Le tacle du martégal Ferblantier sur Mazzéo lors d’une victoire 4-0 (je crois) qui emmenait le club vers les barrages de D2 (enfin je crois aussi si on peut me confirmer).

  12. Le CSSA ne laisse indifférent.

    Bien d’accord avec jean-marie, c’est très étrange que le CSSA ne braconne pas plus sur les terres belges.

    Après en ce qui concerne Urano, je peux comprendre les deux derniers points de vue. Mais je pense vraiment que sans Urano, il n’y aurait pas eu cette histoire des 15 dernières années à Sedan (bonne comme mauvaise). Cependant, il est clair que Sedan a eu du mal à prendre le virage du professionnalisme après la génération dorée de la fin des 90’s, en manquant aussi un peu de chance – combien de 4è place de L2 ces dernières saisons ?

  13. Le National c’est le couloir de la mort, tant que tu t’y maintiens, t’es toujours en vie, condamné certes mais vivant

  14. @mayoul : tu as bien raison pour le tacle et le contexte… ignoble d’ailleurs ce tacle, j’ai eu la chance de voir la radio de la jambe de Mazzéo (mon kiné était l’ancien kiné de Sedan à ce moment la) j’ai rarement vu une compote pareil…

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