Bordeaux – Marseille (1-1) : La Scapulaire Académie reste invaincue

«Un acacia ne tombe pas à la volonté d’une chèvre maigre qui convoite ses fruits ». L’invincibilité tiendra donc une année de plus…


Il fallait bien deux académiciens pour traiter correctement ce Bordeaux-Marseille. Cette rivalité est le dernier souvenir de nos ambitions passées, de notre grandeur décadente que nous refusons d’accepter. Alors, on affiche fièrement cette invincibilité comme le dernier trophée pouvant encore satisfaire notre ego blessé. Mais pour combien de temps encore ?



La crise de la quarantaine by Kiki 

Invité sur Gold FM, Valentin Vada évoque avec franchise le match de dimanche soir : « On sait que c’est le match de l’année, et cela peut tourner en notre faveur comme notre défaveur. On sait qu’on ne doit pas perdre ». A bien y réfléchir, la déclaration de notre Argentin pose un léger problème. En dehors de cette confrontation historique contre Marseille, on peut donc perdre, se faire balader par Amiens ou promener par des Rennais en vacances, tout le monde s’en fiche éperdument. Supporteur, ne vous ennuyez pas à regarder un autre match, profitez de votre samedi soir à vous délecter des téléfilms de France 3, du jeu d’acteur de Virginie Lemoine ou des blagues potaches de l’éternel Patrick Sébastien. Le match qui compte est à venir et il n’y en aura pas d’autres.

C’est plus sexy qu’un match des Girondins, non ?


En réalité, cette invincibilité ressemble de plus en plus à un fardeau trop lourd à porter pour nos petites épaules toutes frêles. L’an dernier, nos petits gars avaient tellement peur de perdre qu’il n’y a pas vraiment eu de match. A force de ne plus vouloir prendre le risque de perdre, nous ne savons plus vraiment comment gagner. C’est bien là tout le drame. Cette rivalité historique ne tient plus qu’à ce fil anecdotique d’une forteresse inviolée. Y renoncer c’est perdre le dernier lambeau de fierté qu’il nous reste, s’y accrocher c’est renoncer à voir plus grand. On ne va pas vous emmerder, une nouvelle fois, avec une théorie psychologisante de comptoir, mais ça ressemble fort à du Freud tout ça. Et en général, ça finit pas super bien.


On ne regrette pas vraiment la communication claudicante de Jean-Louis Triaud. Surtout que dans les grandes occasions, le big boss est habituellement de sortie. Faut dire qu’il doit être drôlement occupé entre la reconduction du contrat de Stéphane Plaza et la production de la 77e émission culinaire de M6 (après les boulangers, les charcutiers, les pâtissiers et les charcutiers, vous découvrirez le formidable métier d’équarrisseur avec Franck Jurietti dans le rôle de Cyril Lignac). Si nous ne mettons pas en cause sa faculté à faire de l’audience avec des programmes de merde, vous nous permettrez d’être circonspect quant à la communication sportive des Girondins. En pleine crise de confiance, le patron se permet cette sortie toute en délicatesse : « On a vécu un trou, on va voir si c’est un trou, et si ça ne l’était pas on sera obligé de prendre des décisions ». Si Nico voulait donner une recette aux joueurs pour virer le coach, il ne s’y prendrait pas autrement…


Le match by Nausée Savajicl

L’affiche ne pouvait pas mieux débuter : l’ouverture de la faille de San Andreas dans le film du dimanche soir de la Une a fait trembler la Terre jusqu’en Gironde et accessoirement le pied de Zambo-Anguissa au moment de sa passe latérale vers Sanson. Nicolas « The Rock » de Préville a saisi sa chance de se muer en héros. Il réquisitionne le ballon plein axe, dépose des figurants grâce à une jolie accélération, résiste au « tsurami » et déclenche une frappe imparable (1-0). Et comme dans tout blockbuster qui se respecte, vient ensuite une série d’explosions… De joie sur la pelouse, sur le banc, dans les tribunes et dans mon caleçon. De soulagement et de fierté dans le maillot numéro 12. On joue depuis moins de trois minutes et les Girondins sont déjà devant ! Ils ne relâchent pas leurs efforts et leur pressing assez haut gêne la construction des Marseillais. Otavio tire deux fois, c’est plus marrant qu’autre chose mais l’intention est à noter. Les chants des Ultramarines, chauds comme des braises, résonnent : « OM, OM, on t’aime encore plus que nos femmes ».


Après dix minutes de jeu, les Phocéens sortent la tête de l’eau, par l’intermédiaire de Thauvin ou Payet, auteur d’un raid aussi long que la ligne droite de Longchamp, Thierry, mais bien stoppé par Toulalan. Les adversaires prennent la possession, ils progressent rapidement, mais sans se montrer dangereux. La fulgurance du cancer du pancréas, la toxicité d’un grain de beauté… Quant à nos Bordelais, ils attaquent principalement par contres grâce à des récupérations hautes : De Préville met la pression sur Zambo et permet à Lerager d’intercepter le cuir. Il lance Kamano qui déborde et centre à ras de terre vers Sankharé qui arrive lancé mais frappe au-dessus. Ce même Younousse s’est écroulé dans la surface à la demi-heure de jeu après un contact avec Rami. Le penalty semblait justifié mais ne fut pas sifflé. Si tu restes debout, ça ne va pas. Si tu t’écroules trop tôt, ça ne va pas non plus… même les fusillés, on ne leur en demande pas tant.

La pause arrive. Le match est plaisant, on voit des imprécisions mais le pressing est intense. Il est dommage que ce déchet ait empêché les Girondins de pousser un peu plus les actions.

de Préville au micro, lors du retour aux vestiaires : » Je voudrais remercier les supporters girondins d’avoir cru en moi durant tout ce temps ».


La deuxième mi-temps débute avec la sortie de Payet remplacé par Maxime Lopez, le premier ramasseur de balles à évoluer en Ligue 1. Pellenard, qui est le premier fin limier de l’élite, fauche d’emblée un Marseillais à l’approche de la surface alors qu’Otavio semblait pouvoir récupérer le ballon. Le coup-franc, tiré directement, est repoussé des deux poings par Costil. Quelques minutes plus tard, sur un centre de Sanson, notre gardien hésite à sortir et Thauvin reprend. Ce n’est heureusement pas cadré. Bordeaux souffre, mais Malcom parvient à placer des accélérations qui rendent fous ses adversaires. A l’heure de jeu, une frappe lourde de Sankharé est repoussée par Mandanda. La suite est un peu plus hachée, jusqu’à cinq minutes de la fin du temps réglementaire. Mendy, entré quelques minutes plus tôt, réussit à se débarrasser de deux défenseurs avant de centrer pour Malcom au point de penalty. Celui-ci, dos au but, sert Sankharé qui enroule, qui va marquer, c’est sûr, il a déjà trop loupé pour un buteur de sa trempe et puis un but contre l’OM, pour lui l’ancien du PSG… Il enroule donc et manque le cadre. Deux minutes plus tard, Toulalan était proche de rééditer sa performance rennaise, à savoir inscrire un but à Costil d’une tête plongeante. Plus de peur que de mal…


Nous sommes maintenant dans les arrêts de jeu. Mitroglou mi-pas assez concentré, gâche une belle occasion en bâclant une frappe qui passe largement au-dessus. Au passage, c’est étrange comme tout communique dans le corps : quand je stresse, ça me chatouille le cul et quand je me relâche, je pète. Heureusement que ma femme n’aime pas le foot. Oui, heureusement. Car la suite l’aurait vraiment fâchée. A une minute de la fin, Malcom a poussé trop loin son ballon en entrant dans la surface. Et un ultime coup-franc, au milieu du terrain, est balancé par Mandanda. S’en suit un cafouillage, on n’arrive pas à dégager le ballon, ça revient sur Sanson, qui frappe et… qui marque ! A la dernière seconde ! Quelle débandade ! Les fluides qui s’échappent de mon corps ne sont pas ceux dont je suis le plus fier.

Alors qu’une victoire contre l’OM aurait pu faire oublier les ternes prestations précédentes, le résultat final et le scénario du match laissent un sale goût dans la bouche. Être à deux doigts de gagner et craquer comme ça, c’est plus que rageant. Chacun peut rejeter la faute sur qui il veut. N’empêche qu’une fois n’est pas coutume, si l’envie et l’engagement étaient au rendez-vous, nous avons manqué de qualité technique pour finir nos actions. Quand on regarde les autres résultats de la journée, on peut se dire que nous avons raté une belle occasion de reprendre des points sur tout le monde.

Le football et la mode du chambrage : après avoir asséné un coup de massue aux supporters girondins, Sanson s’est écrié : « Ici c’était Bordeaux- Marseille ».


Les Notes

Puisque vous avez été assez sages, nous vous offrons en exclusivité une double ration de notation. Ne nous remerciez pas…


 * Le bulletin de Kiki Musampala *


Costil : 2/5
Rassurant jusqu’à la 94e minute, il n’a rien pu faire sur le but du fils à Véronique. Rageant.

Pellenard : 1-/5
C’est un grand jour. Il a réussi. Le garçon nous fait regretter Poundje. J’aimerais ne plus faire d’académie le jour où nous regretterons Marc Levy et Guillaume Musso.

Je préfère encore marcher sur ce putain de chemin de Lego que de me taper chaque semaine les matchs de Théo.

La Toul’ : 3/5
Bon match de l’Ancien mais comme c’était Mitroglouglou en face, ça compte pour du beurre. Et comme nous sommes en pénurie de beurre…

Lewczuk : 2/5
Le Polonais est costaud, le Polonais est vaillant, le Polonais est courageux, le Polonais n’abandonne jamais mais le Polonais fait beaucoup de fautes. Va falloir en reparler des travailleurs détachés… Remplacé par Verdon à la 80e minute, qui ne devait pas avoir mal à la gorge (même pas honte en plus) pour ses débuts.

Sabaly : 2/5
Il ne sait plus défendre. Il enchaîne des relances approximatives, des passes à l’adversaire, un marquage aléatoire. C’est fini Halloween, tu peux le retirer ton déguisement de Bruno Basto, mec.

Otavio 3/5 : (HDM)
Le meilleur Bordelais ce dimanche. Dans cette bouillie de football, le Brésilien a vainement essayé de poser le ballon au sol, de relancer sur les cotés. Il a cette faculté à être toujours bien placé, d’avoir le geste juste. Il lui reste à gagner en régularité et trouver dix partenaires ayant les mêmes ambitions que lui.

Lerager : 2+/5
Nous avons retrouvé, par moment, le Lukas du début de saison. Bien plus incisif et agressif sur l’homme, il a toutefois pêché dans l’utilisation du ballon. Et pourtant dans sa zone, y’avait le Zambo Zambo, étrange joueur évoluant, paraît-il, au milieu de terrain.

Sankharé : 2/5
Younousse est bien dans son époque, revendiquant, haut et fort, son véganisme transgenre. Il bouffe la feuille avec une authentique vigueur militante. La semaine prochaine, notre Sénégalais s’attaque au problème de l’écriture inclusive. Vous êtes prévenu.e.s les Caennais.e.s (par contre nous, on va probablement un peu galérer pour écrire l’académie).

Malcom : 2/5
Va peut-être falloir finalement faire venir Dewey, Reese et Francis tant notre héros se perd dans ses dribbles, à jouer tout seul tête baissée…

Kamano : 2/5
Il avait plutôt bien commencé en faisant souffrir le pauvre Sakai dont on ne se moquera pas cette fois-ci (promis hein, en plus, il faisait plutôt bon pour un mois de novembre). Mais il a replongé une nouvelle fois dans ses terribles travers (sans sauce) tentant de dribbler le juge de touche, taclant à hauteur d’oreille. Remplacé par Cafu à la 89e pour l’anecdote.

« C’est bon les gars, je me lance ». François, quand la motivation se confronte à la réalité.

Preville : 2+/5
Il est venu le temps de Préville, le monde est entré dans un nouveau millénaire. L’homme a voulu marcher vers les étoiles, écrire son histoire, dans le verre ou dans la pierre. Bon après, si tu pouvais éviter d’attendre deux mois pour mettre un autre but, on ne t’en voudra pas hein. On ne va pas citer du Garou toutes les semaines. Remplacé par Mendy à la 76e minute, qui a fait le travail (mais on ne sait par encore lequel), adressant même une belle passe à Malcom.

Pour les Z’otres d’en face, on vous invite à lire l’académie de Blaah. On notera que Roudi n’a pas eu le courage d’aligner le meilleur Croate de Ligue 1. C’est con, je suis sur qu’il aurait été bien accueilli…


 * Le bulletin de Nausée Savajicl *


Costil : 2+/5
A fait le boulot sur le peu de tirs cadrés qu’il a subis. Une sortie mitigée sur un centre qui a abouti à une reprise à côté de Thauvin. Ne peut pas grand-chose sur le but, caché par une forêt de jambes dont celles de la vieille branche de Jeremyum. Doit montrer plus d’autorité envers sa défense sur certaines phases de jeu même si on est quand-même pas revenu au temps de Prior/ Contento/ Pallois.

Sabaly : 2/5
Comme à son habitude, a participé au jeu offensif, combinant avec Malcom. Comme à son habitude, malgré quelques bonnes interventions, son adversaire direct a pris le dessus. Il manque toujours un petit quelque-chose pour retrouver son niveau de l’an passé.

Malgré la barrière de la langue, Milan Gajic aimerait faire comprendre qu’il se verrait bien titulaire, lui aussi.

Lewczuk : 3/5
Pour un mec qui n’est pas souvent titulaire et qui a joué diminué, il sort une performance pas si dégueu. Un petit plus pour l’impact physique qui avait manqué ces derniers temps. Avec les tampons qu’il met, sa nana ne sera jamais à court de matos. Remplacé en fin de match par Olivier Verdon, dont c’était la première apparition en match officiel cette saison.

Toulalan : 3/5
Bien dans son match, il a notamment réalisé une belle intervention après une percée de Payet. L’appétit vient en marquant. Encore euphorique depuis son but inscrit d’une tête plongeante contre Rennes, il a failli récidiver alors que Costil attendait le ballon derrière lui.

« Jérémy, si vous aviez le choix entre vaincre la faim dans le monde, éradiquer la misère animale ou marquer un but d’une sublime tête plongeante lors d’un Bordeaux-Marseille un soir d’anniversaire des Ultramarines, vous choisiriez… »

Pellenard : 1/5
Il a souffert face à Thauvin, mais il ne sera pas le seul arrière gauche dans ce cas. A parfois eu besoin de l’aide de Kamano et a commis quelques fautes bien bêtes. Je n’arrive pas à savoir si le déficit est d’ordre moteur ou cérébral.

Lerager : 3/5
Agressif et présent tout au long de la rencontre. Ce genre de match est fait pour lui. Sa haine de l’injustice, exprimée lors d’un tacle qui ne méritait pas de faute, montre qu’il peut être un leader de l’équipe. Ou à défaut des Prophets of Rage.

Otavio : 3/5
Il a gratté un bon nombre de ballons, mais il en a encore perdu sur des passes qui semblaient faciles. Il a en tout cas essayé de poser le jeu. Une belle science du placement mais sa qualité de frappe… Les nouveaux ballons, ils n’étaient pas censés embêter seulement les gardiens ?

Sankharé : 2/5
Dans la continuité des matchs précédents, il n’a pas eu l’impact escompté dans la récupération et l’animation. Présent tout de même dans certains bons coups, il n’a pas réussi à conclure. Il aurait pu bénéficier d’un penalty en première période.

Malcom : 2/5
Auteur de plusieurs accélérations fulgurantes, il a rendu fou ses adversaires par moments. Rolando est encore en train d’essayer de revenir sur lui, d’ailleurs. En deuxième période, il fut beaucoup plus brouillon, indigne de son potentiel. Le facteur (X) n’est pas passé, il repassera (j’espère) dans cinq minutes…

Kamano : 2/5
Meilleur pour défendre que pour attaquer, ce qui est dommage pour un ailier, mais sur le coup, ça a bien gêné Thauvin. S’il conduit comme il joue, il risque d’abîmer le pare-choc avant plus d’une fois à force de s’encastrer dans chaque obstacle qui se présente face à lui. Je n’aimerais pas être un mannequin d’entraînement du Haillan. Cafu l’a remplacé à deux minutes de la fin du temps réglementaire et n’a pas eu le temps de se montrer.

Nicolas de Retour : 3+/5
La meilleure note de l’équipe car il est l’auteur d’un bien beau but, mais il a surtout montré une combativité de tous les instants, un pressing incessant (la sélection chinoise l’a d’ailleurs approchée depuis dimanche). Averti assez tôt dans le match, il n’a pas relâché les gaz. J’ai serré les fesses de peur d’une expulsion. Sorti à un quart d’heure de la fin pour Mendy, qui a réussi des remises intéressantes et a peut-être pu reprendre (ou nous redonner) un peu de confiance dans son jeu.


Ailleurs dans le Monde

Histoire de vous dégoûter un peu, Mauro Arambarri continue de faire une très belle saison à Getafe. Diego Rolan retrouve le goût d’une victoire qui sauve temporairement Michel de l’éviction. Les fans du Werder sont soulagés, les Verts ont gagné haut la main en étrillant Hanovre 4-0. Lamine Sané est resté sur le banc, ceci expliquant peut-être cela (on n’est mauvaise langue, mais on assume)…

On se retrouve pour une académie en Normandie la semaine prochaine. En attendant, vous pouvez toujours lire mes navrantes saillies sur Twitter et l’académie de Nausée contre Sainté…


 

Kiki Musampala

Élevé en fûts de chêne et mis en bouteille au château.Exilé à Charlestown. Voisin de Rimbaud et de Francis Maroto.

2 Comments

  1. N’engueulez pas Garcia pour Sertic, je suis sur qu’il ne demandait qu’à l’aligner. Mais il est blessé, ce couillon.

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