BORDEAUX-NANTES (1-1) : LA SCAPULAIRE ACADÉMIE DEVANT LE DERBY DE L’ATLANTIQUE

« La buse qui plane ne se doute pas que ceux qui sont en bas devinent ses intentions » et ça ne l’empêche pas de bouffer. Maintenant, remplacez Buse par Malcom, ça marche très bien…


Le Match

Ah c’était bien les vacances, quinze jours sans vous parler de football, de nos frustrations inavouées, de nos humiliations plus ou moins assumées et de l’espoir qui nous anime de nous réunir une nouvelle fois place des Quinconces et d’afficher notre fierté. Les cloches ont sonné, la récréation est belle et bien terminée, me voilà devant vous, avec l’ambition déraisonnable de réaliser mon terrible forfait.

J’ai recherché pendant quelques heures comment évoquer ce derby de pacotille (on imagine assez mal la souffrance d’un académicien). Vous savez comment reconnaît-on facilement un Derby qui n’en n’est pas un? C’est pourtant facile. Il suffit de lire les spécialistes et les journalistes en quête de formule et de déceler une petite qualification exotique. Pour autant, il serait hypocrite de ne pas reconnaître au moins la singularité de notre rivalité avec les Nantais mais pourquoi l’affubler d’un nom ridicule ? Le « Derby de l’Atlantique » sonne comme une fausse promesse, comme un étrange hommage au mur, le long des côtes françaises, de la Wehrmacht prétendument infranchissable. Quitte à jouer avec l’histoire géo, nous aurions préféré un peu d’audace. Ahh je vous le concède, il faut avoir un minimum de panache pour oser dénommer ce match « L’Esclavico » ou un truc dans le genre. Pis, faut bien le reconnaître, ce n’est pas très vendeur, surtout en dehors de nos frontières. Et y’en a marre de toujours résumer Bordeaux à la traite négrière, au pinard, à Julien Courbet ou à Pascal Obispo.

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Après les actualités Pathé, voici en exclusivité, les dernières images du jeu à la nantaise

Quel que soit son nom, ce match est, qu’on le veuille ou non, particulier. On peut rager sur les effets de manche et l’habillage. Mais soyons honnête, une fois n’est pas coutume, si tu retires toutes les petites conneries dans ce genre, il ne reste pas beaucoup de matière dans cette ligain. Il ne faut pas renoncer à sa ligne éditoriale, aussi foireuse soit elle. Regardez RMC Découverte, ils remplissent leur grille exclusivement avec des documentaires sur la seconde guerre mondiale. Ils assument. Si t’es un peu en manque de III Reich (la fameuse fringale au milieu de la nuit), si tu veux tout savoir sur le dernier repas d’Hitler, la libération de Paris, tu sais que tu peux zapper sur RMC. Ils seront là, fidèle au poste. Alors tant pis, utilisons les éléments de langage, et parlons enfin de ce derby de l’Atlantique.

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La feuille de match

Les Nantais arrivent en confiance en gironde. Ranieri a réussi à soigner des canaris traumatisés par le départ surprise de Conceiçao à Porto. Le technicien italien semble touché par une certaine grâce depuis quelques matchs. Quand ce n’est pas Girotto qui claque une frappe somptueuse de 70 mètres, c’est Tatarusanu qui sort des arrêts improbables et quand ça ne suffit pas, on appelle Monsieur Abed (nous y reviendrons plus tard). Dimanche, Ranieri avait choisi de renforcer son milieu de terrain pour empêcher le jeu de transition girondin Pendant une bonne quinzaine de minutes, l’étreinte nantaise commençait à devenir, permettez moi cette trivialité, légèrement casse couille. Et après ? Ce fut le vide, le néant, aucun jeu, aucune ambition de venir chercher les 3 points. Devant cet océan (atlantique, paraît-il) de rien, nous avons été aussi opportunistes et efficaces qu’un trader bulgare se pavanant devant ses actions d’Euro-tunnel en 1987. Le jeu se résumait à donner la ba-balle une fois à Kamano, une fois à Malcom, en espérant juste un petit miracle, le plan parfait pour faire un vieux nul. On oublierait presque Nicolas de Préville. Depuis son arrivée, il a cette faculté fascinante à n’être jamais au bon endroit, au bon moment. Le suspens a assez duré Nico, il est grand temps de nous rassurer maintenant.

Mais l’homme du match reste sans contestation possible le prodigieux monsieur Abed. Ce n’est pas facile d’être arbitre, faut bien le reconnaître. Mais, ce n’est pas, non plus, à la portée de tout le monde de pouvoir se tromper systématiquement sur chaque décision. Chapeau l’artiste. « C’est en faisant n’importe quoi, qu’on devient n’importe qui ». Monsieur Abed est élu à unanimité Rémi Gaillard du jour.

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En voilà une bonne idée, va falloir y penser sérieusement…

Les Notes

Costil 2/5 Il ne peut rien faire sur le but et comme c’est la seule occasion nantaise du match, difficile de noter la prestation de Benoit.

Lecwzuk 2/5 Solide défensivement, Igor n’a pas beaucoup convaincu dans sa capacité à déborder, à combiner avec Malcom, C’est pas faute d’essayer en plus. Alors certes, il peut dépanner à droite mais il ne faut rien attendre de plus. Tu peux faire ce que tu veux, tu ne transformes pas une Mikrus MR 300 en voiture de course. Mais on préfère rouler en voiture polonaise plutôt que d’essayer Contento à droite.

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Oui, cette Mikrus MR 300 va plus vite, en marche arrière, que Diego Contento

Jovanovic 2/5 Pas au top sur ce match, Jovanovic a failli dans la relance mais pas au point de nous faire regretter Pallois (dont nous avons regretté l’absence, soit dit en passant).

Toulalan 3/5 Oh Nakoulma, Nakoulma, il danse tous les soirs, pour les dockers du port, qui ne pensent qu’à boire. C’est pour cette raison que notre défense centrale a oublié Prejuce (c’est son prénom, je n’y peux rien). En dehors de ce moment d’ivresse, Toulalan a géré tranquillement les jeunots sans expérience. On lui fait pas, il a le BAFA Jeremy.

Pellenard 2/5 Défensivement, il remplit sa mission plutôt correctement, bien aidé par des canaris aussi offensifs qu’un nuage d’éphémères fonçant sur le premier réverbère qui passe. Il n’a pas su combiner avec Kamano, adressant des centres comme on gratte un ticket de banco. Tu sais très bien que tu ne vas rien gagner, mais tu tentes ta chance malgré tout, On ne sait jamais. C’est le résumé du match de Théo, il ne semble pas toujours convaincu de ce qu’il fait. Mais il le fait. On ne sait jamais.

Otavio 2+/5 Devant un Khrin aussi dangereux que Tinky Winky sous exta, Otavio a joué à sa main. Mais il aurait du profiter de cette aubaine pour se montrer offensivement. En réalité, il a essayé. Et visiblement, ce n’est pas son point fort.

Sankharé 2/5 Pas à l’aise dans ce milieu de terrain, il laisse sa place (à la 68e) à un spécialiste en la matière, Valentin Vada. L’argentin a du mal à convaincre. On ne parle même pas de donner du rythme au jeu. Ce n’est pas un magicien. Valentin est en cruel manque de confiance et ça devient de plus en plus problématique.

Lerager 2/5 Asphyxié, comme toute l’équipe, en début de match par le milieu nantais, Lukas a su s’adapter aux contraintes tactiques imposées par Ranieri. Mais on attend plus du trio au milieu, plus de projection vers l’avant, plus de solution offensive.

Kamano 2/5 Comme il aime les petites équipes, on croyait fort en lui. Mais il s’est perdu dans ses dribbles, dans ses courses tête baissée qu’il répète sans cesse. Remplacé par Cafu, à la 60e, qui bouffe la feuille de match et le stylo. Son entrée ne devrait pas donner envie à Gourvennec de l’essayer comme titulaire. On peut le comprendre.

C’était presque ça François…

Malcom 2+/5 Il devait encore avoir la tête au Brésil. A force de briller en Seleçao, à force de ridiculiser le pauvre Neymar, Malcom a du mal à se motiver pour un Bordeaux-Nantes. On oublie trop souvent que notre Brésilien n’est pas encore le joueur qu’il sera (je vous laisse réfléchir, quelques secondes, à cette formulation pour le moins alambiquée). Le Malcom de 2017 s’endort parfois sur son coté, récite ses gammes sans trop de conviction, Mais lui seul peut réveiller ce Bordeaux là. Dommage qu’il loupe aussi ce penalty si durement obtenu.

Préville 2-/5 Il passe de « prestation famélique » à « médiocre ». C’est une progression, ne faisons pas la fine bouche. Il semble un peu perdu à la pointe de l’attaque comme le petit 6ème qui va découvrir le collège et sa faune sauvage. Ses quelques éclairs de jeu (car Nicolas a du ballon) ne peuvent pas sauver son match. Mais si Malcom conclut, comme il se doit, son face à face, sûr que nous aurions tiré un tout autre bilan. L’homme à la particule restera donc muet, une fois de plus…Remplacé par Mendy, à la 74e, qui signe un quart d’heure américain. Il a attendu vainement qu’un ballon l’invite à danser avant de se rasseoir pour boire sa limonade avec ses copains.

Pour les mecs d’en face, demandez donc à Coco.

La Scapulaire Académie s’agrandit

La Scap’ vient d’enfanter un académicien, Nausée Savajicl.
« Issu de l’immigration girondine à l’est de la Garonne, j’ai profité de l’annonce de recrutement parue cet été pour trouver un trouver un emploi au pays des droits de la Sécu.

Attiré par le ballon rond et la médecine obscure, les Girondins et plusieurs de leurs joueurs atypiques ou atteints de maladies auto-immunes seront pour moi un terrain de jeu intéressants à explorer. Nous pourrons peut-être ainsi expliquer certaines performances par des raisons médicales ou trouver des arguments en faveur d’un remplacement de BenGi par un chien d’aveugle pour aider Kamano à vivre avec sa DMLA.

Nous serons donc deux académiciens à retracer les rencontres des Bordelais et je tiens à remercier Kiki pour son accueil et la possibilité qu’il m’ait laissée de me présenter dans son article. D’ailleurs, la présence commune d’un Musampala et d’un Savajicl montre à quel point l’équipe championne de 1999 a marqué les esprits. Je m’imagine accueillir dans le futur des Pastilles Vada ou des Théo Peinard, ce qui serait plutôt bon signe…

Pour continuer à rêver, nos Girondins seraient déjà bien inspirés de se relancer après deux rencontres sans succès. Cela passera par une victoire contre Amiens, que nous allons affronter au… Havre. Le « Jeu de l’Oie Liguain® » est terrible : si tu ne franchis pas l’obstacle du derby de l’Atlantique, tu repasses par la case Ligue 2. Mais voyons le bon côté des choses. Ce match, qui fera de moi un académicien dépucelé, me permettra de faire mes preuves avant de m’attaquer au niveau supérieur.

Plus sérieusement, les Bordelais, qui ne sont culturellement jamais à l’aise lorsqu’il s’agit de jouer contre des promus, devront réaliser un match sérieux s’ils veulent se rapprocher du podium. Remettre la tête à l’endroit dès samedi ne serait pas plus con, quand on pense aux prochains adversaires. Si on veut que la famille s’agrandisse encore, il ne faut pas laisser trop d’occasions de séduire en cours de route« .


Ailleurs dans le Monde…

Pascal Obispo fait encore parler de lui. Comme s’il nous faisait déjà pas assez chié avec ces comédies musicales, il a tenté d’écrire un hymne pour le club. Déjà que Puma fait tout pour qu’on se foute de notre gueule (si, si, ça commence à se voir les gars), on ne va peut être pas en rajouter une louche. Reste concentré sur Jésus, Pascal ! C’est une injonction.

L’expérience de Willy a tourné court au Bayern. On a connu des scoops plus déroutant. Sinon, on parle de Bordeaux en Roumanie et nos U19 vont tenter de signer un exploit authentique en Autriche en Youth League.

On se retrouve pour le match de Monaco, en attendant, n’hésitez pas à me suivre mes navrantes saillies sur twitter et de vous délecter de tous les plaisirs que nous offre horsjeu

Kiki Musampala

Élevé en fûts de chêne et mis en bouteille au château.Exilé à Charlestown. Voisin de Rimbaud et de Francis Maroto.

5 Comments

  1. Merci pour l’Acad, un plaisir comme d’habitude !
    Et bienvenue à la nouvelle recrue académicienne.

  2. Bravo pour la chronique toujours aussi bien écrite et drôle. C’est un réel plaisir de vous suivre.

  3. Un article d’un niveau bien plus élevé que les ambitions du club. Sans manquer de respect à l’auteur, je préférerais l’inverse…

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