Dijon-Bordeaux (3-2) : La Scapulaire Académie dans le remake d’un Jour sans Fin

« La nuit dure longtemps mais le jour finit par arriver » On ne veut pas être pénible, mais ça fait un moment qu’on attend quand même…

Une semaine chez un Bordelais

Nous avons suivi un Bordelais une semaine entière (ce fut long et épique), entre espoir et désespoirs, morceaux choisis d’une semaine ordinaire à la frontière du réel.

Dimanche

Le supporteur Bordelais se réveille avec une bonne gueule de bois. Le match fut tellement affreux que nous avons cru qu’une bonne dose d’alcool soulagerait notre douleur tenace. On sait bien que c’est particulièrement débile sinon les hôpitaux psychiatriques fileraient du rouge qui pique à tous les névrosés qui s’affichent et aux dépressifs qui s’ignorent. Il n’en est rien. On peut le regretter, ça égaierait les longs dimanches d’hiver où l’animation principale consiste à jouer au scrabble en cherchant par quel moyen se foutre en l’air avec que des voyelles dans ce putain de jeu. Cessons les divagations thérapeutiques et revenons à notre sujet. Ce dimanche matin douloureux nous rappelle à notre triste réalité, si le paracétamol peut soigner le mal de crane, aucun traitement médicamenteux ne peut soigner notre amour des girondins.

Un lendemain de match ordinaire pour un supporteur girondin.

On ne connaît que trop bien les lendemains de défaite. Première règle ? Éviter toutes discussions sur le football et sur le sport. Il faut faire attention aux pièges, tu peux te croire à l’abri de tout danger, quand au milieu d’une discussion viticole, ton voisin te demande innocemment le résultat des Girondins en rajoutant laconiquement « Quand on pense qu’il aurait suffit d’envoyer quelques caisses de vieux Médoc frelatés au président Fortin pour gagner le match ». Deuxième règle ? Éviter tout contact avec la presse et encore une fois, faites attention aux faux amis. Alors que tu regardes un vieux « stream » tout moisi, une vieille pub’ peut ressortir de nul part et te proposer, dans ta ville, un plan à trois, et l’occasion de t’offrir un anus tout neuf. Non merci, je garde cette opportunité pour mon club de foot adoré.


Lundi

Ah enfin le lundi. Le supporteur Bordelais a cette particularité singulière. Il adore le lundi. Pourquoi ? Le week-end est encore loin et la perspective de ne pas déprimer sur un match des Girondins est trop belle pour ne pas apprécier la douceur d’un lundi. Je vous rassure, il y a bien pire que nous. Les Messins ont la sensation de vivre toute l’année au mois de Novembre, dans la pénombre tristounette d’un automne frisquet. Il faut aussi mesurer le malheur des autres. Ça ne soulage pas vraiment notre peine mais ça rassure.

Mais ce lundi n’a pas la saveur habituelle. Demain, nous rejouons déjà, contre nos amis foreziens aussi pathétiques que nous. Il est temps de jeter un coup d’œil au classement et de constater avec effroi que nous sommes bien plus proche de la relégation que des strapontins vers l’Europe. Malgré tout, nous resterons encore invaincu contre les Marseillais au moins une année de plus, ça mérite bien une petite piquette avec la soupe du soir.

Mardi

C’est jour de match !! Objectif du jour ? Éviter de regarder la cinquantième vidéo de Julien Cazarre se moquant de Diabaté avec son accent africain digne d’un Michel Leeb en petite forme. La perspective de voir un duel au sommet entre Mendy et Florentin Pogba nous redonne, malgré tout, le sourire. Tu comptes les heures avant le début du match en cherchant dans tes petites habitudes la raison des défaites bordelaises. Quand je regarde le match en caleçon, on ne perd jamais. Si je bois trois bières en levant la jambe gauche, Costil fait un arrêt. Tout doit être calculé, rien ne doit être laissé au hasard. Mais voyez vous, quand tu ne gagnes pas un seul match en deux mois, il faut chercher loin pour trouver des superstitions positives. Par contre, tu n’as plus le droit de regarder le match dans le canapé, en jean, avec un polaire, en ayant soupé, avec et sans le son. Tu passes plus de temps à te préparer pour le match que le coach Gourvennec à faire sa composition d’équipe.

On applaudit bien fort Julien Cazarre qui imitera ce dimanche soir l’excellent Kwon à la façon de …

20h45, tout est en place. Tu constates assez rapidement que l’affiche du soir ne fait pas le plein. C’est malheureux de constater que vingt mille pèlerins se battent en duel pour assister à un Bordeaux-Sainté, vestige désuet entre deux vieux clubs historiques de ligain. Nous avons à peine le temps de nous moquer du pauvre Florentin Pogba que nous menons déjà 2-0. Ce soir, c’est jour de fête, première victoire depuis deux mois.


Mercredi

Ahahaha, on a gagné. Tu regardes le classement avec délectation. Finalement la cinquième place ne semble pas si loin. Et pis, Mendy avec son niveau de jeu, il peut aller jouer des coudes en équipe de France. On tient une équipe là. Saint-Etienne était d’une faiblesse sans nom mais ça doit être à cause de notre puissance. A bien y réfléchir, la Ligue des champions n’est pas si loin. De toute façon, l’an prochain, on finira la saison en 2019 et on sait très bien, en gironde, comment tout ça finira.

Pour la première fois depuis deux mois, on peut allumer la radio, lire la presse et même regarder du foot en se permettant une pointe de sarcasme. Malheureusement, la presse ne parle pas de nous. Les spécialistes de L’Équipe TV passent leurs temps à débattre sur la « calinothérapie » parisienne. Vous aimeriez qu’on parle football ? Que vous êtes candide, L’Equipe préfère traiter de sujets sérieux :

  • « C’est un câlin un peu forcé, mais c’est un câlin ».

  • « Oulalala Un bisous sans mettre la langue, ça ne compte pas vraiment hein »

Une presse qui n’a pas honte de faire le même métier qu’Elice Lucet

N’empêche, on peut regarder le multiplex, rire de nos camarades messins et du malheur de Pascal Dupraz. De toute façon, nous, on s’en fout, l’an prochain, on joue la ligue des champions.


Jeudi

Un peu plus, on se serait cru un lundi. En conférence de presse, le coach et les joueurs se congratulent comme s’ils avaient gagné « La Nouvelle Star » ou « Une famille en Or ». On est à la limite d’entendre des remerciements à la pelle : « Je remercie le coach d’avoir cru en moi, à mon agent sans qui rien n’aurait été possible, et bien sur à ma femme qui est à mes cotés tous les jours. » Merci Benoît, mais on espère gagner plus d’un match tous les deux mois.

Les Dijonnais parlent de nous comme d’un « gros morceau », visiblement, ils n’ont ni bossé la vidéo, ni supervisé nos matchs. Sur internet, on commence à voir fuser les « Si on est pas capable de battre Dijon, comment veux tu espérer jouer le Mondial des Clubs ? ». Vivement demain.


Vendredi

Le week-end se profile enfin. C’était pas gagné d’avance avec cette semaine avec deux lundis. Ce soir, c’est la rédemption, la remontée au classement. On commence à chercher doucement des jeux de mots, « des blagounettes » sur la moutarde, les chauffeurs de bus, sur ce pinard à la con qu’il faut garder en cave vingt ans avant de le savourer. On appelle ça « la méthode Fourniret ».

Enfin, 20h45, le début du match. On va les étriller les Dijonnais, Yambéré va bien nous faire rigoler, Mendy impressionnera la Dèche qui regardera le match en direct du Kremlin.

On avait presque tout bon…

Samedi

Bordel, c’est quoi cette gueule de bois ? Tu avais presque oublié cette sensation désagréable. Tiens finalement, nous ne sommes qu’à quatre petits points de la relégation. De toute façon, on va descendre, c’est certain. Et pis M6 devrait nous vendre, Dugarry a raison dans le fond, nous ne sommes pas assez exigeant.

On va passer ce samedi à se morfondre, à regarder du ski acrobatique sur Eurosport. Ce sont les championnat du monde « indoor » quand même.

Dimanche

Le Milan AC fait un match nul contre le FC Metz italien en encaissant un but à la dernière seconde par le gardien adverse. On se sent un peu mieux dans notre peau de supporteur bordelais. Enfin, on tremble quand même un peu en attendant le prochain duel contre l’ogre alsacien qui a terrassé le PSG. C’est un choc terrible pour le maintien…


Les Notes

Costil 2/5
Jamais fautif, jamais décisif, responsable mais pas coupable, Benoît encaisse encore trois buts sans faire un seul arrêt. D’une certaine façon, il est assez efficace.

Sabaly 2/5
Si Sabaly dépanne à gauche, on ne peut pas dire que le résultat soit très convaincant. Il peine à jouer avec son pied gauche, à déborder et enchaîner avec un centre potable. Vous me direz que ça nous change pas vraiment de Pellenard.

Jovanovic et la Toul’ 1/5
On commence à se demander pourquoi le serbe est perçu comme l’avenir de sa sélection en défense centrale. Soit on nous raconte des conneries, soit la Serbie vit une pénurie historique en défense centrale. Il ressemble de plus en plus à un axial quelconque de Ligain.
Pour soulager ses vieilles canes, Toulalan fait jouer la défense sur nos propres seize mètres. Malgré tout, nos gars réussissent l’exploit de se faire prendre dans le dos à une vitesse qui donnerait le tournis à Magloire.

Gajic 1/5
On réjouissait de son retour, on se disait qu’il ferait du bien à notre défense. Sa vista et hargne nous manquaient. Non, non, ce n’est pas un hasard si tous les verbes sont au passé. C’est un choix éditorial. Said en fait son jouet, sa chose, un spectacle digne du premier samedi du mois.

Otavio 2+/5
Personne (ou presque) ne parle de notre « autre » Brésilien. Pourtant, il tient le milieu de terrain comme il peut. Le vrai nom du gars c’est Passos Santos Otavio. Effectivement, il excelle dans son jeu de passe et dans sa vision du jeu. Dommage que ses parents n’aient pas ajouté « Frappos » à son patronyme. Remplacé par Plasil à la 89e, on ne sait pas trop pourquoi. Parait que le Tchèque se pose aussi la question. On le croyait en préretraite, le variété club ne joue pas ce week-end ? 

En exclusivité, nous avons retrouvé le pied droit de Jaro

Lerager 2/5
Si Lukas espère disputer la coupe du Monde, va falloir montrer autre chose. Le Danois a refusé le combat restant à distance des Bourguignons comme s’ils tenaient en main Excalibur. Pas de Graal pour les pleutres, Lerager doit se mettre impérativement au niveau.

Le milieu de terrain contre Bordeaux

Vada 2/5
Après un bon match contre Sainté, Valentin devait confirmer. Il réussit parfaitement son début de match. Au pressing défensivement, il « dézone » intelligemment lorsque nous avons le ballon. Et ça marche. Il trouve indirectement Cafu pour l’ouverture du score. Ce but sonnera le glas du match de Vada. Notre Argentin reprend ses mauvaises habitudes, disparaissant complètement du match. Remplacé à la 62e par de Préville aussi offensif et désopilant qu’une chanson de Vincent Delerm sous exta.

Cafu 2/5
Un match « à la façon de ». Il marque un but qui aurait pu être accordé à Mendy, il occupe un coté attribué habituellement à Kamano, il a perdu des ballons à la Préville (après avoir couru quarante mètres tête baissée). A revoir malgré tout…

Malcom 3/5
C’est quand même malheureux d’avoir un tel joyau dans son équipe capable de mettre des buts venus d’ailleurs et n’avoir aucune ambition sportive. Quand il ne marque pas, notre brésilien dribble, crée le décalage comme personne. Dommage qu’il soit soit si seul.

Tout ça pour perdre comme des cons.

Mendy 1/5
25 buts en 70 minutes, Alexandre a retiré son costume de Cendrillon pour redevenir une simple citrouille. Incapable de conserver le ballon, il commet plus de fautes qu’un coup droit de Richard Gasquet et plus d’imprécisions qu’un livre de Lorant Deutsch. Mais comme tous ses petits camarades se mettent au diapason, pourquoi lui en vouloir ? Remplacé par Kamano à la 72e minute, aussi à l’aise à gauche qu’à droite.


Ailleurs dans le monde

Yambéré s’est rappelé à notre bon souvenir en s’imposant sur corner dans une défense apathique, le Werder continue sa remontée en laissant Sané sur le banc, le Stade Bordelais (avec que des anciens de chez nous ou presque) s’incline contre Niort en coupe de France mais sans démériter. Une fois n’est pas coutume, nous éviterons de nous moquer de Hadi Sacko qui marche sur les pas d’Eric Cantona à Leeds. A défaut de l’imiter sur le terrain, nous l’encourageons à se mettre au dessin (on se contentera de gribouillage), le carnet bâclé se vend très bien, paraît il.

Cher Cantona, nous préférions quand tu parlais des mouettes

En attendant notre prochaine académie, n’hésitez pas à lire mes navrantes saillies sur Twitter. A bientôt les amis.

Kiki Musampala

Élevé en fûts de chêne et mis en bouteille au château.Exilé à Charlestown. Voisin de Rimbaud et de Francis Maroto.

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