Nancy-FBBP (2-1) : La Chardon à Cran Académie raconte.

Tomblaine, an 1 après PC.

Vincent Hognon, juché sur le tas débile des ruines de Marcel-Picot, scrute le champ des ruines du football. Balayant de son regard ténébreux la morne plaine vide de Tomblaine, il égrène intérieurement toutes les batailles qui l’ont mené à ce désastre, sans regrets ni peine. Les pensées d’un grand guerrier doivent avoir abandonné tout jugement de valeur depuis longtemps, sans quoi l’on n’est rien qu’un subalterne, un petit exécutant voué à tomber sous la mitraille, un brancardier à roulettes pas foutu de rentrer son chariot par l’entrée du vestiaire sans cogner l’encadrement de la porte. Les poings sur les hanches, il inhale encore un peu de cet air de soufre qui enveloppe les environs, avant de descendre de son piédestal de fortune et de fouler au pied un corps sans vie. Morte les crampons aux pieds, toute la soldatesque lorraine. Écrasée par de cruels desseins bien trop grands pour elle. Évacuée dans un torrent d’incompétence et de lâcheté digne des plus grandes débâcles. Tout cela ne lui rappelle que trop les histoires saugrenues de son grand-père. Plus malins que nous, les nazis. Plus vaillants, aussi. Et bombarder femmes et enfants comme ça à Dresde : si c’était vrai (ça l’était), on ne valait pas mieux qu’eux, dame. Et puis il y avait eu les communistes, que l’ancêtre appelait les « bas-ventristes mous », ce qui avait le don de bien faire rire ses copains. Vincent n’y entendait rien, lui qui était encore jeune à l’époque. Maintenant, il ne saisit pas beaucoup mieux mais un sentiment diffus lui inspire une certaine intelligence du propos. Du moins lui semble-il que la locution de bas-ventriste mou s’applique à la perfection à l’AS Nancy-Lorraine.

D’un mouvement nerveux de la tête, il tente de chasser les souvenirs familiaux et les doutes. Sa concentration doit être maximale à l’orée d’un match aussi crucial, et voilà qu’il divague à l’appel de réminiscences de bonnes femmes. C’est toujours comme ça à l’approche d’une nouvelle partie. Sa soudaine promotion à la tête de l’équipe ne lui a pas encore laissé le temps d’apprivoiser cette agitation, d’apprendre à lutter contre cette moissonneuse-batteuse qui prend place dans ses entrailles et lui pétrit les couilles à l’approche du crépuscule. Sois un homme, bon sang. Il saisit la fiole dans sa poche revolver et s’apprête à boire une grande rasade réconfortante. Peine perdue : la mirabelle frelatée par un bouilleur de cru ambulant lui arrache la moitié de l’œsophage sans lui procurer le moindre soulagement. Juste une longue brûlure métallique sans éclat qui confirme que ce fieffé voleur a dû lui fourguer de la quetsche de Moselle en guise de mirabelle. Quelle époque. C’est alors qu’il l’aperçoit.

Non loin en contrebas, une petite forme hirsute trie les gravats en évitant les trous d’obus qui recèlent encore du gaz. La créature met un acharnement admirable à ériger un chiche empilement presque symétrique à l’aide des débris collectés. On dirait…un mur. Sans masquer son arrivée, Vincent approche avec bienveillance du minuscule être humain. C’est un enfant au regard farouche, maigre comme un clou, drapé dans d’innombrables couches de frusques miteuses.
« Que fais-tu donc là, petit ? demande Vincent avec un léger sourire.
-Je construis, monsieur.
Le sourire de Vincent s’accentue.
-Mais que construis tu ?
-Le stade, monsieur. Pour le football. Mon papa dit que seul le football pourra nous sauver, maintenant.
-Ton père a raison », laisse tomber Vincent d’un air sombre. Il se baisse pour ramasser un débris à la forme proche d’un parpaing.
« Laisse moi t’aider. »
Pas incommodé, le gamin se tourne et reprend son œuvre sans un mot de plus. Vincent se place à hauteur du gosse, et pose sa première pierre. Il se sent soudain léger. La tête lui tourne un peu. Est-ce cette construction dérisoire qui possède le don de purifier l’air autour de lui ? Mais voilà qu’il ne sent plus le sol poussiéreux sous lui, et que des cris étouffés tentent de l’arracher à sa torpeur. Levant un sourcil ancelottien, il découvre le visage bleui de l’enfant sous son étreinte. Coach Hognon ne pense plus à son grand-père. Il peut enfin réfléchir à la feuille de match. Pour le football, on verra plus tard.

LES POST-HOMMES.


D’aucuns y voyaient le début d’un changement.

LE MATCH en live différé.

-5 La boule au ventre symbiotique a déserté le corps de Vincent Hognon pour venir se foutre dans le mien. Ne me dites pas que j’ai peur de Bourg-en-Bresse Peronnas, quand même.

1 On engage avec une pensée pour tous ces enfants qui ont donné leur vie pour le football. Sauf Robic qui ne pense à rien d’autre que ses stats, ce qui le fait frapper dès qu’il a le ballon, le bougre.

3 Nouveau tir, de Ba cette fois. C’est largement à côté, communsymbole de ce qu’on attend de son match.

6 Déjà un seizième hors-jeu sifflé contre Robic, l’homme qui jouait en profondeur à défaut d’être profond.

7 Robic a un bon ballon et plein de place dans l’axe, mais ses nerfs lâchent et plutôt que d’avancer, il tente la mitasse comme un violent. Ça passe évidemment douze kilomètres au-dessus.

15 Les Burgiens se sentent le droit de se faire des passes chez nous dans notre stade, ces outrecuidants.

17 Robic tente une reprise exquise sur un ballon en profondeur par dessus la défense, mais le football se refusant toujours à nous, le ballon heurte le poteau et retombe sur Ba. Ce dernier a suivi mais ne peut conclure, la défense s’étant regroupée façon sacs de sable face à lui.

18 Sur le corner qui suit, Dembélé apparaît pour placer une tête au-dessus, puis retourne se cacher dans l’ombre.

19 Gros tir d’un gros Burgien, mais Chernik est là pour placer sa sveltesse et la claquette de machiniste qui va bien.

20 Sur un contre furieux, les jambes de Marchetti vont trop vite pour lui, ce qui le fait trébucher. S’il tient debout, l’arbitre décide quand même d’arrêter les frais en sifflant ce qui nous semble être une sorte d’auto-hors-jeu (?).

21 Ba s’essaye au tacle avec autant de réussite qu’à la frappe. Jaune bien foncé, tirant sur le brun.

26 La défense adverse chambre Robic en claquant méchamment le ballon sur sa tête de gland afin de s’assurer une relance correcte. C’est odieux.

32 But absolument ridicule pour Bourg-en-Bresse. Défense pétrifiée sur ballon dévié puis mal dégagé, tout le monde se regarde comme au milieu d’une partouze où on croise sa mère de manière impromptue, le ballon entre au petit trot petit filet, l’air de rien. Et ils célèbrent ça comme quand même, ces grotesques. 0-1.

36 Et pourquoi ne pas ouvrir les cuisses comme la dernière des traînées pour en prendre un deuxième ? En tout cas cela n’est pas ce genre de question existentielle qui arrête l’attaquant de Bourg, celui-ci ratant de peu un lob fort inspiré sur Chernik.

37 Oh le méchant tacle par derrière sur Dembélé. Jaune et bon coup-franc à suivre.

39 Après une bonne minute de préparation physique, Cuffaut lâche un missile chronométré à mach 2. Le bang a beau avoir abîmé quelques supporters (surtout les enfants, ces petits fragiles), l’arbitre laisse le jeu se poursuivre en donnant un six mètres (oui parce que ce n’était pas cadré, qu’est-ce que vous croyez ?).

40 Nouveau tir (le 57e en notre faveur) de Marchetti, qui innove en ne la mettant pas au-dessus, mais à côté.

Pour cette mi-temps de la mort, les insultes qui m’ont été suggérées sur Twitter par quelques joyeux contributeurs sont les suivantes (liste non exhaustive) : face de mouette, « sur la tête des quatre roues de ma caravane que tu vas sniffer la poussière du caveau de tes morts » (menace gitane à peine voilée), gourgandin, enculé de fils de pute de chauve (que je ne cautionne que moyennement, eu égard à mon rapport avec le petit chauve – mais cela ne le concerne peut-être pas directement), JimmyBrianculédelyonnaisdemerde (gentiment prêté par un célèbre académicien) et bien sûr, « à l’origine en roumain », insulte adressée par Twitter à votre serviteur suite à un message quelque peu emporté. « Nîmois » n’étant pas sorti, je me permets à mon tour de pointer l’inadmissible défaut de cette interjection devenue grossièreté obligatoire sur Horsjeu.net. Surtout après la mort de Loulou.

46 Le coup d’envoi tarde à être donné, les joueurs nancéiens semblant avoir décidé d’improviser une minute de silence en mémoire du football.

47 La défense souffre d’emblée, comme quoi le message de Hognon a dû bien passer dans le vestiaire. Faut qu’il étrangle un autre enfant, ou quoi ?

51 Marchetti perce plein axe et trouve le cadre. On se pince tous pour y croire sauf le gardien, qui capte bien.

54 Grobic presse de tout son poids, ce qui déstabilise la quasi-intégralité de la défense adverse. Il lui manque cependant la vitesse pour triompher, vitesse que son poids lui enlève évidemment.

56 On multiplie les longs ballons sur Robic, toujours lui, alors qu’il n’a aucune chance de les avoir. à défaut, il obtient un coup-franc de temps à autres.

58 Dès lors ce con de Robic croit qu’il a l’arbitre dans la poche et tente maintenant d’obtenir un penalty au moindre contact, ce qui a le don d’énerver tout le monde, l’arbitre en premier.

59 Tir de gueux de Bassi, qui ne peut pas non plus planter des mitasses de 25 mètres à chaque fois. Personne ne lui a expliqué au centre de formation Michel Platini ?

62 Sur un bon débordement de Robic à gauche, Dembélé se coupe pour jeter le centre (ou l’inverse), mais ce sombre connard est trop court (et pas l’inverse). Sanction immédiate : Hadji le remplace.

64 Encore une faute méchante, sur Abergel cette fois.

65 Bassi frappe le coup-franc en référence à la 59e minute, trop content de montrer que si, on lui avait dit, mais qu’il écoutait Kaaris à toc sur son i-pod à ce moment-là. Petit con. 1-1.

66 Et voilà que juste après cette égalisation, on gagne un corner. Qui ne donne rien, faut pas non plus déconner.

70 Cuffaut déborde toute la défense burgienne grâce à un long une-deux avec Ba et se fait descendre dans la surface. Penalty ! Mais on doit d’abord soigner ce beau Geoffraie, car il est tout cassé.

71 Youssouf Hadji n’en a rien à branler de l’état de santé de cette petite merde qui lui a piqué le brassard, il prend le ballon et transforme. 2-1.

74 Pendant que Youssouf adresse des gestes obscènes aux femmes présentes au stade, on se rend compte que Cuffaut est vraiment tout cassé à mort. Cétout le remplace, mais ne valait-il pas mieux laisser son poste vacant ?

76 Pas ébranlé non plus de son côté, Robic adresse une nouvelle patate que le gardien adverse sort difficilement.

80 Allez, donnons donc un peu de temps de jeu à Nordin, Robic a beaucoup couru, son podomètre est formel.

82 Abergel trouve Hadji en profondeur après une bonne récupération de balle. Youssouf voit son tir dévié.

84 Alerte au n’importe quoi dans notre surface ! Le ballon cafouille interminablement sur un corner de Bourg, et le tir part de peu au-dessus. Chernik avait sorti le crochet à tétons.

86 Trop pressés d’aller voir la nouvelle daube inspirée de Stephen King au cinéma, les Nancéiens continuent à se faire peur comme des adolescents.

91 Encore un corner pour les enculés d’en face, mais foutez moi ce ballon dans le canal bordayl.

93 Abergel arrache un attaquant et offre le coup-franc de la dernière chance, juste à l’entrée de la surface. La frappe part, franchit le mur, approche du buuUUUUUUT, et est captée une main dans le string en cuir clouté par Chernik.

Restons-en là : VICTOIRE.

LES NOTES.

Chernik 4/5 : Excepté le fait qu’il a probablement encaissé le but le plus ridiculement con de toute sa carrière, on a encore pu se retrouver avec bonheur dans sa passion pour la souffrance.

Cuffaut 4/5 : Tout indiquait qu’il était prêt à lutter contre de vrais chevaux dans une discipline faite pour lui (le football chevalin) : carrure, taille mâchoires, vélocité…jusqu’à ce choc dans la surface qui nous donne une victoire dont il n’a même pas pu profiter, trop occupé qu’il était à digérer sa kétamine.

Diagne 3/5 : Match somme toute tranquille pour lui défensivement. S’il pouvait en revanche cesser de se prendre pour Paul Scholes au moment de relancer, cela nous épargnerait bien des comparaisons avec le rugby.

Saint-Ruf 3/5 : Ne le blâmons pas pour sa responsabilité relative dans le but encaissé : il n’a joué, après tout, qu’avec ses qualités.

Badila 3/5 : Sa reconversion en défenseur central la saison dernière lui a apparemment fait oublier qu’il avait le droit de franchir la ligne médiane. Ou alors cela doit être sa définition de la prudence. En tout cas cela n’apporte pas grand chose.

Ba 3/5 : Comme une Bise Anale claquée sur le cul de la discrimination positive, son nouveau match correct lui a offert son premier contrat professionnel. Bravo à lui. Il devrait prendre un rouge au prochain match pour fêter ça, car il est quelque peu violent, le bougre.

Abergel 4/5 : L’homme du milieu. Loin des fausses promesses de l’autre Corse, il galope juché sur des jambes de feu elles-mêmes pleines de pieds habiles. Même la tête a l’air de suivre.

Marchetti 2/5 : Ah ben tiens on parlait de vous justement. écoutez jeune homme, on n’a rien contre vous mais si vous voulez faire patienter avant le retour de Pedretti, va falloir au moins vous rappeler que le football est un sport collectif.

Bassi 5/5 : Impossible qu’il prenne le melon, avec sa tête ovale. Voilà, cet important constat fait, on se félicitera d’assister à une nouvelle éclosion en provenance de notre centre de formation. ET QUI L’A PROMU EN PRO, HEIN, QUI BANDE DE BÂTARDS ?

Robic 4/5 : Volontairement nul par moments afin de ne pas éveiller les soupçons sur son état de forme. Dans le camp nancéien en revanche, personne n’est dupe sur le fait qu’il a repris la cocaïne.

Dembélé 1/5 : Merci cousin, on se revoit à l’anniversaire de Youssouf, quand il fêtera ses 40 ans et que ta maman te dira « va te coucher maintenant, monsieur Hadji et moi devons discuter ».

LES SOUS-PROTO-SOUS-HOMMES.

Hadji 5/5 En une demi-heure il a mieux exploité tous les ballons qu’il a eus que tout le reste de l’équipe (sauf Bassi). Et pour une fois, nous a épargné sa panenkaca au moment de frapper ce penalty crucial.

Cétout NN C’est bien à droite de la défense aussi, le football d’élite. Mais avec Julien on ne sait pas, parce que partout où il pose les pieds désormais, cela semble nulle part.

Nordin NN Avoir faim de ballon ne semble pas avoir enseigné à s’en emparer intelligemment à ce jeune lemming.

NOTE ARTISTIQUE DE L’EQUIPE : 3/5.

Eh bien le changement n’a pas tardé, dites moi. Pas qu’on ait non plus assisté à du guillotinage en règle de nos vieux principes de lose et de ridicule, n’allons pas trop vite en besogne. Seulement il nous a semblé apercevoir une once de début d’esquisse de quelque chose qui ressemblait à une volonté d’enfin produire du jeu. Pied de nez du sort, et rappel ironique : c’est sur deux coups-de-pied arrêtés que les buts victorieux arrivent.

Des paradoxes, des défis à la logique, de l’inattendu : on a donc peut-être bien assisté à quelque chose qui approchait de l’essence du football, sans trop exagérer non plus car on parle quand même de Bourg-en-Bresse-Péronnas-kisser. L’impression laissée par ce match pas exempt de douleur devra donc être confirmée, et pas trop tard de préférence, parce qu’on va chez le leader bientôt. Bref, ce serait vraiment couillon de se croire tiré d’affaire après juste deux victoires d’affilée à Picot.

Mais qu’on se rappelle que de la couillonnade, dans des proportions bien au-delà de n’importe quel seuil de tolérance, on en produit comme des packs de lait, en Meurthe-et-Moselle. Tout espoir n’est jamais permis, parce que l’éternel retour du même est toujours tendu vers la sombre boucle de la défaite, du vice et de la débauche. Toute joie est fugace, toute réjouissance n’est que représentation. En attendant, on profite quand même. Un mardi soir, c’est vraiment top à la déconne, non sincèrement, merci la ligue de nous garantir tant de bonheur en des jours aussi excitants que le mardi. Mais bon, on apprécie. Allez vous couchez, il y aura du jus d’orange et des croissants au petit déjeuner demain matin. C’est jour de fête.

Marcel Picon.

Marcel Picon

Ras le cul de toutes ces conneries.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *