Au courrier des lecteurs : Garantie Parfait Inachèvement

2016, ô quelle belle année qui s’achève pour Monsieur Aulas ! Il a su placer une fidèle à la tête de la ligue de football, se qualifier pour la ligue des champions une énième fois et enfin vu se réaliser son plus grand rêve, son stade de football. Ce bel outil était devenu au fil du règne une obsession, une chimère censée apporter gloire éternelle à l’OL. La jouissance ressentie lors de sa prise en main fut à la hauteur de la frustration endurée, démonstrative et partagée. D’ailleurs ses spasmes ne semblent toujours pas vouloir s’arrêter. Pour autant l’enthousiasme affiché ne saurait être suffisant pour cacher la réalité : son stade ne fait pas le plein. Le taux de remplissage n’est pas ridicule en ligue 1, en moyenne l’enceinte accueille 42795 spectateurs depuis le début de saison, pour une capacité commerciale de 57473 places. Cependant cette réussite, due en partie à un marketing agressif, est fragile. Aucune affiche n’a pour l’instant fait le plein en championnat, pas même celle contre le PSG.

Il serait absolument inconsidéré de parier sur une saison complète à guichet fermé, encore davantage bourré. L’alcool aidant, n’importe qui de sensé ou d’insensé se rendrait compte que faire venir 60000 personnes entre champs et autoroute, à une bonne vingtaine de kilomètres du centre ville, pour un match en bois comme OL – « prendre n’importe quelle équipe en dessous de la dixième place au classement », est inimaginable. D’un point de vue logistique, un jour de match, il faut compter pour le spectateur ordinaire au minimum 1h pour se rendre au grand stade et une heure supplémentaire pour en repartir. Soit davantage de temps à transpirer dans divers moyens de locomotion que sur son siège en tribune. Selon les organisateurs il faudrait 10 minutes d’Eurexpo, 20 minutes de la gare Part-Dieu et 30 minutes de temps de parcours pour se rendre au stade.

Cette situation est bien utopique et éloignée de la réalité. Pour estimer les deux derniers temps de parcours, un accès au stade en transport public a été considéré. Seulement, aucune infrastructure lourde de transport en commun (métro ou train) ne dessert le stade. Une unique ligne de tramway, largement sous dimensionnée par rapport à la capacité du stade, assure les trajets. Les organisateurs limitent en conséquence à 14200 spectateurs l’accès par ce moyen de transport, soit à peine un quart de la capacité du bel outil de Jean-Michel. Les autres supporters/spectateurs n’ont alors que peu l’embarras du choix parmi divers parcours du combattant : voiture individuelle ou lignes de TC alternatives – comprendre, surchargées, sans grande garanti sur les temps de trajet, avec des changements – jusqu’à l’un des parkings voiture situés à 10-15 de la destination finale. Ces solutions ont en commun un temps de parcours indéterminé et à amplitude variable. Les deux se terminent de la même manière, par une navette qui regroupera, dans l’idéal de Jean-Michel, les 45000 spectateurs restants. Toutefois moyennant 15€ il est possible de gagner 15 minutes et de garer son véhicule personnel au pied du nouveau bijou de l’OL.

En conséquence, l’éloignement du centre urbain explique en partie la difficulté rencontrée par les organisateurs de l’OL à faire le plein. Ce choix d’excentrer l’enceinte sportive n’est pas l’apanage de la capitale rhône-alpine. Quasi tous les stades nouvellement construits en France ont préféré se désolidariser du tissu urbain, estimant qu’un tel ancrage n’était pas nécessaire pour faire venir les spectateurs. Du côté de Bordeaux cette prétention se traduisit par une interrogation : quelle autre industrie du spectacle peut se vanter d’attirer près de 20000 spectateurs en moyenne chaque semaine ? Lors de l’inauguration Jean-Louis Triaud se félicitait en déclarant que le club des Girondins de Bordeaux « quitte une vieille baraque en ruine pour une superbe maison contemporaine ». L’attractivité du nouveau stade reposerait sur son aspect, sa fonctionnalité et ne pourrait souffrir d’un éloignement du centre-ville. En comparaison, imaginez quel serait l’avenir d’un opéra situé à l’emplacement du nouveau stade bordelais ou lyonnais ? Un telle localisation semble pour le moins inconcevable. Le probable échec d’un tel projet incomberait, à raison certainement, aux élites habituées à fréquenter de tels lieux, peu disposées à s’excentrer régulièrement pour aller voir une représentation. Dommage toutefois pour Jean-Michel qui espèrerait opérer une gentrification des tribunes – comprendre « remplir ses sièges avec des gens qui ont beaucoup de pognon à confier à son OL » – pour mieux amortir son bel outil commercial. A présent, ces classes sociales seront d’autant plus difficiles à draguer que le stade est loin. Pas sûr que le racolage à coup de tweet n’inverse la tendance.

L’inspiration pour offrir cette attractivité tant désirée se trouve peut-être quelque part en Europe, les stades nouvelle génération étant plus nombreux que les déclarations de candidatures de Pascal Praud au Van Nobel. Seulement aucun n’a reproduit en termes de planification urbaine le modèle lyonnais, voire français. La Pologne, pays hôte de l’Euro 2012, a construit ses nouveaux stades intégrés aux centres urbains, avec une bonne desserte en transports en commun, à l’image de l’enceinte de Gdansk. Même Istanbul, l’une des villes européennes avec le moins de foncier disponible, a su intégrer le nouveau stade de Galatasaray à son tissu urbain. Le modèle souvent cité en exemple est le stade turinois. Son inauguration a coïncidé avec le renouveau sportif de la Juventus de Turin, ce qui n’avait pas manqué de conforter Jean-Michel Aulas dans sa volonté de construire son stade. Malheureusement il ne s’est pas davantage intéressé à la nature du projet qui, à Turin, a privilégié une enceinte plus modeste en nombre de siège, intégrée à la ville, au détriment de la démesure certes, mais en adéquation avec les objectifs économique et de remplissage.

Seulement maintenant que le bel outil est érigé, il faudra le supporter plus longtemps que son instigateur. Cet héritage pourrait bien s’avérer empoisonné tant pour le club que pour la collectivité locale. Avec un manque à gagner sur les recettes de billetterie, le modèle économique de l’OL risque d’en pâtir. La métropole lyonnaise a tout aussi intérêt que le projet connaisse la réussite. Elle a beaucoup trop accompagné et investi d’argent pour pouvoir admettre un échec. Par conséquent si le stade n’a pas été construit en ville, la ville viendra à lui, au détriment de l’intérêt public et général.

 

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Terminalector

Je suis la majuscule sur ton gentilé. Je suis l'ordre et le chaos de la modération. Je suis la loi en tribune.

23 Comments

  1. Tain, on fait dans l’article sérieux sur HJ maintenant?
    C’est quoi ce bordeln vous êtes bourrés?

  2. Très intéressant. Je dis oui. Et je crie au scandale, parce que JMA a beau faire le kéké en disant « j’ai financé mon putain de stade connecté », mais jusqu’à quel niveau les finances publiques doivent financer les infrastructures pour le connecter IRL ???? J’imagine que ce n’est pas en vendant ses logiciels qu’ils se paient des tramways, des échangeurs routiers ? Ah c’est bien beau d’exproprier deux/trois agriculteurs à faible coût mais faudrait voir à pas trop te foutre de la gueule du monde. Hop en prison.

    • Mais si les transports sont confiés au secteur privé ça fera comme pour la navette qui va à Saint Exupéry, encore une sélection par l’argent et une valise pour Veolia !

  3. Et pendant ce temps, à Marseille, un Vélodrome tout nouveau tout beau a été construit sur la base de l’ancien…

    • A quel prix ?!!!
      Et surtout les temps de transport pour faire venir les gens de toutes les Bouches-du-Rhône voir de toute la Provence sont largement égaux voir supérieurs à l’heure invoquée dans cet article.
      Et autour du Vèl point de parking…

  4. « Par conséquent si le stade n’a pas été construit en ville, la ville viendra à lui, au détriment de l’intérêt public et général. »

    Pourquoi au détriment de l’intérêt public? Puisqu’on parle de la métropole et plus de la ville de Lyon est-ce que le positionnement ne doit pas profiter au plus grand nombre? Or, depuis le peu de temps que je vis par là, j’ai l’impression que la ville tend plus à s’étendre vers l’est que vers l’ouest. Placer un stade en plein centre ne serait qu’une manière de marginaliser encore plus l’est de Lyon.

  5. Euh… Je ne dis pas que je ne suis pas d’accord, mais en matière de stade urbain et insupportable d’accès, le Parc des Princes est pas mal… Pour ma part je dirais (sans argument aucun, ce n’est qu’un ressenti) que dès que plus de 40 000 clampins se déplacent, bah c’est compliqué. Urbain, péri urbain, champêtre… Ce sera le bordel. Bref pas franchement estomaqué par ce papier, mais une fois n’est pas coutume

  6. De toute façon, le vrai supporter, il a revendu son F2 dans le 7ème pour s’acheter un pavillon à Meyzieu. Et avec la différence, il a encore de quoi consommer à l’OL mall.

  7. Bien, je reprends.
    Je ne suis pas encore allé dans l’outil connecté, j’attends l’invitation de @rhinitmichuls qui ne viendra jamais.

    Ceux que je connais qui se sont rendu dans ce lieu maléfique ne m’ont pas fait ce retour concernant l’accès au stade. Certes il faut un peu de temps mais où n’en faut-il pas ?
    Quant à l’urbanisme, je suis bien d’accord avec le lecteur, je ne maîtrise pas le sujet mais je suis toujours partant pour dire du mal de JMA.

  8. En voiture c’est juste une horreur. Les routes sont à simple voie et on se tape une bonne heure avant d’enfin voir l’outil. Pour sortir c’est encore pire, une seule sortie pour 20000 bagnoles. Heureusement le 24packs dans le coffre a facilité l’attente.

  9. En ce qui me concerne, mon fomidable outil connecté s’appelle Batmanstream.
    Il ne faut pas trop de temps pour y aller, ça ne coute pas cher, et en général, si on fait abstraction qu’on n’a pas les interventions de Paganelli (ce qiu n’est pas forcément une si mauvaise chose), ça se passe bien

  10. Je suis pour ce . Désolé les gars. Quand je passe par la déviation Est en allant dans le sud je le vois de ma voiture et je le trouve pas mal du tout. ça fait partie des bons moments du voyage avec le Burger King de l’aire de Beaune

  11. Ancien de Lyon, parti depuis longtemps, vivant au Japon, je vois le truc avec un air assez détaché, distance oblige.

    Le truc que je n’ai jamais vraiment pigé, c’est : pourquoi forcément vers l’est?

    L’agglomération ayant de plus en plus tendance à s’étendre et déborder au nord, sud, est et oust, n’y avait-il vraiment aucune autre solution? Une solution qui aurait mis les stade à proximité de TC existants?

    OK, Vienne est dans un department different. Mais si l’on prend en compte que c’est – Presque – la banlieue sud de Lyon, il n’y avait vraiment rien de diponible sur l’axe TER Lyon-Valence?

    Ou c’est le couloir pétrochimique qui les a fait choisir une autre direction?

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