Le foot expliqué à Kylian #1

Il était temps qu’Horsjeu s’offre les services d’un ancien. D’un sage qui connaît le football, pas comme les jeunes d’aujourd’hui qui portent un bas de survet de Manchester City et une veste AC Milan. Profitant des réseaux bien étendus de l’éditeur de bel homme, le comité de rédaction a ainsi fait la connaissance de Dominique Grimoire de Prés Jauris, dont la noblesse n’a d’égale que la prétention et donc l’expertise n’a rien à envier à un editorialiste de BFMTV, c’est vous dire le niveau de la recrue.

Footix : étant donné que « »foot » ( pied en Anglais ) sert d’abréviation pour désigner ce sport qu’est le football et que « x » est l’inconnue, l’étymologie prouve qu’un footix est une personne pour qui le football est inconnu, qui n’y connaît rien. CQFD.

Chronique du début du XXIème siècle à l’intention des Nolan, Kylian et Dylan, mais aussi des Laura et des Morgane voire des Kévin et Aurélie dans leur trentaine. Bref, pour tous ceux qui considèrent que le talent d’un joueur se mesure à son prix, sa coupe de cheveux et sa propension à préférer aux demandes du public les écouteurs qu’il conserve sur la tête, voici des cours de mise à niveau.
Dominique Grimoire de Prés Jauris présente : CE QU’IL FAUDRAIT SAVOIR SUR LE FOOTBALL AFIN D’EN BIEN COMPRENDRE LES TENANTS ET LES ABOUTISSANTS MAIS COMME C’EST TROP LONG ON VA SE CONTENTER DE LE FOOTBALL EXPLIQUE A KYLIAN.


Premier Exposé : 03-17/03/1976

Date bicéphale, vous l’aurez noté les enfants, remontant à une époque à laquelle les équipe françaises en C1, C2 et C3 ne brillaient guère, charmant euphémisme pour signifier certains d’entre vous l’auront compris que dans ces compétitions la moindre équipe danoise, écossaise et même grecque parvenait à défaire nos représentants. Ne parlons même pas des Allemands, Italiens, Anglais et Espagnols qui signifiaient le retour à la D1 direct ( division 1 = l’élite ). Déroute ou presque depuis que Reims n’est plus là, près de deux décennies à supporter des clubs qui subissent la loi de l’étranger . Le pire c’est que cela semblait normal, ou alors les pulsions masochistes étaient bien plus fortes que maintenant chez les footeux . Pensez donc : notre beau Marseille allant guerroyer chez l’Anglois pour prendre 4 buts chez un club de D2.
Honte, ignominie, imaginez de nos jours, entraîneur démis, stade brûlé, président émasculé et j’en passe à coup sûr.

Malgré tout , les Marseille , Sochaux , StEtienne , Lyon ou Bastia championnent à tout va mais font de leur mieux pour suivre les coupes d’Europe devant le petit écran.

Pas foutus d’aller chez le coiffeur ou de se foutre en rang, en même temps, que pouvions-nous sérieusement en attendre ?

Mais que se passe-t-il en ce début de saison ? Une équipe française gagne des matchs en Europe, oui mes agneaux, et lors de ce mois de Mars où le réchauffement climatique n’était pas d’actualité elle va réchauffer les coeurs, n’ayons pas peur, et donner aux sportifs de France l’idée que oui, nous pouvons gagner même contre des étrangers. Concept novateur chez beaucoup de sportifs même les handballeurs c’est tout dire !
Au début, rien que d’habitue, ce quart de finale est plutôt présenté comme un enterrement à venir, la 2 (2e chaîne sur les 3 existant alors) montre un reportage livré clefs en main par l’URSS : « Présentation de l’équipe de Kiev .
L’équivalent footballistique du défilé de chars sur la Place Rouge, qui glaça tout un pays. Depuis le goal « Rudakov, il doit sûrement sa grande taille et son sang froid à son grand-père qui chassait les ours « jusqu’aux attaquants » Blokine, il s’entraîne devant un mur de la taille des buts où sont tracés 16 carrés, et il est capable de toucher le carré de son choix à chaque tir. C’était au moins des surhomme . En tout cas un bel objet de propagande à la mode soviétique. En tout cas bien meilleur que Jean-Luc Mélenchon.
Au match aller, la tradition en URSS étant de promener un peu les visiteurs et de leur rendre transport et hébergement difficiles, le prétexte de neige sur Kiev, qui ne devrait surprendre aucun russe prévoyant, oblige au déplacement de la rencontre et c’est donc à Simféropol, à plus de 800 kilomètres (!) que va se dérouler le match.
Résultat prévisible : Dynamo Kiev 2 / 0 Saint Etienne. Des Verts apathiques et maladroits, un terrain pas vraiment enneigé mais pas vraiment couvert de gazon non plus, un but plus ou moins contre son camp et des commentaires qui vont de « Merci et à l’an prochain  à ‘peut-être une petite chance ?' »
Considérez mes petits comment les journalistes ou assimilés se montent le bourrichon au moindre passement de jambe à l’heure actuelle, et rendez-vous compte du changement.

Mais le match retour va retourner l’opinion, la presse, le public et laisser entrevoir des lendemains qui chantent.

17 Mars 1976 : ce soir il faut éviter d’être ridicules, sauver l’honneur et pour les plus follement optimistes, se qualifier.
Temps : très convenable, pelouse: déplorable pour la culture mais OK pour le foot, ambiance : fichtre, Geoffroy Guichard était en feu pour une de ses premières fois, arbitre : tout de noir vécu et il a bien fait son boulot car tous nous l’avons oublié.
Le match va nous procurer de belle frayeurs car les rouges , qui jouent en blanc, les perfides, sont très bien et pas venus pour rigoler, car il faut dire que l’URSS n’encourageait pas la rigolade chez ses sportifs, pourtant tous prétendument amateurs. Les Rocheteau Piazza, Revelli, Larqué (et oui  le Jean-Mimi a eu une carrière lui, pas comme certains cons-sultans) et Curkovic sont plus nerveux qu’un chat à longue queue dans une fabrique de rocking-chairs mais ça tient bon. Les chevauchées de l’Ange Vert, les montées du Taureau, les feintes du vieux Gaulois, rien n’y fait.
Deuxième mi-temps et toujours rien de marqué quand Lopez sauve la France car Blokine, la star, qui recevra un Ballon D’Or ( un vrai pour les meilleurs joueurs) l’espoir de tout un peuple, russe, va gâcher un 2 contre 0 puis 2 contre 1 car il a attendu. Piazza monte encore et au final, passe, c’est Hervé Revelli qui croise…  Joie ! C’est donc possible de leur mettre un but. En face Lobanovski le coach fait un peu la gueule mais bon, c’est pas encore le goulag. Puis sur un coup-franc, c’est Larqué qui trouve le but et là, explosion ! On peut gagner, au moins arriver aux prolongations . D’autant plus que les Soviétiques tirent la langue, non pas du fait d’un manque d’éducation, mais comme ils n’ont repris leur championnat que depuis quelques semaines, les 30 minutes supplémentaires leur font déjà augurer du pire, ils ont raison. Car oui, devant un public déjà conquis et une France éberluée, c’est Patrick Revelli qui va jusqu’au bout, et sur la ligne (ou quasi) tire un centre pour Rocheteau qui va pour toujours libérer les Verts mais aussi le foot français car dans les années suivantes, Bastia, Lens ou Sochaux vont se lâcher lors de ces joutes continentales pour des victoires qui vont donner un peu de fierté européenne à leurs supporters. Enfin.

Cerise sur ce gâteau déjà copieux, l’équipe de France va profiter d’une partie des joueurs et de l’exemple des Verts pour aller voir à quoi ça ressemble la Coupe du Monde de foot quand elle est jouée pour de vrai. Ce soir-là, vous avez bien noté, il s’en est fallu d’un tacle de Lopez que l’histoire du foot français reparte pour des années de galère.
Bonheur en sus pour les privilégiés qui suivirent la partie, le défunt Thierry Roland était au micro et là, pour qui aime les commentaires partiaux (les gens d’aujourd’hui diront racistes évidemment) et passionnés, c’est sans prix. Pour la prochaine fois, relisez vos notes et voyez les images du match sur U-Tube ou autre, je suis parvenu à les trouver, vous n’avez donc aucune excuse.

Dominique Grimoire de Prés Jauris

16 Comments

  1. Hâte qu’on vienne vous expliquer que l’esprit de victoire est en fait né en 93, parce qu’à jamais les premiers, tout de même, Dominique.

  2. Je comprends pas le rapport entre Mélenchon et l’Union Soviétique. Sûrement de l’humour de BDE d’école de commerce. J’avais hésité à postuler pour les nouvelles rubriques du site; ça n’aurait pu être pire car ici tout est affligeant. C’est aussi drôle et bien écrit que Laurent Wauquiez est intelligent. Et pourtant, en tant que fan de Saint-Etienne, je suis bon public sur un tel sujet.

  3. Complètement fan du présentateur d’Antenne 2 sinon qui tel le plus blasé des Pierre Ménès, se permet son petit avis sur la nullité de Sainté avant de lancer le résumé.

    • Je me suis fait la même réflexion. Comme quoi il y a une vraie tradition du journalisme footballistisque en France.

  4. Un bien bel homme que voici.
    Merci pour cette page d’histoire monseigneur et continuez dans cette voie, quel plaisir de retrouver un partenaire particulier.

    • Désolé d’avoir tant tardé à vous congratuler pour ces salutations , mais mon existence agreste et l’incapacité des manants à se gérer seuls occupe une bonne partie de mon temps en période de récoltes .Salutationsau demeurant maladroites : étant marquis je ne mérite en rien le titre de Monseigneur , car ne suis point cardinal ou évêque .

  5. Quelle volée? J’ai vu un coup franc moi.
    Sinon excellent les photographes sur le terrain après les buts.

  6. Monsieur Batard !
    Il fallait bien qu’un fâcheux tentât de dénigrer l’Oeuvre proposée ! Déjà , m’adresser à un Bâtard , moi , un Grimoire de Près Jauris dont l’aïeul Enguerran donna sa vie au royaume sous les murailles de Saint Jean d’Acre, quel déchéance . Naguère , on vous eu bastonné .
    Quant à me comparer à de jeunes gauchistes qui se pensent de droite , quelle dérision . Pour ce qui est de l’usage des abréviations , cela ne fait que mettre en évidence des idées tout aussi courtes .
    Le bonsoir , Monsieur .

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