Le Foot expliqué à Kylian #5 : le catenaccio, presto

Dominique revient cette semaine élargir vos connaissances tout en réduisant les espaces. C’est fort.

La Coupe du Monde 1958 vit des matchs très prolifiques en buts et Just Fontaine établit un record qui pourrait durer même si la tendance à l’élargissement doit amener un nombre croissant de participants et par conséquent davantage de parties jouées.

Bien loin de ces préoccupation de beau jeu, ou tout au moins de jeu offensif, certains dans leur coin ourdissaient des plans pour faire l’inverse. Car si le vainqueur est celui qui marque le plus de buts, la logique inverse n’allait pas tarder à prévaloir: le perdant est celui qui encaisse le plus de buts, avec son corollaire, le vainqueur est celui qui en encaisse le moins.

Je pense que déjà certains parmi vous ont déjà décroché, peut-être même après «  1958 », je poursuis nonobstant.
Suivant cette logique consistant à éviter à tout prix d’encaisser le moindre but, des techniciens vont mettre au point un système de quadrillage du terrain et de maîtrise du ballon et des attaquants adverses qui s’apparente alors à un genre de 5-3-2 pouvant évoluer en 5-4-1 voire en 5-5-0 pour certaines équipes aux ambitions réduites.
Il faut préciser que les modalités régissant alors la plupart des grands championnats étaient différentes. Deux points seulement pour la victoire et l’important était souvent le point unique pris sans risque.
Les 0-0 étaient monnaie courante et les journée de « Calcio » où moins de dix buts étaient marquées pas rares non plus. Il suffit de regarder les résultats en Italie entre 1974 et 1984 pour voir le pire de ce qui a pu exister, quoi que…
Une équipe faisant un 0-0 une journée sur deux pouvait se retrouver européenne.
Le record je pense revenant à Naples qui finit la saison 1979/1980 avec vingt buts marqués et autant encaissés pour trente journées. L’équipe changeant totalement de style et de dimension en faisant venir Maradona pour faire rêver tout le le Mezzogiorno.

Inutile de préciser que lors des joutes continentales, les habitudes prises domestiquement prévalaient tout autant, et jouer une équipe italienne signifiait donc éviter à tout prix de prendre un but et si possible en marquer un. Le moindre but concédé voyait votre adversaire baisser le rideau pour vous signifier la fin des échanges et vos joueurs pouvaient dès lors s’escrimer en vain pour le plus souvent être éliminés par un 0-0 / 0-1 extrêmement frustrant. Sans parler du public qui devait se satisfaire d’un si modeste spectacle.
Certes l’Italie d’alors eut de grands attaquants, d’autant plus méritants qu’ils devaient évoluer dans des défenses renforcées: les Riva , Mazzola, Chinaglia, Rivera ou Bettega ont tous évolué dans un Calcio fermé où passer la vingtaine de buts par saison relevait de l’exploit, certains « meilleurs buteurs »  devant se contenter de 15 réalisations sur 30 matchs.

Tout ou presque commença en France dans les années 20 — 1920 — lorsque des équipes se mettent à pratiquer une tactique dite « en béton » , ce qui va influencer une jeune Franco-Argentin jouant en France (mais dont le palmarès de joueur restera très modeste, à savoir une Coupe et un Championnat « zone occupée » avec le Red Star). Il eu même 2 sélection en équipe de France sans poser les pieds sur le terrain !
Il fera du football défensif son miel donc, pour proposer une fois entraîneur sa version personnelle du « verrou suisse » (lequel modernisa le « béton » ) basée sur un système défensif optimisant l’art de la contre-attaque.
Helenio Herrera arrive de Barcelone à l’Inter Milan en 1960 pour y construire et formater à sa manière la Grande Inter qui va en 4 ans, de 62 à 66 remporter 3 scudetti, 2 Coupes d’Europe des clubs champions et 2 Coupes Intercontinentales. Certes, H.H ne fait, disent ses détracteurs, que reproduire une tactique ultra défensive déjà utilisée par d’autres petits clubs en mal de résultats – Salertina – mais aussi adoptée par le Milan que l’Inter se doit de battre à nouveau. Cependant, H.H ajoute à cette tactique une remontée plus utile des latéraux qui ne seront plus focalisés seulement sur la défense. Tout cela va influer sur la manière de jouer des autres équipes pour aboutir à une culture de la défense qui se retrouve de nos jours dans la qualité des défenseurs à la rigueur tactique sans égale.

 

 

L’aspect négatif ayant je pense conduit à l’élimination récente de la Squadra qui pensait se satisfaire d’un match nul en Suède pour être prise à son propre jeu. Quand on songe à la qualité de football proposée par L’Italie de Conte !
Et quand on songe – il est vrai, je songe beaucoup ! – que c’est le hasard qui fit qu’en 1949 un accident d’avion priva l’Italie d’une grande partie de ses joueurs — ceux du Torino — et les Azzurri adoptèrent alors une tactique ultra défensive pour pallier au manque de talent qui les frappaient.

Comment terminer une chronique sur le catenaccio sans parler de son héros, sa figure emblématique, celui sans qui la vanité de vos rêves de gosses se serait bornée à vous voir dans la peau d’un gardien, le fameux dernier rempart, ou sous le maillot d’un grand (bien sûr) attaquant mystifiant des opposants éberlués ?
Comment ne pas évoquer le libero, celui qui reste en retrait pour voir le jeu, compenser les failles défensives de son équipe et apporter à ses attaquants un surnombre bienvenu en remontant la balle pour ensuite servir sur le côté ou en profondeur. Qui n’a pas vu Baresi , Beckenbauer ou Blanc, oui notre Laurent national, la tête levée, franchissant la ligne médiane balle au pied pour porter le danger en terre ennemie ne peut se targuer de connaître le football. Le libéro, les grands liberos ont donné à la défense ses lettres de noblesse bien plus sûrement que certains bouchers et autres assassins qui à leur côtés se chargeaient de la basse besogne, à savoir empêcher l’avant centre adverse de se retrouver en position de marquer.

Il y aurait tant à dire en plus, détails utiles et autres anecdotes …. Mais depuis le temps que je peaufine cet opus il n’est que temps de livrer, le monde s’impatiente et je me dois de calmer les foules avides de savoir qui grondent sous mes fenêtres. Ceci étant bien sûr une image car si quiconque s’avisaient de venir gronder sous mes croisées il est entendu que mes gens lâcheraient les chiens.

Bien à vous , et révisez bien.
P.S : désolé que l’un des documents soit en Anglais, mais au moins vous pouvez regarder les images.
PPS : de nos jour , on appelle cette tactique « mettre le bus » et c’est même parfois pratiqué par de supposés grands entraîneurs.

Dominique Grimoire de Prés Jauris

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