Lens-Nancy (1-1) : La Chardon à Cran Académie ne s’emballe encore encore encore pas.

En un lieu inconnu qui n’est ni Nancy ni la Forêt de Haye – an 25 000 après PC.

KGLZZ est traîné, enchaîné, dans une fosse bouseuse où il découvre affolé le goût de l’humus non synthétique. Sa pauvre carcasse maltraitée, transie de froid, est roulée, tournée, vomie sans ménagement à travers la bouche d’un conduit aux relents fétides pour atterrir non pas au milieu d’un rond central, mais au cœur d’un océan de déchets.

« Est-ce cela le football professionnel ? » voudrait-il crier. Mais sa crainte de voir pénétrer ne serait-ce qu’une goutte de la soupe méphitique dans laquelle il baigne lui intime de serrer les lèvres du plus fort qu’il peut. Son œil unique est atteint du même syndrome, enfermant KGLZZ dans des ténèbres aussi interminables qu’un enchaînement de saisons à jouer le maintien.

Quand tout à coup la lumière envahit sa vision comme une immense vague invincible, elle n’a rien de la réjouissante lueur terne du centre de formation Benoît Pedretti. C’est un éclair au sourire mauvais, brutal, douloureux, astringent, agressif, virulent, insoutenable.

« Tension ok. Réflexes normaux. La circulation un peu faiblarde…
-Il lui faudra un peu de Gattuso.
-Sans excès.
-Du Tioté, alors ?
-On veut les garder après la trentaine, tu sais. »

KGLZZ ne saisit pas un traître mot du dialogue sans visage parcouru de ricanements inquiétants qui se noue au-dessus de sa tête. Que peut-il faire, alors que ses membres entravés et sa bouche bâillonnée ne lui permettent même pas un mouvement de dépit, une plainte, un gémissement ? De son œil unique, seule ouverture sur le monde qui lui soit permise, coulent des larmes muettes dépourvues de sentiment. Seule la souffrance a cours. Sa sidération dure depuis un moment déjà mais soudain, on le retourne brusquement sur le ventre. Aussitôt, une douleur atroce lui transperce le dos, lui arrachant un hurlement si terrifiant qu’au moment de s’évanouir, il ne reconnaît pas sa propre voix.

***

« Lapin ! Lapin ! »

Est-ce un soulagement ? En tous les cas, le son de cette voix devenue familière sort KGL ZZ de sa torpeur.

« Canard ! Que se passe-t-il ? Ils m’ont dit que j’avais signé pro, mais au lieu de me faire jouer au foot ils me torturent !
-Je le sais, Lapin. Et je regrette de ne pas t’avoir prévenu. Tu découvres peu à peu l’envers du décor, mais tes souffrances ne sont pas terminées. J’aurais du te prévenir.
-Mais je souffre déjà atrocement ! Sors moi de là, Canard, je t’en supplie !
-Inutile, Lapin. Je ne souhaite que ton bonheur, mais je ne peux rien faire pour toi. Mon corps n’a qu’une réalité ondulatoire, dans cet endroit.
-Comment puis-je m’enfuir, alors ? Ils m’ont fait si mal que je ne peux plus bouger.
-Ils t’ont prélevé un peu de moelle. Ils le referont. Je sais que cela va être difficile, mais essaye de te lever.

KGLZZ se rend alors compte qu’il est étendu sur une couche. L’enchaînement fou des événements lui a fait perdre tout repère.

« Je n’y arriverai pas. Je te l’ai dit, je ne peux pas bouger.
-Tourne la tête vers moi. Regarde moi, Lapin. »

Au prix d’un effort bien plus intense qu’un tennis-ballon contre Mustapha Hadji, KGLZZ parvient à faire pivoter son crâne très lentement vers la voix de Canard. Dans ce bain de lumière, son corps translucide paraît plus abstrait que la carrière de Christophe Dugarry.

« Tu vas découvrir très bientôt ce pourquoi tu existes, Lapin. Ta révolte est presque prête. »

Soudain, une porte s’ouvre et laisse apparaître une silhouette grabataire vêtue d’un costume fort onéreux. Lezardien à mort, d’une sexualité indéfinissable, visiblement cloné mille et mille fois, le cacochyme personnage se place dans l’axe du regard de KGLZZ.

« Sais-tu qui je suis ?
-C’est le maire de Nancy, Lapin.
-Je suis le maire de Nancy, Laurent Hénart. Laurent Hénart-Lézard #853, pour être exact.
-Il ne peut ni me voir ni m’entendre. Personne ne peut voir à la fois le Canard et le Lapin.
-Sais-tu pourquoi tu es ici, KGLZZ ?
-Ne le crois pas.
-Je suis ici pour faire de toi un grand footballeur.
-Il veut se servir de toi.
-Un grand footballeur joue dans un grand club.
-Il n’y a plus de grands clubs. Ne l’écoute pas.
-Ici, nous ne sommes pas encore un grand club. Nos matchs se jouent en public, la FAF ne nous reconnaît aucun accès à ses compétitions…et j’en ai assez.
-Il va te proposer de te faire dématérialiser. Mais c’est un mensonge !
-J’en ai marre de ce championnat de bureaucrates biberonnés à la nostalgie. Je veux voir du vrai football. Je veux voir un match de Manchester City, du Real Madrid, du PSG.
-Lapin, je ne sais pas ce qu’il raconte mais ne l’écoute pas.
-Je vais faire de toi ma mine d’or.
-Ne cède surtout pas à la moindre de ses demandes.
-Je n’ai rien à te demander. Ce que je veux de toi, je vais le prendre.
-Lapin…
-Tu vas me donner ton pouvoir, Lapin. Celui de privatiser la FENGE.
-Il ne peut pas savoir, c’est IMPOSSIBLE, LAPIN.
-Veux tu rencontrer tes parents, Lapin ?


LES PROFESSEURS CORONS.


Encore une composition serbo-slovène, mais plus aucune fantaisie ne nous émoustille désormais.

 

LE MATCH en live depuis le haut du terril.

1 Après le coup de sifflet fictif donné par Yvette, supportrice de 1825 ans, un coup d’envoi aux frontières du réel est donné pour que le match bascule immédiatement dans la science-fiction : une vraie action est initiée par les Nancéiens qui se placent et font circuler correctement la ballon, passe en retrait pour Nordin, première frappe, but. Vu comme ça cela ressemble à une action bossée à l’entraînement et presque parfaitement exécutée, mais du côté des supporters je peux vous assurer que l’incrédulité prime. 0-1.

7 Grosse occasion lensoise qui force notre gros gardien à sortir deux gros arrêts.

10 Lens installe son mur de récupération à 45 mètres de notre but et commence à pilonner comme à Sarajevo, pas de temps à perdre pour égaliser.

13 Nordin est seul à 16 mètres du but, mais tel un petit écureuil à roulettes, il s’emmêle les pinceaux et finit par se faire reprendre.

20 On contrôle les ailes comme le fisc contrôle Apple, ça donne quelques centres pour les Lensois (cent de chaque côté depuis le début, environ).

25 Brice Dja Djédjé souffre d’une malformation congénitale, chose dont il vient de se rendre compte à l’instant. Il demande le changement.

30 Ce scénario trop favorable ne pouvant durer, Lens inscrit un superbe but égalisateur, chose habituelle désormais. Il est l’œuvre de Mesloub, qui arrache le filet de Jourdren d’un tir aussi violent que bien placé. 1-1.

32 Jaune de dépit pour Nguessan.

33 La foudre manque frapper au même endroit, cette fois sur un corner. Mais elle ne frappe jamais au deuxième endroit une seule fois, non ? J’en perds mon latin.

35 88e tir lensois, capté par Jourdren.

38 Ils tentent même des corners directs, les impudents.

46 Allez, encore une petite occase pour Lens et on rentre.

Mi-temps.

46 Lens engage pour une deuxième mi-temps sous haute pression des Corons alors que notre éternel espoir slovène a cédé sa place à son éternelle nullité Maurice Junior Dalé.

47 Cétout attaque avec un tir contré en corner. Cela ne donne rien mais ça fait plaisir.

49 Les Lensois recommencent à enchaîner passes et tirs dangereux.

52 Centre pour Mesloub qui rate sa tête. Ouf.

58 Dalé a le ballon dans la surface, peut-être pourrait-il tenter, ne sait-on pas, un tir ? Lever la tête afin de se rendre compte qu’il est désespérément seul et tirer ? Une frappe même désespérée, même s’il a 100% de chances de se faire contrer ? Mais que voulez-vous, il préfère tenter un dribble tout pourri, se faire enlever le ballon et demander un penalty qu’il n’obtient évidemment pas, comme l’exige la marque des grands joueurs.

61 L’on sanctionne une faute à Diagne, lui qui semblait pourtant ne demander qu’un câlin.

64 C’est bien gentil d’obtenir une série de coups-francs non loin des buts adverses, mais si c’est pour laisser ce pied palmé de Nordin les balancer au sommet des terrils, autant rentrer direct, les gros.

66 Nouvelle faute sur Nordin. ILS ONT PEUR.

72 Oh le bon centre de Ba pour Nordin qui tente une volée. C’est juste à côté mais cela montre aussi qu’il y a la place, c’est fou.

76 Bassi entre à la place de Koura qui n’a strictement pas fait grand chose.

77 Aussitôt entré, Bassi est lancé en profondeur et nous régale d’un contrôle dans la course avec le ballon qui arrive dans le dos. Mais il ne peut pas appuyer son tir, et tout ce joli mouvement ne sert donc strictement à RIEN.

80 Alors on défend, on montre qu’on a peur à notre tour, on sort Yahia en fauteuil roulant pour le remplacer par Lang.

85 Faute d’Abergel et jaune logique, ceci offre un coup-franc en forme de « mini-corner » comme nos grandes gueules du commentaire aiment à les appeler. C’est joué à la nîmoise, cela ne donne rien.

87 Abergel trouve Ba bien placé, celui-ci n’a qu’à transmettre à Dalé seul au centre en espérant que l’autre grand con ne va pas faire n’importe quoi. Mais c’est tellement peu probable que Ba préfère lui-même faire n’importe quoi de manière préventive.

91 Jaune pour un Lensois qui a confondu le pied de Badila avec l’accélérateur de son Renault J5 tuné.

Fin du match nul pas trop nul.


LES NOTES.

Jourdren 3/5
C’est vrai qu’il est placé comme un santon sur le but de Lens, pile sur sa ligne des 5 mètres 50 et que son mètre 19 se fait aisément lober par la frappe de Mesloub. Mais le reste du match, les Sang et or ont été gentils avec lui et n’ont tiré qu’au sol, son point fort. Et ça me flingue de l’écrire, mais ça fait qu’il a produit un très bon match.

Abergel 3/5
Replacé mais pas déporté, car il a été formé à ce poste de latéranal droit, nous disent les historiens de son parcours. On l’a vu comme d’habitude faire usage de ses quatre paires de poumons avec enthousiasme, et de son cerveau avec intermittence.

Diagne 3/5
Match correct autant que discret. Il a pris le bouillon comme tous les autres en première mi-temps, mais s’est bien relevé en deuxième.

Yahia 3/5
Match de patron, que son organisme grabataire ne lui permettra malheureusement pas de reproduire avant que du sang O+ de jeune vierge brésilienne ne lui soit administré, ainsi qu’une greffe de presque tous les organes vitaux.

Badila 2/5
C’est quand il réussit à défendre presque correctement qu’on se rend compte à quel point il n’est pas foutu d’adresser un centre correct.

Cétout 2/5
Au milieu, il attire certainement les ballons avec son sourire sympa et ses jeux de mots marrants, mais son bagage technique ne lui permet malheureusement pas grand chose d’autre que de trouver des touches au niveau du rond central…

Nguessan 2/5
Devrait tomber pour usage de cocaïne à l’intersaison.

Ba 2/5
Le niveau, il peut l’avoir. Le potentiel en tout cas, il l’a. Reste que s’il n’acquiert pas un peu de lucidité au moment du dernier geste, il ne restera qu’un énième no name de notre centre de formation.

Koura 2/5
Complètement perdu. Il a bien tenté quelques accélérations, mais c’était pas le jour où on allait lui offrir un but gratos.

Nordin 3/5
Belle journée pour les nullards, puisque son but n’est même pas le voile qui masquerait une nouvelle performance dégueulasse, mais au contraire une preuve de ce que l’on pensait tous ne jamais voir : un bon match de sa part.

Eler 1/5
Bon, voilà, on voulait tous la preuve de ce qui était avancé en coulisses, on l’a eue : il a pas le niveau (en fait on n’en sait rien, vu qu’il n’a pas touché un ballon). On a eu la confirmation en revanche qu’il parvenait à glisser un fer à repasser dans sa chaussure droite au moment de tirer les coups-francs, avec un tir qui est passé à côté mais qui a été chronométré à 2500 km/h, environ.

REMPLAÇANTS :

Dalé 1/5
Nul, nul, nul, nul, nul, NUL de NUL DE NUL DE NUL. NUL. Nul. Nulnulnulnulnulnulnul.

Bassi NN
Toujours étrange de se priver de notre meilleur joueur dès le début, d’autant que son entrée a bien failli être décisive. Mais bon, c’est rien.

Lang NN
Yahia ne respirait plus.


NOTE ARTISTIQUE DE L’EQUIPE : 3/5.

Encore un effet Machin, nous voilà beaux avec notre quatrième coach de la saison. Ceux qui n’était pas encore accros à la piqûre de rappel dans l’effectif ne vont pas tarder à s’y mettre comme les autres. En l’état, céder à la panique est la seule option qui reste, alors pourquoi résister ? Tholot arrive avec ses idées, une communication musclée, une tête assez improbable entre Tex et un Gerard Lanvin amputé de son charme et quelques mois de retard. Avec aussi une marge de manœuvre à peu près égale à zéro pour aider tout ce petit monde à se sauver le cul. Et pour sa première, il va nous chercher un nul à Lens, pour l’histoire du foot un exploit face à un grand club mais au vu de leur saison, franchement pas un gage de révolution.

Alors on ne va pas encore ni s’emballer ni pleurnicher ni rien faire parce qu’on est personne, déjà, et puis parce que cette équipe est devenue tellement avare en émotions de toutes sortes que l’on ne parvient plus à vibrer à la regarder. On en a soupé de subir le diktat de ces bouleversements d’organigramme à n’en plus finir, à tel point que ce qui était enthousiasmant un jour était facteur de décrépitude le lendemain. On souffre à en crever et de nouvelles têtes parmi celles qui peuvent être changées ne nous anesthésient plus le moins du monde.

L’ASaNaL est à l’image de la vie : décevante le jour, fatigante la nuit. À force de vouloir vivre en paix, on la combat plus qu’on l’adule, on la fuit plus qu’on l’embrasse, on s’emmerde en sa compagnie sans presque plus oser croiser son regard, de peur d’y retrouver notre profond désarroi. Comme nos vies de merdes, on n’a qu’une envie : que ça se termine, vite.

Marcel Picon.

Marcel Picon

Ras le cul de toutes ces conneries.

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