Leverkusen-OM (0-1) : La Canebière Académie avait pourtant voté qu’ils ne bluffaient pas
Mode 3000 est activé.

Aïoli les sapiens,
Eh bien les copains. Cela faisait deux mois qu’on essayait de rassurer Nénesse à longueur de branlées européennes : « Tu sais Bruno, t’as plus besoin de dire que tu es déçu de la défaite, que vous jouez la Coupe d’Europe à fond, patin, couffin…C’est pas grave hein. On le voit bien qu’on a une demi-équipe pour tenir toute la saison, alors balancer l’Europe pour assurer le championnat, on ne t’en voudra pas, hein. »
Et pourtant on le connaît, depuis le temps, Nénesse l’Arsouille, on l’a bien vu que, même au cœur des saisons les plus merdiques, ses équipes sont toujours capables de taper un exploit venu de nulle part. Mais bon, le Mojo Nénesse 3000, tant qu’on ne l’a pas vu soi-même en action, on a quand même du mal à y croire.
Le pire d’ailleurs, c’est que la victoire du soir n’est même pas un exploit. Pas de génie mais du collectif solide de partout, de la rigueur, de l’entraide, un groupe en progrès. Juste, ça bosse, et quand ça bosse, eh bien ma foi, le travail mérite bien une belle récompense de temps en temps.
La bande à Nénesse
De Lange
Bezahaf – Egan-Riley – Aguerd– Garcia (Koum, 84e)
Højbjerg – Kondogbia (Nnadi, 71e)
Weah– Abdelli – Paixão (Mmadi, 71e)
Gouiri (Maupay, 84e)
La compo du soir laisse à penser qu’en fait, non, il ne bluffe pas : malgré l’affiche de dimanche à Lens, on est partis pour jouer le match avec le meilleur de nos forces disponibles. Si l’équipe-type est remaniée depuis la victoire contre Toulouse, il s’agit de choix forcés par les forfaits d’Harit et Emerson. Weah en profite pour retrouver ses premières amours offensives, Bezehaf étant titularisé derrière lui. Kondogbia est préféré à Nnadi pour débuter la rencontre.
Le match
Deuxième du classement, prétendant à la victoire finale, le Bayer a tout de l’équipe qui nous incite à attendre un peu avant de fanfaronner sur routasse reçue la veille par nos amis Lensois. Pourtant, malgré de premiers matchs abordés de manière très timorée, nos Olympiens semblent enfin s’être convertis au « oublie que t’as aucune chance, fonce ».
L’OM passe ainsi les dix premières minutes à taper sur le teston de son adversaire, une domination totale ponctuée par la magnifique ouverture de Weah pour Gouiri. Amine souille son défenseur d’un petit pont mais manque d’un poil de détermination pour vaincre le gardien et son grand écart de la mort. Dommage, on est passés à deux doigts d’un but d’anthologie.
L’OM applique son football, manquant juste un peu d’explosivité pour conclure leurs attaques, ce genre d’action où la coupe d’Europe exige d’exécuter le bon geste dans le dixième de seconde, là où le championnat de laisse le temps de fumer une chicha-pomme avant de tirer. La chance olympienne réside dans le fait que les Leverkusenois, eux-mêmes, paraissent davantage intéressés par le reboot de l’Inspecteur Derrick signé Michael Bay que par le match.
Cela donne un match objectivement chiant, mais qui personnellement me ravit au possible tant l’absence de danger est totale sur le but de De Lange. Il faut attendre la toute fin de la première période pour que le slipomètre daigne s’affoler, quand les Rhénans-du-Nord-Westphaliens se dépassent notre blocquéquipe pour la seule et unique fois de la rencontre. Au terme de ce surnombre, un tir contré par la défense se transforme en lob, sur la barre de De Lange. S’ensuit dans le temps additionnel un grand moment de panique où, malgré l’héroïsme de la défense pour contrer les tirs, l’on se dit que la seconde période qui s’annonce risque de nous paraître bien longue.
À la reprise, un coup-franc provoqué par Ulisses Garcia aboutit à une passe dans les six-mètres, que Schick ne parvient pas à reprendre. Réponse immédiate des nôtres, avec un excellent pressing collectif qui offre une occasion de tir à Paixão : à côté. Puis, sur un ballon bêtement renvoyé depuis notre milieu de terrain, Gouiri fausse encore compagnie à une défense de touristes, avant que son tir en angle fermé ne soit paré par le gardien.
Puisque les chimistes restent décidés à ne pas se précipiter, l’OM continue d’en profiter, au point que même le minot Bezahaf se sent pousser des ailes (ah non merde, cette vanne-là était pour Leipzig). Montée, lancement de Weah sur l’aile, et voici un centre repoussé droit sur Kondogbia. Geoffrey a le temps de contrôler et d’armer une lourdasse, esthétiquement très réussie mais insuffisamment ciblée.
État des lieux à vingt minutes de la fin : le risque de ridiculisation à la lensoise est complètement écarté. L’OM montre aussi des progrès tangibles, voici un acquis sur lequel s’appuyer quel que soit le résultat. L’écueil qui reste à alors éviter est donc aussi redoutable qu’évident : finir pour une fois sur un bon résultat, au lieu de prendre un but à la con qui ferait déborder le tiroir où l’on classe les « défaites encourageantes où l’on finit par se mordre les couilles au lieu de passer une bonne soirée ».
De part et d’autre, les changements s’opèrent pour la mise en place du dernier acte. Marseille persiste à enchaîner les sorties de balles courtes sous le pressing allemand, accentuant le pressentiment que tout ceci ne peut que mal finir. Eh bien vous savez quoi ? Grâce au Mojo Nénesse 3000, les mauvais pressentiments, on peut s’en faire un suppo. De son camp, Garcia transmet une passe à plat vers Gouiri, collé à la ligne de touche au milieu du terrain. Et contre toute attente, c’est le Garcia d’en face qui se cague et fait sauter le bouchon. Laissé aussi libre qu’un fasciste en noir derrière un cordon de fascistes en bleu, Amine opère aussitôt un raid dans le camp adverse, raid qui s’achève à l’entrée de la surface par un recentrage et un enroulé du droit imparable (0-1, 77e).
Au vu des souffrances de dimanche dernier contre Toulouse, il est à craindre que l’avantage au score ne s’accompagne immédiatement de fébrilité défensive et sueurs acides du périmètre anal. Du reste, il ne faut pas trois minutes pour que De Lange se loupe sur corner, l’attaquant ne parvenant heureusement pas à cadrer sa tête.
Quoiqu’occupé à mordre le canapé et à réduire son stylo en petits bouts de plastique, le chroniqueur lucide n’aura pas manqué de constater que, malgré tout, des progrès demeurent même pendant le serrage de fesses. À un ou deux sprints près, l’équipe semble enfin au niveau pour tenir 90 minutes à haute intensité physique. De plus, la fraîcheur du corps permet celle de l’esprit : la discipline collective est réelle, se traduisant notamment par le verrouillage à triple-tour de toute solution de passe au cœur de la défense. De petits accidents demeurent, mais sans commune mesure avec la panique généralisée des matchs précédents ; du reste, si ces petites fautes se traduisent par des centres, Aguerd et Egan-Riley sont suffisamment présents pour empêcher les attaquants de reprendre facilement : à trois minutes du terme, Tapsobah ne peut ainsi que placer sa tête au-dessus. Weah et Højbjerg finissent par perdre leurs nerfs à l’ultime seconde, en concédant un coup-franc un peu bête. Le mastiquage de gonades se prépare mais, si le centre est encore repris par un attaquant, c’est d’une tête manquant trop de puissance pour pouvoir échapper au plongeon final de De Lange.
On nous objectera que, quasi-assurés de la qualification et sans doute plus préoccupés par leur derby à venir contre Cologne, les joueurs de Lerverkusen se soient montrés particulièrement mouligastres (mouligastre : d’une nonchalance rendue encore plus exaspérante par l’envie manifeste de ne faire aucun effort ; là où le mouligasse peut devoir son état à une nuit trop courte, un apéro trop arrosé ou une épidémie de squinfus, le mouligastre donne seulement l’impression de n’en avoir rien à branler de rien). Mais ne nous la faites pas à nous : nous avons l’expérience d’une décennie de roustes contre des PSG à trois grammes par paupière, ou des demi-cadors européens nous traitant comme une crotte de nez à coller sous la table ; alors, dormiasses ou pas en face, vous ne nous empêcherez pas de reconnaître un match-référence quand on en voit un.
Les joueurs
De Lange (3-/5) : Une palanquée de sorties rassurantes pour une complètement manquée : si celle-ci nous avait coûté un but, on aurait parlé de ratio balerdien. L’arrosage du terrain à grands coups de tatane quand tout le monde s’applique à relancer plus ou moins proprement, ça peut agacer, aussi.
Bezahaf (4-/5) : Ouais, OK, il a salement souffert sa race dans le dernier quart d’heure. Mais merde quoi, à vingt ans dont deux mois d’expérience au plus haut niveau, il a passé une heure et quart à gérer son aile comme un daron, et ce sur la pelouse de Leverkusen. Soyons un peu contents, de temps en temps, bordel.
Egan-Riley (4/5) : Les copains, à condition d’avoir un blocquéquipe solide qui ne l’oblige pas à écoper des attaques adverses par paquet de douze, ce CJ semble être une brique plus fiable qu’elle n’en a l’air.
Aguerd (5/5) : C’est bien simple, le mec a un coup d’avance sur tout le monde. Heureusement qu’il fait du foot et pas de la politique, ce serait le genre de personne à devenir maire moins d’un an après avoir encouragé tout le monde à voter pour une autre candidate.
Garcia (3/5) : Que l’on aime cette attitude. « On n’est pas géniaux, mais ce qu’on sait faire, on va le faire bien, et ensemble ». C’est ce genre de chose qui fera peut-être – et je dis bien peut-être – qu’au-delà des résultats, on appréciera plus ce groupe limité mais soudé, qu’un tas de connards plus brillants mais franchement antipathiques.
Koum (84e) : Mazette, la soufflante de Nénesse auprès des jeunes a eu l’air de fonctionner. Tu les vois maintenant, ustre, ça bronche pas et ça fait le boulot. On dirait à Pertuis les minots du collège privé, qui gardent le polo siglé même en dehors des cours (moi je m’en fous, si un jour ils font ça dans le public, mes filles ont déjà les patchs Monsieur Lapin prêts à coudre sur les uniformes).
Højbjerg (3/5) : L’esprit de la soirée était clair, fallait pas s’attendre à un festival de projections offensives et de contre-permutations dans les half-spaces inversés. Ils nous l’ont jouée à la Ligue 1 Prime, en tirant des barbelés en travers de toutes les lignes de passes possibles. C’est comme le brutalisme en architecture : c’est horriblement anxiogène mais on ne peut pas nier que c’est du grand art.
Kondogbia (3/5) : Loin de ce qu’il a été, mais beaucoup mieux que ce qu’il était devenu.
Nnadi (71e) : La réussite de la soirée, c’est aussi le fait que chaque remplaçant s’insère parfaitement dans le puzzle sans rompre la continuité. C’est comme Maud Bregon : elle est là depuis six mois seulement, et elle parle tellement bien comme une connasse qu’on jurerait qu’elle a fait porte-parole du gouvernement toute sa vie.
Weah (3+/5) : Retrouvant enfin son poste originel d’ailier, Tomothy a joué comme un latéral avancé. S’il s’était agi de piétiner du médiocre de Ligain, le tout aurait été très largement insuffisant. Mais là, pour ce qui est de maîtriser Leverkusen à domicile tout en aidant le petit Bezahaf au moment de sa baisse de régime, le contrat est rempli.
Abdelli (2+/5) : C’était clairement pas la soirée de la créativité, mais au moins, nous, on a gagné. Soit l’exact contraire des manifs : pleines de joie et d’élan, et conclues par un « vu et s’en tape » du gouvernement.
Paixão (2/5) : Le deal, c’était : les collègues font les soutiers pour tenir la baraque, et toi tu fais le coup de génie qui va bien. Autant dire que ça va discuter un peu, au debriefing-merguez avec les camarades.
Mmadi (71e) : De même que les autres minots, une entrée parfaitement conforme aux attentes et sans se faire remarquer. Chuis sûr qu’il doit être éco-délégué, aussi.
Gouiri (4+/5) : On a parlé du choix « faire le boulot de l’ombre ou attendre le coup de génie ». Bah Amine il a pas choisi, il a fait les deux. C’est peut-être pas un hasard si c’est face à lui qu’un défenseur a fini par craquer.
Maupay (84e) : Continue à faire le nombre.
L’invité zoologique : Lucas Vache-Guez
La vache est un mammifère imposant, théoriquement capable d’encorner à mort d’importe quel prédateur, mais qui préfère finalement passer une vie à ruminer pépère en attendant l’abattoir. Il s’agit donc bien de l’invité approprié pour évoquer le peuple français notre adversaire du soir :
- Les autres : en fait je savais pas, mais la ville a été fondée il y a moins de 100 ans et doit son nom au chimiste Carl Leverkus. C’est dingue de penser que, s’ils avaient plutôt basé leur développement sur l’industrie des pompes à merde, ils auraient pu s’appeler Farignane.
- Le classement : le dernier qualifié n’est plus qu’à un point. Ecoutez, je sais pas si c’est un objectif, mais marchons, on verra bien où ça nous mène.
- La suite : On verra dimanche à Bollaert si on affronte des Lensois revanchards ou bien complètement dépressifs. Ensuite, c’est trêve et donc vacances académiques (mais pas de horsjeu.net, petits sacripants, surtout maintenant que ton comité préféré est revenu).
- Les réseaux : ton dromadaire blatère surFacebook et BlueSky. Didier A. remporte le concours zoologique (il semble avoir lancé sa saison, lui aussi).
Bises massilianales,
Blaah