AC Ajaccio : le bilan de la saison n’est pas à huis clos

Une saison de Ligue 2 sans public et sans parcage est-elle vraiment une saison de Ligue 2 ? Pas vraiment. Mais j’ai quand même eu la chance de vivre un peu de football au stade (et devant mon ordi) cette saison. Alors je vous raconte tout (ou presque).

Chance. C’est le mot que je peux utiliser pour qualifier cette saison 2020/2021. D’un point de vue personnel, du moins. Malgré la pandémie et les stades avec jauge ou surtout à huis-clos toute la saison, j’ai pu utiliser mon métier de journaliste pour me faire accréditer dans certains stades de Ligue 2. Avec les matchs amicaux, j’ai pu suivre l’AC Ajaccio dans 16 de ses matchs à l’extérieur cette saison, amicaux et Coupe de France réunis. Pour cet exercice pas comme les autres, je ne parlerais donc pas à proprement parler de « déplacements ». Pourquoi ? Parce que pas de parcages visiteurs, pas de membres d’I Sanguinari réunis, pas de bières dégustées entre nous, pas de sandwichs dégueulasses ingurgités entre nous, parce que pas de ferveur, parce que pas de chants en tribune, parce qu’aucun « Oh arbitre oh PD siffle, c’est fini » lancé par Manufrankin. Pour plein de raisons différentes. À la place de cela : des accréditations presse pour moi, des arrivées en catimini, des joies contenues sur les buts acéistes, des matchs vus depuis la tribune de presse. Chanceux donc, mais frustrant également de ne pas montrer son appartenance à son équipe.

Pour entrer un peu plus dans les détails, j’ai pu voir trois matchs amicaux, deux avec du public, un à huis-clos, depuis l’extérieur du stade (mais on y reviendra plus tard), trois matchs de Ligue 2 au stade, avec une jauge limitée et onze matchs (dont deux à Châteauroux) à huis-clos. J’en profite pour remercier les services de communication des clubs ou les représentants de la presse locale qui s’occupent des accréditations de m’avoir permis de vivre ma passion et mon rêve au stade. Tant qu’on y est, voici la liste des matchs à l’extérieur que j’ai ratés : Caen-ACA, Amiens-ACA, Paris-FC-ACA, Dunkerque-ACA, Lyon-ACA, Toulouse-ACA, Le Havre-ACA et Nancy-ACA. À noter que j’ai loupé le match à Michel d’Ornano pour cause de naissance imminente de mon premier enfant (bon, il est né qu’une semaine après mais ma copine avait peur qu’il arrive alors que je n’étais pas là, ce qui peut se comprendre) (le petit est déjà bien éduqué, il est arrivé en plein milieu de la trêve internationale (c’était calculé) pour ne pas que son père ne rate un match de son équipe préférée, mais sa mère en a décidé autrement, dommage). D’ailleurs, en parlant de paternité, ne vous inquiétez pas, j’ai la chance d’avoir une copine compréhensive qui m’a laissé faire les déplacements, s’occupant magnifiquement bien du bébé (je la brosse dans le sens du poil au cas où elle lirait ce bilan) pendant mes absences à motif footballistique. Et elle me laissera les faire dans le futur. Le bébé ne va pas m’empêcher de poursuivre mes aventures (que j’espère continuer avec lui dans un avenir assez proche).

Des aventures qui ne se feront toutefois plus sans la célèbre et intrépide 106, qui a rendu l’âme cette saison, la veille de mon match à Guingamp. Un énorme sanglier a rencontré sa route et ne lui a laissé aucune chance. Vous avez pu le voir dans mes dernières créations vidéographiques, dans lesquelles je vous raconte tout et où je vous présente sa remplaçante (en attendant d’acheter une nouvelle 106). Repose en paix, tu l’as bien mérité.

Le meilleur déplacement de la saison : 24 juillet 2020 – Bayonne-ACA 1-2, match amical / Pau-ACA 0-0, Ligue 2

Le sud-ouest est une terre très accueillante. Malheureusement, c’est le rugby qui y prime. Ce qui n’empêche pas l’ACA d’y aller en stage d’avant-saison. Ce qui nous offre, chaque année (ce ne sera pas le cas en 2021) des matchs amicaux de qualité, contre des équipes plus faibles, dans un environnement agréable et qui nous laissent le loisir d’aller à la plage avant ou après. C’est ce que j’ai fait en ce début de saison 2020/2021, avec un voyage de plusieurs jours entre Saint-Gaudens et Bayonne : restaurants, plage, bières, pote, rencontres… L’amical à Bayonne a été joué dans des conditions optimales, sous le soleil, avec une bière en tribune, avec quelques amis, dans un cadre champêtre. Que demander de plus ?

Vous connaissez ma passion pour les matchs décrits comme « rustiques », qui respirent le « football vrai ». Une expérience que j’ai pu vivre à Rodez, en découvrant le stade Paul-Lignon mais surtout à Bizanos, ville où se situe le Nouste Camp, dans lequel évolue le Pau FC. Une longue route aller comme retour, des anecdotes à la pelle, un magnifique petit stade, une belle pelouse, un casse-croûte gratuit et un 0-0 des familles. Que demander de plus ? (Plein de choses en vrai).

Le pire déplacement de la saison : ///

J’ai l’habitude de le dire : il n’y a jamais de mauvais déplacement. Dans chaque pérégrination, même si je suis tombé en panne, même si l’ACA a lourdement perdu ou quoi que ce soit, il y a toujours un bon moment à piocher et à mettre en avant, une rencontre, un but, un sandwich. J’ai aussi tendance à expliquer que je préfère les déplacements longs, éreintants, plutôt que les déplacements courts, où les péripéties n’ont pas le temps d’arriver et où tout est « prévu d’avance », comme cela peut-être le cas à Châteauroux ou à Clermont. Mais cette saison, dans les deux clubs cités, j’ai passé d’agréables moments, avec des séquences à jamais dans mon cœur (j’exagère à peine), comme la machine à pizzas en revenant de Gaston-Petit. Pour conclure cette parenthèse, je vais m’auto-citer (ouais je sais, je me prends un peu pour Alain Delon) : « Mes meilleurs souvenirs, c’est quand j’en chie ».

Le déplacement le plus fou de la saison : 1er août 2018 – Charleroi – AC Ajaccio 2-2, match amical

En parlant d’en chier, j’ai l’exemple parfait. J’avais déjà fait un déplacement pour un match à huis-clos sans pouvoir entrer dans le stade. C’était à Montpellier, pour un ACA-Toulouse, comptant pour les barrages de l’accession à la Ligue 1, fin 2018. La rencontre avait été délocalisée à la Mosson et interdite au public à la suite des ‘incidents’ avant le match contre Le Havre. J’avais suivi cet ACA-TFC depuis un grillage extérieur, avec un supporter toulousain qui bouclait son grand chelem, avec vue sur un quart de la pelouse. Mais ça, si vous me suivez depuis longtemps, vous le savez déjà. Cette saison, j’ai encore fait plus fou (sans me jeter des fleurs, loin de là). Nous sommes le 1er août 2021. Ma compagne est entrée dans le dernier mois de sa grossesse, l’ombre de la pandémie de coronavirus plane encore sur le pays et sur le monde : c’est ce moment-là que l’ACA a choisi pour aller disputer un match amical à l’étranger, en Belgique, à Charleroi précisément. Improbable. Mais vrai. Alors que faire : y aller ? Rester à la maison et regretter ? Le choix a été rapidement fait : la 106 est réparée en vitesse, l’escabeau est enfourné sur le siège arrière et c’est parti pour 1200 km aller-retour et quinze heures de route pour mon premier périple acéiste en dehors des frontières. Ah oui : le match est à huis-clos. Après avoir traversé la frontière, me voici à côté d’une enceinte (le stade du Pays de Charleroi, pas ma copine) que je ne connais pas, dans un pays étranger, sans savoir comment je vais faire pour regarder le match. J’y vais d’abord au culot : je me présente à une entrée et avec mon appareil photo et mon sac à dos estampillé du logo de l’ACA, je réussis à me faire accompagner par un stewart dans les entrailles du stade. Je suis à trois mètres de la pelouse. Mais il me faut une dernière autorisation, qui ne m’est pas donnée (logique, je n’avais rien à faire là). Je retourne donc à l’envoyeur. Il y a bien un coin du stade où la vue est dégagée sur la pelouse mais les stadiers m’interdisent d’y rester, à cause des mesures sanitaires. C’est donc dans ma voiture que j’ai regardé la première période de la rencontre, sur le Facebook Live de Charleroi, qui retransmettait le match en direct. Pour la deuxième période, je retente ma chance à l’extérieur : les stadiers sont plus conciliants et je peux rester regarder le match, incognito, à côté de supporters carolos. C’est mieux que rien. Score final 2-2, des souvenirs impérissables, une aventure folle et quelques bières belges pour le retour.

Le meilleur joueur : Mohamed Youssouf

Après deux premières saisons compliquées à l’ACA, notamment tronquées par des blessures, Mohamed Youssouf s’est pleinement révélé lors de cet exercice. À un poste qui n’est pas le sien. Recruté comme ailier, il s’affirme de plus en plus au poste de latéral droit. Kalulu rapidement replacé dans l’axe, il a pu profiter de son couloir la majeure partie de la saison. Rapide et accrocheur dans les duels, il est rarement pris à défaut en un contre un ou dans son dos. Et en plus, il rajoute à cela une participation offensive très intéressante, avec des dédoublements et des centres. Des vestiges de son ancien poste. Ce n’est pas le plus impressionnant à voir jouer, ni forcément celui que l’on voit le plus sur le terrain, mais il a clairement été l’Acéiste le plus régulier. En fin de contrat, on espère vite sa prolongation. Pour faire durer le plaisir.

On aurait également pu citer Bevic Moussiti-Oko. Ses premiers matchs ont fait peur à plus d’un supporter de l’ACA mais il s’est rapidement remis dans le droit chemin, à Clermont. Jusqu’ici timoré et maladroit, il a pris ses responsabilités ce jour-là : je me souviens l’avoir vu dribbler plusieurs joueurs, partir dans des chevauchées, jusqu’à provoquer un pénalty qui scellera la victoire acéiste. La suite de sa saison sera de bien meilleur acabit, pesant énormément sur les défenses adverses, prenant énormément de ballons de la tête et marquant au final 8 buts, un bilan plus qu’honorable. D’autant plus que ses réalisations auront permis à l’ACA d’empocher 10 points. C’est ce que l’on peut appeler « faire la diff’ ».

Gaëtan Courtet n’est pas loin non plus dans cette liste. Remplaçant un temps, écarté un temps, il a fait preuve de persévérance pour redevenir titulaire et même capitaine, avec des prestations haut de gamme, lui aussi pesant sur les défenses, décrochant juste ce qu’il faut, étant le premier défenseur de l’équipe et surtout, marquant des buts. Son bilan ? Huit buts, dont quatre pénalties.

Auraient pu être cités : Mickaël Barreto (plus gros centreur de Ligue 2, troisième meilleur créateur d’occasions, à la technique fine, 6 buts et 5 passes décisives et tout cela dans une équipe pas forcément en confiance. Dans un collectif en pleine bourre, il va faire TRÈS mal), Gédéon Kalulu (replacé définitivement dans l’axe, il brille par sa sérénité et ses sorties balle aux pieds, comme pouvait le faire l’illustre Zakaria Diallo) et bien évidemment Benjamin Leroy (qui a sorti des arrêts de grande classe à chaque match, sauvant l’ACA à de nombreuses reprises. Bref, une valeur sûre).

Ce que j’ai aimé :

  • L’intérim de François-Joseph Sollacaro lors de la suspension de Benjamin Leroy. L’enfant d’Ajaccio n’avait jamais eu la chance de connaître les joies de la Ligue 2 ailleurs que sur le banc. Ses prestations ont été rassurantes, avec notamment un excellent match à Sochaux, avec de magnifiques parades. Il a pris en assurance, fait ses choix rapidement, s’impose. On n’oubliera pas son pénalty stoppé en Coupe de France à Châteauroux, qui permet à l’ACA de ne pas se faire égaliser et de, plus tard, passer un tour de Coupe pour s’offrir un match de gala contre l’OL.
  • La confiance faite aux jeunes. C’est une habitude pour Olivier Pantaloni, qui aime lancer les joueurs formés au club (ou au moins post-formés). Il y a eu Pape Cissé, Mady Camara, Lisandru Tramoni, Félix Tomi, Mounaïm El Idrissy, Faiz Mattoir, Lucas Pellegrini, Matteo Tramoni, Simon Elisor, Yanis Cimignani et bien d’autres encore. Cette saison, les jeunes lancés se nomment Tony N’Jiké (déjà aperçu auparavant), Baptiste Dedola, et surtout Jean-Fiacre Botué Kouamé et Tairyk Arconte. Ces deux derniers ont fait des entrées en jeu intéressantes, avec de la vitesse, de la percussion et surtout des espoirs en vue de la saison prochaine. Arrivé en 2019 de Guadeloupe, Arconte a même marqué contre Le Havre, permettant à l’ACA de quitter le stade Océane avec un point dans la besace. Ce but deux minutes après son entrée lui a permis de devenir l’un des plus jeunes buteurs de l’histoire de l’ACA. Et le deuxième plus jeune buteur de cette saison de Ligue 2. Et pour cause, ce jour-là, Taïryk Arconte avait 17 ans, 4 mois et 28 jours.
  • Le jeu long de Matthieu Huard.
  • Les contrôles en porte-manteau de Mickaël Barreto.
  • La résurrection de Moussiti-Oko. Et celle de Courtet. Et surtout celle de Youssouf.
  • La saison de Mathieu Coutadeur, encore très précieux au milieu de terrain, de par son activité (mais pas que). Quand il tousse, c’est toute l’équipe qui tombe malade. Et tout cela à 35 ans.
  • L’accueil dans tous les stades que j’ai pu visiter.
  • Les idées de l’ACA, en dehors du terrain. Pour compenser les pertes liées au Covid, le club a lancé des enchères sur les maillots portés/préparés lors de plusieurs rencontres de la fin de saison. Les sponsors étaient différents à chaque match avec un leitmotiv récurrent toutefois : mettre en avant des entreprises locales. Un très beau geste qui a contenté tout le monde : le club récupère de l’argent, les entreprises corses sont mises en avant, et les collectionneurs peuvent acquérir un maillot (ou plusieurs) de leur équipe préférée. Bon, moi, ça m’a coûté sacrément cher. On n’oublie pas non plus les nombreuses actions faites par le club pour les associations caritatives.

Classement des toilettes :

Je suis désolé de vous l’annoncer, mais il n’y aura pas de classements des buvettes et des chiottes cette saison. J’espère que vous ne m’en voudrez pas de laisser de côté ces classements qui ont participé à ma renommée. L’explication est simple et logique : je n’ai pas pu faire tous les déplacements et quand j’ai pu aller au stade, j’ai souvent visité les toilettes réservées à la presse, aux VIP ou aux supporters des tribunes d’honneur. Vous comprenez aisément qu’elles ont moins de charme que les toilettes des parcages visiteurs. Cette saison, j’ai vu moins de poussière, moins de graffitis sur les murs, moins de PQ collé au sol, moins de stickers au-dessus de la cuvette des chiottes, moins de robinets qui ne fonctionnaient pas. La preuve que les toilettes des parcages visiteurs sont plus laissées de côté par les clubs que les autres toilettes du stade. Bon, il faut dire aussi que les visiteurs ont moins de respect pour les chiottes que les locaux. Quoi que… À Rodez, les chiottes de Paul-Lignon étaient plongées dans la pénombre, étaient recouvertes de toiles d’araignées et le sol jonché de crasses. Les pires jamais vues ? Peut-être.

Du côté des bons élèves, on peut citer Sochaux, qui avait récolté un joli 4/5, avec des grandes toilettes, brillantes, aux couleurs du club, avec tout le confort nécessaire. Mais on peut également citer les grandes gagnantes : les chiottes du stade du Hainaut, de Valenciennes. Une fois le couloir en moquette quitté, on se retrouve dans des toilettes où tout est noir mat, où tout semble neuf et où tout le confort nécessaire était présent. Très stylé et un 4,5/5 comme note finale. Bravo !

Classement des buvettes

Pas de classement des buvettes cette saison non plus. Mais j’ai quand même eu la chance de bouffer comme un petit cochon dans les différentes tribunes de presse. Dans cette zone du stade méconnue, les journalistes ont généralement droit à un buffet. En temps de Covid, il a été supprimé un peu partout, remplacé par des sachets individuels (il y aussi eu des stades où on n’a rien eu du tout). J’ai eu droit à un très bon sandwich jambon-fromage et une part de flan à Troyes, et à des menus de traiteurs à Châteauroux, très bons et très loin des sempiternels sandwichs dégueulasses que l’on peut avoir en temps normal. Une chose est sûre : les journalistes sont mieux lotis que les supporters visiteurs dans les stades de Ligue 2.

Mes vidéos à voir ou à revoir :

Merci à tous de m’avoir suivi cette saison encore, même si j’ai été moins actif et moins réactif. Merci à tous les clubs qui m’ont gentiment accueilli. Pour la saison prochaine, je ne vous promets rien quant à ma régularité ici. Mais une chose est sûre : mes aventures vont continuer dans les stades du pays, et ce dès le 3 juillet prochain pour la reprise des amicaux sur le continent. On a hâte ? On a hâte !

Perfettu

Perfettu Erignacci De l'Aiacciu

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