Angers-OM (1-1), La Canebière académie passera Noël au chaud

Aïoli les sapiens,

Au royaume des esprits le temps est toujours chaud, lourd, moite. Dans sa case aux tentures écarlate, Erzulie savoure l’éternité. La déesse pourrait la passer ainsi, alanguie sur sa paillasse, à regarder les gouttes de sueur perler entre ses seins lourds. C’est à peine si elle prête attention à son vieux compère Elegua, assis contre le mur et qui chantonne.

Une volute de fumée s’échappe du sol. Elegua chantonne toujours. Erzulie ne dit rien. La fumée monte puis s’évanouit. Une deuxième volute s’élève juste après. Erzulie est indifférente. Elegua est l’intermédiaire entre les hommes et les dieux. Il soupire.
– Erzulie.
– Hmmm ?
– Erzulie. Un homme t’appelle.
– Mmmh. Laisse-moi.
– Hé hé ? Depuis quand te refuses-tu à l’appel des hommes ? La chair mortelle n’est plus à ton goût ?
– Mh. Dis-moi d’où vient cet appel.
– Londres.
– Non. C’est André-Frank. Il ne m’aime plus. Il ne serait pas parti sinon. Nous étions si bien à Marseille, qu’est-il allé faire là-bas ? Je n’ai pas voulu le suivre. Qu’il se débrouille.
– C’était bien, Marseille ?
Erzulie se redresse sur son coude, pour enfin regarder son interlocuteur.
– Imagine un ciel qui s’embrase chaque soir d’un rouge aussi profond que les tentures de ma case, imagine un lieu où la douceur combat la folie à chaque coin de rue, imagine des hommes capables de construire autant que de tout jeter à bas dans un accès de rage, imagine une cité où le médiocre peut s’élever aussi haut que le brave et où le brave peut surgir de chaque médiocre, imagine un endroit où la sagesse est un moment d’exotisme alors que règnent la violence et la passion.
– Hé hé, c’est tout toi, ça. Ils doivent te vouer un grand culte, non ?
– Ils ont leur propre divinité protectrice, mais quelque chose me dit que nous ne sommes pas si éloignées…

Elegua ferme les yeux, pensif. Il se balance sur son siège et se remet à chantonner. Erzulie se rallonge sur le dos. Le plafond de sa case est toujours aussi éternel, mais au lieu d’une goutte de sueur, c’est le sel d’une larme qui vient se déposer sur sa joue. Même au royaume des esprits, il est des lieux anciens dont le souvenir persiste. De la ville qu’elle connut émanent aujourd’hui d’âcres poussières, et même le coucher de soleil autrefois si doux s’est teinté de douleur et de colère. Elle pense à la divinité qui veille sur la cité du haut de son promontoire. « Ô ma sœur ! aimerait-elle lui dire. J’ai vu ta ville et j’ai découvert les tiens. Je devine ta peine et je veux que tu saches qu’elle est aussi mienne. Des plus graves aux plus futiles, il n’est pas un motif pour lequel les mortels semblent avoir d’autre occupation que de faire mal, de se faire du mal, de faire le mal. Et cela, il n’appartient pas aux dieux de le résoudre. Contentons-nous de veiller ma sœur, de veiller et pleurer. »

Jamais la torpeur de l’outre-monde n’avait été secouée par un sanglot. Des cris, des joies, des colères, oui, mais ce sanglot étouffé, Elegua ne l’avait jamais entendu. Apprendre que sa vieille amie puisse éprouver du chagrin lui paraît incongru, elle qui consume sans état d’âme son cœur avec celui de ses amants, qu’ils soient divins ou mortels, avant de renaître sans cesse dans les bras d’un autre. « Il faudra un jour que je rencontre cette bande de fous capables de faire pleurer les dieux », songe Elegua.

Une nouvelle fumée s’élève du plancher. Un nouvel appel humain.
– C’est Marseille ! reconnaît Erzulie.
– Hé hé ? Déjà un nouvel amant sur place ? Je te retrouve, ma vieille canaille !
– Il s’appelle Rolando, je lui concocte le même sort de titularisation éternelle qu’à mon ancien amant ! crie Erzulie, en riant aux éclats. La déesse de l’amour se laisse envelopper dans cette fumée qui s’amplifie et s’épaissit. Frémissant d’un bout à l’autre de son corps soudain tendu vers l’amour, elle adresse un dernier salut à son ami avant de se laisser aspirer dans le monde des mortels.

Erzulie se sent enfin fouler cette terre qu’elle avait trop longtemps quittée. Tout à sa joie, avant même que la brume cérémonielle ne se dissipe, elle se rue sur son amant et l’embrasse comme jamais elle n’avait embrassé. Pourtant, elle ne reconnaît pas son colosse d’amant, lui si fougueux d’habitude. Elle ouvre un œil curieux, et hurle à la vue de l’humain qui l’a appelée.
– AAAAAAAAAAAAH, mais vous n’êtes pas mon Rolando ! AAAAAH, qui êtes-vous, qu’est-ce que vous faites là, où suis-je ?
– Ne vous inquiétez pas, déesse, vous êtes bien à la Commanderie. Je vais vous expliquer : je m’appelle Rudi Garcia, je travaille ici et…
– Mais je n’en ai rien à faire, je veux mon Rolando, pas un blanc antipathique et à moitié chauve.
– Oui, bon, je vous ai appelée selon les règles, non ? Et nous sommes liés, puisque vous m’avez embrassé. Pas vrai ?
– …
– Pas vrai ?
– Si, maugrée la déesse.
– Bon, alors je vous explique. J’ai des soucis en ce moment. Pas de ma faute, hein, mais entre les joueurs qui ne m’écoutent pas, les arbitres qui ne sont pas justes et la chance qui ne nous sourit jamais, mes résultats ne sont pas aussi bons qu’ils le devraient. Et il se trouve que l’autre jour, j’ai été intrigué de voir Rolando dans ce réduit, j’ai un peu espionné aux portes et je vous ai vu parler tous les deux. Et là je me dis que si vous avez réussi à faire de lui un titulaire en puissance, vous pourrez bien me donner un petit coup de main, à côté ce ne sera pas grand chose.

– Bon, dis-moi ce que tu veux, qu’on en finisse.
– Ben voilà, même si je les mérite pas, les mauvais résultats s’accumulent un peu trop, et j’ai pas envie de me faire virer. En soi, ce ne serait pas trop grave, vu les indemnités que ça me rapporterait, mais mon fourbe de chef serait capable d’inventer n’importe quoi pour me faire lourder pour faute grave ; ok, ça, ce sera le jour où il lui poussera des couilles, si vous me pardonnez l’expression, mais c’est pas impossible tout de même. Alors juste un petit coup de pouce pour gagner des points, n’importe quoi…

Erzulie se pince le haut du nez. « Il y a des hommes qui transpirent la mesquinerie jusque dans leurs prières, songe-t-elle. Enfin, puisque je lui ai roulé une pelle, idiote que je suis, je suis bien obligée de lui donner ce qu’il veut. »
– Soit, allez, je vais me débrouiller, égalisation à la dernière minute ou quelque chose de minable dans le genre, ce sera assez bien pour toi. Sois tranquille, et maintenant débarrasse-moi le plancher.
– Je me dois de vous remercier dées…
– Plus un mot ! J’étais dans un beau conte et tu viens de me le casser avec ta veulerie et ta calvitie qui ne s’assume pas. Tu salis tout ! Tu rends tout moyen ! Je ne veux plus te voir, pars de ce réduit, pars de ce lieu, pars de cette ville !
– Hé, dites donc, je…
– DEHORS !

L’équipe

Mandanda
Sakai– Rami– Rolando – Amavi
Lopez (Sarr, 46e) – Luiz Gustavo
Thauvin– Sanson – Payet
Mitroglou (Ocampos, 46e)

Fort de sa protection divine, Rudi Garcia (dehors) envoie Kamara en réserve pour, semble-t-il, une sorte de combiné entre mauvaises performances et écarts de comportement. Un argument qui se tient, mais dès lors, pourquoi bougre n’a-t-il pas fait de même avec au moins la moitié de l’équipe qui le méritait tout autant ?
Quoi qu’il ne soit, c’est un nouveau schéma garanti « 0% recrue estivale » qui est mis en place, Papa Noël McCourt devant être ravi d’avoir claqué des millions pour des jouets dont son rejeton (dehors) s’est déjà lassé quelques mois plus tard.

Le match

L’OM profite de la première période pour approfondir son exploration de l’ignoble. Même s’il ne faut jurer de rien en la matière, il semble bien que nous approchions du moment où, pour de bon, il sera cette fois définitivement impossible de faire pire. Mais bon, je m’abstiendrai tout de même de parier là-dessus, ces joueurs ont si peu de fierté qu’ils seraient capables de rejouer Human Centipede sur un terrain de football pour être certains de faire vomir les derniers supporters qui résistaient encore à leur spectacle.

Bref, l’intensité physique est proche du néant, l’imagination offensive est absente, et les sautes de concentration défensives sont d’un nombre à faire craindre une démence précoce chez nos joueurs. Seul point positif, Mandanda exécute son premier arrêt décisif depuis un temps où il y avait encore des arbres à la Plaine, dans un face-à-face autoritaire avec un Angevin lancé seul au terme d’un sketch de Lopez et Luiz Gustavo. L’ennui à ce poste, c’est que les réflexes ne suffisent pas toujours : il faut aussi parfois pousser sur les jambes, et a fortiori sur les actions où l’on se place comme un vier marin. Quelques minutes après une lourde de Capelle sur le montant et trois autres actions plus ou moins slipométriques, Steve est enfin battu par une tête de Baohken, ne pouvant plonger pour combler un premier poteau qu’il avait largement ouvert (1-0, 36e). Mais peut-être notre gardien comptait-il sur Amavi pour arriver à temps et empêcher le centre (hahaha), voire sur Rami pour être au marquage de l’avant-centre (hohohoho) ?

À la pause, Rudi Garcia (dehors) enlève quelques grumeaux de la bouillie. Lopez et l’hologramme de Mitroglou sortent, Sanson recule au milieu, Sarr entre à l’aile droite, Ocampos à gauche, et Thauvin passe en pointe. Il est permis de dire que l’OM domine alors un peu plus, si l’on considère que désormais nos joueurs parviennent à faire quelques passes vers l’avant au milieu de leurs séquences de possession stérile. En face, à l’identique des Strasbourgeois mercredi en coupe du pneu, ça subit placidement avant, sur nos pertes de balle, de nous faire une démonstration de ce qu’est une sortie de balle rapide en passes combinées. Il leur suffit alors pour frapper d’attendre le passage de l’encéphalite de 22h25 chez Amavi : exact au rendez-vous, Jordan oublie de monter avec sa ligne défensive et couvre un attaquant d’un bon mètre. S’ensuit un deux-contre-un où Bahoken n’a plus qu’à conclure l’action. Mais qui dit « tir de près » dit « pas besoin de plonger à deux mètres », et sur ce genre de situation Mandanda prouve qu’il a conservé tous ses réflexes (ou alors, c’est qu’Erzulie est déjà à l’œuvre à cet instant). Steve met deux fois l’attaquant en échec et nous préserve miraculeusement du deuxième but.

Les Angevins commencent à cracher leurs poumons, ce qui permet à l’OM d’étendre son emprise sur le jeu. Les vingt dernières minutes ressemblent enfin à ce que devrait être un Marseille-Angers, à savoir une longue séquence de martyres infligée à ces pacoulins. Nos adversaires perdent rapidement la balle, et ne nous pressent plus suffisamment haut pour nous empêcher d’approcher de la surface. Idéalement servi par une belle remise de Thauvin, Ocampos rate une volée qui eût fourni une égalisation magnifique ; sans doute trop magnifique pour Erzulie d’ailleurs, qui a certes promis de sauver les miches de Rudi Garcia, mais pas d’une manière si élégante.

Ainsi, quelques minutes plus tard, Payet décale Thauvin, qui fume son défenseur d’une accélération subite. Tendu, le centre de Florian est repris de la poitrine par Bouna Sarr : c’est moche, cela confine à l »escroquerie, mais ça suffira à Rudi Garcia (dehors) pour ne pas passer les fêtes à actualiser sa situation chez Pôle Emploi (1-1, 82e).
Malgré les dix minutes restantes et l’agonie angevine, le hold-up s’arrête ici, de sorte à pouvoir nous gargariser de nos vingt dernières minutes de haute volée, de notre capacité de réaction exceptionnelle, et autres gougnaferies masquant de plus en plus mal cette vérité : nous ne savons plus jouer au football.

Les joueurs

Mandanda (3/5) : Pourquoi ne se reconvertirait-il pas au hockey-sur-glace ? La taille des cages conviendrait mieux à ses capacités, et porter un masque nous éviterait de croiser sa tête de dépressif à chaque fois qu’il encaisse un but.

Sakai (1+/5) : Il a cru comprendre que ses coéquipiers jouaient mal pour faire éjecter leur entraîneur (dehors), aussi a-t-il suivi le mouvement syndical. C’est qu’il ne faudrait pas le prendre pour un jau… pour un briseur de grève.

Rami (2-/5) : Se déplace en province auréolé de son titre de champion du monde, à la manière des chanteurs ringards dans les tournées « Stars des années 80 » : en rigolant avec les copains, en signant des autographes, peut-être en mettant une main ou deux sur des culs qui passent mais en tout cas sans en foutre une ramée niveau travail.

Rolando (2/5) : À l’image du vieux gnou malade qui se sacrifie pour la tribu, Rolando a pris soin d’exécuter une abominable passe décisive pour un Angevin, afin que tout l’opprobre tombe sur lui et épargne le reste de l’équipe. Peine perdue : ce con d’attaquant a saboté l’occasion, et donc rien n’a masqué la nullité d’ensemble de l’équipe. Ce fut pourtant le seul fait d’armes de Rolando ce soir.

Amavi (2/5) : Sur le plan de l’intensité et de la percussion, on n’est bien obligé de reconnaître qu’il a une fois encore compté parmi les joueurs les plus intéressants. Pour tout dire, en ce moment, Jordan est comme un préservatif ultra-fin, mais troué : les sensations ont beau être agréables, on pense surtout au risque.

Luiz Gustavo (2-/5) : Je l’aime d’autant plus qu’il a les mêmes cheveux que ma tendre épouse. D’ailleurs ma tendre épouse n’aurait pas moins bien joué que lui en première mi-temps. Mais bon, comme souvent, il fait partie de ceux qui sonnent le réveil en fin de rencontre.

Lopez (1/5) : La voie de la perfection est un long et douloureux chemin parsemé d’embûche : ainsi, ses longs mois d’entraînement sous la férule de Rudi Garcia (dehors) sont encore loin d’avoir permis à Maxime d’approcher la réponse à ces deux questions existentielles que se pose tout homme : « Je me mets où ? » et « Je fais quoi ? »

Sarr (46e, 3/5) : Rudi Garcia (dehors) va chérir sa poitrine plus que celle de sa propre femme.

Thauvin (2+/5) : Pendant les trois-quarts de la rencontre il a été nul et odieux, comme possédé, avant de redevenir lui-même en fin de match. A-t-il fallu l’intervention d’un exorciste ? Ou bien était-il tout bêtement constipé, comme dans l’histoire de Gotlib ?

Sanson (1+/5) : On parlait tout à l’heure d’imiter Human Centipede sur un terrain de foot, eh bien Morgan n’a pas attendu ses camarades pour postuler dès ce soir au rôle de la queue du mille-pattes.

Payet (2/5) : Comme d’habitude, quand sa seigneurie daigne se réveiller la production offensive s’en ressent immédiatement. Je préconise un petit coup d’aiguillon électrique sur les testicules avant d’entrer sur le terrain, pour qu’il soit dans le match plus rapidement. Et si ça ne fonctionne pas, ça nous aura fait passer un bon moment.

Mitroglou (0/5) : Je ne dis pas que la note n’est pas sévère, et encore moins que tout est de sa faute, m’enfin pour donner des points il faudrait pouvoir trouver un petit quelque chose à noter.

Ocampos (46e, 2-/5) : On pourrait commenter ses matchs rien qu’avec des trompettes de cavalerie, par exemple : « Lucas amorce un dribble à un contre deux« , « Lucas est en position idéale mais tire au-dessus« , « Lucas effectue un retour défensif » ou encore « Lucas assiste à une séance vidéo de Rudi Garcia (dehors) ».

L’invité zoologique : Stéphane Bahoki.

Le hoki est un poisson fade, sans intérêt, mais largement consommé en tant qu’ingrédients de préparations médiocres et insipides. Fraîché du matin pêché, il était donc bien l’invité approprié pour rencontrer l’équipe dégueu du capitaine Bigleux.
– Les autres : Propres. Ils ont saisi un truc tout bête, c’est que le football se joue ensemble, par exemple en se servant des intervalles disponibles entre les matchs pour parfaire des déplacements et des combinaisons de passe, des trucs dans ce genre. Bon, en revanche, concernant l’efficacité face au but, il ne semble pas que l’on puisse apprendre grand chose d’eux.
– Le classement : Au bout du compte, puisque Lyon et Montpellier se neutralisent, et que Lille perd contre Toulouse, il s’avère que cette nouvelle purge s’avère plutôt une bonne opération comptable. Elle est vraiment forte, cette Erzulie.
– Les réseaux : ton dromadaire préféré blatère sur Facebook,
et sur Twitter. Homerc remporte le concours zoologique.

Bises massilianales et bon bout d’an,
Blaah.

Blaah

Dromadaire zoophilologue et pertuisien. Idéal féminin : à mi-chemin entre Scarlett Johansson et Maryse Joissains.

4 commentaires

  1. Plus on est nul plus on grimpe au classement. Définitivement le challenge Elie Baup se présente comme l’objectif numéro 1 de cette saison

  2. On ne peut vraiment pas compter sur les angevins… et pourtant les joueurs de l’OM ont fait leur maximum…
    À croire que la meilleure chance de maintien du SCO soit celui de Rudi…

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