Caen-OM (0-1), La Canebière académie impose ses limites

Aïoli les sapiens,

Il y a des limites. C’est parfois au plus profond de sa déchéance que l’Homme trouve enfin sa part de dignité, l’action à la fois dérisoire et grandiose qui suffit à retrouver ce fil ténu qui le rattache à l’humanité. C’est l’alcoolique au dernier degré qui, renvoyé de son emploi, abandonné par sa femme, expulsé de son logement, trouve la force de déboutonner sa braguette pour plutôt pisser sur un concept-store. C’est Marlon Brando, obèse et complètement cintré, qui se force à venir froncer une narine dans Superman pour récupérer un cachet à six zéros, parce qu’après tout c’est son métier. C’est Jean-Claude Gaudin qui, après 50 ans de mandats, n’en finit plus de finir assis au sommet d’une pétaudière absolue, se voit lesté d’un physique à perdre un 110 mètres haies contre Bouteflika, s’apprête à laisser les charognards débuter leur festin dans une ville en ruines, et pourtant sera sur le pont dès 5h du matin à la prochaine la bénédiction des navettes.

C’est l’OM, privé de victoire depuis 9 matchs, rousté par tous les gros clubs, fessé par Limassol et l’Association sportive forézienne Andrézieux-Bouthéon, et qui, alors que l’on croit le pire déjà dépassé, après avoir surmonté des humiliations que l’on supposait inacceptables, se retrouve à Caen face à lui-même. On évoque une défaite ici, oui, une défaite contre le Stade Malherbe, le club assurément le plus vil de cette division. Nombre de clubs compensent leur médiocrité sportive en inspirant soit la sympathie du loser, soit une sorte de peur folklorique à l’image du SC Bastia des dernières années. Mais eux, non. Même Marcel Picon, malgré tous ses efforts en ce sens, n’arrive pas à rendre son club de Nancy aussi détestable que Caen. Caen est mauvais, mais pas au point d’avoir l’hygiène de débarrasser la Ligue 1 de sa présence. Caen a accueilli Rémy Viercoutre. La défaite contre Caen est moralement inconcevable. On peut perdre face à l’Association sportive forézienne Andrézieux-Bouthéon, mais on ne perd pas à Caen. Les bêtes perdent à Caen. Nous sommes dans la fange, nous sommes la fange, mais nous ne sommes pas des bêtes. Nous ne perdons pas à Caen.

L’équipe

Mandanda
Sarr– Kamara – Rolando – Amavi (Caleta-Car, 72e)
Lopez– Strootman
Thauvin– Payet (Sanson, 26e) – Ocampos
Germain (Radonjic, 86e)


Aux absences de Sakai (coupe d’Asie des nations) et Rami (blessé) s’ajoute le forfait de Luiz Gustavo, touché lors du match à Saint-Étienne. Mitroglou fait son retour sur le banc, le banni du jour étant Clinton Njie. L’équipe se présente dans un 4231 mené par Payet, pour qui l’on espère que son séjour sur la touche aura fait le plus grand bien.

Le match

Rassurons d’emblée ceux qui auraient pu être tentés de croire qu’après le départ de Rémy Viercoutre, Caen était devenu un club fréquentable. Crivelli n’attend pas trois minutes pour semer la merde à la retombée d’une bête touche, préfigurant une rencontre toute en gestes de putes et cartons des deux couleurs. Comme nous le disions, si la Basse-Normandie était dotée d’une identité régionale un peu plus intense que le calva et le Mont-Saint-Michel, on aurait pu évoquer le SC Bastia et son atmosphère si particulière. Mais là, non, le Stade Malherbe c’est juste Robert Bidochon qui se prend pour un droogie, l’ultra-violence en charentaises. La preuve, personne ne dit « le fameux contexte bas-normand », ce serait ridicule.

Bon, on parle, on parle, mais pendant ce temps, que font les nôtres, les rares fois où leurs adversaires le laissent le loisir de faire trois pas sans recevoir un coup de savate ? Eh bien, pas grand chose hélas. Certes, le regain d’intensité entraperçu lors des deux derniers matchs semble se confirmer, mais sur le plan du football, surtout contre ces fécalomes coincés depuis trop longtemps dans l’ampoule rectale de la Ligue 1, cela reste bien faible. Le principal événement réside dans la sortie sur blessure de Payet et l’entrée de Sanson peu avant la demi-heure. Pour le reste, Mandanda est heureux de voir quelques tentatives caennaises lui arriver droit dessus, tandis que Brice Samba (si si, l’ancien nôtre) se contente de regarder passer un tir au-dessus de temps en temps.

À la pause, les parieurs délaissent le football pour lequel il ne semblent rien devoir attendre de ce match. Et de se concentrer sur un enjeu autrement plus haletant, à savoir deviner le premier joueur à être sorti par l’arbitre. Crivelli tient la meilleure cote, après avoir échappé de peu à un second carton jaune dès la 5e minute. De notre côté Jordan Amavi a su, d’une charge de bourrin, se ménager un bon espoir d’expulsion précoce.


Et pourtant, à la reprise, c’est bien de ballon dont il est question, en l’occurrence celui remonté dans le camp normand par Ocampos avec force tripes et sueur. Ses 20 mètres de terrain dûment gagnés, Lucas crie « Tora ! Tora ! Tora » et, comme à son habitude, va se faire exploser sur les défenseurs les plus proches. Germain hérite de la balle et décale Strootman sur la gauche de la surface, lequel délivre un amour de petit centre piqué pour Sanson. Avec une application infinie, Morgan dépose son coup de tête hors de portée du gardien (0-1, 49e).

Après cet incident, le combat de catch reprend bien vite ses droits : dans les deux minutes qui suivent le but, Bammou défonce Amavi et reçoit un carton jaune, Amavi échappe à l’expulsion malgré un fauchage très esthétique, et Guilbert finit par venir à bout de la patience arbitrale. Déjà averti pour avoir contesté un coup-franc concédé pour cause de jeu à terre, le rustre s’en va défoncer Morgan Sanson au milieu de terrain et finit par récolter ce carton rouge qui pendait au nez de plusieurs joueurs depuis bien longtemps.

Mon lien ayant eu le bon goût de lâcher au moment où Rolando offrait une balle de but à Crivelli, c’est dans un slip intact que se profile la fin de rencontre, avec un OM dominateur mais bien trop désinvolte sur ses occasions de contre. Strootman y va de sa passe décisive pour Ocampos, malheureusement interrompue par l’arbitre assistant après un départ hors-jeu de l’Argentin. Celui-ci manque ensuite la balle après un centre tendu de Sanson, avant que Thauvin ne soit à son tour lancé dans la surface. Florian semble irrégulièrement déséquilibré par le défenseur avant de rater sa frappe, mais l’arbitre refuse de revoir ne serait-ce que la moindre image de cette rencontre et ne consulte donc pas la vidéo. Dans le temps additionnel, Sarr nous réédite bien sa faute estampillée « OM-PSG 2017 », mais Crivelli n’est pas Cavani et le coup-franc qui s’ensuit n’apporte aucun trouble.

Dieu nous en est témoin, si Caen ne descend pas encore cette année, nous ne compterons donc pas parmi les responsables de l’ignominie. Voilà bien le principal enseignement de cette soirée placée sous le signe des satisfactions minimes.

Les joueurs

Mandanda (3/5) : Peu mis en difficulté mais toujours très sûr, et en plus il réussit ce soir sa première sortie dans les pieds depuis 1955.

Sarr (2-/5) : Toujours des centres d’une précision chirurgicale si toutefois le chirurgien en question s’appelle Francis Heaulme. Tout ça pour dire que s’il se met en plus à être pris de vitesse par son attaquant, l’apport actuel de Bouna est plus que douteux.

Kamara (3/5) : Qu’il est bon de parfois dire d’un de nos défenseurs : « rien à signaler ».

Rolando (2/5) : Maintenir Rolando dans l’effectif après sa blessure était un acte noble et charitable de la part de l’OM. le maintenir aussi longtemps sur le terrain l’est déjà beaucoup moins.

Amavi (2/5) : Les Caennais se baladaient sous le nez de l’arbitre avec une pancarte « qu’est-ce que t’attends pour m’expulser, ducon ? », et pourtant c’est bien lui qui a failli plomber le match en recevant le premier carton rouge. En termes de rapport « performance/coût/fiabilité », il n’y a pas plus flingué que Jordan, à part peut-être l’EPR de Flamanville.

Caleta-Car (72e, 3-/5) : Entré dans l’axe pendant que Kamara passait à gauche, Duje a encore montré quelques soucis d’agilité, bien bénins dans ce contexte de combat de pelleteuses où il a pleinement tenu sa place.

Lopez (3+/5) : Mine de rien, l’association Strootman-Lopez montre de belles promesses, mais enfin, sans faire offense à Caen et puis après tout si, pourquoi faudrait-il ne pas les offenser ce club de viers marins fermentés ? donc voilà, je voulais dire qu’assurer un milieu de terrain correct contre ces pines de muges relevait bien du minimum syndical.

Strootman (4/5) : Des passes, un centre décisif, et en plus il répond aux taquets. Ça commence vraiment à ressembler à quelque chose, dirons-nous.

Payet (NN) : Le match idéal pour se refaire une santé, et que Dimitri a d’ailleurs démarré de belle manière. Hélas, une blessure précoce en a décidé autrement.

Sanson (26e, 3+/5) : À plus forte raison encore que pour Maxime Lopez, on est en droit d’être pleinement satisfait de ce match précis sans pour autant être dupe de l’adversité. Je suis convaincu qu’il n’est pas le gros nul que certains veulent bien nous décrire, mais ce match ne peut en fournir aucune preuve puisque même un gros nul serait capable de bien jouer contre Caen.

Thauvin (3/5) : Les fautes caennaises lui ont bien fait comprendre que le football au stade d’Ornano, c’est comme le journalisme au milieu des gilets jaunes, ça n’est pas très bien vu.

Ocampos (3-/5) : Après des semaines de mauvais Ocampos, celui qui court et qui s’emplâtre dans les défenseurs, nous avons enfin vu réapparaître le bon Ocampos : celui qui court et qui s’emplâtre dans les défenseurs, mais mieux.

Germain (2/5) : Oubliez ce que j’ai écrit à la fin de la note de Morgan Sanson.

Radonjic (86e) : Rudi Garcia (dehors) ne lui laisse que des rataillons, mais il a bien l’intention de les exploiter à fond.

L’invité zoologique : Yacine Boamou

Sinueux, fourbe, méprisable, le boa ne doit ses succès qu’en capturant ses proies par ruse ou surprise, faisant à cet effet usage de toute la violence soudaine dont il est capable. Toutefois, un coup de pelle bien placé suffit le plus souvent à le ramener à sa condition de rampant, et accessoirement d’invité approprié pour nous livrer ses observations sur le match de ce soir.

– Les autres : Sur le plan des performances comme sur celui des qualités humaines, ces gens feraient passer Rudi Garcia (dehors) pour un saint.

Le classement : Nous nous hissons à la septième place tandis que les lyonnais font les lyonnais à Geoffreoy-Guichard et maintiennent un écart considérable avec nous (mais le seul fait que le classement nous autorise encore à nous comparer à eux est déjà un miracle).

– Mario Balotelli : Je n’ai guère d’avis étayé sur Mario Balotelli, mais je sais que l’on devrait beaucoup parler de Mario Balotelli dans les jours qui viennent, et il me paraissait utile que le nom de Mario Balotelli apparaisse dans cet article pour le référencer dans les moteurs de recherche. #Marketing #Droite

– Les réseaux : ton dromadaire préféré blatère sur Facebook, et sur Twitter. Rémi B. remporte le concours zoologique.

Bises massilianales,

Blaah.

Blaah

Dromadaire zoophilologue et pertuisien. Idéal féminin : à mi-chemin entre Scarlett Johansson et Maryse Joissains.

12 commentaires

  1. C’est bien vu de parler de Mario Balotelli pour surfer sur le buzz « Mario Balotelli à l’OM », mais j’aurais préféré avoir un avis plus précis sur Mario Balotelli (je crois qu’écrire « Mario Balotelli » dans les commentaires fonctionne aussi pour le référencement).

  2. La seule chose à retenir c’est qu’on a su réagir en champions et imposer notre idée du football dans ces terres – Mario Balotelli – désolées.

  3. Mario Balotelli aurait été aperçu, au petit matin, sortant de l’immeuble de Pamela Anderson alors qu’Adil Rami était en déplacement à Caen (autant faire les choses bien).

  4. Les matchs de Maxime, B2O Kamara et de Morgan, placé en 10, m’ont redonné le sourire.

    Le premier créé par le foot cette année.

    Premier test sérieux « de la remontée magique de la 2e partie de saison » dès vendredi contre les D(r)ogues.

  5. C’est sur qu’avec un avis plus éclairé sur #mariobalotelli , #scarlettejohanson et les #giletjaune #debordement aurai était au top.
    De rien , ça sera mon seul don sans avoir besoin de sopalin aujourd’hui.
    Bien a vous.

  6. Enfin un article d’information fiable sur le transfert de Mario Balotelli à Marseille.

  7. Je ne connais pas ce Mario Balotelli, pouvez-vous m’en dire plus? D’ailleurs est ce bien comme ça que ça s’écrit, « Mario Balotelli »?

  8. Officiel, info exclusive. Mario Balotelli a quitté Nice aujourd’hui.

    Il a déjeuné à Eze.

    Valère Germain à Nice ce matin. Il a mangé des farcis chez tata Germaine.

  9. « …perdre un 110 mètres haies contre Bouteflika » j’en ai presque pleuré, merci blaah.

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