Guingamp-OM (1-3), La Canebière Académie fait l’éloge de la médiocrité

Aïoli les sapiens,

Essayez seulement d’imaginer un instant comme l’on se serait ennuyés, ce printemps, si jamais l’OM avait eu la mauvaise idée de hisser son talent à la hauteur de son potentiel. Angers ? écrasés en 15 minutes. Bordeaux ? anecdotique, tant l’on aurait pris l’habitude de faire chaque année notre pissotière de Lescure puis du Matmut-mes-couilles. Nîmes ? aplatis sereinement malgré les aléas arbitraux. On nous refuse un but ? Qu’à cela ne tienne, on en met deux de mieux.

Que de mornes week-ends aurait-on vécu, à mesure que le calendrier nous offrait un enchaînement de sous-fifres plus insignifiants les uns que les autres. Des victoires acquises avant même la pause, des buts à la pelle, des défenseurs complètement ramollis en coupe d’Europe à force de ne voir jamais arriver aucun ballon difficile en championnat (eh, coucou les parisiens !), un public repu…

Si l’on peut rendre justice à Rudi Garcia (dehors), il faut bien avouer que ces matchs nous ont offert des émotions dans des quantités que nous n’aurions pu espérer. Soyons médiocres, les amis, soyons médiocres pour mettre de l’incertitude dans nos vies ! Ne mobilisons qu’un cinquième de notre talent supposé, et les victoires les plus certaines se transforment en partie de roulette. Mener 2-0 contre Angers ? les jeux sont faits, rien ne va plus. Mener 2-0 contre Nîmes ? rouge, pair, passe. Mener 2-0 à Guingamp ? noir, impair et slip. Le talent engendre la certitude et l’ennui, la médiocrité nous offre toutes les possibilités du hasard.

Avec le talent, la main bordelaise opposée à Strootman n’aurait occasionné qu’un froncement de sourcil, éventuellement assorti d’une insulte sans conviction à la mère de l’arbitre, avant de voir le rouleau compresseur olympien retourner à l’écrasement méthodique des Girondins. Avec le talent, l’OM aurait abordé le temps additionnel contre Nîmes en menant 5-0, et le geste de Bouna Sarr se saisissant à pleines mains du ballon dans notre surface n’aurait rien eu d’historique. Avec le talent, les Guingampais auraient été renvoyés à leurs patates avec un goal-average si grand qu’il pourrait être défiscalisé, et nous n’aurions rien trouvé à dire sur cette rencontre.

Merci donc à toi, Rudi, d’avoir insufflé ta médiocrité congénitale à cette équipe, cette médiocrité qui transforme notre quête du podium en épopée héroïque alors qu’au vu des forces en présence cette saison,la course à la troisième place était digne d’un Vieux-Port-Mucem en trottinette électrique. Quoique cette saison ne soit pas encore achevée, rien que pour les émotions vécues et cette incertitude de tous les instants, nous n’aurons qu’un mot :

DEHORS.

L’équipe

Mandanda
Sakai– Kamara – Caleta-Car – Amavi
Sanson (Lopez, 84e) – Luiz Gustavo
Thauvin (Radonjic, 66e) – Payet (Strootman, 71e) – Ocampos
Germain

Blessé, Balotelli est remplacé par Germain. Sanson et Luiz Gustavo sont associés au milieu, alors que Payet conserve le brassard et son poste de meneur de jeu. Sakai retrouve l’aile droite et Amavi l’aile gauche. Rudehors Garcia évoque un retard de Bouna Sarr à l’entraînement pour justifier ce choix en forme de sanction ; dont acte, même si faire évoluer les joueurs à leur poste nous semblait un argument suffisant.

Le match

Les premières minutes laissent à penser que, malgré notre talent en la matière, il va cette fois-ci nous falloir faire fort, mais alors là vraiment très fort, pour réussir à foirer ce match. Thauvin est servi par Kamara entre l’absence de lignes, et lance instantanément Germain sur la droite. Un peu forte, la passe est intelligemment redressée par Valère, qui trouve en retrait Payet, le tout sans avoir croisé de près ou de loin quelque chose qui ressemble à un défenseur. À la retombée du centre de Dimitri, Luiz Gustavo place une tête, contrée, qu’il reprend pendant que les Bretons parfont leur imitation de l’holothurie en RTT (0-1, 4e).

Dépassés, nos adversaires tentent peu de choses dans le football et se reconvertissent dans la chirurgie de guerre, ici aussi sans succès puisque leurs tentatives d’amputation de Thauvin, Sanson ou Amavi s’avèrent infructueuses. L’OM mène la partie au petit trot, mais mauvais choix et maladresses privent la nullité adverse de son châtiment. Mention spéciale ici à Thauvin, dont les 850 tentatives de sa spécialité « repiquage au centre + frappe » parviennent à nous surprendre à peu près aussi souvent que le nombre de fois où Aurore Bergé ouvre la bouche pour ne pas dire de connerie, c’est à dire jamais. Payet, lui, bute une première fois sur le gardien avant de reprendre la balle à côté. Quoique dominateur, l’OM reste ainsi comme d’habitude à portée de tracteur, en attendant le moment habituel où l’encéphalogramme de l’équipe s’affaissera brusquement.

Fait encourageant, notre arrêt-réseau ne survient pas dès la vingtième minute comme d’habitude, puisqu’il faut bien attendre la demi-heure de jeu pour voir l’OM se mettre à ne plus rien branler. Roux est lancé en profondeur mais échoue à cadrer sa tentative, avant qu’une bête touche longue ne sème une panique sans nom dans nos six-mètres. De manière inespérée, c’est alors Amavi qui sauve la patrie après un tir repoussé par Mandanda.

Juste retour de fortune pour Jordan, lui dont ces derniers temps la moindre erreur se terminait invariablement par un but : non seulement il prive les Guingampais de l’égalisation, mais la récompense est même bonifiée deux minute plus tard. Thauvin profite d’une mauvaise relance pour centrer vers Ocampos. Le premier défenseur se trouvant à deux mètres, Lucas a tout le temps de se répéter »ne-pas-tenter-de-retourné-ne-pas-tenter-de-retourné-ne-pas-tenter-de-retourné-ne-pas-tenter-de-retourné-ne-pas-tenter-de-retourné-ne-pas-tenter-de-retourné-ne-pas-tenter-de-retourné-ne-pas-tenter-de-retourné » avant d’expédier avec méticulosité sa tête dans le petit filet opposé (0-2, 40e).

Notre jeu reste aussi affriolant qu’un repas de Pâques avec Valérie Boyer mais, même affligeant, reste largement suffisant pour enfoncer les nuls d’en face. Sur son site Internet, L’Équipe résume le sentiment de confiance général par ce titre : « l’OM peut le faire ». En effet, menant de deux buts chez le bon dernier du classement, il ne pourrait pas être idiot de penser qu’éventuellement, pour peu que les circonstances soient favorables, l’OM puisse caresser l’espoir de remporter cette rencontre.

À l’opposé de nous dont le pessimisme vire à la paranoïa, nos joueurs sont tellement assurés de la victoire qu’ils décident d’un commun accord de ne plus en foutre une ramée dès la reprise. Ocampos commence par saloper un bon service en retrait de Payet, avant que la Garcia’s touch ®©™ DEHORS ne nous offre ce supplément d’âme et d’émotions propre à transformer la formalité la plus anodine en supplice slipométrique. Bipolaires à l’excès, nos joueurs passent en un éclair de gros prétentieux pensant que la victoire va leur tomber tout cuit dans le bec, à serpillières tremblant de peur à l’idée de se faire remonter par l’En-Avant de Guingamp. Oui, l’En-Avant de Guingamp.

Le pire est que, de leur côté, nos adversaires n’ont pas spécialement haussé leur niveau ,quand bien même ils en fussent capables. Faute d’opposition, ils arrivent presque par hasard devant notre surface. Débordé, Amavi laisse Merghem adresser un centre piteux qui ne parvient même pas à notre premier poteau ; Caleta-Car regarde passer la balle avec un détachement de vache sacrée, comptant sans doute sur la vivacité de Mandanda pour stopper l’action. Évidemment, Ngbakoto surgit et marque dans un angle impossible (1-2, 56e).

L’apathie olympienne défie toute rationalité, sauf à croire que Frank McCourt a abattu sa dernière carte pour agrandir la Commanderie : demander aux joueurs de faire la crèche vivante à chaque match pour émouvoir les sœurs de la Serviane et les convaincre de nous céder du foncier. Le résultat est sans appel : la Pastorale Maurel peut aller se rhabiller, même si l’on peut être dubitatif pour ce qui est des bénéfices en matière d’immobilier comme de football. Ainsi, pendant que nous sommes occupés à faire les santons, les Bretons s’amusent à jouer au flipper dans notre surface, le tout se terminant par une lourde de Thuram sous la barre. Selon toute vraisemblance, le ballon a franchi la ligne, mais nous voyons l’arbitre tendre son poing aux Guingampais qui l’interpellent : non pour leur intimer un fist, mais plus simplement pour leur signaler qu’aucune alerte de franchissement de ligne n’a fait vibrer sa montre. De fait, le ralenti confirme que le ballon a empiété d’un micro-poil de cul sur ladite ligne, privant nos adversaires de l’égalisation.

Bénéficiaire d’un nouveau miracle après la main de Bouna la semaine dernière, Rudi (dehors) juge inutile de provoquer le destin davantage et se livre à son habituelle rétractation gonadique : sortent Thauvin, ce qui se justifie, puis Payet, ce qui est sur le moment un peu plus délicat à digérer. Malgré tout, une fois tout souci d’élégance footballistique jeté au fond des chiottes, on comprend tout à fait ce qui se trame dans la tête de l’entraîneur (dehors) :

1°) nos défenseurs sont en panique dès qu’un ballon approche de la surface;

2°) les défenseurs guingampais sont en panique dès qu’un ballon approche de leur surface;

3°) envoyons donc des grosses tartines devant pour que le ballon soit plus souvent devant leur surface que devant la nôtre. CQFD.

Quelques minutes nous sont encore nécessaires pour digérer le niveau de la réflexion, si bien que le ballon navigue encore dangereusement dans notre camp. Nous parvenons néanmoins à stériliser le dernier quart d’heure à grands coups de tatanes, empêchant nos adversaires de trop venir nous embêter. Luiz Gustavo voit son beau coup-franc sorti par la non moins belle parade de Caillard, avant que Radonjic ou Ocampos ne fassent une nouvelle fois la preuve de leur lucidité sur de multiples contres. Comme pour mieux donner raison à Rudi (dehors), la lumière vient finalement d’un grand coup de savate de Strootman : à la tombée, Eboa Eboa essaie de s’imposer à l’épaule contre Germain, tentative dérisoire que Valère se charge de tenir en respect d’une fort jolie lourde barre rentrante (1-3, 91e).

Quand le PSG s’offre un nouveau sacre anonyme grâce au nul de son rival alors que toute la France est occupée à digérer son gigot, l’OM délaisse les succès faciles. Semaine après semaine, nous sommes tenus en haleine dans l’espoir d’accrocher un strapontin européen. Plutôt que de simplement respecter le statut et les ambitions du club, n’hésitons pas à niveler par le bas, nous montrer faibles et peureux, avant de nous échiner à redresser la barre de sorte que les maigres résultats obtenus soient vécus comme des exploits. Plus qu’un style, la médiocrité comme philosophie : la garciacrité serait-on tenté de la nommer.

Les joueurs

Mandanda (2+/5) : Généreux avec notre parcage qui, pour le prix d’un déplacement a pu assister à la fois à un match de football et au festival des Vieilles Charrues.

Sakai (2+/5) : Une note qui peut paraître un peu sévère ; après tout, un latéral qui ne commet pas de connerie spectaculaire, tout de suite pour nous ça semble Roberto Carlos.

Kamara (3-/5) : De même que le précédent, pas d’erreur notable. Mais le simple fait de laisser croire aux Guingampais qu’ils pouvaient s’aventurer aussi souvent dans notre surface sans finir en kefta reste en-dessous de notre standing.

Caleta-Car (2+/5) : Cet homme a eu peur d’intervenir dans sa surface contre des Guingampais. Oui, des Guingampais. Une faiblesse éphémère, heureusement, mais si l’on tolère cela de nos défenseurs que pourra-t-il se passer ensuite ? Perdre contre l’Association sportive forézienne Andrézieux-Bouthéon, tant qu’on y est ?

Amavi (3+/5) : Les Guingampais se sont vus privés d’égalisation deux fois, dont l’une de manière absolument improbable. Le ballon a en effet rebondi sur la barre transversale avant d’entrer dans le but, mais en mordant sur la ligne de deux centimètres. Et il y a donc eu aussi ce coup de bol improbable, quand Jordan a réussi un geste décisif en notre faveur.

Sanson (2+/5) : Surnommé « sac de frappe » dans les milieux autorisés, Morgan a fait montre d’un dévouement consistant avant tout à se faire savater par les adversaires. On a assez dénoncé en début de saison son impact de serviette-éponge pour ne pas saluer son implication.

Lopez (84e) : De « petit prodige du milieu olympien » à « entré à la 84e pour bétonner contre des arracheurs de betteraves ». On dira que c’est formateur.

Luiz Gustavo (4-/5) : Si Rudi Garcia (dehors) était chef de chantier en rénovation de charpente, Luiz Gustavo serait le pompier qui nous sauve la rosace.

Thauvin (2/5) : De plus en plus étroit, borné, entêté, malgré l’évidence que ça ne marche pas. C’est très antipathique, on dirait un mec qui continue à soutenir Macron sans se dire de droite.

Radonjic (55e, 2/5) : Une entrée en jeu en forme de rosé du Languedoc : rafraîchissante mais dégueulasse, et qui nous achève pour la journée.

Payet (2+/5) : Mais dans quelle dimension le 20e du classement rencontre-t-il Dimitri Payet sans finir avec des étoiles plein les yeux et l’anus ? Où est le régal de passes savoureuses sur son lit de toucher de balle délicat ? Où sont les lucarnes ? Certains objecteront qu’une passe décisive, c’était encore trop pour ces pacoulins mais merde quoi, on avait des gens à nous aussi, sur place. Goujat.

Strootman(71e, 3/5) : Lui n’est pas entré pour faire dans la finesse, et cela tombe bien, on ne le lui demandait pas. Petite saveur lors de sa conversation avec Luiz Gustavo au moment de tirer un coup-franc bien placé : « Allez, Luiz, laisse-moi tirer, toi tu as déjà fait fermer sa gueule à l’entraîneur, un peu aux autres maintenant ».

Ocampos (3/5) : On connaît Lucas, faire soixante-douze accélérations par minutes ce n’est pas du genre à le fatiguer. En revanche, la concentration qu’il a dû déployer tout le temps que le centre de Thauvin lui parvienne, ça c’est le type d’effort qui l’a flingué pour le reste du match.

Germain (3+/5) : Il y a des attaquants qui dépriment quand on leur met un remplaçant dans les pattes, mais Valère n’en fait pas partie. Lui, au contraire, c’est plutôt comme les poneys : il lui fallait juste quelqu’un pour partager son box.

L’invité zoologique : Nolan Pou

En théorie, le pou est le genre de parasite que l’on écrase négligemment d’un coup de doigt. Dans les faits, il s’agit d’une belle saloperie, robuste et accrocheuse, que l’on éradique péniblement à force de remèdes plus ou moins élégants. Si l’on ajoute à cela le fait que,comme Gwen Tagrenmer, l’animal a une prédilection pour les enfants, le pou est bien l’invité approprié pour parler de ce match contre l’En-Avant de Guingamp.

– Les autres : J’ai moins vomi devant Grégory Sertic et Aymen Abdennour que devant leur défense. Avec un tel handicap, le maintien est forcément plus compliqué, quand bien même leur jeu n’est pas si immonde.

Le classement : Lyon et Saint-Étienne gardent leurs distances ; ceci dit, à voir comment on joue, garder l’Europe en ligne de mire confine déjà à l’escroquerie.

– La précision agronomique : des esprits chagrins contesteront peut-être la note de Maxime Lopez, en arguant du fait que dans les Côtes d’Armoir on clutive la pomme de terre et les algues vertes mais pas la betterave. C’est faux, et je le prouve.

– Les boutons : lecteur, tu remarqueras quelques lignes ci-dessous de nouveaux et beaux boutons intitulés respectivement « faire un don » et « rejoins-nous ».Tu es cordialement invité à cliquer dessus.

– Les réseaux : ton dromadaire préféré blatère sur Facebook, et sur Twitter. Anthony Ch. remporte le concours zoologique.

Bises massilianales,

Blaah.

Blaah

Dromadaire zoophilologue et pertuisien. Idéal féminin : à mi-chemin entre Scarlett Johansson et Maryse Joissains.

3 commentaires

  1. Guingamp ça reste une des équipes qui a battu le PSG. En coupe de la ligue, certes. Mais au moins les joueurs de l’OM peuvent crâner.

    • Oui, alors, en ce moment, je ne sais pas si le fait d’avoir battu PSGEL est un mètre-étalon vraiment fiable pour juger de la qualité d’une équipe.

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