Lille-OM (2-0), La Canebière académie régresse

Aïoli les sapiens,

Il avait compris comment on gagne une Coupe d’Europe. Le Boss est parti et Marseille s’habitue à ce triste automne où s’écrivent davantage de billets nécrologiques que de comptes rendus de victoires. L’hommage a ceci de particulier qu’il devra nécessiter d’expliquer aux estrangers, encore et toujours pourquoi est célébré ce soir un homme dont on reconnaîtra, sans trahir sa mémoire, que son comportement n’a pas toujours été conforme aux valeurs que l’on se plaît pourtant à porter sur les sites à la limite du footballistiquement correct.

En guise de réponse, une question : qu’existerait-il aujourd’hui sans Bernard Tapie ? En tant qu’enfant des années 80-90, le nom est indissociable de cet amour de l’Olympique qui naquit ces années-là. La grandeur, la ferveur, la victoire. L’OM n’était pas un énième club français regardant l’Europe avec des yeux emplis d’émotion, tremblant de déférence au moment de s’inviter à la table des grands, paradant sur les grandes avenues pour se féliciter d’avoir été là quand ceux-ci avaient failli leur laisser échapper une miette. Comme Bernard Tapie, l’OM n’entrait plus dans le monde en se contentant d’y mendier un strapontin : il fallait soi-même y prendre sa place et, dès lors, autant que ce fût la première. Partir de rien et réussir, en se montrant « plus dur que les gros durs et plus malin que les petits malins » ; à l’image de BD Balthazar Picsou, Bernard Tapie aura montré sa vie durant que rien n’était impossible à quiconque. Là s’arrête l’analogie : Nanard et ses combines s’inscrivaient parfaitement dans ces années 1980, où se montrer « honnête et carré » représentaient peut-être encore moins que jamais des qualités requises pour s’élever.

L’histoire de Tapie et de l’OM n’a pas toujours été belle, mais elle a été grande, très grande. Cette flamme n’est pas née à la fin des années 1980, mais elle a alors été ravivée avec une force inédite, qui lui permet encore de briller aujourd’hui. Toute une génération de supporters s’est révélée avec l’OM de Tapie et a fondé ce Vélodrome qui sait si bien être bouillant aux grandes soirées. S’il a entraîné le club dans sa chute, le président lui a laissé un héritage sans commune mesure, cette passion et cette exigence de la victoire, qui font que l’on ne s’accommode jamais bien longtemps du médiocre, qui expliquent que les mots « raison » et « patience » aient tant de mal à se frayer une place dans notre vocabulaire.

La grandeur de l’OM valait-elle le prix qu’on l’a payée ? Qui oserait répondre le contraire. « À périr tout entier que servirait-il de naître ? » : cette citation de Victor Gelu n’est exposée sur le Vieux-Port pour rien, et Bernard Tapie l’a incarnée mieux que quiconque. Son passage à la tête de l’OM n’aurait servi à rien sans cette éternité acquise un 26 mai, ces larmes de joie, ces étoiles dans les yeux des enfants de Marseille qui scintillent encore aujourd’hui lorsqu’ils parlent de l’OM à leurs propres enfants.

Celui qui refuse un tel héritage au motif qu’il n’en accepte pas sa part sombre, celui qui résume l’OM de Tapie à « l’OM des magouilles », celui-ci est sans doute un homme intègre mais ne sera jamais un supporter olympien. Ce n’est pas forcément un modèle que l’on pleure, c’est simplement celui qui a contribué à façonner cette partie de nous-mêmes.  Aussi, si au moment de rencontrer Saint-Pierre, il me demande si je crois avoir mérité le Paradis, je penserai à Bernard Tapie en lui répondant : « je m’en fous, mais j’espère avoir mérité Marseille ».


Les Longorious Basterds

Lopez
Saliba – Balerdi (Gueye, 89e) – Caleta-Car (Kamara, 45e)
Lirola (Luis Henrique, 81e) –Guendouzi – Gerson (Harit, 62e) – Luan Peres
Rongier
Ünder (expulsé, 77e) – Dieng (Milik, 45e)

Dimitri Payet se prend tellement pour Bergkamp (ou Greta Thunberg, allez savoir) qu’il ne prend plus un seul avion : une blessure musculaire lui impose en effet un nouveau forfait pour ce déplacement. Sampaoli nous gratifie d’une nouvelle composition d’équipe placée sous le signe du déséquilibre, cette fois-ci au sens psychiatrique du terme. Luan Peres Latéral gauche, Gerson milieu défensif derrière Rongier quasi-meneur de jeu, Kamara sur le banc, comptent parmi les principales innovations de la feuille de match.


Le match

Si l’on se plaignait ces dernières années de voir des joueurs très installés dans leurs certitudes, ce n’est assurément plus le cas. De là à flinguer tout ce qui pourrait ressembler à un automatisme, il y avait peut-être un peu de nuance à montrer. Comme lors des précédentes rencontres, une série de relances slipométriques laisse à penser que nos adversaires ont un tout petit peu compris quelque chose à notre manière de jouer. Malgré quelques approches honnêtes de notre part, c’est bien Lille qui se crée les  meilleures occasions, en profitant généreusement des boulevards offerts sur nos pertes de balle. La défense aspirée, Gerson est en retard pour suivre l’appel d’Ikoné, qui part seul au but mais se voit bien mis en échec par Lopez. Juste après, un jeu en triangle nous disperse, jusqu’à un centre en retrait catapulté au-dessus par Yilmaz. Soit trop lente soit mal coordonnée, la doublette Luan Peres / Caleta-Car ne verrouille que dalle sur le côté gauche, que les Nordistes exploitent avec gourmandise. Celik est lancé et centre une main dans le slip dans les six-mètres : Saliba est le premier sur le ballon, qu’il contre mais perd de vue pour ne le revoir qu’une fois poussé au fond par David (1-0, 27e).

De manière ici encore assez habituelle, l’OM pousse en fin de première mi-temps, sans cependant se procurer d’occasion très sérieuse. Au contraire, les Lillois font montré& le slipomètre à chaque contre-attaque, jusqu’à un but de Yilmaz refusé pour hors-jeu. À la pause, Sampaoli constate l’échec de sa composition complètement barrée audacieuse : on aura juste perdu 45 minutes et encaissé un but dans l’histoire. Milik remplace Dieng, Kamara remplace Caleta-Car et prend place en milieu/arrière droit ; Luan Peres recule en défense et Lirola passe côté gauche.


Les choses vont-elles tout de suite mieux ? Pas du tout. N’ayons pas peur des mots : en ce moment, nous régressons. La manière dont nos milieux se font bouffer au duel laisse à penser que la fraîcheur physique n’est plus ce qu’elle était. Ou alors, nos adversaires savent désormais parfaitement comment nous contrer. Ou encore est-ce un mélange de ces facteurs, toujours est-il que la donne a changé, et que nous ne savons pas nous y adapter.

Par un mélange d’interventions défensives in extremis, d’attaquants lillois bourrés au Cointreau voire de moments de pure chatte, le score reste d’1-0 alors que le LOSC nous défonce proprement. Yilmaz à côté, Ikoné sur la barre, David encore à côté, re-Ikoné sur le poteau, mettent à rude épreuve nos sphincters mais pas le tableau d’affichage. L’affaire se complique encore quand Ünder place son pied dans le pif de Gundmunsson : Cengiz reçoit un deuxième carton jaune tout aussi intransigeant que le premier. On ne peut même pas accuser l’arbitre de sympathies valérieboyesques étant donné que les Turcs d’en face n’ont pas eu droit à la même sévérité.

Les tentatives olympiennes ont le tranchant d’un couteau à beurre et, Martine Vassal ne faisant pas partie de l’effectif lillois, ne fond donc peur à personne chez nos adversaires. Au contraire, un peu de la même manière que l’an dernier, Lille finit par enfoncer notre équipe résignée dans le temps additionnel. Weah est trouvé dans le dos de la défense d’une déviation et centre pour David qui conclut tranquillement (2-0, 85e). Bref, nous avons été nuls, et je n’aime pas quand on est nuls parce que j’ai peur qu’on reste nuls, tellement j’ai des souvenirs traumatisants de moments où on est restés nuls longtemps alors qu’on pensait que l’on allait vite arrêter d’être nuls. Espérons que les 15 jours de travail sans match nous permettront de tout de suite cesser d’être nuls.


Les joueurs

Lopez (3+/5) : Lopez a été préféré à Mandanda pour la qualité de son jeu au pied, ce qui présente l’effet pervers chez les défenseurs de lui expédier en retrait des saucisses qu’ils n’imagineraient pas un seul instant adresser à Steve. Ce qui fait que, l’un dans l’autre, on continue autant à claquer du fessier sur nos relances.

Saliba (2+/5) : Des défenses héroïques mais aussi des compromissions coupables. Du coup, les jugements fluctuent beaucoup en fonction de la façon dont tourne l’histoire, un peu comme avec le maréchal Pétain en fait.

Balerdi (2/5) : Il en a tellement chié avec Burak Yilmaz qu’il a été admis à prendre sa douche dans le vestiaire de Paris-Roubaix, avec les masochistes vrais.

Gueye (89e) : Tentative désespérée.

Caleta-Car (2/5) : Pas spécialement pris en faute mais pas non plus spécialement proche de l’action quand il fallait aider Luan Peres à ne pas se faire décapsuler comme une pucelle à son premier bal des pompiers.

Kamara (2/5) : Kamara est l’homme de base d’un certain nombre de nos succès mais on va le mettre sur le banc puis le faire entrer pour du replâtrage côté droit, ça va lui éviter de prendre la grosse tête.

Lirola (2-/5) : Un peu comme Kaamelot le film : le public avait apprécié la série initiale, a attendu le long métrage plus longtemps que prévu et finalement se trouve déçu devant un truc assez poussif (en vrai j’ai pas du tout vu Kaamelot, c’est juste pour les mots-clés ; pour peu que la communauté de fans vienne en plus nous insulter on gagnera plein de vues).

Luis Henrique (81e) : Rien.

Guendouzi (2/5) : Les Canadiens proposent de le renommer « Club de foot Guendouzi ». C’est toujours Guendouzi, mais qui a perdu son impact.

Gerson (1/5) : Avant il faisait ses trucs sans qu’on sache exactement de quoi il s’agissait, mais maintenant on n’est même plus très sûr qu’il fasse ses trucs.

Harit (62e, 1/5) : Une semaine qui révolutionne les grands équilibres du football : le Sheriff Tiraspol a battu le Real en Ligue des Champions, l’Eintracht a battu le Bayern en Bundesliga, et Amine Harit a battu Michaël Cuisance au nombre de pertes de balle.

Luan Peres (2-/5) : Si c’est pour tenter des coups de ce genre, plutôt remettre Jordan Amavi. D’une il sait déjà jouer avec Caleta-Car et de deux, il ne lui reste de toute façon plus trop de confiance à détruire.

Rongier (3/5) : Je ne sais pas si cela est dû à une indulgence eu égard à son poste inhabituel, à un manque de confiance et donc d’exigence envers ses capacités, ou plus simplement à la prise de psychotropes, mais j’ai trouvé son match correct.

Ünder (1+/5) : Suspendu contre Lorient et donc certain de sa présence contre Paris. L’un dans l’autre, ce pied haut était bien son action la plus efficace de la soirée.

Dieng (1+/5) : Logiquement usé d’avoir dû aussi longtemps replacer son père aux champs pendant la convalescence de ce dernier mais maintenant c’est bon, il va bientôt pouvoir reprendre le chemin de l’école.

Milik (45e, 2/5) : Quand Arkadiusz est blessé : « ah, si seulement cette équipe avait Milik devant elle ». Quand Arkadiusz est présent : « ah, si seulement Milik avait une équipe derrière lui ».


L’invité zoologique : Jocelyn Gourfennec

Le fennec est un animal que l’on peut aisément ranger dans la catégorie « mignon et ne fait pas chier ». Sauf que voilà, c’est justement quand on vient le tirer de son terrier par les oreilles pour le vider, le remplir de mousse et en faire un doudou-câlin pour les minots, normal, quoi, qu’il choisit de se réveiller pour nous bouffer les doigts jusqu’au sang. Saloperie, va.

– Les autres : Si l’on excepte le fait que marquer des buts n’a pas l’air de trop intéresser leurs attaquants, c’est vif et solide dans tous les secteurs.

– Le classement : Nous perdons la troisième place et une grande partie du bénéfice de notre début de saison, comme en témoignent les positions de Monaco et Rennes, dûment souillés par nos soins et pourtant collés à nous au classement.

– L’archive : En ce jour hommage, republication ici de la Canebière Académie du 26 mai 1993.

Coming next : Repos physique et prise de tête au programme, afin de comprendre et de remédier au fait que le moindre de nos adversaires sait désormais nous attendre et nous fister.

– Coming Next aussi : Si tu es à Venelles le 8 octobre, viens donc jouer au Venelles Quiz, un jeu bio et équitable animé par Alain Chablaah, avec en invité le gratin du sport local et des lots aussi chatoyants que durables (en prime, un indice gratuit pour les lecteurs : la réponse à l’une des questions sera « la litière pour chat »). Infos ici.

– Les réseaux : ton dromadaire préféré blatère sur Facebook, sur Instagram et sur Twitter. Anthony Ch. remporte le concours zoologique.


Bises massilianales,

Blaah.

Blaah

Dromadaire zoophilologue et pertuisien. Idéal féminin : à mi-chemin entre Scarlett Johansson et Maryse Joissains.

5 commentaires

  1. Cette boutade québécoise était ma foi de fort belle facture. La bise à Nanard en passant, une pensée émue pour sa contribution sereine et argumentée au débat face au FN.

  2. Nuls, pas comme Bernard Tapie.
    Mais nuls. Mais surtout pas Bernard.

    Allez l’OM !!!
    À jamais les premiers.

    • Pareil !
      Finalement le plus bel hommage que j’ai lu, ni dans l’hagiographie ni dans la détestation… Fan, supporter mais pas dupe.
      Quand aux notes des joueurs, du très haut niveau (j’ai adoré Lopez et Saliba)

  3. Merci pour le Boss, merci pour nous. Juste hommage y compris pour cette part sombre que nous assumons à si juste titre ou à si juste ce titre.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.