Metz-OM (0-3), La Canebière académie se hisse

On vient, on gagne, et surtout on s’en va.

Aïoli les sapiens,

3 février 2017. Après une rencontre d’une indigence footballistique rare, l’OM s’inclinait 1-0 sur le terrain du FC Metz après un coup-franc de Jouffre à la 83e. Et comme en sport de haut niveau il n’est nul moment d’égarement qui ne finisse par coûter, ce mercredi 29 novembre 2017 nous confrontait enfin à la facture. Puisque nous avions aidé Metz à se maintenir, il fallait en payer le dur tribut : y retourner.

Oui, il était venu, ce moment tant redouté, de retourner dans l’antre du néant footballistique – à moins que ce ne soit Nancy, puisqu’il paraît que ce sont deux clubs différents. Le blanc manteau d’hiver, prêt à s’étendre sur la froide Lorraine, décidait au dernier moment de se transformer en pisse mesquine et glaciale pour mieux transir nos aventuriers du laid. Entre la fin du labeur et l’entame de l’apéritif, l’horaire était bancal, mal défini ; dans ce noir entre-deux où se hasardent parfois les monstres, nul ne fut surpris de voir le Nosferatu du sifflet pointer sa face de carême à l’échange des fanions. Quant aux onze homoncules grenat nous faisant face, Erzulie elle-même se fût montrée bien en peine de déterminer avec certitude leur appartenance au monde des vivants ou à celui des morts.

Qu’ils eussent une âme n’était d’ailleurs pas certain, et il s’agissait du cadet de nos soucis. Le noir, le froid, le laid s’étaient unis pour nous tendre un piège qu’ils ne prirent même pas le soin de masquer, tant l’évidence du traquenard participait de son efficacité. Nous n’attendions rien d’autre de cette terre infertile au football que trois points chichement extraits, trois malheureux points dont l’on se demandait s’ils valaient réellement cette plongée dans la fange – et eux, accoutumés à l’affliction, contemplateurs de leur décrépitude, ne voyant plus en leurs joutes qu’un dérivatif au cours de leur agonie programmée, nous attendaient sans arrière-pensées. Ils se recroquevillaient lentement en attendant leurs retrouvailles avec leur mère la Mort, lançant sans guère y croire leurs doigts décharnés vers une hypothétique victime trop naïve, trop sûre d’elle, trop imprudente… trop nous, en quelque sorte. En un mot comme en cent : il était écrit que nous allions en chier.

Pourtant dans cette descente aux Enfers le mythe s’accomplit. Inattendu, sublime. Revisité. Lassés d’avoir par le passé laissé sombrer tant de conquêtes par mépris des avertissements, cette fois-ci nos Orphées ont retourné Eurydice, et cela, aucun oracle ne l’avait vu venir.

 

L’équipe

Mandanda

Sakai – Rami – Rolando – Amavi

Luiz Gustavo – Zambo Anguissa

Thauvin – Payet – Ocampos

Mitroglou

 

A quelques ajustements près liés à l’enchaînement des matchs, ceci est une équipe-type.

 

Le match

Un coup d’envoi mal exécuté par le FC Metz et donné à retirer par Tony Chapron laisse à penser que la soirée va être longue et pénible, et un but refusé aux Lorrains pour hors-jeu dès la 3e minute ne contredit en rien cette crainte. Peu après, un plaquage sur Adil Rami est tout près de déposséder Montpellier du bâton de Dildotte détenu depuis 306 jours, mais Tony Chapron décide de laisser courir.

[Interlude didactique – Moins connu que ses semblables, les bâtons de Nasazzi ou de Bourbotte, le bâton de Dildotte est un trophée virtuel que se transmettent équipes et arbitres de Ligue 1. La règle en est simple : toute équipe opposée à l’OM et concédant un pénalty remporte le trophée, jusqu’à ce qu’une autre équipe l’en dépossède en concédant à son tour un pénalty contre l’OM. A l’heure actuelle, le Montpellier Hérault Sporting Club et Tony Chapron détiennent le trophée depuis le 27 janvier 2017, avec ce pénalty sifflé contre William Rémy à la 87e minute d’un match où l’OM menait alors 4-1, un contexte qui a sans doute favorisé à l’époque cette inhabituelle largesse arbitrale. Curiosité : en sifflant hier, M. Chapron aurait donc succédé à lui-même, ce qui ne fut donc pas le cas.]

Le temps que le voyant du diesel s’éteigne, l’OM prend enfin les choses en main et, surtout, a le mérite de débloquer la situation sans trop tergiverser. Le mérite en revient à Florian Thauvin, qui dépossède du ballon un Basin dont j’attends encore la preuve qu’il ne s’agissait pas d’un enfant accompagnant les joueurs à l’entrée des équipes et resté dans l’effectif messin pour faire le nombre. Florian déborde, repique au centre et, en moins de temps qu’il n’en faut aux supporters pour crier « PUTAIN, MAIS TU VAS PASSER TA BALLE, OUI OU MERDE », arjenrobbenne dans le petit filet (0-1, 18e).

Le plus dur étant acquis – si l’on excepte le fait d’achever son séjour à Metz sans pulsion suicidaire – l’OM n’a plus qu’à faire parler sa différence de niveau (avec parfois un peu trop de facilité, d’ailleurs). Un relâchement coupable permet à Mandanda de briller sur un tir lointain, avant que l’OM ne renvoie le jeu dans le camp lorrain d’une contre-attaque plus ou moins bien négociée. Un corner se transforme en une série de centres faiblement repoussés par une défense anémique. Le dernier de ces centres signé Thauvin voit les maillots grenat aspirés par je ne sais quel leurre, et laissant deux de nos joueurs seuls au second poteau. Luiz Gustavo contrôle, lisse sa moustache, puis distribue carnets et stylos à ses coéquipiers afin qu’ils notent comment on fait pour conclure une action avec classe et sang-froid (0-2, 36e).

La pause s’achève quelques instants avant son terme théorique, Tony Chapron estimant sans doute que ces 13 secondes de gagnées sur l’horaire sont 13 secondes de service rendu au football.

Le match reprend comme il s’était interrompu, et très vite Thauvin place une tête sur la barre. L’OM mène sa rencontre une main dans le slip, au risque parfois de provoquer l’exaspération à force d’approximations dans le dernier geste. Une bonne partie de la seconde période se déroule selon le schéma suivant : attaque ou contre-attaque olympienne gâchée – soupir d’énervement (« putain, si on se fait remonter, ce sera impardonnable ») – contre-attaque messine avortée au bout de trois passes maximum – soupir de soulagement (« non mais ça va, aucun risque qu’on se fasse remonter ») – attaque ou contre-attaque olympienne gâchée, etc.

Si l’opposition ne pousse pas au dépassement de soi, c’est le moins que l’on puisse dire, l’OM trouve néanmoins le moyen d’exécuter une fort jolie combinaison à la suite d’une relance abominable de notre nouvel ami Basin. Payet récupère et transmet à Sakai, qui déclenche un une-deux longue distance avec Thauvin. Au lieu d’appeler à l’extérieur, le Japonais s’infiltre en pleine surface pour être retrouvé par le service de Florian : Hiroki n’a plus qu’à décaler Ocampos, seul et lancé au point de pénalty (0-3, 71e).

La victoire enfin assurée, le reste de la rencontre est anecdotique, marqué seulement par l’échec de l’opération « redonnons confiance à nos avant-centres » et par un incongru ciseau en pleine surface du Messin Mollet : un réflexe de vrai football que, telle la fermière s’étonnant des spasmes de son canard décapité, l’on ne s’attendait pas à trouver chez l’un de ces corps cliniquement morts pour l’activité sportive.

Sentant la dépression nerveuse accourir, Tony Chapron accorde une minute additionnelle unique, qu’il ne laisse d’ailleurs filer que jusqu’à la cinquantième seconde. Déployant alors ses ailes décharnées, il décolle et file se pelotonner au fond du cercueil qui meuble les oubliettes de son château transylvanien, heureux d’enfin retrouver un cadre autrement plus riant que le stade Saint-Symphorien.

 

Les joueurs

Mandanda (3+/5) : Un arrêt important et une présence rassurante ensuite pour capter le ballon, quand les Messins l’envoyaient par inadvertance dans ses bras au lieu de trouver la touche.

Rami (2+/5) : Il n’a été mis en difficulté que de manière très ponctuelle, certes, mais par des adversaires dont le pedigree n’impose pourtant aucun respect, si ce n’est celui dû aux êtres que la nature a défavorisés. Donc, on modère.

Rolando (2+/5) : Assister à la mise en route de son métabolisme par 0°C accrédite la thèse de l’effet du refroidissement climatique sur l’extinction des diplodocus. Sinon, une fois réchauffé, ça va.

Sakai (4/5) : Sur le plan des relations franco-asiatiques, sa complicité avec Thauvin relève du jamais-vu (si l’on excepte Moké et Lucy Thai).

Amavi (3+/5) : Trop facile voire condescendant en début de rencontre, ce qui aurait pu lui jouer des tours. A sa décharge, il était difficile de se concentrer sur l’adversaire sans être pris d’un rire nerveux.

Luiz Gustavo (4/5) : Quand je vois jouer Luiz Gustavo, j’ai l’impression d’être Daniel Auteuil qui regarde Emmanuelle Béart à poil dans Manon des Sources.

Lopez (85e) : Une petite course dans le froid, ça revigore.

Zambo Anguissa (3/5) : Du Zambo pur jus, capable de bananer n’importe quelle action par un mouvement incompréhensible, mais aussi toujours précieux pour presser et récupérer.

Thauvin (4+/5) : « C’est quoi, ça, le graoully ? Un dragon ? Bougez pas, ‘m’en occupe. Mais non, pas besoin d’épée. Je vais te me gérer ça en deux claques d’une main, et l’autre dans le slip en attendant la princesse. »

Germain (74e) : Entré pour achever la bête blessée. Homme d’élégances, Valère répugne à tant de basse facilité et s’est donc une nouvelle fois contenté de ses subtiles déviations.

Payet (3/5) : Loin d’être dégueu, loin d’être parfait. Que les autres continuent à prendre de la lumière, ça lui laissera le temps de retrouver son rythme petit à petit.

Ocampos (4-/5) : Le chien fou de l’équipe, pas toujours appliqué mais enthousiaste. Ce soir, ça a payé.

Mitroglou (1+/5) : On lui a présenté le FC Metz comme on présente des videurs alcooliques à Tony Yoka : pour qu’il se construise une crédibilité sans trop de risques. Peine perdue, Kostas n’a toujours pas trouvé le déclic, si bien que malgré toute la volonté d’encouragement du monde, Rudi Garcia a bien dû se résoudre à le sortir.

Njie (63e) : Une curieuse manière de mouvoir son corps désarticulé, on aurait dit un Monsieur Patate remonté dans le mauvais sens.

 

L’invité zoologique : Renaud Comodohade

Il est lourd, il est laid, il est agressif et en plus il pue de la gueule. Souhaitons la bienvenue au dragon de Komodo, espèce vouée à finir en sac à main n’importe où sur sa planète, à l’exception de son île natale où il prolifère en l’absence de concurrents suffisamment déterminés à lui disputer son infâme espace vital. Le dragon est à Komodo ce que le joueur du FC Metz est au FC Metz.

– Les autres : On rigole plus au tribunal pénal pour l’ex-Yougoslavie qu’à Saint-Symphorien, en ce moment.

– Le classement : QUAND SOUDAIN ! Les défaites conjuguées de Lyon et Monaco nous hissent à la DEUXIEME PLACE ! OUI, LA DEUXIEME ! C’EST-A-DIRE LA PREMIERE UNE FOIS QUE LE PSG AURA ETE DECHU POUR FRAUDE FISCALE ! Pour une fois, à l’aube d’accomplir une bonne opération au classement, l’OM ne se défile pas et s’en voit récompensé. Attendons les derniers tests sérieux, du genre de Montpellier et Lyon, pour définir plus précisément notre degré d’enflammade.

– Les réseaux : ton dromadaire préféré blatère sur Facebook et sur Twitter. Homerc remporte le concours zoologique.

 

Bises massilianales,

Blaah.

Blaah

Dromadaire zoophilologue et pertuisien. Idéal féminin : à mi-chemin entre Scarlett Johansson et Maryse Joissains.

13 commentaires

  1. contrairement au niveau de l’OM, le niveau de Blaah est toujours au beau fixe.
    juste une petite faute de goût sur le classement : dire qu’on est 1er au classement, c’est un argument que je n’avais entendu que dans la bouche d’un certain Aulas.
    Si même Blaah se soumet au chef des quenelles, rien ne va plus, on est foutu.

  2. Comment prendre au sérieux cette équipe messine lorsque ceux-ci pissent sur le football dés le coup d’envoi ? Non mais sérieux, c’est quoi cet engagement ? Même Chapron, dont le sens de l’humour est réputé pour être plutôt limité, a cru bon de leur laisser une seconde chance pour corriger cet impair…peine perdue. A croire qu’ils sont si souvent dans le rond central pour engager que leur seul but est d’éloigner au maximum le ballon de leur propre but.
    @blaah : le + pour Mitroglou c’est pour sa remise dans la surface salopée par Ocampos ?
    Encore trop de suffisance dans notre jeu et de ballons bêtement perdus, Payet toujours en dessous des autres en terme de rendement, Thauvin toujours aussi agaçant que réjouissant, et Luis Gustavo toujours plus bandant d’un match à l’autre. Bref, aucun enseignement à tirer de cette rencontre face à ce sparring partner aussi dangereux qu’un sac de frappe.

    • Quand on connait les capacités de nos joueurs à se péter des doigts sur des sacs de frappe, on comprend qu’on puisse avoir peur de ce genre de match.

  3. Tu zappes un match en milieu de semaine, et hop t’es deuxième !

    La gueule de bois du jour passe tout de suite bien mieux.

    • Pourtant, ils semblent bien carrés. Il doit donc avoir des jambes moins longues que larges.

  4. Amoureux de Hors-jeu.net depuis mes leçons de foot par Le Mad Professor, je suis malheureusement bien en peine de saisir l’allusion à Lucy Thaï.
    Quelqu’un ou un lien pour m’éclairer ?
    Sinon Blaah déblahhtére toujours aussi bien, je note même des progrès lors des lendemains de victoires !

  5. Bravo blaah, du bon travail, à l’image de cette phrase que j’aurais bien voulu trouver : « et eux, accoutumés à l’affliction, contemplateurs de leur décrépitude, ne voyant plus en leurs joutes qu’un dérivatif au cours de leur agonie programmée, nous attendaient sans arrière-pensées.  »

    Pour ce qui est du match, tes métaphores guerrières supposent qu’il y a eu combat… Vraiment ? … VRAIMENT ?

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