Monaco-OM (3-4), La Canebière académie se souvient des belles choses

Aioli les sapiens,

L’an dernier, l’OM arrachait une victoire épique à Monaco, malgré des erreurs défensives flagrantes et grâce entre autres à une tête victorieuse de Valère Germain. Après des débuts difficiles, nous battions enfin un grand nom du championnat : la Ligue 1 allait voir ce qu’elle allait voir, pensions-nous alors. Finalement, la suite de la saison révélait que l’AS Monaco était vouée à un destin de paillasson devant tout collectif sachant un tant soit peu jouer au football. Loin de l’exploit fondateur attendu, nos pitres n’avaient prouvé en réalité que leur capacité à tirer sur les ambulances.

Un an plus tard, Monaco ne trompe personne : une avant-dernière place au classement, un casting pléthorique aussi cohérent qu’une élection municipale à Aix, et une une vocation actuelle à un destin de paillasson devant tout collectif sachant un tant soit peu jouer au football. Nous voici prévenus contre toute enflammade et, forts de la leçon précédente, capables d’attribuer à cette victoire sa juste valeur. Sereins, placides, stoïques mêmes, nous applaudissons poliment cette performance difficilement acquise grâce À NOS GIGANTESQUES COUILLES, UN MILIEU DE TERRAIN RETROUVÉ, UN ATTAQUANT DE CLASSE MONDIALE, UN VALÈRE GERMAIN DE NOUVEAU DÉCISIF QUI NOUS HISSENT À UNE DEUXIÈME PLACE DONT ON NE PARTIRA QUE POUR ALLER DÉLOGER CES ENCULÉS DE PARISIENS.

Bref, une belle soirée qui nous permet de construire tout en gardant la tête froide, comme nous savons si bien le faire.


L’équipe

Mandanda
Sarr – Kamara – Alvaro – Amavi
Sanson (Rongier, 78e) – Strootman – Lopez
Germain (Radonjic, 91e) Benedetto (Caleta-Car, 93e) – Payet


Les transferts achevés, la trêve internationale a donné à André Villas-Boas l’occasion de peaufiner ses mises en place tactiques à l’aide du matériel adéquat : l’intégrale de McGyver et vingt boîtes de Lexomil. Les derniers instants du mercato ont vu Luis Gustavo partir à Fenerbahce avec pour seul bagage le regret que notre histoire commune ne fût pas plus belle. Valentin Rongier nous arrive de Nantes dans des conditions rocambolesques, passant pour ainsi dire une journée entière à siroter des mojitos avec Andoni Zubizarreta à l’Hotel-Dieu, en attendant que MM. Eyraud et Kita finissent par s’accorder sur son transfert. Le Mickey Mouse de Harvard contre l’Agrandisseur de pénis polonais, une affiche qui ferait rêver au catch mais plus rarement montrée en exemple dans les business schools. Notre recrue arrive finalement sous statut de joker, un jour après l’échéance. Quant à nos postes prioritaires, Erzulie a employé toute son énergie divine à satisfaire le sort de titularisation éternelle de Jordan Amavi, en dressant un champ de force vaudou empêchant ne serait-ce que la moindre rumeur de prêt d’un latéral gauche U18 moldave de franchir les portes de la Commanderie.


L’effectif est pour le moins serré mais, comme le signalait Jacques-Henri Eyraud, l’OM est l’un des seuls clubs à ne pas connaître de blessé en ce début de saison. C’était du moins avant que le Destin ne lui fasse fermer sa grande bouche, en envoyant Thauvin à l’infirmerie jusqu’en janvier. Sakai souffrant d’une légère blessure musculaire, Bouna Sarr redescend au poste de latéral droit. Reste donc à notre entraîneur à trouver qui de Germain ou Radonjic peut officier au poste d’ailier droit, ce qui dans McGyver s’apparente à l’épisode où le héros est contraint de désarmer une bombe atomique à l’aide d’un trombone rouillé et des mémoires de Nadine Morano.


Rongier, lui, rongie son frein sur le banc de touche et se voit préférer le traditionnel milieu Strootman-Lopez-Sanson. Mais de toute façon attendre encore un peu plus pour jouer, Valentin n’est plus à ça près.


Le match

Le match précédent contre Saint-Étienne avait vu l’OM aussi séduisant qu’un blockhaus. Visiblement, l’équipe a mis les dix derniers jours à profit pour rehausser ses ambitions offensives. L’état d’esprit est là, mais les passes peinent à trouver un attaquant. Les Monégasques, eux, se brisent sur notre défense, jusqu’à ce que Kamara se trouve surpris par un long ballon. Slimani a beau reprendre au-dessus, l’arbitre revient à une main très discrète mais bien réelle de notre défenseur à la retombée de la passe et accorde un pénalty. Le tir de Ben Yedder est imparable (1-0, 15e).

La panique n’est pas de mise, tant il semble facile d’aller perturber cette défense monégasque… à moins que celle-ci ne laisse les ailes volontairement libres en constatant de toute façon notre incapacité à adresser un centre correct. L’OM joue haut, et sa principale faiblesse est de compter un peu trop sur Kevin Strootman : en matière de clapet anti-retour, le Néerlandais se révèle malheureusement un peu usé de la valve. Sur une contre-attaque, Gelson Martins l’élimine une main dans le slip avant de se ruer à l’assaut de notre surface. Deux passes plus tard, Ben Yedder est lancé en face-à-face avec Mandanda, qui sort bien mais voit l’attaquant bénéficier d’un contre favorable et conclure dans le but vide (2-0, 26e).

Même si l’on sent que beaucoup de choses peuvent encore se produire dans cette rencontre, la déprime est double : tout d’abord, le fait d’être mené 2-0 après avoir montré des intentions de jeu intéressantes est en soi un facteur de dilatation anale assez douloureuse ; ensuite, si se montrer offensif se traduit à chaque fois par deux buts dans la sacoche, on imagine aisément Villas-Boas revenir très vite à du blocquéquipe bien matsoc.

Et pourtant, l’OM tâche de faire bonne figure et continue à entreprendre de belles choses : conservation de balle, passes verticales, déplacements judicieux… finalement, ces approches permettent à Sanson de trouver un peu de liberté pour adresser une passe vicieuse dans la surface. Germain se montre trop court mais Benedetto n’a aucun mal à dépasser les santons qui font office de défenseurs et marque de près au second poteau (2-1, 38e).

S’ensuit un moment télévisuel plutôt ambigu où la félicité de n’avoir plus de son, et donc plus Stéphane Guy qui raconte des conneries, est contrebalancée par le souci de ne plus disposer d’images non plus. On se prend à regretter d’avoir perdu le réflexe, datant des matchs en crypté, d’avoir toujours France Bleu Provence à côté de soi. Avec la voix d’Avi Assouly, cela aurait donné quelque chose comme :

« Ah là là, oui, on garde espoir malgré tout, là avec ce corner, tiens, cela me fait penser que je dois annoncer le tournoi du souvenir Henri-Jibrayel à l’Estaque-Gare dimanche prochain mais on revient au match et c’est Payet, qui est au centre ouuuuh le gardien non, Sanson OUUUUH DARIO NON OUH LÀ LÀ ON EST MAUDITS MAIS OUH ÇA REVIENT LA TÊTE OH OOOH OUI ! NON PAS HORS-JEU ! BUUUUUUUUT DE GERMAIN !!!!!!! ».

Ce qui, une fois les images enfin à notre disposition, pouvait se comprendre comme : « un centre de Payet est dévié parle gardien, mais Alvaro peut remettre à Benedetto seul dans les six-mètres. L’Argentin rate une occasion immanquable en plaçant sa tête sur la barre, mais Strootman adresse un nouveau centre qui trouve cette fois-ci Valère Germain.La tête de Valère est cafouillée par Lecomte, qui la relâche dans son but. (2-2, 44e).


L’OM nous a donné la satisfaction de remonter avant la pause le handicap qu’il s’était infligé. L’analité défensive des deux équipes est telle que la seconde période promet à coup sûr d’autres buts. Les Olympiens intègrent cette donnée de la meilleure manière qui soit, en continuant à porter le jeu dans le camp adverse. Amavi conserve quant à lui sa bonne habitude de défoncer un joueur par match, forçant Ben Yedder à la sortie prématurée.

À l’heure de jeu, Benedetto se rue en contre-attaque, mais perd le ballon en attendant le soutien. Germain se jette aussitôt au pressing et permet à notre attaque de défier une défense monégasque semblant calquer sa stratégie sur les pirates d’Astérix (crier « les gau… les gaugau… » en attendant de prendre des baffes puis de couler). Sanson décale Payet à l’entrée de la surface, qui en deux dribbles se recentre et expédie une lourde au fond des filets (2-3, 61e).

Malgré la nullité de la défense adverse, reconnaissons néanmoins que chez nous, il se passe des choses. Lopez semble avoir oublié sa timidité de pucelle et joue résolument vers l’avant, envoyant une passe parfaite à Jordan Amavi. Cette fois, les caméras de Canal Plus sont en parfait état de fonctionnement pour capter l’événement, un centre réussi de Jordan. Libéré par le bon appel de Sanson au premier poteau, Benedetto profite de la passe à ras de terre pour inscrire le doublé (2-4, 66e).


Extase dans les cœurs mais coup de froid sur les gonades : l’OM se métamorphose et se recroqueville sur cet avantage. Fini le milieu de terrain conquérant, finie la circulation de balle, la dernière demi-heure est consacrée à subir, ce qui était bien la dernière chose à faire. La sanction ne met que dix minutes à arriver : un Monégasque dépose à la fois Strootman et Amavi sur le côté gauche, et centre en retrait pour Baldé qui reprend sans contrôle en lucarne (3-4, 75e). Le slipomètre est en alerte rouge dans la minute suivante, quand Mandanda sauve la patrie sur un face-à-face dû à une relance affreuse de Kamara. RAIE derechef une minute plus tard, lorsque Steve claque une frappe en pivot de Slimani qui venait de s’amuser d’Alvaro.

L’entrée de Rongier ne permet pas à l’OM de reprendre le contrôle du match. Les coups de pieds arrêtés s’accumulent mais, renforcée par un Germain dur au mal, notre défense garde la maîtrise des airs et termine le match sans émotions superflues.


Les joueurs

Mandanda (4/5) : Un match de handballeur,quand l’important n’est pas d’éviter d’encaisser les 30 premiers buts mais d’empêcher le 31e.

Sarr (2+/5) : Depuis tout petit, Usain Bolt rêve de devenir footballeur professionnel. L’entourage du Jamaïcain a passé son temps à le mettre en garde, en lui rappelant qu’un joueur de haut niveau ne se contentait pas de courir vite, mais devait aussi savoir centrer et défendre. Petit à petit, Usain Bolt a mûri et, se faisant à l’idée qu’il n’avait pas les qualités pour percer dans ce sport, a écouté les conseils et remisé son rêve insensé au placard. Puis un jour, Usain Bolt est venu à la Commanderie poser avec le maillot de l’OM ; il a alors rencontré Bouna Sarr, et s’est dit que l’on s’était quand même bien foutu de sa gueule.

Kamara (2-/5) : Forcément, on ne peut pas rencontrer l’attaque de Saint-Étienne tous les jours.

Alvaro(2+/5) : Lui aussi, les attaquants adverses lui ont fait perdre de son autorité, qu’il a cependant réussi à restaurer grâce à quelques taquets .

Amavi (3/5) : Le Vatican songe à reconnaître la jordalie, c’est-à-dire l’ordalie par Jordan Amavi. Principe de l’épreuve divine : le pécheur se présente sur l’aile gauche de l’Olympique de Marseille . Si son âme est pure, il déborde et centre ; s’il a des fautes à expier, il finit à l’infirmerie. Outre ces épreuves, je tiens à vous rappeler, amis monégasques, que ce soir vous avez de surcroît subi un centre décisif d’Amavi. C’est dire si vous devez avoir un karma de merde.

Strootman (2+/5) : A l’origine du 2e but monégasque, il encaisse un dribble que l’on remarque plus souvent dans les five de vétérans, quand un con a l’idée géniale d’inviter son stagiaire de 20 ans. Le jeu plus haut de ses coéquipiers l’a peut-être conduit à être sollicité plus que de raison ? Une passe décisive et quelques tartes en fin de match lui ont néanmoins permis de rétablir la hiérarchie des générations.

Lopez (3+/5) : On critiquait sa timidité de jeunette, Maxime s’est pris en main ce soir. Quelques shots pour désinhiber la soirée et hop, festival de passes verticales, décalages, ouvertures. Petit regret que ce coma éthylique intégral à 25 minutes de la fermeture mais bon, on est tous passés par là à son âge.

Sanson (3+/5) : Montée en puissance également pour un Morgan très offensif, et précieux sur au moins deux des quatre buts olympiens. Lui aussi connaît une panne générale juste après notre 4e but, à croire que notre milieu de terrain était branché sur la régie de Canal.

Rongier (78e) :Faire ses débuts avec l’OM juste après la réduction du score adverse, c’est comme débuter dans le porno après la découverte du Sida : on a connu des contextes plus sereins.

Germain(4/5) : Valère doit détenir une sextape du prince Albert, c’est la seule raison logique à voir les gardiens monégasques si conciliants avec lui année après année. Il a aussi pu enrichir sa collection de bosses après un nouveau coup de boule reçu en fin de match, symbole de son engagement défensif.

Radonjic (91e) : Mea culpa. On a tant râlé ici sur la rétractation gonadique des entraîneurs en fin de match que Villas-Boas nous a pris au mot : il a fait entrer Radonjic pour préserver le score. Pas fatigué, Nemanja est ensuite parti à l’engatse avec les condés selon le théorème de Patrick Blondeau : même si t’es pas bon au foot, il te reste plein de raisons valables de te faire apprécier à Marseille.

Payet (3+/5) : A la limite du calamiteux en première période, si bien que les Monégasques ont fini par oublier l’essentiel : au bout d’un moment, quand on laisse Dimitri faire du Payet, eh bien Dimitri fait du Payet.

Benedetto (4+/5) : Le bruit court au sein de la confrérie secrète des adorateurs de l’avant-centre sacré. Les frères sont fébriles, tant ils se savent prompts à l’espoir démesuré et finalement déçu, voire parfois fracassé dans la honte la plus totale. On en voit certains psalmodier « MitroglouMitroglouMitroglouMitroglouMitroglouMitroglou » pour essayer de chasser leurs pensées exaltées. Chacun se regarde, nul n’ose parler. C’est alors que l’un d’eux, plus courageux que les autres ou juste inconscient, avance d’une voix timide : « Se pourrait-il qu’il soit… l’Élu ? »

Caleta-Car (93e) : Oui, en fait l’entrée de Radonjic, c’était juste pour rigoler.


L’invité zoologique : Seiche Fabregas

La meilleure chose que puisse faire la seiche, c’est de partie en arrière pour aller se cacher dans un grand nuage d’encre. Il s’agit donc de l’invité approprié pour évoquer ce match contre cette si peu belle équipe de Monaco.

– Les autres : Ce n’est pas qu’ils soient mauvais à tous les postes, c’est juste qu’ils ne ressemblent à rien, et certainement pas à une équipe.

– Le classement : Quatrièmes, à égalité avec le deuxième, à deux points de la tête. On finirait presque par se laisser aller à trouver que la vie est belle.

– L’anniversaire : La Canebière Académie fête ses dix ans le mois prochain. Donnez-nous vos idées pour célébrer dignement cela.

– Les réseaux : ton dromadaire préféré blatère sur Facebook, et sur Twitter. Anthony Ch.gagne le concours zoologique.

Bises massilianales,

Blaah.

Blaah

Dromadaire zoophilologue et pertuisien. Idéal féminin : à mi-chemin entre Scarlett Johansson et Maryse Joissains.

6 commentaires

  1. Oh !!! Un best of de dix ans d Canebière académie. Ça va être du très lourd ! Vivement octobre…

  2. J’apprécie les acad post-victoire, mais j’adore les acad post-défaite (oui je sais c’est SM). En gros, et depuis que Blaah s’est initié à cette pratique, mon niveau de plaisir à la lecture d’une acad est en grande partie dépendant de la position du lapin en peluche « Allez vous faire enculer ». Plus il est positionné haut dans l’acad, meilleure est l’acad…

  3. Franchement la première acad de la saison en mode « jugement dernier environnemental » était énorme. Très bien écrit, très bien trouvé. A quoi bon construire une équipe, gagner des matches, le championnat, la coupe d’Europe, le monde ne sera bientôt plus que ruines et flammes. JHE est un visionnaire en fait. Enorme.

  4. Assez d’accord avec l’analyse (A)SM de Cyril. Toujours aussi bon since 10 ans, que l’histoire continue…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.