Montpellier-OM (1-2), La Canebière académie fait comme si de rien n’était

Aioli les sapiens,

Circonstances bien particulières pour cette rencontre à huis-clos absolu, c’est-à-dire conduite sans supporters, sans téléspectateurs, sans arbitres et sans joueurs. L’épisode PSG-Dortmund a en effet démontré toute la pertinence de laisser les matchs se dérouler à huis-clos quand le préfet omet de prendre un arrêté de déplacement et de rassemblement des supporters. Pas de bol, c’est la première fois que ça lui arrive en 10 ans et c’est précisément au seul moment où cela se serait justifié. Ou alors c’est que les pouvoirs publics ont changé de dimension dans la lutte contre les supporters en laissant ceux-ci s’éteindre d’eux-mêmes par bêtise.

Bref, conscients que des demi-mesures n’empêcheraient pas de virils, massifs et contagieux roulages de pelles au moindre but marqué dans n’importe quel coin de France, les autorités ont pris la seule décision qui s’imposait : suspendre purement et simplement le championnat.


Un journaliste, qui n’était pas Luke Seafer, notait qu’à « chaque fois que le Tour a été arrêté (1915, 1940), c’est parce que le monde lui-même avait perdu les pédales. » Pour nous chez Horsjeu (mâtin ! quel site), c’est au contraire que le monde décidait de partie en couilles que notre football adoré restait là pour nous donner notre dose de futilité vitale, ou plus simplement parce que ce sport fait à ce point partie de notre identité de passionnés que nos moments petits et grands, heureux ou tragiques, ne pouvaient tout simplement pas s’écrire sans lui. C’est peut-être encore plus vrai à Marseille, où le football n’est qu’un moyen d’exprimer l’amour de notre ville, qui lui-même est à peu près le seul dénominateur commun nous permettant d’y cohabiter sans trop nous foutre sur la gueule.

On ne s’appesantira pas sur les circonstances dans lesquelles ont été écrites certaines de ces académies, depuis 7 ans et des poussières. The show must go on, cela veut dire, avant tout, trouver tous les moyens, même les plus dérisoires en apparence, pour se serrer un peu quand le petit chat est mort. Sauf qu’en l’occurrence, se serrer un peu est désormais prohibé, pour la bonne cause. Heureusement, plus encore que le football, l’analité est pour Horsjeu une essence aussi puissante, sinon plus. Comme chacun le sait (ou au moins s’en doute à notre lecture), regarder les matchs n’a jamais été une condition pour en écrire les académies, par conséquent ce n’est pas une petite annulation de rien du tout qui va nous arrêter de penser à notre Ohême.

Pendant le confinement, Horsjeu vivra : d’une, parce que l’on n’a que cela à foutre ; de deux, parce que l’on vous aime, tas de cons ; et enfin et surtout, parce qu’on a un livre à vendre.


L’équipe qui aurait pu être alignée

Mandanda
Sarr (Sakai, 90e) – Alvaro – Caleta-Car – Amavi
Rongier – Kamara – Sanson
Thauvin (Germain, 75e) – Benedetto (Aké, 87e) – Payet

Grand jour pour Thauvin, qui retrouve le 11 de départ de trop longs mois après sa blessure. On imagine l’impatience qui le rongeait à l’idée de rejouer au football : le voici enfin récompensé. Radonjic lui est toujours convalescent, le reste de l’équipe-type étant sur le pont. Seul André Villas-Boas manque, suspendu pour n’avoir pas respecté la distance prophylactique d’un mètre vis-à-vis de M. Letexier. Il est donc invité à suivre le match depuis la tribune, ce qui dans le cas d’une rencontre à huis-clos ne devrait guère lui poser de problème pour transmettre ses consignes.


Le match qui aurait pu se dérouler

Les dernières semaines le confirment : l’OM s’en sort quand on lui promet les pires pièges, et trébuche contre des équipes qu’il serait censé vaincre une main dans le slip. Reste à définir dans quelle catégorie ranger ces Montpelliérains, modestes 8e restant sur une série médiocre (et contre lesquels on jouera donc comme des viers marins), ou au contraire intéressants 8e capables de poser des problèmes à n’importe quelle équipe (et que l’on fistera donc contre toute attente).

Les premières minutes laissent planer tous les doutes, sauf un : les deux équipes ne veulent pas s’encombrer de la responsabilité de produire du football. Payet et Thauvin sont chargés de se démerder à apporter la balle aux abords de la surface adverse où, avec l’aide de leur latéral dans les cas offensifs extrêmes, ils tentent des centres que Benedetto sera chargé d’attraper à un contre six défenseurs.

De leur côté, les Montpelliérains se rangent sous la bannière « couilles » et envoient quelques duels pas piqués des hannetons au milieu de terrain, sans cependant prendre en défaut notre arrière-garde.


Dans un monde totalement fictif où les événements les plus merveilleux sont permis, on verrait Florian Thauvin débloquer la situation de manière sublime, par un déboulé sur l’aile droite assorti d’un repiquage inarrêtable dans l’axe pour terminer par sa spécialité. Eh bien figurez-vous justement que c’est ce qui se produit : après une récupération autoritaire de Kamara, Florian est servi sur son côté et accélère alors que les Héraultais sont pris à revers. Visiblement, six mois d’absence ont suffi aux défenseurs à oublier la suite de cette action-type, puisqu’ils le laissent obligeamment continuer à conduire sa balle vers l’entrée de la surface, d’où il décoche un sublime enroulé du gauche dans le soupirail de Rulli (0-1, 23e).

Seul éclair dans une mi-temps pleine de marasme, le succès de cette action individuelle n’incite pas, on s’en doute, les Olympiens à tenter davantage. Les Montpelliérains non plus, d’ailleurs, sachant pertinemment qu’il leur suffira de continuer leur football de bourrins en profitant de notre recul de 20 mètres. Football de bourrins, c’est vite dit, d’ailleurs, puisqu’à force de récupérer des seconds ballons dans notre camp, les Héraultais finissent pas s’y trouver en nombre et à ébaucher des combinaisons. Ainsi, après un énième dégagement en tatane de Mandanda, trouvé en retrait faute d’autre solution de relance, Benedetto finit par être en retard sur son 128e duel aérien impossible dans cette première période. Les Montpelliérains tripotent le cuir entre eux puis, à force de ne pas être interceptés par nos milieux, parviennent à notre surface avec le même air surpris que Fantasio déclarant « hé, mais c’est que je suis en train de m’évader, moi, mine de rien ». Justement, une fois le ballon parvenu sur l’aile, Bouna Sarr nous fait un QRN sur Bretzelburg et se vautre tout seul alors que Laborde n’avait même pas esquissé un dribble. L’attaquant en profite, le dépasse et centre en retrait pour Mollet dont la reprise fracasse la barre. À la pause, si le confinement de nos slips est un échec total, le score est à notre avantage grâce à ce coup du sort.


« Mais le hasard est un allié aussi fugitif que mortel. Il te tue avec la même facilité qu’il te sauve. Apprends à réduire ce fauve à la dimension d’un chat. Circonscris la turbulence. Les meilleurs aéromaîtres caressent un chaton et jouent à la pelote avec lui. Un chaton, pas un tigre. » Depuis le début de la saison, on le saurait si notre équipe avait lu La Horde du Contrevent. L’OM suit plutôt le précepte opposé, qui peut se formuler moins élégamment en « puisque t’as de la chatte continue à en profiter, c’est ton année. »

L’OM tire ainsi les leçons de cet avertissement français avec la même célérité que le gouvernement français tire les leçons de la gestion de crise italienne. Or à un moment, la chance ne suffit plus : dès l’engagement de la seconde période, une succession de duels foireux ramène les Montpelliérains à l’entrée de notre surface, d’où Laborde déclenche un tir. Celui-ci est dévié par le cul d’Alvaro, monté trop tard, et finit dans le but d’un Mandanda pris à contre-pied (1-1, 46e).

C’est alors que l’on s’aperçoit que les Héraultais sont aussi vaniteux que nous : justement récompensés par l’égalisation, ils se relâchent aussitôt après et permettent à Rongier et Sanson de combiner vers l’avant pour la première fois du match. L’action se poursuit, ça avance, ça change d’aile, ça joue à une touche, et à la fin Payet enchaîne passement-de-jambe et accélération pour déposer le latéral adverse. Centre en retrait parfait, ciseau retourné non moins somptueux de la part de Benedetto : instinctivement, tous les téléspectateurs s’insèrent un thermomètre rectal pour vérifier que ce qu’ils viennent de voir ne résulte pas d’un délire dû à la fièvre. Le bruit sec de la transversale vient  – hélas – nous rassurer sur la réalité de l’action. Deux actions somptueuses avortées par le montant mais deux buts marqués sur des actions à zéro passe : parfois le football est bien mal récompensé, ce qui explique peut-être que les deux équipes produisent un jeu absolument dégueulasse pour tout le reste de la rencontre.


C’est alors que l’on se dirige vers un nouveau match nul infâme voire monsieurlapinesque, que Daniel Congré se porte inopinément candidat à la médaille de bienfaiteur de la ville de Marseille. De manière incompréhensible, le défenseur actibusimmensise en adressant une passe en retrait totalement inepte à son gardien qui, placé à 5 mètres de là, revient en catastrophe tacler le ballon sur sa ligne. Dans cette négation du football, il fallait que ce soit l’Innocence qui triomphe : se trouvant là presque par hasard, Marley Aké hérite du ballon et conclut une main dans le slip (1-2, 87e).

Sonnés par ce but-gag, les Montpelliérains en oublient de tenter d’égaliser. Note, les Amiénois aussi la semaine dernière, et cela ne les avait pourtant pas empêchés de nous fister à l’ultime seconde. Mais ce soir, les Olympiens ont été récompensés d’avoir une nouvelle fois choisi d’abandonner le football au profit de la loterie. Pour une fois que cette attitude peut être considérée comme un comportement civique, on ne va pas les en blâmer.

Mise à jour (14/03) : il semblerait qu’Alvaro Gonzalez dût être suspendu pour ce match ce qui, dans la confusion actuelle, a échappé à beaucoup de monde. La possibilité d’un recours voire d’une défaite sur tapis vert n’est malheureusement pas à exclure…


Les joueurs tels qu’ils auraient pu être notés

Mandanda (3/5) : Conscients de leur responsabilité dans l’enrayement de l’épidémie, les Montpelliérains ne l’ont pas obligé à se servir de ses mains pour toucher un ballon probablement contaminé.

Sarr (2/5) : Comme l’a dit le président,en temps de crise la Nation doit se ressouder, se rassembler autour de ses valeurs fondamentales, en l’occurrence un latéral de l’OM qui fait n’importe quoi.

Sakai (90e) : Compte tenu de sa forme du moment, l’entrée de Sakai à la 90e est l’équivalent footballistique du léchage de barre dans le métro milanais.

Alvaro (2+/5) : La mode en matière de chirurgie esthétique est de se faire poser des implants fessiers pour ressembler à Beyoncé. Sans juger la pratique, on ne peut que constater qu’une telle prothèse aurait permis à Alvaro de dévier le tir de Laborde du bon côté.

Caleta-Car (3/5) : Tellement vanté pour ses qualités de relance que tous ses coéquipiers se sont planqués à chaque sortie de balle pour le forcer à faire des ouvertures de 60 mètres. Avec des statistiques de réussite exécrable, forcément, qui vont lui coller une réputation de merde pour son futur transfert, au grand désespoir de Jacques-Henri Eyraud.

Amavi (3-/5) : Peu impliqué dans les offensives, concentré à ne rien laisser passer sur son aile, ce dont il s’est d’ailleurs très bien acquitté. Alors qu’il n’a pas encore purgé sa suspension pour accumulation de cartons, il s’empresse déjà de rouvrir son compteur en déboîtant Souleymane Camara à la 92e.

Kamara (3+/5) : Propre. Il faudrait juste que Strootman lui apprenne à parler néerlandais avec un visage menaçant, et on aurait la panoplie complète de la sentinelle infranchissable.

Rongier (2+/5) : Globalement en retrait, à l’exception de quelques actions soudaines, un peu comme un type confiné chez lui et vautré devant Netflix, qui sort sans prévenir au supermarché livrer une guerre totale parce qu’il n’a plus de pâtes.

Sanson (2+/5) : Lui c’est l’inverse, on ne peut pas lui reprocher de se mettre en évidence tant il court derrière chaque ballon. Le problème étant d’ailleurs qu’il n’a guère fait que cela, courir derrière le ballon.

Thauvin (3+/5) : On l’espérait un peu, il se confirme que pour assurer définitivement la qualification en Ligue des Champions Florian sera notre meilleur joker (derrière le coronavirus).

Germain (75e) : Vexé par son ultime et fatal duel contre un joueur amiénois, Valère a donné le meilleur de son rôle de first-fullback-forward-line-defender, tout en dégagement de corners au premier poteau et coups d’épaule aux adversaires.

Payet (3/5) : Quelques éclairs pour la forme, mais on sent que les annulations sportives commencent à lui faire réviser ses priorités pour l’été : il prépare désormais moins l’Euro que la saison des barbecues.

Benedetto (2/5) : Lui, c’est plutôt l’école anglaise de gestion des crises, qu’on lui a appliquée, le mot d’ordre qui lui a été assigné semblant clairement : « démerde-toi, chacun sa race ».

Aké (87e) : Enfin initié au but de la manière la plus perverse qui soit, c’est-à-dire par le biais d’une cagade particulièrement ignoble de Maître Congré. Une version footballistique du marquis de Sade.


L’invité virologique : Souleymane Camaravirus

L’actualité nous obligeait à laisser sur la touche le traditionnel Daniel Congre, pourtant vedette de la soirée.

– Les autres : Prêts pour une fin de saison en roue libre. L’hypothèse est farfelue, mais le championnat pourrait même s’arrêter maintenant qu’ils n’en seraient pas plus affectés.

– Le classement : Après le match nul de Lyon contre Reims hier, la seule chose qui reste à Aulas pour accrocher la Ligue des Champions est  de souhaiter que l’épidémie explose et conduise à annuler le championnat, avant que la Ligue ne reconduise les qualifiés européens de la saison dernière. Bon, ceci dit, même lui ne serait pas assez gonflé pour souhaiter ça.

– Les boutons : As-tu seulement remarqué les boutons qui figurent sous cette académie et qui t’invitent à nous donner respectivement de tes mots et de tes sous. Vois comme ils sont beaux, attrayants et doux au cliquer.

– Les réseaux : ton dromadaire préféré blatère sur Facebook, et sur Twitter. Sisko (force à toi !) remporte le concours zoologique, malgré la présence d’un très beau Bouna SRAS.

– L’offre alléchante : N’oubliez pas de commander Superacad contre Menesis, le livre. 224 pages d’un récit épique et anal totalement à la limite du footballistiquement correct. En plus, les bénéfices serviront à financer la maintenance du site où vous pouvez lire nos si belles académies. Rendez-vous ici : https://fr.ulule.com/superacad-contre-menesis-le-livre/


Bises massilianales,

Blaah.

Blaah

Dromadaire zoophilologue et pertuisien. Idéal féminin : à mi-chemin entre Scarlett Johansson et Maryse Joissains.

Un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.