OM-Bordeaux (3-1) : La Canebière Académie concasse

Aïoli les sapiens,

Après une victoire pour se relancer (Strasbourg), des « gros-pas-à-leur-place » et justement bien remis à leur place (Lille et Lyon), ainsi que quelques insignifiants aux styles divers pour confirmer (Toulouse, Brest et Angers), l’OM faisait face à un « moyen gros-très-bien-placé », en l’occurrence le surprenant Bordeaux. Les propriétaires de ce club ayant entrepris, d’après les supporters, d’en précipiter la mort à une échéance plutôt brève, il fallait redouter de voir les Girondins tout tenter pour prétendre à un dernier coup d’éclat tant qu’ils en sont encore capables.


L’équipe

Mandanda
Sakai– Alvaro – Caleta-Car – Amavi
Rongier– Kamara – Sanson (Strootman, 83e)
Sarr (Lopez, 76e) – Germain (Radonjic, 64e) – Payet


Sakai s’est totalement remis de sa blessure de vendredi dernier, alors que Benedetto doit déclarer forfait à la dernière minute pour une légère alerte musculaire. Kamara est préféré à Strootman au milieu de terrain, ce qui offre à Alvaro la titularisation en défense.


Le match

L’OM place ses pions avec élégance, produisant deux tirs dès les trois premières minutes. Bordeaux subit sans s’affoler, et compte sur ses transitions rapides pour se jouer de notre milieu de terrain, avec de leur côté également une occasion obtenue assez rapidement.

L’affrontement tourne au duel cérébral entre les deux entraîneurs portugais, chaque équipe semblant s’appliquer à jouer propre davantage qu’à enflammer la partie. De notre côté notamment, nous laissons les adversaires relancer sans essayer de leur arracher le ballon avec les dents, ce qui est plutôt rare par les temps qui courent. Sans étouffer l’adversaire, nous nous procurons cependant quelques occasions, qui s’achèvent le plus souvent par des tirs contrés. En effet, le blocquéquipe girondins ne se laisse pas franchir aisément : dans ce contexte, malheur à celui qui se montrera inattentif.


Malgré notre pressing que nous pourrions qualifier d’aimable, les défenseurs bordelais montrent déjà une aptitude certaine à paniquer pour un rien. Cependant, l’erreur fatale vient des nôtres. Plutôt légère au demeurant, ladite erreur consiste en une légère inattention permettant à Nicolas de Préville d’être trouvé entre nos lignes. Celui-ci trouve Maja dos à la défense, qui pose la balle en retrait pour Adli. Lui-même oublié par Sarr et Rongier, plus vif que Caleta-Car, l’artificier girondin allume une magnifique lourde poteau rentrant (0-1, 31e).

Cette contrariété rend l’inefficacité olympienne d’autant plus agaçante, puisque nous peinons toujours autant à nous procurer des situations de tir réellement dangereuses. Signe d’une nervosité croissante, les hippopotacles sont de sortie, de la part d’Amavi d’abord puis de Caleta-Car, tous deux avertis. Notre meilleur action survient en toute fin de mi-temps, avec une contre-attaque bien initiée par Kamara suivie d’un centre de Sakai que Costil détourne de justesse devant Sanson.

L’OM rentre au vestiaire le cul entre deux chaises : faut-il revoir notre tactique ? Faut-il au contraire persévérer, notre première période n’étant somme toute pas si vilaine ? La tempête sous nos crânes n’effleure pas le placide Villas-Boas, qui a déjà analysé les réajustements minimes à apporter et la manière dont ces consignes seront administrées. Un sourire pour rassurer les joueurs et leur montrer que tout ne va pas si mal, le mot « couilles » tracé sur le tableau blanc, et chacun est déjà prêt à rentrer en sachant quoi faire.


Un je-ne-sais-quoi de détermination supplémentaire, une volute de fumée s’échappant de nos naseaux, peut-être un grognement rauque imperceptible par les micros mais très bien entendu sur le terrain, de quelque indice qu’il s’agisse, en tout cas les Girondins semblent rapidement avoir saisi l’inflexion des rapports de force qui se prépare : ils vont salement en chier.

Sur une passe un peu longue de Sakai, Bouna fait « bouh » à Pablo : cela suffit à faire paniquer le défenseur qui foire sa passe en retrait. Payet délivre le corner qui s’ensuit sur la tête d’Amavi au second poteau. Jordan se joue des défenseurs au marquage comme on expédie une crotte de nez par la fenêtre et catapulte le ballon au fond (1-1, 48e).

En même temps qu’elle consacre le renouveau de Jordan, cette égalisation précoce évite à l’équipe de s’enraciner plus longtemps dans le doute. Le milieu de la pelouse se transforme rapidement en moulin de la vallée des Baux, avec les joueurs bordelais dans le rôle des olives. Pressés à froid, nos adversaires ne tardent pas à rendre toute leur huile : menés par Payet, nous nous montrons de plus en plus menaçants tandis qu’aucun défenseur girondin ne peut plus tenter une relance sans fondre en sanglots et dire à un coéquipier : « tu diras à ma mère que je suis mort en héros ».


C’est d’ailleurs un point commun entre les Girondins et l’armée US au Viêt-Nam : ils se raccrochent à leur plan de jeu, celui-ci dût-il les mener au suicide. Là où l’Oncle Sam avait contemplé les Français se prendre une rouste à Dien-Bien-Phu avant de partir bille en tête recevoir une ratatouille similaire, les Bordelais n’ont quant à eux pas tenu compte de leurs prédécesseurs Brestois. « Oui mais nous, on est troisièmes du championnats, on n’est pas des ploucs, on sait faire du beau jeu en relançant court, on est une grande puissance… » Mah oui, bien sûr. Au bout de deux échanges entre le gardien et son central, Rongier et Germain se trouvent déjà dans les six-mètres, le couteau entre les dents et les yeux injectés de sang semblant dire à Otavio : « on va te  crever comme un chien, vermine capitaliste ».

Impressionnable, le défenseur se débarrasse du ballon n’importe comment, tombant à genoux et implorant les Marseillais d’épargner au moins sa femme et ses gosses. « Je ne sais pas ce qui m’a pris, j’avais tort de demander ce ballon, j’avais totalement tort, tenez je vous le rends mais ne me tuez pahahahahaaaaaaaaaaaa », sanglote-t-il en rendant la balle à l’entrée de la surface. Sans pitié, Morgan récupère le cadeau puis, posément, arme et fusille (2-1, 60e).

Vu les circonstances, le match nul aurait pu nous satisfaire, mais le goût du sang et la gratitude pour les cadeaux bordelais nous rendent plus ambitieux. Le doute ne peut que s’installer : l’OM est sur le point d’effectuer une excellente opération au classement, une erreur dans cette dernière demi-heure serait donc un coup terrible à encaisser.


Non, je déconne. Bordeaux est broyé, haché, laminé, tréfilé, c’est un épisode d’Itchy et Scratchy avec un personnage secondaire réduit à l’état de barbaque sanguinolente. Tu mets une vidéo du pressing marseillais à L214, ils arrêtent tout de suite de militer en se disant que le broyage des poussins vivants ou la castration des porcs à vif, c’est finalement pas si terrible au regard de ce qu’on fait subir aux Girondins. L’arbitre de touche se permet même de mettre 40 secondes à juger un hors-jeu pour voir si notre slipomètre s’affole un peu, mais rien à faire.

Discipliné, l’OM laisse déjouer ses adversaires, tout en guettant le moindre contrôle 5 centimètres trop long pour pouvoir sauter sur le joueur fautif. Servi par Radonjic, Sanson manque le doublé en piquant son ballon à côté de la cage, avant que Dimitri ne s’essaye sans succès au lob du milieu de terrain. Bordeaux aimerait bien jeter ses dernières forces dans la bataille, mais lesdites forces sont exclusivement consacrées à maintenir l’intégrité de leurs sphincters lorsqu’il s’agit de venir nous provoquer balle au pied.


Lorsque Pablo voit une nouvelle fois Rongier lui tomber sur le dos, le Bordelais est tout heureux de voir Valentin s’échapper avec le ballon plutôt qu’avec 4 mètres de ses intestins. C’est que pour l’instant, il y a une contre-attaque à mener : or donc, Valentin part de la ligne médiane, se recentre pour fixer la défense et libère Radonjic à gauche de la surface. Rappelons que nous évoquons ici le Radonjic nouveau, celui qui est capable d’analyser une situation d’attaque sans tomber dans une crise convulsive : d’une froide lucidité, Nemanja fixe le gardien et enroule un plat du pied que Tchouameni ne peut qu’accompagner dans les filets (1-3, 92e). Et voici comment notre sixième victoire d’affilée n’est pas loin de s’avérer aussi la plus convaincante de la série.


Les notes

Mandanda (3/5) : Un match dirigé comme George W. Bush : je vais envoyer mon armée rouler sur votre pays de merde, ça vous apprendra à m’envoyer des avions de ligne dans la gueule.

Sakai (4/5) : Du tréfonds du Japon ancien, le dit des Heike Monogatari, transporté par le luth des moines aveugles, a soufflé ses mille histoires aux enfants de l’Empire. S’ouvrant au vaste monde, ils ont emporté avec eux ces contes, et c’est ainsi qu’Hiroki-san nous raconte chaque soir le dit des paysans en armes.

Pendant la guerre des Heike et des Genji, il advint qu’un soldat fût cantonné à la logistique, à son grand désespoir. Il n’était pourtant ni le plus maladroit ni le moins combatif, mais sa réputation pâtissait de sa courtoisie et de sa discrétion, des qualités que l’on prenait à tort pour de la faiblesse. On l’avait affublé d’un manque de hargne totalement fallacieux, mais qui avait fini par s’enraciner dans l’imaginaire du bataillon. Aussi ce soldat, quoiqu’essentiel à la bonne marche de l’armée, se lamentait de ne plus disposer d’arme entre ses mains.

C’est alors que, se rendant dans un marché d’une terre conquise pour y assurer le ravitaillement, notre soldat rencontra un paysan venu de l’île lointaine d’Okinawa. Celui-ci rossait deux brigands qui tentaient de piller son étal. Il employait une arme qui n’en était pas une, une sorte d’outil de bois qui, manié par ses mains expertes, distribuait coups et contusions aussi sûrement qu’un fléau d’armes. « Cela s’appelle un tonfa », expliqua le paysan en replaçant l’outil sur l’appareil qui constituait son usage premier : une énorme meule de pierre dont cette arme, le tonfa donc, constituait le manche.

Intéressé, le soldat fit l’acquisition d’un outil semblable. Alors que la bataille se préparait et que chacun affûtait sabres et épées, ce soldat-intendant décrocha le tonfa de sa pierre, et se rua à l’assaut avec les autres. Impressionné, le général l’appela et lui demanda de retourner au camp : « quoi ! ne suis-je pas assez vaillant ? », demanda le soldat. « Si, tu es brave parmi les braves, rassura le général. Mais retourne donc chercher également la meule de pierre, tu m’as donné une idée : nous allons plutôt broyer nos ennemis comme des grains de blés. »

Et c’est ainsi que, de semaine en semaine, Hiroki-san applique le stratagème des paysans en arme et, avec toute son équipe, transforme ses adversaires en farine T45 sans grumeaux.


Alvaro (3-/5) : A su endiguer les tentatives de plus en plus faibles des Girondins sans maestria particulière, mais avec sûreté. Évidemment, comparé aux autres qui ne peuvent pas récupérer un ballon sans donner l’impression de vouloir égorger leur adversaire, ça paraît un peu fade, c’est certain.

Caleta-Car (2/5) : Lui c’est l’inverse, sur son tacle de la 45e minute, il a donné l’impression de vouloir égorger le Bordelais sans récupérer le ballon. Ce fut le point d’orgue d’une première mi-temps plutôt fébrile, avant un match plus serein une fois que les girondins eurent troqué le lance-roquettes pour les boulettes de pâte à modeler. 

Amavi (4+/5) : Non mais Jordan, tu as beau coller des tacles de brute pour nous faire croire que tu es resté le même, ça ne prend pas. Tu as changé. Si si, je t’assure, tu as changé.

Kamara (3+/5) : Un petit excès de facilité parfois dans son attitude à la « regardez-moi comme je sors du pressing une main dans le slip » ou son « regardez comme je me livre à fond pour faire une grosse récupération de balle ». Je crains le jour où un adversaire un peu malin le lui fera payer mais bon, pour ce soir on parle de Bordeaux, donc ça va

Sanson (4+/5) : Villas-Boas, c’est un peu le druide Amnésix dans Le Combat des chefs. Avant de le rencontrer, Morgan se prenait pour un sanglier. Maintenant c’est toujours le cas, mais comme il lui a appris à faire le beau ça ne se voit plus.

Strootman (83e) : A tempéré le côté « chien fou » de Kamara, en récupérant des ballons et en disant « grunt » le sourcil froncé aux Bordelais qui se seraient avisés de contrarier sa sortie de balle.

Rongier (4/5) : Au commencement était le dieu Pan, dont les cris inspiraient la terreur à ses ennemis, une terreur littéralement panique. Puis vint le christianisme et le dieu grec devint diable, chargé de toute la noirceur de l’âme humaine et tourmenteur des âmes fragiles. Puis la religion s’affaiblit, et avec elle la peur du démon. Mais celui-ci reviendra, prédisent les écrits mystiques. Oh oui ! il reviendra, et malheur alors aux plus faibles, qui se verront harcelés, entraînés jusqu’en Enfer dans un torrent sans retour mêlant peur et impuissance. Toi qui portes balle au pied, sois fort, car c’est ta destinée de le rencontrer, et tu le reconnaîtras comme tes ancêtres reconnurent les précédents, car comme le Pan des grecs, comme le diable des Chrétiens, le démon du football s’incarnera dans un bouc.

Sarr (3+/5) : L’important dans une chasse à courre, c’est l’effet de meute. Peu importe que le chien de chasse croque ou non dans la proie, l’important ait qu’il ait contribué à l’affaiblir. Voilà pourquoi, même en l’absence de geste décisif, Bouna aura le droit de  recevoir comme les autres son morceau de randonneuse au moment de la curée.

Lopez (76e) : Une entrée disciplinée.

Payet (4/5) : Après des siècles d’obscurantisme où l’Inquisition a multiplié pals et bûchers pour imposer sa vérité, nous sommes heureusement entré dans une ère où le raisonnement scientifique prévaut chez tout un chacun. Par exemple, puisque Dimitri Payet se trouve sur la planète Terre et que tout tourne autour de Dimitri Payet, il est aisé de conclure que le Soleil tourne autour de la Terre. La science, c’est quand même pas sorcier à comprendre, merde.

Germain (2/5) : Après avoir retapé Mandanda, Sanson, Amavi et Radonjic, André Villas-Boas va maintenant pouvoir s’attaquer à restaurer Valère Germain du sol au plafond. Sans vouloir verser dans le cliché sur les Portugais, il faut bien avouer qu’ils réussissent des miracles sur des chantiers où les Français s’arrachent les cheveux.

Radonjic (64e, 4/5) : « Un but de Nemanja ? Mouais, normal, quoi, c’est bien ». Voici l’opinion prédominante ce matin sur le match sérieux du Serbe, là où il n’y a pas trois semaines une simple passe réussie de sa part aurait suffi à voir les hommes les plus prudes s’élever en hélicobite et les femmes dégrafer leur soutien-gorge en hurlant frénétiquement. Triste normalisation des choses.


L’invité zoologique : Laurent Cochenille

Parasite relativement insignifiant, la cochenille ne tire son intérêt qu’une fois écrasée pour la transformer en colorant. Il s’agit donc bien de l’invité approprié pour évoquer avec nous le carnage du soir.

– Les autres : On dit souvent que Villas-Boas est contraint à faire du bricolage avec son effectif réduit, mais que dire alors de Paulo Sousa ? Atteindre le haut du classement et un projet de jeu qui ressemble à quelque chose avec une telle bande de viers marins, ce n’est plus du bricolage, c’est de l’alchimie.

– Le classement : Et hop, un gêneur en moins. Avec 6 points d’avance sur le 3e et 7 sur le 4e, il nous reste à assurer les rencontres contre Metz et Nîmes pour passer la trêve au chaud.

– L’urbanisme particulier : Bon, d’accord, c’est toujours rigolo d’entendre Jean-Michel Aulas chouiner quand on caillasse son bus, mais là, en l’occurrence, Jean-Michel Aulas il est plus là. Si on pouvait se mettre à être intelligents et à ranger les pavés dès qu’un bus passe, ce ne serait pas plus mal.

– La radio : rendez-vous aujourd’hui lundi sur le 88.4 ou sur radiogalere.org pour l’émission du grand Sisko et ses fameux invités. Un TeCasse spécial OM et joie de vivre, c’est à dire une configuration plutôt inédite, à ne pas rater donc.

– Les boutons : as-tu seulement remarqué les boutons qui figurent sous cette académie et qui t’invitent à nous donner respectivement de tes mots et de tes sous. Vois comme ils sont beaux, attrayants et doux au cliquer.

– Les réseaux : Ton dromadaire blatère également sur Facebook et Twitter. Et sur Instagram aussi, tiens, mais voyez ça avec notre chargée de communication, moi je sais pas comment ça marche. Just Wide remporte le concours zoologique une nouvelle fois de haut niveau.

Bises massilianales,
Blaah.

Blaah

Dromadaire zoophilologue et pertuisien. Idéal féminin : à mi-chemin entre Scarlett Johansson et Maryse Joissains.

6 commentaires

  1. Peut on dire que l’OM en seconde periode c’est du bim bam boum dans pablo y’a tout qui tourne ?

  2. Pablo propose-t-il des esques aux bars ? En tout cas il a pêché’ c’est sûr

  3. 5 victoires consécutives. Une deuxième place au classement. Des prestations convaincantes. J’ai l’impression d’être un alcoolique en réhab’ : j’ai des angoisses.

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