OM-Lyon (0-3), La Canebière Académie fait du team building

Aïoli les sapiens,

« Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait ». Le formateur fit crisser son marqueur en soulignant la fameuse maxime de Mark Twain. Jacques-Henri Eyraud (dehors) fronça les narines.

– Mouais, c’est un peu convenu, non ? Rien que ce matin je l’ai vue 8 fois sur LinkedIn. Et puis surtout, comment ça se fait que vous en êtes encore au paper-board ? Vous n’utilisez pas Powerpoint ?

– Ha ha, non, justement, dans un premier temps on fait une séquence de team-building low tech. Ça permet de solliciter l’intelligence de la main, la créativité. On confie le marqueur à chacun de vos joueurs à tour de rôle, et ils écrivent ou dessinent ce qui leur passe par la tête, l’un rebondit sur ce qu’a dit le précédent, etc. Ça produit de bonnes choses en général.

– Mouais.

– Si vous voulez, on peut gamifier l’atelier, pour booster un peu tout ça. On pose un plateau, vos joueurs lancent le dé et tombent sur une case avec un problème à résoudre.

– Un problème ? Tu en penses quoi, Rudi ? C’est ton idée, ce team building, après tout.

Rudi Garcia (dehors) n’avait pas encore parlé. Il (dehors) avait beau croire connaître son président (dehors) par cœur, la candeur de celui-ci (dehors) parvenait encore à le (dehors) décontenancer. Lorsque l’entraîneur (dehors) avait naguère lancé cette idée saugrenue de team building, il s’agissait, du moins s’y attendait-il (dehors), de la provocation définitive : celle qui lui (dehors) vaudrait enfin la sortie accompagnée d’un gros chèque. Mais contre toute attente, Jacques-Henri (dehors) avait pris la farce au premier degré. Peut-être était-il (dehors) trop pince pour accorder ne serait-ce qu’un euro d’indemnité à son collaborateur (dehors), ou bien – plus probable encore – l’ancien de Disneyland était-il (dehors) tout simplement à côté de la plaque pour tout ce qui touchait de près ou de loin au football. Et voici comment nos deux acolytes (dehors et dehors) se retrouvaient cet après-midi au Coco Velten, vague cantine branchouille, sorte de tumeur macroniste implantée en plein cœur de Belsunce à seule fin d’y diffuser ses graphistes à chignon et ses hipsters barbus comme autant de métastases gentrificatrices. Ils (dehors²) y avaient rendez-vous avec un formateur dégoté par les réseaux de Jacques-Henri (dehors), ceux-là même qui l'(dehors)avaient convaincu de tapisser le couloir d’accès à la pelouse du Vélodrome de maximes aussi inspirantes que « Welcome to hell », « Un seul olympique » et autres « Toi qui entres ici abandonne tout espoir ».

Rudi (dehors) émit son soupir le plus ostensible, puis déclara d’une voix traînante :

– Oh ben oui, résoudre des problèmes, c’est pas ça qui manque, alors… je ne cite personne, mais on pourrait avoir « Comment puis-je assumer mon âge sans taper dans le frigo ou l’armoire à whisky ? »… « Est-ce que ma moustache et mes frisettes me donnent le droit d’ouvrir ma gueule quand l’entraîneur parle ? »…

– Ça va, ça va, l’interrompit Jacques-Henri Eyraud (dehors). Mais du coup, si on fait ça, il faut que les joueurs tombent sur les cases qui leur conviennent, non ?

– Pas forcément, rétorqua le formateur. On a un autre potentiel de gamification de l’atelier, ici, d’ailleurs, on peut faire un Persona : chaque joueur tire une carte au hasard, sur la carte se trouve une personnalité fictive, et le joueur se met alors dans la peau de ce personnage pour imaginer son expérience utilisateur. Par exemple, si vous tirez une carte « supporter abonné au Vélodrome »…

– Facile ! Remplacer l’éclairage par des LED ! s’enthousiasma le président (dehors).

– Pardon ?

– Ben oui ! L’expérience utilisateur. Un supporter, ce qu’il veut, c’est un stade moderne. Donc, là, je mets des LED. Éclairage dernière génération, performance, technologie, écologie.

– Certes, certes, reprit le formateur, non sans dissimuler un certain malaise naissant. Je rappelle que l’on est sur un team building avec vos joueurs, ceci dit. On pourrait plutôt imaginer que le supporter est intéressé par le gain de matchs voire de trophées, non ?

– Ah oui. Oui, c’est vrai, se renfrogna Jacques-Henri Eyraud (dehors). Mais c’est le boulot d’Andoni, ça, il est où Andoni d’ailleurs ?

– Il boude, persifla Rudi Garcia (dehors). Non,je plaisante, il s’occupe des féminines, du centre de formation ou de la section vétérans, je sais plus trop. Non mais enfin, on parle de choses sérieuses, là. Ya pas l’arbitre dans vos perso-je-sais-pas-quoi, là ? Vu les points qu’on mérite et qu’ils nous coûtent, on doit trouver des marges de progression là-dessus ? Enfin, je sais pas, hein, nous on fait notre team-building à notre sauce, mais faut peut-être voir comment ça se passe ailleurs ?

-C’est vrai, renchérit le président (dehors). Vous avez des exemples de benchmark, en matière de team-building ? Par exemple, les autres clubs, qu’est-ce qu’ils feraient, là, en ce moment, à notre place ?

– Ils s’entraînent ?

– …

Un ange passa. Les deux dirigeants olympiens (dehors, dehors) regardèrent qui ses chaussures, qui le plafond. Le formateur, lui, considéra sa phrase sur le paper-board. Il avait eu au départ l’intention de leur (dehors) évoquer la partie numérique de l’atelier, avec ses applis pour que chacun puisse depuis son smartphone enrichir un PowerPoint, publier un Post-It virtuel, participer à un sondage ou un serious game, bref, toutes les fonctionnalités qui n’auraient pas manqué d’émoustiller jusqu’à l’orgasme son commanditaire (dehors). Pourtant, là, présentement, le professionnel se sentit empli d’une grande lassitude. « Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait ». Personne ne pensait envisageable de tuer l’Olympique de Marseille, et c’est justement ce que ces deux tocards (dehors&dehors) était en train d’accomplir. On a beau pratiquer un métier d’escroc, se dit-il, pas question d’apposer son nom à une telle forfaiture.

– Heu… écoutez Messieurs, à la réflexion, après avoir bien écouté vos besoins, je pense qu’il vous faut un team-building qui soit plus dans l’action, voyez-vous. De l’accrobranche, du rafting… ou mieux, tiens, je vous donne les coordonnées d’un collègue qui est en lien avec le RAID, ils font des séminaires d’entreprise. Ça se passera en extérieur, pour un public sportif c’est l’idéal.

– En extérieur ? Ça ne va pas beaucoup les changer de leur cadre d’entraînement, alors ?

– Si si si, je vous assure, j’ai bien réfléchi, dehors, c’est ce qu’il vous faut. Je vous assure : dehors.

– Ah. Eh bien, merci de vos conseils, dans ce cas.

***

Seul dans sa voiture, sur le chemin du retour, Rudi Garcia (dehors) ruminait. Lui savait bien que la tâche était impossible, et par conséquent il (dehors) n’en avait plus rien à foutre. Dans l’attente de son chèque, le seul enjeu était de reporter la responsabilité de l’agonie du club sur quelqu’un d’autre. Par chance, son président (dehors) l'(dehors)avait soutenu tellement loin, malgré Limassol, malgré l’Association sportive forézienne Andrézieux-Bouthéon, entre autres joyeusetés, qu’il (dehors) avait irrémédiablement lié son destin au sien. Les deux personnages (dehors/dehors) paraissaient comme les deux méchants de L’Oreille cassée, qui tombent ensemble à l’eau et ne parviennent qu’à s’entraîner mutuellement au fond.

Par chance, Jacques-Henri Eyraud (dehors) semblait partager la même analyse de la situation, et ne s’était pas privé de défoncer les joueurs dans la presse tout en se jugeant largement irréprochable. Face à des supporters largement anesthésiés par des années de mesures liberticides, la ficelle avait des chances de fonctionner, qui sait ? Bientôt, ce ne serait plus son problème, de toute façon.

L’équipe

Mandanda
Sakai – Kamara – Caleta-Car (expulsé, 67e) – Amavi
Lopez – Strootman – Luiz Gustavo
Radonjic (Thauvin, 46e) – Balotelli (Payet, 78e) – Ocampos (Germain, 71e)

De retour de blessure, Thauvin patiente sur le banc et laisse Radonjic débuter le match, dans un 433 se passant une fois encore de Payet.

Le match

Les enjeux sportifs de cette rencontre étant largement anéantis, le seul ressort de la performance olympienne était l’honneur. Dès lors, on ne déflorera guère le suspense en en dévoilant dès maintenant le résultat :

Tout ce qui précède l’ouverture du score n’est qu’illusion, un service minimum tentant de faire croire que nos joueurs ont bien essayé de contrarier les lyonnais. Notre meilleur mouvement réside ainsi dans une touche longue de Sakai, déviée par Caleta-Car jusqu’à Luiz Gustavo. Idéalement placé, le Brésilien manque son contrôle mais peut servir Ocampos, mis en échec par le gardien.

Lyon gère son affaire une main dans le slip, dominant le milieu de terrain en attendant le moment où notre défense sera en pleine montée de GHB. Ainsi, après avoir crée le décalage au milieu, nos adversaires se présentent en nombre aux abords de notre surface. Amavi puis Caleta-Car repoussent le centre, mais Aouar peut reprendre. Le ballon échoit à Cornet, chargé par Kamara avec la vigueur du Belge qui avait tenté un attentat-suicide en deltaplane contre la Tour Montparnasse (bilan : un mort). L’attaquant résiste en rigolant et allume Mandanda de près (0-1, 24e).

Notre défense se fait par la suite ouvrir à qui mieux mieux par des ballons en profondeur, et l’OM ne doit qu’à l’alcoolémie de Depay de ne pas rentrer au vestiaire avec les filets déjà bien lestés. A la différence de Mandanda, dont les sorties évoquent de plus en plus la tortue des Seychelles en période de ponte, Lopes jaillit plusieurs fois dans les pieds de nos attaquants pour éteindre promptement nos maigres velléités offensives (sans oublier de faire sa salope devant Balotelli, on ne se refait pas).


Thauvin entre dès la reprise, pour mieux confirmer qu’en serbo-croate, « erreur de casting » se dit « Nemanja Radonjic ». Ce remplacement change du tout au tout l’aspect de la rencontre, puisque Florian ne met pas cinq minutes à nous offrir nos meilleurs occasions. Travaillant sur la droite, il adresse un centre millimétré à Balotelli, qui de manière tout à fait inhabituelle place sa tête à côté. Juste après, il lance Sakai dans la surface, le Japonais étant pour une fois parti dans l’axe pour évoquer le bon vieux temps aux supporters lyonnais. Hiroki est mis en échec par une nouvelle sortie supersonique de Lopes. L’OM presse, obtient des corners, mais concède aussi des contre-attaques que les lyonnais concluent mal. Lopes doit repousser coup sur coup deux nouveaux tirs d’Ocampos puis Sakai, puis célèbre ses parades en mimant la mort du cygne sur un duel anodin avec Balotelli.

Lopes ne parvenant pas à faire expulser l’Italien avec ses filsdeputeries habituelles, les lyonnais ont recours à une méthode bien plus sournoise pour nous faire infliger un cartons rouge : ils jouent au football. Profitant de la totale absence de coordination défensive (pas de bol, c’était le sujet de l’entraînement annulé pour cause de team-building), un lyonnais lance Terrier en profondeur. Kamara était monté, Sakai couvrait le hors-jeu, et Caleta-Car se trouve donc à devoir rattraper le coup . Sa vitesse de pointe étant ce qu’elle est, l’action se termine par un accrochage en bonne et due forme, qui vaut au Croate de quitter le terrain 25 minutes avant le terme.

Notre élan offensif s’en trouve immédiatement brisé, et les changements entrepris par Rudi Garcia (dehors) ne parviennent pas à le rétablir (descente de Luiz Gustavo en défense, sorties d’Ocampos puis Balotelli pour Germain et Payet).


Jacques-Henri Eyraud (dehors) avait appelé cette semaine appelé à « l’union sacrée », le second but lyonnais survient comme une évidence et décrète aussitôt l’union sacrée des supporters dans le cul du président. Aouar résiste à Lopez et Thauvin, et transmet à Ndombele qui se fend d’une déviation plutôt géniale dans la course de Dembélé. L’attaquant fixe Luiz Gustavo et allume Mandanda derechef (0-2, 84e).

Pour faire bonne mesure, Kamara ne trouve rien de mieux que de voir sa relance interceptée par Aouar, qui envoie aussitôt Maxwell Cornet tromper notre gardien une troisième fois (0-3, 86e).

L’arbitre ne s’éternise guère et siffle sitôt la 90e minute atteinte, craignant les débordements des virages. Autre temps, autre mœurs, les protestations restent bien timides, certes pas aidées par l’arrosage généreux en gaz lacrymogènes. En d’autres temps, Vincent Labrune avait été contraint un soir de semblable déroute à passer une bonne partie de la soirée cloîtré dans la salle de billard. Or, plus encore que le score du soir, c’est de voir sortir sans encombre les gueules de raies responsables d’une succession inédite d’humiliations cuisantes, qui constitue le principal signal d’alarme sur le délabrement du club. Que les incompétents sévissent, nous y sommes habitués ; que la pression populaire leur laisse une telle latitude pour nuire, et surtout sur une si longue période, c’est en revanche plus inquiétant. Ainsi, il n’aura pas fallu attendre très longtemps depuis l’épisode Ciccolunghi-Jacobs pour que la mort du club redevienne une hypothèse crédible.

Les joueurs

Mandanda (2/5) : Si le score n’a pas été plus lourd, on peut en remercier la maladresse des attaquants et certainement pas ses sorties de basset artésien paralysé du train arrière.

Sakai (2/5) : Un match hésitant, à l’image de son face-à-face avec Lopes : à la fois trop imprécis pour marquer le but mais trop peu puissant pour vraiment lui éclater le pif.

Caleta-Car (2-/5) : Nos joueurs semblent s’être donné pour défi de réaliser un bêtisier de la saison rien qu’avec nos actions défensives sur des passes en profondeur.

Kamara (1/5) : Présent au Vélodrome, Carlos Mozer a demandé à adopter Boubacar Kamara, juste pour avoir le plaisir de le déshériter.

Amavi (2/5) : Marche sur le ballon à 30 mètres de notre surface, sans que l’action ne se termine par un but. Les progrès sont donc notables.

Strootman (2/5) : Dans une équipe qui ne croit plus en rien et ne comporte plus grand chose de collectif, il a simplement essayé de garder un minimum de dignité, un peu comme ces personnes âgées dont le seul espoir reste que leur cœur lâche avant leurs sphincters.

Luiz Gustavo (2+/5) : Très digne lui aussi,s’est porté en fonction des besoins au milieu, en attaque, en défense, avec une constance dans l’absence de succès qui force le respect.

Lopez (1/5) : Terriblement inhibé, à croire qu’il a pris pour lui les insultes adressées à son homonyme d’en face. Ce serait idiot de sa part : pour insulter Maxime il aurait d’abord fallu nous rendre compte qu’il était là.

Radonjic (1-/5) : Douteux quand l’équipe tourne bien, franchement atterrant en période de crise. Nemanja est donc prêt pour une carrière politique à la ville de Marseille.

Thauvin (2+/5) : La durée d’un bâton de dynamite, la puissance d’un cierge magique. Mais c’était joli, en tout cas on a passé un bon moment.

Ocampos (2/5) : Moins spectaculaire qu’à l’accoutumée, il s’est gardé d’agripper ses mâchoires aux mollets lyonnais. Même ses tirs étaient trop propres pour être réellement menaçants.

Germain (71e) : 20 minutes de course à pied derrière le ballon.

Balotelli (1/5) : Quelques accélérations qui semblent laisser à penser que sa mitroglouisation n’est pas encore totale. Voire réversible, qui sait ?

Payet (78e) : L’enthousiasme du mec qui se voit coller un nouveau dossier par son patron alors qu’il était en train de regarder les AirBnB pour cet été.

L’invité zoologique : Anthoniglopes

Avec le hérisson, c’est bien simple : si tu passes dessus en voiture, il a peu de chances de te faire chier. Si en revanche tu te mets en tête de lui marcher dessus pieds nus, même avec toute la motivation du monde son côté désagréable risque fort de reprendre le dessus. Le hérisson était donc l’invité approprié pour parler de ce club que l’on n’affronte pas sans un minimum de préparation.

– Les autres : Nous sommes dans une telle déchéance que les lyonnais ne se sont même pas senti l’envie de pourrir le match par divers coups de putes, ils se sont contentés – humiliation suprême – de jouer leur football. Heureusement que leur gardien s’est quand même mis en devoir de foutre la merde, cela aurait fini par devenir vexant, sinon.

Le classement : Même pour l’intertoto,c’est pas gagné.

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– Les réseaux : ton dromadaire préféré blatère sur Facebook, et sur Twitter. Babas remporte le concours zoologique.

Bises massilianales,

Blaah.

Blaah

Dromadaire zoophilologue et pertuisien. Idéal féminin : à mi-chemin entre Scarlett Johansson et Maryse Joissains.

7 commentaires

  1. Merci d’avoir regarder les purge d’une saison merdique pour nous.
    Courage, c’est presque fini pour cette saison.
    B.A

  2. Ouais.

    Ouais.

    Ouais.

    Merci en tout cas d’avoir le courage de te fader ce match, la patience d’écrire ce que l’on en pense.

    Recherche google du jour: la faute grave.

  3. J’avais prévu une place sur le podium en début de saison, deuxième même. Aujourd’hui la vanne me fait moins rire.

    • 5e c’est comme deuxième à partir du pied du podium. C’est pas si mal. L’OM ! Allez, là !

  4. Bill Murray est donc innocent des accusations de pédophilie, sinon c’est bien ce Dimanche qu’il aurait vécu sans fin…

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