Au courrier des lecteurs, le Livre Blanc de L’Equipe page 3

En abordant les arbitres, rien d’incroyable ni de bouleversant, la logique de l’Equipe consiste à interroger des arbitres donc, pas de joueurs ni qui que ce soit; en l’occurrence Derrien, Vautrot et Quiniou.
Ici, c’est assez simple, Quiniou y va à la pelleteuse “tout remettre à plat”, Derrien veut supprimer le Conseil Supérieur de l’Arbitrage et établir un code de déontologie de l’arbitre. On le comprend. Quant à Vautrot, il suggère la création d’un poste de directeur technique de l’arbitrage missionné par le président du conseil fédéral. Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ?
Ce qu’il y a de remarquable pour la troisième partie du chapitre 1 du Livre Blanc, c’est d’oser l’introduire avec une intervention de Jean-Pierre Bernès sur le marché des transferts. Nous vous rappelons l’intitulé de cette sous-partie : “Le terrain, les dirigeants et les agents.” A ce stade de l’humour, Bernès propose la suppression du mercato hivernal, afin que les clubs ne fassent plus les couillons du côté de la gestion (saluts aux présidents et administrateurs, sans oublier la DNCG au passage), et la fin du mercato estival avant la première journée de championnat, ce qui ne changerait rien. C’est un très bon début.

Alain Cayzac propose de remettre le produit football au centre de l’action de la FFF. On peut s’en étonner, étant donné que le sigle FFF signifie fédération française de football… mais au point où nous en sommes, essayez Alain. Dans le bal des anciens, Francis Graille s’inquiète de trouver un manager général à l’Equipe de France, parfait pour les interférences, et le présent Leproux continue son action auprès des jeunes dans le football en général, après la réussite du Lynx. Loïc Féry se contente du coup du Salary Cap. Tant qu’il n’aborde pas le synthétique.

On vous rappelle une fois de plus le sujet : Le terrain : les dirigeants et les agents… aucune proposition sur les agents donc, les dirigeants ajoutons-en ici, à quoi servent-ils ? La moitié ne semble pas comprendre le pourquoi du comment on a pu leur posé une question sur le sujet. On compatit finalement de plus en plus avec les mecs chargés de récupérer les avis en question.
Pour ce qui est du bien de la Ligue, Gervais Martel propose que son club ne tienne pas en Ligue 1 en instaurant cette même compétition à 18 clubs quand Claude Michy (président de Clermont Foot) rappelle qu’il faut bien donner du gateau des droits TV (dont personne ne veut assumer le prix et pour lesquels la ligue créé une chaîne) à tout le monde.
Olivier Sadran insiste lui sur l’importance d’en finir avec les lobbyings politiques au sein de la Fédération, et éduquer les gens en les obligeant lui aussi à faire des choses.
Admettons, mais tout ceci est franchement brouillon.

Au sujet des agitateurs d’idées, le simple titre de chapitre pousse à l’épouvante du lecteur. Sans doute des personnalités agitant leurs bras et leurs salives pour nous faire une superbe mousson de gargarismes. Bien mal prend celui qui ne se penche pas sur les feuilles parfois intéressantes de ce passage du livre, le plus informatif.
Agitateurs d’idées. Inaugurer cette section avec Pascal Boniface, c’est tout de même une sacrée provocation… Son idée, folle :  « La fondation du football devrait servir de passerelle entre les footballeurs professionnels et les grandes ONG humanitaires.  » Si ça pouvait faire avancer le football, pourquoi pas. « La célébrité doit créer des obligations et pas seulement des droits » On en revient systématiquement à l’obligation pour le bon Boniface, et l’en remercions mais non.

Agitateurs d’idées, il faut fouiller pour en trouver qui ne soient agitateurs mais bien jalonneurs. Lors de la lecture du tout petit livre blanc, nous nous sommes arrêtés sur les interventions de trois personnes aux profils proches : Michel Fareng, gérant d’une agence de marketing sportif, agent de sportifs, responsable pédagogique du Mastère spécialisé en gestion des institutions et des activités du groupe ESC Toulouse; Jean-Marie Brohm, Professeur émérite de sociologie, Université de Montpellier III; et Michel Desbordes, Professeur du marketing des sports, Université de Paris Sud 11.
Ces trois personnes sont des pédagogues reconnus, ils font donc de l’éducation une priorité mais ne font pas de constats de bénis oui-oui en nous vendant des fleurs et en affirmant que les joueurs doivent enlever leurs casques audios et signer des autographes pour que le football change.

Selon ces trois personnes, les axes sur lesquels les pouvoirs en place devraient agir sont :

-la régulation économique de la discipline
-l’assainissement des forces en présence
-l’éducation du champion en terme de diplômes et de comportements.

D’après Brohm, le problème est pris à l’envers, puisque depuis longtemps l’on met de côté l’aspect sociologique du football : un ultra-capitalisme mondialisé dans lequel les flux financiers débordent et dont le mouvement, tant qu’il n’aura pas été régulé à l’échelle de l’économie mondiale dans sa globalité ne saura s’effondrer. Grosso-modo, une course au pognon dans laquelle tous les acteurs de la société du football ne peuvent se sortir puisque régie par des intérêts si forts que cela les dépasse et les prend de vitesse. Ajoutez cela à l’hypermédiatisation de ce sport (phénomène nouveau) engageant des revenus parmi des domaines encore sous-exploités mais dont la récente loi sur les paris en ligne nous a offert un aperçu dantesque des possibilités, et vous obtiendrez plus d’argent donc plus de pression, donc une course inflationniste aux recrues par “investissements, marchandages et débauchages”. Le football a parfois un vocabulaire peu enviable.
En bref, pour Brohm, tout passe par les pouvoirs législatifs et judiciaires si tant est qu’ils souhaitent agir dans le sens de la sérénité des acteurs du football et de ses spectateurs.

Là où l’action de la justice serait un incroyable mouvement de soulagement pour l’éclaircissement des affaires du monde du football, elle est devenue impossible ou presque. C’est ce qu’explique Michel Fareng. L’argent appelle l’argent mais n’est pas le vecteur essentiel d’une réussite sportive. Vous répondrez, cela on le sait bien, il suffit de regarder les exploits du Real Madrid en Ligue des Champions pour s’en apercevoir. Or, c’est dans la gestion du contrat de travail des footballeurs que cet agent appuie là où ça fait mal. Il nous explique qu’afin de réduire les charges fiscales des joueurs, les clubs paient leurs agents, ce qui est une fraude légalisée. Dès lors que le système étatique et judiciaire se place du côté des contrevenants, il devient complexe de tirer tout un milieu vers le haut. De la même manière, soulignant le fait que les entraîneurs aient à présent des agents (Monsieur Bernès, nos hommages), leur est-il possible d’avoir une marge de manoeuvre et de ne pas céder à quelques pressions. Monsieur Fareng ose même appliquer un parallèle habile entre football et politique, ce qui n’aide pas le débat mais souligne les faiblesses d’un milieu qui nous intéresse.
Le rappel intéressant, c’est la valeur normalement marchande du club qui ne doit pas passer par le joueur mais par l’image et ses structures (les stades notamment).
C’est là que la position de Michel Desbordes intervient. Pour lui, le joueur n’est plus payé par la billetterie mais par les droits télévisés, nouveau nerf de la guerre (Monsieur Thiriez, nos respects). Les institutions (LFP, FFF) n’aident en rien à la désinflation du marché si décriée par elles-mêmes. Plus d’argent, plus de trophées, plus de droits TV du point de vue des clubs. Plus d’argent dans le club, plus de trophées, plus de spectacle donc plus d’auditeurs et de revenus publicitaires pour la chaîne. Un cercle vertueux de cette échelle a forcément une limite, ou une purge financière à gros dégâts doit se faire sentir si ce n’est pas le système entier qui implose, faisant évidemment de nombreuses victimes du travail dans les deux cas. Inconscience donc.

Du point de vue de la redistribution financière, il est acquis pour Monsieur Desbordes qu’un joueur ne peut avoir le souci de son entraîneur ni de son président s’il gagne plus qu’eux, et n’ont pas vocation à engranger des centaines de milliers d’euros par an, là où les judokas et volleyeurs, puisqu’il prend ces exemples, doivent bien se reconvertir en fin de carrière. Traduction : se démerder n’appartient qu’à soi, le système les complaît dans un abandon total de l’effort laborieux et de l’éducation.

L’éducation, un terme fort qui revient aux plumes de ces trois pédagogues : être formé aux relations publiques puisqu’ils ont une image à vendre et donc à offrir et à défendre. Etre formé à d’autres métiers, puisqu’ils devraient, si le monde du ballon rond était un temps soit peu logique, se fermer à eux une fois cette page tournée et s’en retourner vers un monde du travail plus classique. L’éducation pour le bon sens, vecteur d’une certaine logique.

Page précédente.Page suivante.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.