Madagascar-Guinée (2-2) : La Onivameonapalnivo académie s’introduit et livre ses notes.

Mana ahoana !

Je me présente : Edouard Barea, jeune (46 ans) français de Madagascar. Ici je suis ce qu’on appelle un vazaha : un blanc. Cela vaut aussi pour Nicolas Dupuis, notre sélectionneur, sauf que pour lui le terme a peut-être moins une connotation moqueuse. Les Malagasy sont un peuple très moqueur. Il faut les voir se pencher l’air mi-surpris mi-soulagé quand un malheureux se fait rouler dessus par un taxi-bus dans les rues de Tananarive : ça arrive, c’est comme ça. Et puis ce n’est peut-être pas plus mal pour lui, il n’avait qu’à pas faire la sieste au milieu de la route. Du moins il aurait pu demander l’autorisation.

Nicolas Dupuis, lui, n’a pas besoin d’autorisation pour faire ce qu’il a à faire : il le fait, et il le fait bien. Son but, comme à nous tous, c’est faire le bien. C’est-à-dire qu’il faut leur donner du bonheur, à tous ces gens trop occupés à brûler des sacs plastiques et à faire visiter leurs dernières réserves de lémuriens à des occidentaux pour survivre, voyez ? La vie n’est pas facile, ici. Et le foot à Mada, tout le monde aime ça. Presque autant que la pétanque et le zam. Alors on vous laisse imaginer quel bonheur ça peut être pour tous ces jeunes gens de voir leur pays, leur grand pays, leur Grande Ile, quoi ! Enfin qualifiée ! Inespérément qualifiée pour la Coupe d’Afrique ! C’est pas le plus grand des bonheurs à donner à un peuple pauvre, ça ?

Bien sûr, tout le monde n’a pas la télé ici. Seuls quelques privilégiés comme moi l’ont et pourront bénéficier d’un peu de quiétude auprès de leur jolie femme locale pour regarder le match. Notez, j’ai quand même invité mon chauffeur et mon garde du corps à venir regarder la première mi-temps à la maison. Plus tard, ils ne veulent pas rester. Ils me disent qu’ils ont leur travail tôt le matin. C’est bizarre, sachant que je commence rarement mes journées avant 11 heures…mais après tout, ils sont libres d’avoir deux ou trois boulots s’ils veulent. C’est pas moi, qui suis venu chercher un peu de liberté économique loin de la métropole, qui les blâmerai ! Allez, assez parlé. Place aux artistes. En piste !

Andrea Andriatsima Nomenjanahary
Ilaimaharitra Anicet Amada
Mombris Fontaine Razakanantenaina Metanire
Adrien


Le match

Un peu étriqués dans leur beau maillot frappé de l’aloalo, le totem malagasy, les barea jouent avec le frein, face à un adversaire largement supérieur sur le papier. En toute logique sur un relâchement coupable, la défense laisse Sory Kaba partir seul, dribbler Adrien et marquer ainsi dans le but vide. Ma femme dit que ce n’est pas étonnant qu’ils se soient fait coloniser deux fois avec une telle pasivité, ce qui est pas loin d’être auto-raciste, non ? Enfin, en tant que descendant de colon moi-même, je n’ai pas grand chose à dire. 1-0, 34e.

Heureusement nos Zébus ont de la ressource, et là où on les attend le moins, encore ! À l’entame de la seconde période, sur un corner très bien frappé, c’est Anicet Andrianatenaina, dit Abel, dit encore la Terreur bulgare, qui vient placer sa tête et écrire l’histoire ! 1-1, 49e

Et nous ne voulons pas en rester là, non ! Nous qui nous apprêtons à fêter notre indépendance, nous voulons inscrire ce jour dans tous les esprits, de Tuléar à Nosy Be ! Que tous les murs d’Antananarivo résonnent de nos cris de joie ! Mais avant tout de chose, c’est sourd à ces clameurs que Carolus Andrea se faufile derrière la défense guinéenne et donne l’avantage à Mada ! 2-1, 58e.

Hélas, il se sentait dans l’ambiance par trop pesante de ce match, dans la difficulté qu’une si haute marche représentait, que les barea n’allaient pas parvenir à tenir. C’est du moins l’un d’entre eux, qui porte de plus la tare congénitale d’être né à Metz, qui craque quand sur une incursion guinéenne dans notre surface, lui prend l’idée pas la plus futée de se jeter comme un malapris dans les pieds de son adversaire, ce qui provoque un penalty indiscutable contre nous, que François Kamano, bien connu de mes amis à pull sur les épaules que je salue, transforme. 2-2, 66e.

On en restera là pour ce match qui nous aura vu vibrer, en famille, entre amis (Vahir et Daniel sont restés tout le match, finalement. Contre des bières et quelques billets, ces gens se laissent facilement convaincre de mettre de l’ambiance). Nous voilà bien partis dans cette CAN, enfin je crois ? C’est que j’avais un peu la tête qui tournait à la fin du match. Le zam commençait à taper fort et les noms -ces noms…- se mélangeaient dans ma tête. La gueule de bois en valait la chandelle, mais on va dire qu’on est quand même content qu’il n’y ait pas de CAN tous les week-ends, hein. Allez, rentrez chez vous les garçons.


Les notes

Adrien 3/5
Impuissant sur le penalty alors qu’il a parfaitement respecté la règle du pied obligatoire sur la ligne, il a semblé avoir déjà dans la tête ce moment lorsque Sory Kaba s’est présenté face à lui en première période. Rien qu’on puisse réellement lui reprocher toutefois, car il a tout donné.

Metanire 1/5
L’indulgence dont a fait preuve l’arbitre à son égard n’était pas à notre goût : il fallait le sortir. Qu’il paye pour son geste inconsidéré.

Razakanantenaina 3/5
Pas franchement préoccupé par le marquage de Sory Kaba, il a eu la gentillesse de lui laisser environ 100 mètres pour dribbler le gardien et marquer. S’il en était resté là c’était la note sanction, mais il se trouve que son grand sabot carré lui a aussi servi à offrir le second but à Andrea. Un match plein de paradoxes.

Fontaine 2/5
Souvent spectateur lui aussi, mais sans passe décisive.

Mombris 3/5
Tu as bien joué, mon fils.

Amada 2/5
Ali ? Qui ? Amada ? Quoi ? J’ignore de quoi vous parlez. Dans un sens, c’est mieux, non ? En fait c’est Ibrahim, et c’est tout ce qu’on a retenu de son match.

Anicet 3/5
Buteur charismatique sur le corner, il restera dans l’histoire des Barea comme celui qui a marqué le premier but de la sélection dans un tournoi et qui a imité le zébu accompagné de tous ses partenaires pour célébrer cela. À jamais le premier.

Ilaimaharitra 2/5
Un jaune en fin de match et pas mal de courses dans la vide, un match de Malagasy, quoi.

Nomenjanahary 2/5
Oh on ne lui en veut pas, même si on attendait qu’il se sublime, qu’il nous fasse hurler de bonheur plutôt qu’avec ses ratés. Mais le vazaha est par trop pressé et exigeant. Il faut savoir vivre mora-mora, c’est la règle ici.

Andriatsima 2/5
Quand on vient de Clermont ou de tout autre patelin de province comme moi, on sait rester humble. Sur le terrain comme alentour. Faneva le sait, il a su rester humble. Et discret.

Andrea 4/5
Lui n’en a pas grand chose à faire de la discrétion est s’est décidé à marquer un vrai but d’attaquant : contrôle parfait d’une balle venant de derrière, simple pichenette au-dessus du gardien, et son équipe, son pays, mon pays était devant le temps d’un dernier petit zam.

Edouard Barea

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