Chicago – Montréal (1-2) : L’Impact Académie invite un invité

Acclamé par la critique, proclamé « French language poet » par le très sérieux Guardian, le bon Heinrich Heineken a pris sa grosse plume pour pallier l’absence de votre serviteur

Déjà terrassé par une vicieuse affection buccale*, voilà que notre Mauricio a été ennuyé en fin de semaine dernière par une gênante faiblesse de la fibre causant une défaillance de transmission inopportune. J’entends d’ici les mauvaises langues faire des gorges chaudes, glapir et supputer sur la cause de ces maux. Coupons sur le champ court aux ragots : sachez, putassiers supporters torontois, que jamais rien de chaste n’émane de notre homme, et ce, même s’il a pour l’heure la fibre fragile et la pulpe endolorie.

Mais le feu ne se combat pas par le feu, mais par un liquide bien venu, et les maux non par des mots, mais par des breuvages de circonstance, aussi notre ami s’est-il abondamment aspergé la fraise, et avait dès lors l’embouchure bien trop obstruée pour qu’il en ressorte quoi que ce soit. Sachant l’incapacité de notre héros, c’est le plus naturellement du monde, avec toute la fougue et l’inconscience qui me caractérisent, que je mis ma plume à son service.

Le traitement de canal (reconstitution avec Georges Saint-Pierre dans le rôle de Mauricio)

Lecteur inoccupé, tu me croiras bien si je te dis que je voudrais que ce texte fut le plus beau, le plus amusant et le plus parfait qui se pût imaginer ; mais moi qui n’en suis qu’à mes premières paillardises, je ne puis hélas ! prétendre à la virtuosité du maître Vincello. Puisse toutefois le fruit de mon labour germer dans ton esprit fertile et t’apporter une quelconque joie, très cher lecteur.

* Notre malicieuse source nous indique que la source du mal résiderait dans la chambre pulpaire, une cavité contenant un système de vaisseaux sanguins, de vaisseaux lymphatiques et de nerfs, appelé pulpe, qui se prolonge vers les organes internes à travers un réseau complexe de canaux. Une lésion peut donner lieu à des dommages ou à une infection de la pulpe. Le traitement consiste à retirer la pulpe lésée ou infectée et à la remplacer par une substance d’obturation spéciale. Voilà pour la médecine.

L’alignement

Par rapport au dernier match, un seul changement, forcé puisque ce petit verrat d’Ontivero, Ontivero, poussin charmant tout noir, bleu et blanc qui fait la joie des enfants, Ontivero, dis-je, ben il a encore la patte cassée. Ça sent pas bon, mais passons.

L’Heinmatch

Tu veux un compte-rendu, c’est ça ? Pourquoi, tu n’as pas regardé le match ? Si tu n’as pas regardé le match, tu n’as qu’à aller lire les innombrables comptes-rendus que l’on trouve déjà en ligne. Je n’ai pas que ça à faire, moi, te faire le récit de ce que tu as vu (ou pas) de tes propres yeux. Sérieux, tu visites horsjeu.net pour les comptes-rendus ? Allez, à d’autres. Ne compte pas sur moi pour offrir un alibi à tes penchants lubriques. Faut assumer, vieux.

Le gifsumé

Camara reprenant sa place dans le couloir droit, tassant Oyongo

En deuxième demie, le pilote Biello voit son équipe prendre son envol

Un pack de Montréal

Evan Bush (Inégal) : Je ne comprends rien aux gardiens et à leurs humeurs changeantes. Où tu vas, Evan ? Tu sors ou pas ? Tu dégages ou tu passes ? Qu’est-ce qui se passe, tu reprends tes mauvaises vieilles habitudes ? On n’était pas bien, là, depuis quelques mois, paisible, à la fraîche, décontracté du gland ? Le stress, l’énervement, le danger, c’est ça qui te fait bander ? On a le chibron fébrile ? Bon, elle bien belle, ta nouvelle acrobatie hebdomadaire, mais je n’en garde pas moins le souvenir des moments d’angoisse que tu m’auras fait vivre tout au long du match. Mon divan aussi, d’ailleurs.

Donny Toia (Égal à lui-même) : Autre match de col bleu du brave Donny. Réservé, mais un défenseur, fût-il latéral, s’il est unilatéralement défensif, mais qu’il est unilatéralement bon défensivement, on aime ça de même. Il ne l’ouvre pas souvent, Donny – son allée gauche, j’veux dire, et c’est ce qu’on lui demande. Ou plutôt, on lui dit sans ménagement de la fermer : À la ferme ? Ah, la ferme, Donny (ce n’est qu’une fois qu’ils sont partis, trop tôt, qu’on ne mesure toute la valeur des héros très discrets comme lui ; d’ici là, continue de la fermer, Donny, tu fais bien ça).

Laurent Ciman (Inestimable) : Et tu tacles, tacles, tacles, seul dans la nuit. Nouvelle journée d’Amérique pour le Belge, qui garde espoir de lire son nom sur les bouts de papier du sélectionneur (?) et de mener cet été la double vie de club et d’équipe nationale. Avec des performances comme celle-là, on a l’envie d’y croire tant il frappe aux portes du matin européen, dont il est si loin pourtant depuis qu’il ne joue plus sous les cheminées de Liège. Mais ici comme ailleurs, Lolo n’est jamais dompté et arrive à rester debout, même lorsqu’il glisse d’instinct et sans détour sur la pelouse. Ça fait du bien. Éteignoir du Fire lorsque la maison brûle, il doit compenser en début de match les errances d’un partenaire vagabond, que l’on cherche partout. Sur l’action menant au premier but, justement, il revient de loin pour barrer la route ouverte à l’imprononçable Igboananike par un emportement précoce de Cabriole. Même si sur le coup, il nous nique quand même, le Kennedy.

Victor Cabrera (Combien de doigts ?) : Même avant le tampon, on le sent volatil et lunatique. Y’a des semaines comme ça. Et pour Victor, les semaines difficiles ne sont pas fréquentes, mais périodiques. Phénomène naturel sur lequel les astronomes auraient tout intérêt à se pencher (à quand une expo au nouveau Planétarium, qui jouxte les stades Olympique et Saputo ?), le rendement de Cabrera suit un cycle régulier. Le temps est au beau fixe pendant plusieurs semaines, puis soudainement, le temps se gâte. Coach Biello devra faire gaffe et apprendre à reconnaître les signes avant-coureurs de la tempête. Même si le principal intéressé soutient, par orgueil, que tout va bien, méfie-toi, Mauro, mais ne le contredit surtout pas, c’est très risqué de contredire un noctambule à l’esprit embrumé.

Hassoun Camara (Dix roues) : Il est là, Camara, de retour sur la bonne voie. Tel un camion en pleine course (pour peu que ça puisse courir, un camion) ou un castor en devenir et en manque, une fois qu’il est lancé, rien ne peut l’arrêter, et c’est inexorablement qu’il reprend sa place dans le couloir de droite. Dommage pour celui qui était sur son chemin, en l’occurrence, le fantasque, frétillant et sympathique Ambroise O’Yolo Bite-Yolo.

Camara, aux commandes

Kyle Bekker (Nul) : Et quand je dis nul, je ne veux pas dire mauvais, catastrophique. Ça, c’était Cabrera. Je veux dire nul, c’est-à-dire sans effet. Pas négatif, mais pas positif non plus. Cela dit, à ce poste, être à ce point invisible, peser aussi peu sur le jeu, c’est hautement problématique. Pendant que Monsieur Bekker était parti aux fraises ou aux champignons (alors que ce n’est la saison ni des unes ni des autres), le Fire avait des espaces grands comme ça au milieu, et j’exagère à peine. Il n’est pas dénué de charme, le petit blond, mais on sent qu’il a peur de se salir les mains. Et ça, ça turne off.

Eric Alexander (Zéro pis une barre) On savait Éric-Alexandre taciturne, mais de là à s’effacer sous sa barbe… on savait aussi qu’il ne souhaite pas occuper le devant de la scène, mais lorsque le gars à côté est si peu présent, faut se faire vraiment tout petit pour disparaître derrière. Pour un peu, on aurait cru qu’en première demi, l’Impact jouait avec pas de milieu.

Johan Venegas : Qui ?

Ignacio Piatti (Mille et une nuits) : On le voudrait chef d’orchestre, alors qu’il est avant tout soliste, mais pareils solos valent à eux seuls le prix d’entrée ou d’abonnement au câble. Il zigone, zigone, besogne et rebesogne, fait sa petite affaire, les yeux baissés, obnubilé par son objet, on se demande ce qu’on fout là, et tout à coup POUF ! le génie jaillit de toutes parts, en un éclair, alors que l’on ne l’espérait plus. Mille gestes alambiqués, mille histoires palpitantes qui semblent ne mener à rien, puis vient celle que l’on croit de trop, et celle-là s’achève sur une finale en fanfare que l’on n’a pas vu venir. Et à la fin, à la fin, on se rend compte que la danse maniérée était stratagème pour nous faire un petit dans le dos, le plus exquis des rejetons. Lorsque la débauche onaniste aboutit à pareille extase fertile, on espère ardemment la répétition.

Harry Shipp (Au-dessus du niveau de la mer en première demie) : Après le déluge de l’an dernier, il était rassurant de pouvoir compter sur un Petit Bateau (ne pas confondre avec la petite culotte du même nom, pour laquelle je confesse un gros faible) qui, malgré son jeune âge, a beaucoup bourlingué et surtout bien navigué les eaux houleuses des Grands Lacs qui bordent la ville des vents. Si le ciel était plus clément qu’il y a un an, le moussaillon Shipp s’est tout de même démené comme un diable dans l’eau bénite, pressé sans doute par les attentes venues de tout bord, tout côté, tel un séminariste en pleine propédeutique. Et dont les efforts sont restés, bien sûr, inféconds.

Dominic Oduro (Deux cents à l’heure)Oduro va si vite qu’il va souvent au-devant des choses, voire au-delà de lui-même. Dominic enchaîne d’une frappe, reçoit le ballon et démarre son appel. C’est bien beau la rapidité, mais c’est de la merde, de mélanger ainsi Oduro et Dominic. Je dis qu’il faut faire les choses dans l’ordre. Mais que fait-on avec un petit qui vise croche ? Facile, de dire Mauro, on le désaxe en s’ajustant à la trajectoire, de sorte que la flèche puisse toucher la cible.

Les substituts

Wandrille Lefèvre (Montant de la ligne 1 moins celui de la ligne 2 = 7: Remet de la mine dans le crayon d’une défense minée par un Cabrera en pleine débandade. Ne sacrifie pas la précision à la vitesse, lui, et ça lui permet d’à peu près neutraliser Gilberto , dont les menaces n’auront duré que le temps d’une chanson.

Didier Drogba (11/10) : Que dire ? Depuis le temps, on avait peut-être oublié ce que c’était, Didier Drogba. Ça n’a pas pris de temps qu’on s’en est souvenu. La grâce a encore jailli d’entre les jambes de Didier ; le coquin semble y prendre autant de plaisir que l’an passé. Et quand ça vient d’entre les jambes de Didier, ça entre.

Entrée de l’éléphant Drogba, qui pèse énorme sur le match

Marco Donadel (FPS 30Bien moins foufou à Chicago sous le soleil (exactement) de cette saison que sous la pluie de l’an dernier (ce qui est une très bonne chose). Guidé par le grand astre jaune tirant sur le rouge lorsque l’heure avance, le fougueux étalon italien évite la sortie précoce, peut-être parce qu’il rentre plus tard. On tient peut-être quelque chose, là.

Marco Donadel se la donnant grave sur le terrain détrempé du Toyota Park, l’an dernier

Le tableau

Oui, les Zimpacts sont au top. Classe man, top of the pops. C’est l’avantage d’être en haut : y’a pas à chier, c’est les meilleurs. Mais souviens-toi, les Bleus ont déjà été les meilleurs au départ avant de tomber en chute libre, pour finir nuls et merdiques. Alors on ne lâche rien, rien, rien. Ce samedi, les Anglais vont débarquer, et on va devoir être beaucoup plus convaincants. Faudra pas hésiter à se salir les mains, quitte à passer par l’arrière, pour kicker des culs, et pas n’importe lesquels : les putrides antres torontoises. Vous savez, ces tunnels tout sombres qui ne sentent pas très bon ?

Top of the pops

Analement,

Heinrich.

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Mauricio Vincello

Vraie fausse légende du soccer montréalais (ou l'inverse), Mauricio Vincello, après une carrière bien remplie sur les terrains des Amériques, a décidé de prendre sa grosse plume pour conter au commun des mortels les folles aventures de l'Impact de Montréal.

2 commentaires

  1. Merci! L’acad la plus classe du monde, en effet. Je dis ça en mon nom, je ne prétends pas parler au nom de Mauricio. Lui, c’est loin d’être un pérave, jamais il se serait vanté comme je viens de le faire. Humainement, il av la classe. Moi je préférerais avoir sa classe plutôt qu’avoir la mienne. Moi je suis un peu just.

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