URSS – Arabie saoudite (5-0) – La Krasnaiya Akademiya ne l’avait pas vu venir

Calmez vos nibards, les gars.

Salut les touristes,

C’est que ça y est, dites donc, ça a commencé. Quoi donc ? Mais la fête internationale des footballétaires voyons, le Grand Soir du ballon rond, la Révolution d’Octobre des chasubles qui puent, la Commune des sponsors esclavagistes, le 1er mai des vendeurs d’armes du monde entier… LA COUPE DU MONDE DE FOUTEBALLE, BORDEL. La seule compétition qui offre l’occasion à tous les plus puissants hérauts de la démocratie moderne de se retrouver autour d’un verre de champagne en loges VIP, et de serrer des pognes pleines de biffetons jusqu’à s’en faire saigner les doigts (non pas que ça les change beaucoup du sang d’opposant qui sèche encore à peine dans leurs mains). La diplomatie du ballon rond, c’est d’abord celle du dollar. Le soft power sportif, c’est dans les loges présidentielles qu’il se joue. Et la violence capitaliste qui résulte de ces échanges faussement souriants, de ces transferts de capitaux négociés à grands renforts de poignées de mains et de petits traits d’esprit sur le spectacle débilitant qui se déroule sur la pelouse, cette violence-là n’a rien de « doux ».

C’est celle que subissent chaque jour les petites mains qui par leur force de travail font que ce grand système fonctionne encore, et les écrase toujours plus à chaque dividende qui part dans la poche des actionnaires plutôt que dans les caisses de retraites. C’est celle de la dictature du néo-capitalisme raciste et patriarcal, ce Léviathan omnipotent qui rejette tout ce qui ne rentre pas dans le moule ou qui fait obstacle à sa marche triomphale. Par la construction faussée de l’idée qu’il est l’incarnation du système le plus juste, il exclut toute forme de contradiction, annihile chaque projet pouvant lui présenter une alternative, brise la résistance de tous en nous résignant par accoutumance à nous satisfaire des quelques miettes laissées par les fameux premiers de cordée, ces éclaireurs de l’humanité qui ont pris tellement d’avance dans l’ascension que l’on n’a même plus le privilège de leur admirer le cul, d’en bas.

La Coupe du Monde est devenue une miette capitaliste comme une autre. À nous de ne pas nous en satisfaire.

BIENVENUE À TOUS, BANDE D’ENFOIRÉS.

 

En russe, ça se dit « Coca-Kolkhoze ».

 


L’OUVERTURE


 

Le jour de gloire est arrivé. Devant tout un pays hébété, le Grand Guide a prononcé ses quelques mots sur la fraternité des peuples, un beau discours empreint de l’humanité qui caractérise ce bel homme, et de la chaleur qui caractérise le peuple de Russie. Dans un stade Lénine entièrement paré des couleurs des gentils sponsors de la plus grande compétition sportive au monde, le rouge sanguinaire de la Révolution vient s’unir au vert éclatant de l’espérance islamique. Deux couleurs, deux idées d’un monde meilleur s’affrontent en cette belle soirée de printemps moscovite. Le fouteballe est chargé de trancher entre ces deux grands peuples. S’il y échoue, pas de panique, le classement des plus grosses dépenses militaires de la dernière décennie est là pour départager ces deux grands porte-parole de la paix dans le monde.

Et oui, ce soir-là, la Sbornaïa recevait les Faucons verts du royaume (DROITE) d’Arabie saoudite, dans un mâche qui nous promettait de belles offensives à coups d’ogives de tous poils (comme Rico a pu le voir dans ses fameuses cojones de cristal). Pour l’occasion, ce bon vieux Stan Tchertchessov, l’homme à la sémillante pilosité faciale, avait tout simplement décidé de foutre par terre le système de jeu qu’il utilisait depuis deux ans, et donc par la même occasion de dire merde à toutes mes prédictions tactiques d’avant-match (en même temps, je vous avais prévenu, il fallait s’attendre à tout avec ce bonhomme-là). Exit, donc, le fameux 1-2-3-4 spartakiste dont je vous avais vanté les mérites, mais qui semblait trop compliqué à maîtriser pour nos camarades-joueurs biberonnés au 4-2-3-1 « made in frilosité », et place à un 4-4-2 qui a certes le mérite d’être relativement simple à mettre en place dans l’urgence de la situation.

 

Je veux bien reconnaître que c’est plus facile à comprendre qu’un 1-2-3-4.

 

L’INTERLUDE FRISSON :

 

 

Le début de mâche semble nécessiter un petit temps d’adaptation pour nos Rouges, qui se font un poil bouger par la vivacité et le toque muy latino des princes du désert. Tandis que la première ola (DROITE) se répand dans le stade, les Saoudiens posent le ballon sur le pied durant ces dix premières minutes (ou quelque chose comme ça). Mais l’édifice russe tient bon, la Sbornaïa s’impose peu à peu au physique et ne tarde pas à se rapprocher de la surface adverse en se projetant à grandes enjambées en contre-attaque. Sur un corner gagné par Golovine et détourné par la défense, celui-ci se retrouve à la retombée du ballon, récupère côté gauche et enroule du droit au second poteau. Gazinski coupe la course de la sphère et croise sa tête dans le filet opposé. 1-0, une secousse sismique équivalente au passage d’une compagnie de T-34 sur un boulevard berlinois parcourt les tribunes toutes de rouge vêtues.

La tête dans le sac, les Arabo-musulmans ne parviennent plus à s’approcher de la surface adverse, et s’efforcent de relancer proprement, mais plient sous la pression soviétique. Les imprécisions techniques se multiplient, les duels sont remportés par nos Rouges, le travail à l’usure de Smolov commence à porter ses fruits. Et là, crac : sur une contre-attaque suite à une énième perte de balle saoudienne, Dzagoïev se claque et s’écroule après un mauvais appui. L’un des leaders techniques russes doit donc céder sa place à l’éternel espoir Cherychev. La première période s’égraine alors au petit trot, toujours sur le même schéma : les bougn Saoudiens tiennent le ballon, mais reculent toujours plus sous la pression de Russes capables de  partir au quart de tour en contre-attaque. Ainsi, sur l’une de ces phases de jeu, une passe de Fernandes pour Smolov se voit déviée par un défenseur : Golovine se rue comme un mort de faim sur le ballon et reprend 20 mètres sur un autre défenseur pour lui chiper le cuir sous le nez, s’arrêter à l’entrée de la surface, la laisser à Zobnine  dans l’axe, lequel la glisse dans la course de Cherychev, arrivé lancé à gauche. Le petit Denis crochète, échappe à un tacle, se remet sur son pied gauche et aligne le goal en force. 2-0, Gianni Infantino commence à suer des fesses.

 

*Non, Gianni, retiens-toi, c’est pas le moment de lâcher un soufflé*

 

Le retour des vestiaires se fait sans forcer, la Sbornaïa laisse volontiers la possession aux métèq Faucons d’en face, et percute en contre. Deux petites occasions viennent égayer la partie côté Verts, tandis qu’une deuxième ola (DROITE encore) s’empare des gradins. Les Rouges remettent un coup d’accélérateur après l’heure de jeu, occasionnant la raie de la journée du match de la part de l’élégant goaliste saoudien sur une frappe de Zobnine. Ce même Zobnine est dans le coup, quelques minutes plus tard, pour combiner sur une touche avec Gazinski et Fernandes, avant que le ballon ne revienne à Golovine, à l’angle droit de la surface : le petit génie sibérien enroule une nouvelle fois à destination du second poteau, pour la tête croisée de Dziouba, rentré à peine une minute plus tôt. 3-0, les avions Rafale saoudiens ne devraient pas tarder à décoller pour la Russie. RIP en paix, Serge, petit magnat de l’armement parti trop tôt.

Et comme on se dit que la guerre mondiale dans le monde n’est plus très loin, on décide d’en rajouter une petite couche dans le temps additionnel avec d’abord un amour d’extérieur du gauche pour le doublé de  Cherychev, sur une remise  de la tête de Dziouba (4-0), puis un beau coup franc de Golovine, dans l’angle fermé (5-0, sur ce coup le goal des Faucons avait plus de retard que les académies de Fernando Nandrolonas pour le Mondial 2014). Bilan des courses : malgré une possession guardiolesque (pour filer la thématique catalane) et un nombre de passes alléchant, les joueurs sAHOU!diens n’ont jamais mis en danger une équipe russe solide sur ses bases, solidaire malgré son changement de schéma tactique, et qui a parfaitement répondu présent physiquement. Le Stan peut être content, le Vlad aussi, contrat rempli haut la main pour ce mâche d’ouverture. Prochaine ratonnade rencontre, mardi face aux Pharaons du meilleur joueur du monde de la planète de l’année, qui ne sont pas passés loin du nul face à l’ogre uruguayen ce vendredi. Le tout, probablement sans Dzagoïev et sans 1-2-3-4, les deux grands perdants de cette victoire inaugurale (vous suivez ?). Ce sera à coup sûr une autre paire de manches pour Stan et son orchestre.

 


LE SOVIET-ÉQUIPE


 

Igor Akinfeïev (Balek/5) : Un autre perdant dans la victoire : il n’a tellement rien eu à faire qu’il s’est fait chiper la récompense de la raie du jour par le goal d’en face.

Mario Fernandes (Osef/5) : Après tout, pourquoi pas.

Ilia Kutepov (Keudal/5) : Tranquille comme Baptiste.

Sergueï Ignachevitch (Izi/5) : Pour bien remettre en perspective la performance offensive saoudienne, rappelons que Sergueï fêtera ses 39 ans le mois prochain, et que jusqu’au début de ce mois il n’avait plus joué en sélection depuis deux ans. Vous pouvez fermer la remise en perspective.

Iouri Jirkov (Tinquète/5) : Milieu de formation, le représentant du Zenit de Leningrad a essaimé ses coups de pied arrêtés sans pression.

Roman Zobnine (3/5) : Un Spartakiste qui sait imposer son physique bâti dans sa Sibérie orientale natale.

Iouri Gazinski (3/5) : Né sur les bords de l’Amour, Iouri en a donné beaucoup en ouvrant le compteur de ce beau Mondial Coca-Cola © Visa © Prout ©. Avec son compère Zobnine, il a également remporté le combat physique du milieu.

Aleksandr Samedov (2/5) : Aleksandr n’a malheureusement pas su tirer son épingle du jeu dans ce mâche pourtant à l’avantage de son équipe. Le Spartakiste reste cependant une valeur sûre de l’effectif, et saura à coup sûr se montrer utile pour la suite.

(Remplacé à la 64e par Daler Kuzyayev, qui a quand même failli naître dans une ville qui s’appelait « Brejnev » : les délices de la topographie soviétique)

Aleksandr Golovine (5/5) : À l’origine, à Kaltan, il n’y avait rien. Puis il y a eu une centrale thermique. Puis il y a eu une ville. Puis il y a eu le pied droit d’Aleksandr Golovine.

 

Aleksandr Golovine menant l’offensive soviétique contre les ennemis du peuple (2018, colorisé).

 

Alan Dzagoïev (NN) : Petit prince du Caucase, célèbre compère d’Andreï Archavine à l’Euro 2008, Alan a peut-être vu son Mondial s’achever sur ce foutu claquage. Courage mon grand, on pense à toi.

(Remplacé à la 24e par Denis Cherychev (4/5), le retour de l’enfant prodigue)

Fyodor Smolov (3/5) : Précieux dans son travail de harcèlement de la défense et son jeu dos au but, « Schmolo », comme on l’appelle dans le milieu (non), n’a malheureusement pas été récompensé de son activité, et a vu son remplaçant lui piquer la vedette.

(Remplacé à la 70e par Artyom Dziouba (4/5), colosse au coeur tendre et à la tête dure)

 

Et il est pour qui, le boeuf Stroganov de Parie-Maule ?

 

À bientôt les loulous,

Cordianalement,

Georges Trottais

Georges Trottais

L’homme le plus (lutte des) classe(s) du monde.

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