Giroud, le carré d’as

Giroud est champion du monde, tant pis si cela défrise les sceptiques. Il est même champion du monde avec le 9 pour ceux persuadés qu’on peut devenir champion du monde sans un des onze joueurs sur le terrain. Quelle connerie. S’il n’est pas le leader charismatique de l’Equipe de France, il est sans aucun doute l’un de ceux qui incarne le mieux les valeurs de Deschamps : travailleur, discret, revanchard, coriace et endurant. Alors oui mettons les pieds dedans : 0 but pour un attaquant dans une telle compétition est une anomalie statistique… et regrettable si l’équipe perd. Mais si elle gagne ? Alors ? Alors je vais te dire, tu vas reprendre tes petites lunettes de comptable et laisser le foot tranquille de tes expertises de benêt.

Sur l’ensemble de la compétition et sur les 23 joueurs, il est le 5e joueur le plus utilisé, devant Lloris, devant Mbappé, devant Pogba, devant Pavard, devant Umtiti. Seuls Varane, Hernandez, Kanté et Griezmann sont devant lui. Alors oui, il n’a pas marqué, alors oui il est sorti dépité de la finale à la 81e minute. Pourtant, après un match où il aura été présent sur les 4 buts. Ah oui mon petit bonhomme, faut suivre un peu hein, faut pas se laisser aller à ne retenir que le nom du buteur ou à critiquer la VAR. Autre statistique mon grand pour tes longues soirées d’hiver, l’équipe de France n’a marqué qu’un seul but sans Giroud sur le terrain, le premier, le pénalty de Griezmann contre l’Australie. Assieds-toi et lis ce résumé subjectif de la puissance d’Olivier sur les 4 buts français de la finale.

Le match dans son intégralité est ici : https://footballia.net/fr/matchs-complets/france-croatia-world-cup

Acte 1

17e minute de jeu, la Croatie déroule et la France étouffe. Les rares possessions de balles sont souvent balancées dans le camp adverse. C’est le cas à la 17e où Kanté envoie une brique de ses 30 mètres au niveau de la surface adverse, Mbappé se fait devancer par Strinic. Qui est là pour le pressing sur le second ballon ? Giroud. Une première fois, il perd la balle, il va au pressing à droite le long de la ligne de touche, il reprend la balle dans les pieds de Rakitic, « il se bat », ce sont les mots de Margotton, il passe en retrait à Varane et l’une des premières séquences de jeu française est initiée. Elle mènera directement 30 secondes plus tard à la faute simulée de Griezmann (oui oui c’est flagrant au ralenti, personne ne touche Griezmann), c’est à dire au CSC de Mandzukic. Ce n’est pas la seule touche de balle de Giroud dans l’action, mais c’est la plus importante, celle qui déclenche la révolte et la remontée de 20 mètres du bloc. 1-0.

Acte 2

34e minute de jeu, la logique de la domination croate s’est concrétisée par l’égalisation de Perisic. Soumis, les Bleus continuent de subir et n’ont pas d’occasion. Pourtant la France obtient un corner. Comment ? Sur un long dégagement de Lloris en direction de personne, Vida reprend de la tête à 30 mètres de sa ligne et le ballon file seul et sans menace en corner. C’est cadeau. 6 Français sont présents dans la surface, Matuidi fait l’appel au premier, se met devant Perisic qui fait main. L’arbitre est un peu caché, ne voit pas directement la main, ne siffle rien. Le premier joueur dans son champ visuel à lever les bras avec un temps de réaction digne des plus grands sprinteurs, c’est Giroud. C’est peut-être un détail pour vous mais pour l’arbitre, ça veut dire beaucoup. C’est ce que l’arbitre voit en premier, c’est dans son champ de vision. On peut refaire le match 200 fois, il restera toujours cette question : si Giroud n’avait pas dégainé aussi vite et entraîné avec lui les demandes pressantes des Français, l’arbitre n’aurait-il donné un nouveau corner ? La suite est connue. La France rentre au vestiaire avec plus de buts au compteur que de tirs cadrés. 2-1.

Acte 3

59e minute et le bijou de cette finale. C’est un but à disséquer pendant des heures. La Croatie est encore dans une phase de possession qui fait tanguer les bleus. Mais Perisic ajuste mal un centre qui finit en touche à 15 mètres du poteau de corner français. Hernandez joue sur la touche sur Matuidi. A ce moment, le réalisateur du match nous montre la tribune présidentielle avec Infantino qui signe un ballon entouré de Poutine, las, et Macron, tendu. La touche est mal jouée, deux Croates pressent Matuidi qui rate la balle. Elle est normalement perdue. Mais qui est là pour récupérer, orienter et entamer une contre-attaque historique ? Olivier Giroud. Tête en retrait pour Nzonzi, tête de Nzonzi, tête de Griezmann en retrait pour Pogba, demi-volée de génie de Pogba qui balance à 60 mètres une diagonale à Mbappé qui se retrouve déjà à l’angle droit de la surface adverse. 4 fous furieux se projettent, Matuidi, Griezmann, Pogba et… Giroud. Mbappé qui passe en retrait pour Griezmann qui temporise et passe en retrait pour Pogba qui tire du droit, contré, qui tire du gauche et but. Stop. Reprenons la dernière image. Tir du droit de Pogba, Subasic part sur sa droite. C’est contré. Subasic veut se replacer et fait un saut de côté sur sa gauche. Pobga reprend du gauche et vise le même endroit. Subasic ne voit pas partir le 2e tir. Pourquoi ? Giroud est dans l’axe et fait complétement écran. Pourquoi Subasic est si loin d’une frappe pas si forte, pas si bien placée de Pogba ? Il est aveuglé, il ne voit pas Pogba reprendre le ballon en changeant de pied. Mieux. Giroud fait écran pour Subasic et s’écarte en sautant pour libérer un meilleur angle de frappe pour Pogba. Il est au début de l’action et il est le dernier français à voir passer la balle avant le but. 3-1.

Acte 4

64e minute. Encore une grosse séquence de jeu croate. Même s’ils ne concrétisent pas, les Croates possèdent la balle, renversent le jeu et se retrouvent sur leur aile gauche avec Rebic qui se met en position de frappe. Pavard tacle et contre la frappe, il récupère et dégage comme il le peut au niveau du centre du terrain. Un rebond haut et Vida va dégager et relancer tranquillement sur un coéquipier. C’était sans compter sur un 38 tonnes lancé à pleine allure qui va à l’épaule le bousculer. Gênée, la passe croate n’est pas précise et Matuidi est là pour récupérer la possession française. Qui est l’auteur de ce pressing monstrueux  ? Giroud. Et de nouveau une longue séquence de possession, le bloc remonte encore une fois et sur un exploit d’Hernandez, il se défait de Mandzukic pris de vitesse, il fixe son défenseur, passement de jambes, feintes et passe en retrait à Mbappé, seul à 23 mètres, Vida n’est pas au contact, il ajuste et tire. But. Est-il vraiment utile de vous dire qui demande la balle en profondeur à Hernandez et attire la défense centrale juste de 4 ou 5 mètres et qui libère une zone de tir sans opposition à Mbappé qui a stoppé sa course ? Giroud. 4-1

Giroud n’a pas gagné la Coupe du Monde seul ET la France ne la gagne pas sans lui : on ne gagne pas une Coupe du Monde à 10 (sans Giroud), ni à 9 (sans Kanté sorti), ni à 8 (avec Pavard en difficulté), ni à 7 (parce qu’il y en a toujours un qu’on aime moins), on ne gagne une Coupe du Monde à moins de 11 guerriers dominants sur le terrain. Olivier Giroud aurait pu avoir plus d’occasions, son rôle n’était pas uniquement d’attendre les ballons. Il en faut de l’intelligence de jeu pour comprendre un schéma d’ensemble quand les chiffres individuels comptent autant dans les trajectoires et les contrats personnels. Mais son travail de sape a été essentiel pour l’équipe qui a souvent manqué d’oxygène pendant le match. Il sort à la 81e avec le visage fermé de celui qui a raté son match. Qu’il soit rassuré, il est bien champion du monde.

Spooner

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4 commentaires

  1. Bravo ! Un bien bel article au sujet d’un bien bel homme.
    Le n° 9 d’une équipe, c’est le joueur que tous ses coéquipiers voient jouer. Et quand ils le voient tout donner, de façon réfléchie et cohérente, ça oblige tout le monde.
    Giroud a beaucoup de talent, mais sûrement moins que Benzéma. Il comprend et respecte les consignes, et son jeu s’y prête. Sans lui on ne serait pas champion du monde -bon, sans Lloris non plus.

  2. Fruit confiné d’une analyse d’enfermement, chronique d’uchronie, le « plus dangereux sans, qu’avec » vient et revient comme une valse en quatre temps syncopés… Un pareil gabarit hors norme sur un terrain, c’est comme un baobab au milieu de nulle part, ça en impose, forcément… Loin d’en rougir, Giroud le sait intuitivement : sans déplacer des montagnes, il plante le décor pour le pire et le meilleur. Gêné le plus souvent par lui-même, maladroit, dégingandé, il rate, il loupe, il fait soupirer, il énerve, tout le monde, tout le temps, pourtant il rentre suffisamment de caisses pour remplir une cave de bons crus… Faut-il y croire encore, fallait-il y re-revenir ? Eh, bien, oui ! En ces temps de grands doutes, magnifier la force du collectif, sorte de surpuissance additionnelle du tous pour un et de l’un pour tous, revient à conjurer le mauvais sort, à bâtir des châteaux en Espagne… et partout ailleurs !

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