Paris SGEL / Soviet Maoïste de Caen (6-0) – La Porte de Saint-Cloud Académie n’aime pas le tennis

Où l’on constate que le tennis n’est pas un sport de prolétaires

 

 

Salut les damnés de la terre,

 

Après deux semaines de grand n’importe quoi qui auront vu notre fière équipe nerazzurraviola se viander deux fois contre leurs camarades prolétaires de Manchestaire, et jouer un mâche pour du beurre (salé) face à Guingamp – puisque je vous le rappelle, sur décision de la Ligue, cette rencontre a finalement été donné gagnée sur tapis vert par les Costarmoricains en raison du trop grand nombre de mineurs alignés par notre fiotte internatianale -, nous revenons enfin aux choses sérieuses avec cette belle rencontre de Division 1 en perspective : Paris Saint-Germain-en-Laye / Soviet Maoïste de Caen.

Un mot sur l’adversaire, pour commencer : le Soviet Maoïste de Caen a été fondé par Jean-Saul Partre en 1976, à l’annonce de la mort de Mao De Jong, et en réaction à l’abandon de la notion de dictature du prolétariat par le congrès national du PCF. Moi j’y suis pour rien, j’étais complètement pété quand on a voté ça. Faut dire qu’on avait mis le paquet côté binouzes. C’était à Saint-Ouen d’ailleurs, chez nos amis les Redstarmen, à l’Île des Vannes. Ici, un résumé du congrès pour les plus fervents partisans de la cause (pour les plus fainéants, contentez-vous des deux premières minutes, on me voit déjà bien pompette).

 

Georges retrouvant sa sobriété à l'annonce de la décision du congrès national de février 1976.

Georges retrouvant sa sobriété à l’annonce de la décision du congrès national de février 1976.

 

On m’empêchera pas de penser que cette idée d’Union de la Gauche et tout le tintouin, ça nous a quand même foutu la tête dans le sac. Tonton nous l’a bien mise avec son programme commun de mes deux. Je peux vous dire que si on avait eu les couilles de ne pas s’effacer devant Mitterrand comme des Hindous devant une vache sacrée, y aurai pas eu de mai 81, pas de rose au Panthéon, pas de Le Pen au 2e tour, pas de DSK au Sofitel, pas de Mémélenchon à Hénin-Beaumont, pas de Hollande à l’Élysée, et Emmanuel Macron serait resté le président de BDE d’école de commerce qu’il a toujours été.

Mais trêve de rêveries, revenons-en à nos adversaires du jour. Le club du SM Caen a donc été fondé en 1976 sur le modèle du soviet. C’était une bien belle initiative à l’époque, la première fois en France qu’un club de football professionnel était géré par ses propres joueurs. Ça a plutôt bien marché au début, avec un beau parcours entre D3 et D2, avant de monter pour la première fois en Division 1 en 1988, année où j’ai décidé unilatéralement d’arrêter de regarder du fouteballe – sans pour autant que cela soit le fait de la promotion de Caen, entendons-nous bien, j’ai rien contre eux, moi aussi je suis Normand. Le système auto-gestionnaire caennais n’a cependant pas survécu au recrutement de Xavier Gravelaine : l’arrivée de l’homme aux poches sous les yeux poussa les joueurs à renoncer à leur comité de gestion, dégoûtés par la futilité des remarques de l’attaquant pendant leurs réunions. Douché dans son utopie d’un football auto-géré par des joueurs intelligents, le soviet caennais décida à l’unanimité de devenir un banal club de Liguain, et de se faire coacher par des cinquantenaires bedonnants.

 


LA RENCONTRE


 

Et c’est donc dans un stade moitié vide, moitié silencieux et moitié rempli d’enfants, que notre équipe saint-germanoise affrontait des Caennais tout de blanc vêtus, et qui n’avaient plus de soviet que le nom, à l’image d’une République Populaire de Chine qui ne cache même plus son libéralisme de nouveau riche sous ses beaux drapeaux rouges. Sans doute inspirés par le patronyme de leur adversaire du jour, les joueurs de Paris-SGEL avaient décidé de se liguer contre leur entraîneur légitimiste et de faire la feuille de match eux-mêmes. Le Prédisent blanc avait pourtant opté contre toute attente pour un audacieux jogging, cherchant ainsi à dissimuler sa condition bourgeoise et faire croire à sa sympathie – évidemment factice – pour la classe ouvrière. Quel enfoiré de populiste.

Ce subterfuge démagogique n’eut pas l’effet escompté sur nos chers joueurs biolay (moitié bleus, moitié violets, moitié lyonnais), à qui on la fait pas, et qui prirent les choses en main : des choix forts furent entrepris collégialement dans la gestion de l’effectif, avec notamment l’exclusion à l’unanimité du gardien nazi, le fidèle bras droit de l’entraîneur, au profit d’un beau camarade italien. Pas de place non plus pour les perturbateurs, anars et autres gauchistes, envoyés en tribunes (allez faire vos occupations de facs ailleurs, les deux chevelus). Seule absence dommageable, celle de notre black block androgyne de la défense centrale, qui avait probablement une manifestation à encadrer quelque part en province et n’a pas pu se libérer.

Guidés par leur seule conscience prolétarienne, les membres du collectif altoséquanais entament cette rencontre au petit trot, sans trop se presser, et laissent les esclaves individualistes du mécénat sportif d’en face croire qu’ils ont leurs chances face à l’efficacité naturelle de notre soviet. Après dix minutes de jeu et à la suite d’un centre mené comme une quiche par le hooligan montpelliérain du milieu, le grand Z récupère assez miraculeusement le ballon, et profite du air-marquage des Caennais pour le glisser sous le portier adverse d’une frappe à la trajectoire vicieuse. 1-0, sans pousser, notre soviet démontre déjà sa supériorité, par le talent de son commissaire politique. Dans le stade résonnent les cris d’innombrables bambins scandant le prénom de leur père adoré, l’homme auquel aucune de ces dames n’a jamais su dire non, le héros qui à lui tout seul a réussi à repeupler la Yougoslavie après le génocide. Au quart d’heure de jeu, les Caennais, fouettés par leur coach, retrouvent de l’allant et enchaînent deux actions dangereuses sur notre côté droit – toujours le côté faible, qu’est-ce que vous voulez y faire, quand on en est réduit à y foutre un punk abonné à tous les coffee shops amstellodamois… Après vingt minutes, nous retrouvons le contrôle du ballon, et nous montrons dangereux sur deux belles combinaisons du Z dans la surface, gâchées par le petit Lucas et notre guérillero national, qui chie complètement sa tentative de piqué. Juste avant la mi-temps, un corner normand se voit contré sur la ligne de but par le Sudiste de service, puis, après une perte de balle plein axe, le beau goal italien s’illustre sur une lourde frappe caennaise, et reçoit les acclamations des enfants du Parc. Dans le temps en plus de la première période, une magnifique action collective voit le Yougo, excentré sur la gauche de la surface adverse, centrer en retrait dans la course du petit Blaise qui achève ce beau mouvement en catapultant le cuir au fond des filets. 2-0, la garderie du Parc donne plus de voix que jamais.

La mi-temps est l’occasion pour le réalisateur de nous donner une idée de l’âge moyen des spectateurs du stade, à grands renforts de gros plans de morveux la goutte au nez. Au retour des vestiaires, où l’entraîneur a semble-t-il échoué à reprendre le contrôle de son groupe en totale osmose idéologique, les saint-germanois repartent de plus belle, et après cinq minutes dans la deuxième période, le Z lance une nouvelle fois le petit noir véloce, toujours prompt aux appels dans la profondeur, lequel centre en retrait pour le camarade Eddy qui n’a plus qu’à pousser la balle dans le but vide. 3-0, ne minimisons pas cet exploit, il aurait pu réussir à la mettre au-dessus. Quelques instants plus tard, le Yougo – décidément il est partout – dévie de la tête un long ballon dans la course de l’Ange, qui s’arrache plein axe et pique sa balle de fort belle manière au-dessus du rude gardien caennois. 4-0, gros plans sur une fausse blonde dégueulasse dans le public, sûrement une des nombreuses conquêtes de l’homme au catogan, qui accompagnait ses bâtards au stade. Ces derniers ont bientôt l’occasion d’admirer à nouveau leur héros de paternel en action, puisque le géant slave se trouve à la réception d’un centre magnifique de l’arrière gauche pour inscrire le 5-0 à l’heure de jeu. On découvre tout à coup avec étonnement que certains spectateurs ont plus de 14 ans, et ont même la voix qui a mué. Il était temps que tout ce petit monde se réveille de son déjeuner saturnal. S’ensuivent une belle percée de l’Ange, qui se heurte à la bonne sortie du goal normand, et un double-contact du petit père des peuples devant des Caennais aussi impuissants que les maris qu’il fait cocu. À un quart d’heure de la fin, notre bon guérillero, lancé sur le côté gauche, centre pour Maxwell qui adresse une frappe croisée dans le petit filet opposé. 6-0, « jeu, set et match ».

Putain, j’ai tellement prié pour qu’on ne mette pas ce sixième but, que les commentateurs ne nous ressortent pas ce genre de jeux de mots à la con sur le tennis, ce sport de bourgeois intolérants au gluten. Et puis, c’est pas comme si l’ambiance du stade ne faisait pas déjà penser aux mercredis de Roland-Garros, cette connerie de jour des enfants. Par pitié mesdames, si vous ne trouvez pas de baby-sitters, je vous en prie, abstenez-vous de venir au stade, ça nous évitera de subir les cris stridents de votre marmaille. Je sais que vous êtes fières de leur géniteur, ce bel homme, mais je suis sûr que lui n’en a rien à carrer. Il est désormais trop dévoué à la cause, ce beau gaillard, et c’est bien la seule femme à laquelle il sera jamais fidèle.

 


LE SOVIET SUPRÊME, D’ACCORD, MAIS PAS MAOÏSTE NON PLUS, FAUT PAS DÉCONNER :


 

Le bel Italien (Errico Malatesta/5) : Avec sa belle gueule d’anarchiste italien, il a parfaitement rempli son rôle, claquant un arrêt de grande classe pour éviter l’égalisation juste avant la mi-temps. Kévin n’a qu’à bien se tenir.

Le petit Grégory (2/5) : Le danger est souvent venu de son côté en première mi-temps, et il n’a pas été très rassurant dans la relance. Une meilleure seconde période, qui l’a vu tenter des montées, et même trouver un poteau. Mais je lui enlève quand même un point par principe.
Remplacé à la 87e par le Fabrice Apruzesse du 92, qui a au moins eu le mérite de divertir les enfants dans le public.

Momohamed (4,5+/5) : On lui a laissé les clés de la défense, et il n’a pas filé avec comme un Arabe. Il a parfaitement compensé les montées de son petit copain, et n’a pas laissé d’espaces dans l’axe pour les caennonniers d’en face.

Prunelle Quimperlé (4/5) : Pour un p’tit jeune chargé de remplacer notre cher Thiago, il s’est pas mal débrouillé du tout. Une seule grosse erreur de relance cependant, qui aurait pu coûter l’égalisation sans l’arrêt du goal. Un bon petit gars des JC, fin prêt pour les luttes du Parti. L’avenir.

Le Polak côté gauche (4/5) : Une belle passe décisive, et un côté gauche bien tenu. C’est pas que je suis raciste, mais il a pas la tête de son patronyme, non ?

L’Ange aux grandes oreilles (2,5/5) : La moyenne pour le petit chérubin, qui a raté beaucoup de passes en première période, mais s’est un peu rattrapé avec deux belles percées ponctuées d’un but somptueux dans le deuxième acte.
Remplacé à la 68e par Erwin Ouganda, qui avec un prénom pareil doit avoir des prédispositions au Blitzkrieg. À surveiller, j’ai déjà un nazi – certes un peu plus aryen – à gérer dans l’équipe.

Benjamin le hooligan (2,5/5) : Bon. Il a sauvé un ballon sur sa ligne, quoi.

Le petit Blaise (4/5) : Un but, une passe décisive, des ballons grattés, beaucoup beaucoup d’appels dans la profondeur grâce aux décrochages du Z. Quand je lutte pour ne pas m’endormir, je le regarde gesticuler, ça me réveille.
Remplacé à la 68e par Maxmuybien, qui a marqué. Ouattèlsse ?

Le petit Lucas (3/5) : Ça commence à faire beaucoup de « petit quelque chose » quand même. Faudrait vraiment que j’apprenne leurs noms. Et faudrait aussi qu’on arrête de lui envoyer des centres au deuxième poteau alors qu’il fait un mètre cinquante.

Le camarade Eddy (3/5) : Il s’est fait siffler par des enfants (des enfants !) pour avoir raté deux grosses occasions en deuxième mi-temps, mais il a fini par marquer et donner une belle passe décisive, avant de faire un tour d’honneur avec deux gamins choisis au hasard dans le public.

Le petit père des peuples (6/5) : Je garde le meilleur pour la fin avec mon beau Kommissar, qui en a mis plein la vue au parterre de gamins qui n’étaient venus que pour lui. Se jouant des défenseurs comme Falco esquivant les voitures de police, il s’est toujours rendu disponible, a été décisif sur chaque but que ce soit par ses décrochages qui embarquaient toute la défense, ses déviations toujours judicieuses, sa frappe toujours aussi efficace, ou tout simplement son implacable sens du but. Pour finir citons le camarade Mathieu : « Et moi, je te dis que tu es mon commissaire, et sur ce commissaire je bâtirai mon soviet, et que les portes du séjour de la Domino’s Ligue 2 ne prévaudront point contre lui. » Fin de citation.

 


LE SECRÉTAIRE DE SECTION :


 

Enfin, les joueurs ont eu raison de la tyrannie de cette caricature de coach. Il a bien essayé de revenir aux fondamentaux en se sapant comme Guy Roux, le bonnet en moins, mais je crois que bon, à partir de là, cela fait partie du jeu. La réussite de ce match, réalisée grâce à l’implication directe et entière du collectif des joueurs, ne doit en aucun cas lui être attribuée. Bravo les gars, vous avez intégré le principe d’autogestion, maintenant, je vous sens prêts pour votre leçon de socialisme réel. Longue vie au soviet parisiano-saint-germanois !

 

N’oubliez pas de vous révolutionner,
La bise anale,
Georges Trottais

Georges Trottais

L’homme le plus (lutte des) classe(s) du monde.

6 commentaires

      • Vous? Qu’est-ce que j’ai à voir avec vous? Rien en fait.

        Parce que si l’on y réfléchit bien, moi, je suis un vrai démocrate. Et vous, vous êtes un anarchiste de merde! UN ANARCHISTE DE MERDE!!!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.