Bordeaux-Caen (0-0) : La Scapulaire Académie lance les « M6 Tragique Awards »

« C’est pendant que le vieux seau est encore là qu’il faut en fabriquer un neuf » Si les américains pouvaient lire cette académie pour éviter de faire les mêmes erreurs, notre santé mentale est en jeu…

On va se débarrasser du sujet rapidement. Le match contre Caen ne mérite certainement pas de commentaires, une chronique ou encore mieux une académie en bon uniforme.

Le match fut, au mieux, insipide et ennuyeux. Ce fut un concours de mauvaises passes, de centres au sixième poteau, on ne compte plus les ballons qui flottent au milieu du lac. On se demandait d’ailleurs l’intérêt de construire ce stade en périphérie, à côté du parc des expositions. L’intérêt n’était pas uniquement de faire chier les joggeurs ou de congestionner un peu plus la rocade. La proximité du lac permet surtout de recevoir les exocets envoyés par le pauvre Nicolas de Préville. On ne compte plus les ballons à la surface de l’eau. La mairie envisage même de faire de la prévention « N’oubliez pas votre casque, vous n’êtes pas à l’abri d’une reprise de volée de Nicolas de Préville ou d’un centre au cordeau de Maxime Poundjé ».

Sans faire offense aux Normands, nous avions la tête ailleurs. Depuis le mois de mai, la vente du club alimente les inquiétudes des uns et l’ambition des autres, les supporteurs se déchirent. Le mardi 6 novembre, la vente est officialisée. Le rideau est définitivement tombé, M6 tire sa révérence une fois pour toute. Des rêves et des promesses de 1999, Il ne reste que quelques miettes. La petite chaîne (qui montait) quitte le club et la ville sur la pointe des pieds, écrasés par les critiques acerbes et les petites moqueries de circonstance.

Nous allons donc revenir sur les heures les plus sombres de ces vingt dernières années. Nous devons absolument avoir le courage de s’imposer ce devoir de mémoire éreintant et parfois déprimant. Nous avons choisi cinq thèmes. Nous allons vous les présenter aussi soigneusement que possible. (À lire sur n’importe quelle musique entêtante, la plus M6 compatible possible) Vous aurez alors une quinzaine de jours pour voter pour désigner vos « Girondins M6 Awards ».

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Meilleur Feuilleton de l’année

• Le départ de Poyet et une vente qui s’éternise de Mai à Novembre 2018

Quand Nicolas de Tavernost décide de remplacer Jean Louis Triaud par Stéphane Martin, la vente est déjà dans tous les esprits. Le groupe RTL veut se débarrasser des Girondins et retomber sur ses pattes. Dès le mois de janvier, les contacts avec les américains sont tellement concrets qu’ils impactent directement le choix du nouvel entraineur. Alors que Tavernost s’activait pour faire signer Michel Preud’homme, GACP insistait pour Gustavo Poyet. Nous sommes au début d’un soap de onze mois avec des rebondissements improbables (mercato comique, départ de Poyet, M6 qui renonce à la vente, le retour des américains, la visite au Haillan en juillet, mouvement des UB87, licenciements administratifs) à faire pâlir d’envie les scénaristes de Plus Belle La Vie.

Poyet, l’homme choisi par les américains et renvoyé avant les américains…


 

• La gestion du titre de 2009, le départ de Blanc et de Chamakh

On est champion, la place des Quinconces est noire de monde. Dans l’euphorie générale, Chamakh annonce qu’il restera bien une saison de plus. Jean Louis Triaud, hilare, lance un toast géant et collectif. C’est l’extase, le bonheur, le retour du lustre d’antan. Alors, on décide de blinder les contrats, on donne les clefs du camion à Laurent Blanc, Yoann Gourcuff signe définitivement. La belle histoire continue. En janvier, les Girondins sont en tête du championnat, qualifiés en Champions League. Tout va bien. La suite, vous la connaissez. Tout le monde la connait.

Attisé par Wenger (qui nous refait le coup dix ans après Wiltord), Chamakh refuse de prolonger son contrat. Laurent Blanc vise l’Equipe de France. C’est un secret de polichinelle. Et Bordeaux laisse faire. Gourcuff descend de son petit nuage, Chalmé se met à tacler dans le vide, Abdou Traoré joue comme Abdou Traoré, Planus commence à se choper son petit bide à bière. Nous perdons les matchs avant de les jouer. Au bout du tunnel se profile une affreuse septième place et une élimination cruelle contre Lyon en quart de finale de la Ligue des Champions. C’est le début de la fin. Des lustres d’antan, nous n’aurons finalement que l’abat-jour poussiéreux et nos larmes pour pleurer.

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Contrairement à la légende, le transfert de Chamakh a bien été réglé par Arsenal


 

• Les mercatos estivaux low-cost de 2011 et 2012

Après le titre et les désillusions répétées, le calvaire est loin d’être terminé. Lors des mercatos de 2011 et 2012, Jean Louis Triaud nous fait le coup des recrues internes. Jussie qui revient (constamment) de blessure est présenté comme la recrue symbolique chaque été. Faut dire qu’avec leurs salaires de ministres saoudiens, les Jussie et Gouffran ne sont pas pressés de visiter le pays et d’aller voir ailleurs. Abdou Traoré (encore lui) doit enfin prouver sa valeur et éclabousser la Ligue 1 de son talent. Remarquez, il a tellement éclaboussé la Ligue 1 qu’il ne parvient toujours pas à retrouver un club après dix-huit mois de chômage (alors qu’il suffit de traverser la route Abdou). Le centre de formation est tellement bon qu’il nous sortira des génies comme Yambéré ou Ambrose (ça c’est fort de fuits). Le pauvre Francis Gillot se spécialise dans l’avalage de couleuvre. En deux années de mercato estival, le club recrute deux joueurs libres (Nicolas Maurice Belay et Landry Ngemo). Champagne !!!

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Image rare, Un Gillot avec le sourire


 

• L’élimination par Videoton en 2017

Le magazine FourFourTwo en avait fait un des hommes à suivre, l’entraineur français de demain. Le pauvre Jocelyn Gourvennec restera, malgré lui, l’entraineur d’une humiliation retentissante. Nous sommes au début du mois d’aout 2017. Le mercato semblait prometteur, on annonçait un avant-centre renommé, la piste de Ferland Mendy laissait augurer enfin un recrutement sur le côté gauche. Tout allait bien. Les matchs amicaux étaient globalement assez prometteurs. Même sans transfert retentissant, jouer un club hongrois de seconde zone (pléonasme) devait être une formalité. Gaétan Laborde évolue en pointe, Toulalan en défense et Costil dans les buts. Et pourtant, devant l’hilarité générale, nos Girondins vont s’incliner en livrant une prestation aussi ridicule que consternante. Six mois plus tard, Jocelyn Gourvennec sera renvoyé après avoir choisi Nicolas de Préville comme attaquant et sans avoir eu défenseur gauche. L’histoire est un éternel recommencement.

Videoton était au Top !!!


• Le record de Matchs Très Nuls en 2004-2005

Après quelques mois dans le staff, Michel Pavon prend les commandes de l’équipe fanion. Il lance les jeunes plus par défaut que par choix. Mais il le fait. On peut lui attribuer ce mérite. C’est probablement le seul point positif du passage de l’ancien capitaine girondin. Le mercato estival annonçait la couleur. Entre l’arrivée du poète Cyril Rool, un recrutement brésilien hasardeux (qui se souvient de ce bon vieux Thiago Ribeiro) ou le retour de prêt de Meriem, l’ambiance n’était guère à l’optimisme. Ce fut bien pire que nous l’imaginions. Ce fut l’apocalypse : 20 matchs nuls, très nuls, 8 petites victoires, un maintien laborieux, un jeu désastreux, un entraineur démissionnaire démis de ses fonctions. Cinq ans après son arrivée dans le football, M6 commence à regretter sa stratégie, et nous aussi.

Le foot selon Michel Pavon


L’étoile Trop Filante

• Henri Saivet, je me présente, je m’appelle Henri

Tout joueur de Football Manager connaissait Henri Saivet avant de l’avoir vu jouer. En effet, les « scouts » de FM en avaient fait une tête de gondole. Il devait être la star des Girondins mais bien plus que ça encore. En mai 2008, il joue son premier match avec les Girondins à Bollaert. Sa carrière est à peine lancée que le jeune Henri va subir trois blessures terribles (deux fractures du pied et un prêt à Angers). Mais le jeune sénégalais ne renonce pas. Il s’impose dans un rôle plus défensif, moins virevoltant. Petit à petit, il gagne sa place et il devient même un taulier de l’équipe. En 2016, il insiste pour être transférer en Angleterre pour franchir un palier. Ce palier le conduit aujourd’hui à être remplaçant à Sivasspor en Turquie. Bien joué l’artiste.


• Gabriel Obertan, le dribbleur fou

Avant de rejoindre les Girondins de Bordeaux, Gabriel Obertan a fait ses armes en région parisienne. Le gamin de Pantin s’est rapidement fait remarquer par ses dribbles et son style chaloupé. A douze ans, il rejoint le Paris FC. Il n’y restera qu’une saison. Le PSG est alors dans une démarche régionale, lassé de perdre systématiquement tous les talents franciliens. Le club d’Auteuil n’est pas encore le jouet des qataris mais le challenge est excitant pour le jeune Obertan. Il intègre l’INF Clairefontaine à ses quinze ans. Après une année de formation, il est venu le temps de choisir son club et son contrat. A la surprise générale, Gabriel Obertan choisit les Girondins de Bordeaux. Les formateurs rencontrent la famille et insistent sur l’aspect scolaire. Gabriel réussit ses débuts. Il s’impose facilement en U19. Il a même l’audace de perdre en finale de la Gambardella contre le Stade Rennais. Ricardo le lance dans le groupe pro. Chez les supporteurs, il est attendu comme le messie. Il domine tellement son sujet chez les jeunes et en réserve qu’on devine son potentiel.

Les Girondins vivaient des heures sombres et ce gamin portait en lui des espoirs déraisonnables. Ses premières minutes sur le terrain ne vont rien arranger. Gabriel est bon, virevoltant. Il se fait tellement remarqué que les recruteurs viennent d’un peu partout pour l’observer. Le garçon semble solide. Il obtient brillamment son bac L, son entourage semble fiable. Le succès lui tend les bras. Il ne le sait pas encore mais il jouera, cette année là, probablement le meilleur football de sa vie. Laurent Blanc succède à Ricardo. Il donne du temps à Obertan. Mais le jeune espoir tarde à confirmer, quand il ne se blesse pas, il confond vitesse et précipitation. Petit à petit, il sort du groupe. Au mercato hivernal en 2009, il est prêté à Lorient. Secrètement, les dirigeants bordelais espèrent que Christian Gourcuff saura exploiter son potentiel. Il n’en sera rien. Alors quand à la fin de la saison, Manchester United décide de le recruter, la surprise est générale. Les supporteurs ne comprennent pas. A-t-on laissé passer un superbe joueur ? Les plus vieux se souviennent que les Mancuniens peuvent se révéler très surprenant en matière de transfert. William Prunier peut en témoigner.

 

Obertan aura sa chance à Manchester. Il jouera même vingt-six matchs avant d’être transféré à Newcastle United puis à Wigan. A chaque fois, Gabriel connait le même problème et vit la même situation. Il étonne son coach, parvient à obtenir un peu de temps de jeu avant de se blesser sérieusement. Sa vie n’est pas un long fleuve tranquille. Aujourd’hui, il évolue au Levski Sofia. Il a vingt-neuf ans et il ne sera jamais le joueur que nous rêvions.


• Younes Kaabouni, le Camel Meriem du pauvre

Il était venu de nulle part. Ceux qui suivent régulièrement la réserve le connaissaient et en parlaient avec gourmandise. Avec son pied droit, il pouvait aussi bien déclencher une frappe que créer un décalage ou changer radicalement le jeu. Gillot, sevré de recrue, observait régulièrement la réserve. Il lui accorde une place dans le groupe. Younes finit la saison en trombe avec une sélection en équipe Espoirs (où il côtoie les Lemar, Rabiot ou Martial). Willy Sagnol lui maintiendra sa confiance. En 2014/2015, il joue douze matchs. Sa carrière est lancée. Le club souhaite le prêter au Red Star. D’étoiles, il n’en verra point. Son prêt est un échec retentissant. Il ne joue pas. Sagnol est renvoyé et Younes est rangé au placard. Depuis l’été 2017, Kaabouni est au chômage.


• Hadi Sacko, le jeune qui se croyait trop beau

Hadi est un gamin de l’Essonne. Il passe sa carrière entre Corbeil, la ville de Dassault et Evry, la ville de Manuel Valls. Ce genre de détail aurait dû nous mettre la puce à l’oreille. Mais voyez vous, le gamin a du talent. Il est rapide et sa vitesse d’exécution (les dribbles hein) attire la convoitise. Comme vous le devinez assez aisément, sinon je ne m’amuserai pas à vous en parler ici même, Hadi choisit les Girondins. En catégorie de jeune, Sacko s’amuse. Il est tellement facile qu’il se perd dans ses gris-gris, dans le superflu et parfois même dans le super flou. En 2012, il intègre le groupe professionnel. Il rentre quelques fois en fin de partie. Le jeune homme semble impressionné de jouer contre des adultes, contre des défenseurs qui n’ont pas peur de lui. Le staff ne lui accorde pas le temps de jeu qu’il désire.

Il demande alors son transfert. Le Sporting Portugal tente le pari. Mais le jeune Sacko est probablement trop pressé. Il ne joue pas. Il donne un coup de main en réserve dans l’antichambre de l’élite. Alors il part à nouveau. Il tente l’Angleterre. C’est un pays fait pour lui, enfin, il le croyait. Car il ne jouera pas non plus ou bien des bribes de matchs. A vingt-quatre ans, le jeune malien doit à nouveau faire ses valises. Il choisit Las Palmas en Espagne. Il parvient, petit à petit, à faire son trou. Jusqu’à quand ?


Le Joueur Oublié

• Victor Torres Mestre

Techniquement, Victor Torres Mestre n’est pas exactement un joueur estampillé M6. Mais en préparant cet article, en épluchant les sites internet, en écumant les effectifs, la lecture de ce nom suscita chez moi une belle émotion. J’avais oublié, malgré moi, ce défenseur espagnol. On l’avait recruté en Catalogne, dans l’autre club de Barcelone, contre trois tapas et un bon litre de rouge. Victor devait amener son expérience et sa vista. Ce ne fut ni échec ni une réussite. Notre espagnol retournera en Espagne auréolé d’un titre de champion. Il y a des histoires qui se terminent ainsi, dans la joie et l’anonymat.


• Alexei Kossogonov

Qui se souvient de ce petit Russe ? Arrivé au club en 1999, Kossogonov n’aura jamais sa chance en gironde. Il évolue en réserve et dispute quelques matchs de coupe mais rien de bien significatif. Il sera prêté à Créteil pour lui rappeler sa Sibérie natale (je ne sais pas où il est né et avouez qu’on s’en fout un peu quand même) puis à Tours. Alexeï joue officiellement comme attaquant. Je le précise car, du haut de ces trente-six ans, notre Russe a marqué vingt et un buts durant toute sa carrière, un chiffre à faire pâlir d’envie Christophe Sanchez (cherchez pas, c’est gratuit).


• Yksel Osmanovski

Osmanovski est typiquement le genre de joueur qui a profité de l’arrêt Bosman pour vivre une partie de sa carrière en dehors du pays. Yksel n’est pas une pépite ou un joyau en devenir quand il décide de quitter Malmö pour l’Italie. Après une belle saison 1997/1998, le jeune suédois attire les convoitises des clubs du calcio. L’arrêt Bosman a ouvert les frontières. Les petits clubs du Calcio tentent des coups fumeux pour rivaliser avec les cadors du championnat. Osmanovki signe à Bari puis au Torino. Il ne s’impose nulle part. Il ne joue pas. Alors, le Torino décide de nous le prêter. Sa carrière ressemble à des rendez-vous ratés. La queue entre les jambes, Yksel rentre chez lui à Malmö finir sa carrière. Au milieu de ce marasme, il parviendra à accrocher quelques sélections avec les « blagult ». Son cas illustre parfaitement la problématique du football suédois et des plus petits championnats européens d’une façon générale.


• Gerald Cid

C’est l’histoire d’un gamin du coin pas vraiment comme les autres. Gérald est de Talence (dans la Trome, jouxtant Bordeaux), comme il ne se débrouille pas trop mal avec ses pieds, il intègre les équipes de jeunes des Girondins. A vingt ans, il intègre l’équipe réserve. Les blessures répétées de Caneira et de Kodjo Afanou lui donnent une chance apparaître tout d’abord dans le groupe professionnel puis, tout naturellement, sur les pelouses de Ligue 1. Il restera dans l’ombre des titulaires. Lassé d’attendre sa chance et un contrat, Gerald part en Angleterre à Bolton. Son expérience sera de courte durée. Il revient la saison suivant à Nice où il gagne sa place de titulaire. A vingt-sept ans, le natif de Talence a gagné son pari. Vous devinez (c’est un peu le thème alors opinez du chez ou faîtes semblant) bien que c’est précisément à ce moment que l’intensité tragique va survenir. Et vous avez raison. Quelle perspicacité !!


 

Cid (avec un nom pareil, comment ne pas tenter une sortie théâtrale) décide d’arrêter sa carrière. Il n’est pas blessé, son intégrité physique n’est nullement remise en question. Non, Gerald en a marre. Le foot ne le fait plus marrer, le petit Muscat du dimanche ne le fait plus vibrer (les vrais sauront reconnaitre l’hommage que je rends au grand Jacques). « J’avais perdu la flamme de la compétition, expliquait-il quelques mois plus tard. Il y avait plein de choses qui me pesaient. Les déplacements, les mentalités, les supporters, les journalistes, la manière dont tout c’était géré. Je savais que ça n’allait pas, il fallait que j’arrête (…) Ce n’était plus ma passion ». Gerald Cid s’engage dans la formation à Lège Cap Ferret pour retrouver la passion du ballon. Son parcours méritait de s’y arrêter le temps d’un paragraphe. Bonne continuation Gérald.


Entraineur des bas-fonds

• Michel Pavon, la culture du nul

Michel Pavon est un homme du Sud-Ouest. Après avoir joué au niveau amateur au TFC (oui, on sait que c’était en Ligue 1 mais quand on joue à Toulouse, on est toujours un peu amateur), Michel va vivre une belle histoire aux Girondins. Sa collection de cartons jaunes et de tacles appuyés impressionne le public. Il devient capitaine. Faut dire que le gars était génétiquement préparé à devenir un sportif de haut niveau. Son père était footballeur, son grand-père était le père de son père et ainsi de suite. Revenons à nos moutons. Michel Pavon devient une figure emblématique du club. En 2003, quand les Girondins décident de se séparer d’Elie Baup, Jean Louis Triaud (et oui, déjà lui) doit choisir un remplaçant et un gars pas cher. Le club s’apprête à perdre un procès terrible contre Elie Baup au Prud’homme. Michel Pavon est donc le candidat naturel. Les dirigeants ne lui accordent que peu de moyens. L’ancien capitaine donne sa chance aux jeunes. Les Mavuba et Chamakh débutent réellement sous ses ordres. Mais la mayonnaise ne prend pas. Les Girondins jouent le maintien plutôt que de jouer le jeu. En 2005, Pavon jette l’éponge pour des raisons de santé. On l’aurait probablement poussé vers la sortie. Michel restera au club comme recruteur puis comme adjoint (il était réputé davantage pour ses poings que pour les points qu’il a apportés).

« Ils ne comprennent rien à la tactique bordel, ce n’est pas si compliqué pourtant » Michel Pavon


 

• Willy Sagnol, pompier pyromane

Si vous souhaitez illustrer une fausse bonne idée, je vous propose de vous arrêter, quelques instants, sur le cas de ce bon vieux Willy Sagnol. A la fin de sa brillante carrière, le latéral international a envie de se lancer comme entraîneur. On lui prête des contacts à Sainté ou à Lyon. En quête de notoriété, les Girondins de Bordeaux vont sauter sur l’occasion. Jean Louis Triaud lui donne les rennes de l’équipe au mois de mai 2014. L’histoire commence plutôt bien. Avec un effectif traficoté, Sagnol s’en sort honorablement. Mais il ne maîtrise pas du tout sa communication. Lors d’une rencontre avec des supporteurs pour Sud-Ouest, Sagnol va défrayer le chronique et franchir le mur çon (copyright du Canard) « L’avantage du joueur, je dirais typique africain : il n’est pas cher, généralement prêt au combat, on peut le qualifier de puissant sur un terrain. Mais le foot, ce n’est pas que ça, c’est aussi de la technique, de l’intelligence, de la discipline ». Nous appelons ça ici « la méthode Sagnol ». Elle est simple et efficace. Dans un premier temps, il s’agit de faire des déclarations tapageuses. Vous attendez un peu que l’agitation médiatique s’en saisisse. Une fois que c’est bien le bordel, il est venu le temps de s’offusquer du buzz, de plaider la bonne foi. Les copains viennent le défendre. Le tour est joué.


Willy qui règle le problème de l’éducation en Afrique

Si sa gestion humaine et médiatique pose question, les résultats sont plutôt acceptables. Les Girondins se qualifient pour la coupe d’Europe. L’été suivant, Sagnol dispose de moyens financiers à faire baver de jalousie le pauvre Francis Gillot. Il s’embourbe dans ces choix, et petit à petit, l’équipe non seulement perd ses matchs mais enchaîne humiliation sur humiliation. Sagnol est donc assez logiquement licencié. Relisez l’excellente académie de Claude Pèze sur le sujet. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Ça serait trop chouette. Au micro de RMC Sport, il descend le club, dénonce l’amateurisme. Il n’attaque pas seulement le club et le sportif mais il s’en prend directement aux employés administratifs qu’il accuse allègrement d’être des feignasses.


• Jean Tigana, viticulteur de formation

Jean Tigana est un historique du club. Il arrive en 1981 après trois saisons passées dans le Rhône. Il devient rapidement l’homme fort des Girondins et des Bleus. Il symbolise à merveille l’ambition des années Bez. Nous allons volontairement passer sous silence sa fin de carrière. Il est des choix qu’il convient de ne pas commenter. Entraîneur, Tigana réussira une belle carrière à Lyon, Monaco puis Fulham. En 2005, il atterrit au Besiktas. Il y vivra deux années pleines disputant le titre et la Ligue des Champions avant de démissionner. Le Jeannot ne manque pas de tempérament.

Après l’effondrement de 2010 et le départ de Laurent Blanc, Jean Louis Triaud propose à notre ancien milieu défensif de reprendre le club. Les moyens financiers sont exsangues. Gourcuff est vendu (miraculeusement), Chamakh quitte le club libre. La mission de Tigana semble bien trop compliquée. La cellule de recrutement ne manque pas d’humour. Après un très bon match contre l’Equipe de France, Fahid Ben Khalfallah devient la priorité du club. Valenciennes flaire la bonne affaire. Tigana ne parviendra jamais à mettre son empreinte sur le club. Il tente vainement de faire preuve d’autoritarisme. On prête alors à Michel Pavon un rôle pas très sympathique. L’adjoint de Tigana saperait l’autorité du coach et tenterait une alliance avec les protestataires du vestiaire. Une bagarre aurait même éclaté entre les deux entraîneurs. Après une défaite cinglante contre Chocho, Tigana jette l’éponge et retourne à ses vignes illustrant à merveille l’expression « les raisins de la colère ».


• Jocelyn Gourvennec, les larmes de Toulalan

Pas la peine d’en rajouter. L’histoire est assez fraîche. Jocelyn est inculpé pour « choix stratégique étonnant, faux et usage de faux et tentative d’escroquerie ». Il paie le positionnement de Toulalan, sa tactique délirante, trois mois sans victoire, une élimination contre Videoton et contre Granville. Il devait vraiment être un type sympathique pour que Stéphane Martin attende si longtemps avant de le licencier.


Recrue Fantomatique

• Maazou, le dribbleur fou du Niger

Après un prêt plutôt encourageant à l’AS Monaco, Moussa Maazou débarque à Bordeaux avec la mission délicate de remplacer numériquement Marouane Chamakh. Le nigérien n’y parviendra jamais. Il peine à réussir le moindre geste technique. Il marque un tout petit but en six mois. En janvier 2011, il accorde une interview à Sud-Ouest (décidément…) où il se plaint du coach qui lui « demande de jouer au football » avant d’admettre que « c’était compliqué ». Il conclut cet échange lunaire par des compliments adressés aux supporteurs : « Les gens peuvent dire ce qu’ils veulent. S’ils sont déçus, c’est leur problème, je m’en bats les couilles. Moi, je suis tranquille, j’ai mon contrat à Moscou. Je préférerais rester à Bordeaux, mais si ça ne marche pas, je rentre, pas de problème. La saison prochaine, eux ( Le CSKA Moscou), ils joueront la Ligue des champions. » Il faut reconnaître que le jeune homme (il était toujours jeune vu que nous ne connaissons pas exactement sa date de naissance) est audacieux. Après ses prestations faméliques, il fallait oser entrer dans le lard des supporteurs. Il arriva alors ce qu’il devait arriver. Le prêt est rompu, Chamakh ne sera pas remplacé (il ne l’est toujours pas d’ailleurs) et Maazou repart en Russie.

Bravo Moussa


• Fahid Benkeskifoulà, le Ben Arfa tunisien

C’est l’histoire d’une erreur de casting. Fahid n’est pas un mauvais bougre mais il n’avait certainement pas les épaules pour s’imposer dans un club comme les Girondins. Ben Khafallah a connu toutes les villes qui font rêver les footballeurs. Il commence sa carrière à Amiens, s’exile en Mayenne à Laval avant de trouver refuge à Angers. Après avoir envisagé de devenir un salarié du guide du routard, Fahid trouve un contrat à Valenciennes. Il y réalise la saison de sa carrière. Il s’impose en équipe de Tunisie et devient un titulaire indiscutable au stade Nungesser. On ne saura jamais si cette progression est uniquement dû à son instinct de survie et à sa volonté de fuir le plus rapidement possible la ville de Jacques Glassman. Toujours est-il que sa saison est une réussite. En juin 2010, Fahid affronte une équipe de France moribonde à Tunis. Il mettra le feu à une défense apathique. Les recruteurs girondins devaient probablement regarder le match. On le désigne comme le successeur à Yoann Gourcuff. Valenciennes nous arnaque et le tour est joué. Dans le fond, sa carrière ressemble un peu à celle de Yoann Gourcuff. Il aura sa chanson au stade, ses gestes techniques feront réagir tout le stade… et tout le monde sera bien content quand il décidera d’exprimer son talent ailleurs.


• Paolo Miranda, le milieu du milieu

Paolo Miranda débarque en Gironde à vingt-sept ans. Le Brésilien était un des éléments clefs de l’Atletico Paranaense. En juin 2001, Le transfert est acté contre 2 Millions d’euros. Elie Baup remarquera très rapidement les défauts du brésilien. Il faut bien avouer que même un aveugle aurait pu les voir. Miranda est lent, gras, son positionnement est aléatoire. Il n’est pas rare de le voir marcher tranquillement. Son transfert reste un succès pour la restauration girondine. Le joueur aime la bouffe. Il écume les restaurants, prend la pause avec le chef. Pendant trois ans, Paolo fréquente tous les estaminets, toutes les bonnes tables de la région. Sa fin de carrière est pathétique. Il tente des régimes pour perdre du poids, son agent lui fait faire le tour des télé crochets les plus ridicules les uns que les autres. Son fait de gloire ? Il aura battu à plat de couture des champions du monde de 1958. Même gras, il reste plus rapide qu’un septuagénaire. On se console comme on peut…

Allégorie de la carrière de Miranda aux Girondins


• Deivid sérial rateur

On ne parle pas d’un mauvais joueur. Deivid a réussi partout où il est passé. Son sens du but attire les recruteurs des plus grands clubs brésiliens. Il choisit Santos qui lui offre de meilleures garanties de temps de jeu. En deux saisons, il dispute l’équivalent de cent trente matchs. Son efficacité devant les buts laisse augurer une carrière « en Europe » et sous le maillot national. Avant de franchir cette étape, en 2002, Deivid de Souza s’engage avec le Cruzeiro. Il joue encore une centaine de matchs en dix-huit mois. Les cadences sont folles. Les clubs tirent sur la corde, ils savent que le joueur ne restera pas. Il faut l’exposer, le montrer, le faire réussir pour mieux le vendre. C’est tout simplement du bizness. Les Girondins vont poser sur la table 4,5 millions d’Euros. C’est une belle somme pour l’époque. Mais au vu du pedigree du jeune homme, l’affaire semble plutôt avantageuse.

Mais Deivid n’était jamais sorti de son pays. Ce n’est pas si simple de se retrouver du jour au lendemain confronter à une nouvelle langue, à une nouvelle culture. Deivid perd son football. Les dirigeants bordelais et le staff ne font rien pour faciliter son intégration. Après une saison laborieuse, Deivid repart au Brésil. C’est un échec cuisant. Santos le récupère contre une bouchée de pain (c’est une formule, on ne veut pas se mettre mal avec le lobby des boulangers). Il retrouvera la forme au Brésil. Il fera le bonheur par la suite du Sporting et de Fenerbahçe. L’histoire aurait pu ou aurait dû mieux se terminer avec les Girondins. Mais au vu des attentes et du profil du joueur, Deivid restera une des grandes déceptions des mercatos bordelais.


• Edixon Perea, narco buteur

Le raccourci est un peu facile. Nous le savons bien. Le football colombien a toujours flirté avec l’argent des narcotrafiquants. Le pauvre Edixon n’a rien à voir avec ces petites magouilles. D’ailleurs Edixon n’a rien à voir avec grand-chose. Après avoir cartonné au pays, en juillet 2005, Perea est recruté contre un gros billet (1,5 Millions d’Euros) par les Girondins. Il y sera fantomatique, et encore, c’est peu dire. Ses performances restent même dans les annales (ça marche aussi avec un seul n). Mais il garde la confiance du sélectionneur. Après une brillante Copa America 2007, les Bordelais parviennent à s’en séparer. Gremio aligne près de 800 000 euros. La suite de sa carrière est assez pathétique. Il passe par la Chine, le Mexique ou la Hongrie. Il ne joue pas souvent, il ne marque jamais. Pourtant, je dois vous le confesser… J’étais heureux le jour de sa signature. J’y croyais très fort….

Ont été également nommé dans cette catégorie : Ilori, Christian, Pochetinno, Préville


En Conclusion

Pour les Notes de ce Bordeaux-Caen de folie, je vous laisse mon tweet légèrement désabusé. Ce n’est pas la peine d’insister.

Nous reviendrons aussi sur les belles heures de M6 avec des « awards de lumière ». Il nous semblait plus opportun pour le moment d’envisager le côté comiquo tragique de la gestion de M6. En attendant la prochaine Scapulaire Académie, prenez le temps de vous perdre sur horsjeu.net. Venez à l’occasion tailler le bout de gras sur twitter et surtout venez voter (et faîtes voter) pour les « M6 Tragique Awards ». Nous vous invitons également à consulter le profil de Scipion qui nous réserve des petites surprises régulièrement. Essayez celle-ci….


Analement votre.

Kiki Musampala

Élevé en fûts de chêne et mis en bouteille au château .Exilé à Charlestown. Voisin de Rimbaud et de Francis Maroto.

7 Comments

  1. supers ta jolie façon de décrire le calvaire vécu avec ces joueurs, mais un joueur reste un petit responsable alors moi je vote pour le choix horrible de garder Gourveneck après Vidéoton, et de l’avoir fait signer 3 ou 4 ans en plus, cherchez le déficit, vous l’avez avec Baup et J.gourveneck le sympa très limité mais beaucoup d’ami dans ce milieu, ce qui lui vaut des bravo chaque année pour sa gestion de son équipe. je fais le pari qu’il sera encore nominé pour l’oscar des meilleurs entraineurs de France pour terminer à la 15 e place avec Guingamp, de quoi faire pâlir d’envie Gilllot, un vrai entraineur.

  2. Que de souvenirs …
    J’en souri à chaque fois que j’y pense aujourd’hui !!

    Je me souviens aussi des centres et du marquage aléatoire de Bruno Basto, venant de D2 portugaise de mémoire …

    J’ai des regrets aussi pour Deivid, un vrai 9 qui ne s’est pas adapté chez nous, surement parti trop tôt

    Enfin, c’était bien marrant tout ça, la dédicace Christophe Sanchez est savoureuse !!

  3. Magnifique travail, mon cher Kiki! Cela a ravivé plein de souvenirs, vivement les bons moments que je puisse ranger mes antidépresseurs. Je voudrais dire aussi que j’ai vu en vrai un but de Sanchez à Nancy. Je me sens comme un privilégié.

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