L’Ardwen se souvient des belles heures.

Quoi de mieux qu’un bon souvenir pour se tenir chaud un lundi 2 décembre ?

Je vais vous parler d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître (quasi pas en fait). D’une époque proche et lointaine, en tout cas pour votre serviteur dans la moitié descendante de sa trentaine. On retourne au tout début du millénaire, en 2000, le 2 décembre 2000 plus exactement, pour un match qui a fait date dans la légende du CSSA. Ce genre de match qui nous tiendra encore chaud dans cinquante ans quand on se racontera nos souvenirs de supporters en tapant une belote autour d’un Viandox en gélule /
«_ Tu t’souviens ? Eul’défenseur il avait un catogan et un nom à rallonge…
_ Francis Lalane ?
_ T’es con ! Non il s’était fait humilier par Mionnet ! Raba… Rabi…
_ Pierre Rabhi ?
_ Oh ta gueule… Rabé… sandratana ! Rabésandratana c’est ça !
_ Mais oui! Qu’est ce qu’il avait pris ! J’étais au Stade ce soir là
_ La chance ! Moi j’avais suivi à la radio, c’était dingue ! 
_ Quelle époque… Passe-moi le bassin steuplé, le chili lyophilisé de ce midi réclame sa liberté.»

Rétrospectivement, à bien des points de vue (ou peut-être est-ce simplement ma vision des choses), cette période est une période bénie. On est dans le dernier moment d’insouciance avant la merditude généralisée. Le World Trade Center bande encore pour quelque mois, El Nino n’est alors qu’un phénomène lointain (et un groupe de Néo Métal tout pourri). On s’enjaille avec le poney blanc de Deftones et l’infirmière de Blink 182 en buvant du Malibu Orange, on est ému aux larmes par la performance oscarisable de Shannon Elisabeth dans American Pie, on pogote sur la team Nowhere, Daria Morgendorffer nous apporte la petite dose de cynisme qui rend cool… Bref, l’instabilité du monde et la fin de l’humanité sont encore des nuages trop lointains pour nous saper le moral.

Footballistiquement c’est pareil, les Bleus marchent sur tout le monde, Tonton recrute Henry, Ljunberg, Pirès,… on voit jouer Zidane le mercredi sans payer douze abonnements et Sedan est dans la deuxième meilleure période de son histoire (derrière les glorieuses années Dugauguez) et pose son insolence sur le podium de la première division. Et pourtant ça partait de loin !

Durant l’été 97, le président Urano doit se porter garant devant la DNCG pour pouvoir démarrer la saison 97-98. Sedan est en National, ils doivent s’entraîner sur les terrains de district des patelins alentours, le stade Albeau élève la vétusté au rang d’art (tout ceux qui l’on connu ont conscience qu’il était pourri mais tous le regrettent). Mais un sorcier à la longue chevelure ondulée prend les rennes de l’équipe. Bruno Metsu construit un groupe de crèves la faim récupérés dans les réserves des clubs pros ou pire (Olivier Quint était à Epernay bordel!). On a eu les footballeurs ouvriers sous M’sieur Dugauguez, là, certains les appellent les footballeurs chômeurs, perso je ne suis pas fan du terme mais il a le mérite de porter l’idée que Sedan était probablement leur dernière chance de percer en pro. On parle d’Olivier Quint, de Luis Satorra, de Cédric Elzéard, de Cédric Mionnet, de Nicolas Sachy, d’Aliou Cissé, de Pierre Deblock,…

Et cette bande de furieux va enchaîner deux montées successives, une finale de coupe de France (Garibian OUH!) et va filer des suées à tous les cadors de première division. J’ai eu la chance d’aller régulièrement au stade à cette période, c’était dingue, bouillant. Albeau était un coupe-gorge avec ses pourtours et Dugau a rapidement mérité son surnom de « petit Bollaert ». Selon moi (et c’est peut-être une nouvelle fois une vision biaisée par mon vécu) c’est le souvenir de cette période qui tient le club encore debout aujourd’hui, les personnes qui ont connu ce temps et qui vont toujours au stade aujourd’hui et qui font qu’il a encore une valeur potentielle pour des financeurs.

Pour cette saison 2000-2001, Alex Dupont, vainqueur de la Coupe de la Ligue avec Gueugnon face au même PSG, a remplacé Patrick Rémy qui avait remplacé le grand Bruno Metsu (merci!). Le groupe s’est étoffé intelligemment, Diao et N’Diaye de Monaco, Tony Brogno, meilleur buteur du championnat belge,… Les historiques sont toujours là et sont les idoles de tout un territoire. On s’amusait à guetter les Smart aux couleurs du club avec leurs noms et numéros filées par le président après la finale de 99, coup de pub magistral.

Et nous voici donc en cette soirée du 2 décembre 2000 pour la 19e journée du championnat. Sedan, toujours dans sa folle dynamique entamée trois ans plus tôt, est 3e et c’est un moindre mal puis qu’il vient d’enchaîner deux nuls plus que frustrants, Ramé a sorti un match de mammouth à Dugau pour préserver le 0-0 et Sedan menait 2-0 à Gerland avant de se faire rejoindre par le futur tube des 2000’s. Le PSG lui, et ça risque de surprendre @IcardiAuteuil93 et @NeymarImPregnant75, est en proie à sa traditionnelle crise de fin d’année, une coutume pré-Qatar. Les étrangers ne respectent rien. Dans la semaine le président Laurent Perpère a réaffirmé son soutien au coach Philippe Bergeroo. Comme d’hab’ quand ce genre de soutien sort, c’est la corde qui soutient le pendu. Paris est alors 9e. Néanmoins c’est le vice-champion en presque titre qui se déplace à Dugau.

Ça fait du bien et du mal en même temps.

Dugauguez n’est alors pas complètement terminé, il manque une tribune derrière le but et on aperçoit Albeau. C’est un U comme la Défense Arena de Nanterre mais sans le toit, sans l’écran géant et sans les Valeurs de Jacky Lorenzetti… C’est vachement mieux du coup. Le temps est cradingue comme on l’aime, froid et humide, il a plu toute la semaine et on a dû bâcher pour pouvoir espérer jouer. La pelouse est proprement dégueulasse. Les tribunes sont pleines à craquer, les kops derrière le but font un boucan d’enfer, les fumis sont de sortie. Tout est prêt pour un grand moment et ça va l’être.


Les compos :

Offertes par notre partenaire TPS Foot (Raymond la science consultant, ça pique).

Shwing !
Prenez le temps de préparer psychologiquement les plus jeunes avant de leur montrer cette compo.


Eul’ Match

Bah ça part plus vite que mon émotion devant la prestation sus-mentionnée de Shannon Elisabeth ! Deux minutes de jeu, Mionnet reprend un centre de Quint venu de la gauche, il frappe sur Letizi mais le ballon atterri dans les pieds de Pius N’Diefi qui marque. 1-0.

Le premier quart-d’heure est un calvaire pour le PSG. La force du Sedan de cette période c’est l’engagement, un pressing agressif et un jeu direct tout à fond en espérant que le physique tienne les 90 minutes. C’est une 205 rallye en fait. Les adversaires ont beau être prévenus ça surprend toujours quand, à peine le ballon récupéré, tu as des clébards qui te sautent dans les pattes la bave aux lèvres. Et une équipe dans le doute c’est du pain béni pour ce genre de jeu. D’autant que Fred Dehu, la version beta-test de Clément Lenglet, doit sortir au bout de 12 minutes. La défense parisienne va vivre un enfer. À Droite, Okpara va subir le blitz de Quint tout le match (c’est le point Godwin), Letizi repousse l’échéance plusieurs fois.

Au bout d’un quart-d’heure, le pressing de Sedan se fait plus lâche et la défense parisienne remonte un peu. Le match s’équilibre. Le PSG voit ses premières occases timides tranquillement repoussées même si à la 25e Jean Louis Montero donne son corps pour le club. Après une belle parade de Sachy devant Rabesandratana, le ballon échoue dans les pieds de Ducroq (aucun ballon ne va jamais volontairement dans les pieds de Pierre Ducroq) il frappe mais Montero se jette et sauve la mise.

On sent les parisiens tendus mais présents, le rythme se tasse un peu et il faudra un coup d’éclat de Laurent Robert, le meilleur parisien ce soir, pour égaliser. 44e il sur la droite de la surface il envoie le crochet-frappe du gauche popularisé depuis par Robben, Sachy repousse tant bien que mal, ça cafouille, les défenseurs sedanais se trouent mustafiquement et Robert, qui a poursuivi son action, surgit et catapulte le ballon au fond. 1-1. Mi-temps.

Les Parisiens reviennent bien avec notamment une bonne frappe de Christian. C’est le moment où Pius N’Diefi, l’homme sans cou, le cube, va décider de faire parler sa magie. 48e, Il récupère le ballon à droite aux 40 mètres, après une première touche un peu longue, il évite le tacle de Peter Luccin et balance une lourde stratosphérique dans la lulu de Letizi. 2-1. Un but magistral qui fait sauter Dugau comme un bouchon. Et le cochon triple la mise deux minutes plus tard, en deux temps. 50e 3-1. N’Diefi devient officiellement une légende du CSSA.

La défense parisienne de ce soir semble incapable de trouver son cul avec une carte, ils sont perdus, dépassés. En atteste le quatrième but de Moussa N’Diaye tellement seul dans la surface après sa tête repoussée par Letizi qu’il a eu le temps de prendre des nouvelles de sa famille au pays, de faire ses courses de Noël et de regarder la poignante scène de la webcam avec Shannon Elisabeth (quelle actrice !) avant de pousser le ballon au fond. 72e 4-1. C’est de la folie dans les tribunes.

Toutefois, avant de parachever ce récit avec le chef d’œuvre de Mionnet. J’aimerais tordre le cou à la théorie qui dit que les joueurs parisiens s’étaient déplacés avec l’idée de faire un non match pour faire virer Droopy Bergeroo. Ce qui diminuerait la perf de Sedan. Pour écrire ce papier, j’ai revu le match deux fois, c’était certes un petit Paris ce soir là, une équipe dans le doute mais pas une équipe qui avait lâché l’affaire. Il a fallu attendre vraiment ce quatrième but pour vraiment ressentir un renoncement. Avant ça, sans être géniaux évidemment, ils ont essayé, vraiment, de revenir, même après les deux buts en deux minutes de Pius. Sachy a dû s’employer plusieurs fois. Comme toujours il y a toujours une multitude de facteurs à mobiliser pour expliquer un phénomène comme la faillite parisienne ce soir là, la blessure de Dehu, l’arbitrage franchement moyen (Fretard doit par exemple prendre un rouge après avoir manqué de péter le tibia de Dalmat), une défense en mousse mais aussi et surtout la grinta sedanaise, ce pressing incessant, ce jeu direct qui t’appuie sur la tête quand tu commences à te noyer. Les deux débuts de mi-temps sont flagrants. Sedan a battu le PSG proprement, par son jeu. On a gagné plutôt qu’ils ont perdu. ON LES A FARCIS COMME UNE PUTAIN DE DINDE DE NOËL !!!

Maintenant retour au match, il faut finir le boulot, et Mionnet va s’en charger avec le sang froid d’un tueur à gage et la violence d’une fatalité de Mortal Kombat. 90e minute, le stade n’en peut plus de chanter, le chouchou du public reçoit un excellent centre à terre de Moussa N’Diaye et là, le temps s’arrête. Il crochète, que dis-je il crochète, il disloque, mé-tho-di-que-ment, Letizi puis Rabesandratana et envoie le ballon au fond d’un plat du pied dans un angle fermé malgré la tentative de main désespérée du défenseur et le retour du gardien. Le dernier but qui m’a laissé une telle impression d’insolence froide c’est Özil contre Krasnodar. Le Stade explose littéralement, un bruit indescriptible, quel but et quel match ! 5-1 contre le PSG, la capitale, pour un club comme Sedan et un territoire comme les Ardennes, c’est au-delà du foot. Chaque club a ses matchs de légende, celui-ci trône en bonne place dans toutes les mémoires ardennaises.


Les notes

Sachy (4/5)
Bon match du flambeur, lui et son jogging dans les chaussettes ont assurés chaque fois que le PSG a été dangereux, même sur le but encaissé.

Montero (4/5)
Jean Louis la Castagne a assuré des montées rageuses et une défense solide. Gros match.

Elzéard (3+/5)
Mon chouchou, tu crois toujours qu’il n’aura pas le niveau, il finit toujours par mettre la concurrence sur le banc. La grinta c’est lui.

Satorra et Capron (3/5)
Sans être mauvais le moins du monde, la petite défense saucisse sur le but est quand même moyen bof, mais le reste du temps, solide.

Fretard (3/5)
Efficace au pressing sans être génial, bon match du milieu.

Diao (4/5)
Quelle chance on a eu de le voir jouer, solide, serein, juste. Un grand artisan de la victoire de ce soir.

N’Diaye (2/5 puis 4+/5)
Un match à l’image de son passage à Sedan, à côté, brouillon en première mi-temps, intenable et monstrueux en deuxième. Aujourd’hui on dit Sosa Maluvunu.

Quint (3+/5)
Il a fait de Godwin Okpara sa chose, mais les autres ont été tellement étincelant qu’il a paru paradoxalement discret. Gros match néanmoins.

Mionnet (4/5)
Il a beaucoup pesé, pressé, tenté avant de faire une passe décisive et de mettre le but du match. Rabesandratana crie encore son nom dans son sommeil.

N’Diefi (5/5)
What else ?


PS : Le match complet est sur youtube ! Merci à celui qui l’y a mis, sans quoi je n’aurais jamais pu faire cette académie.

Mustafi Dahleb

Un commentaire

  1. LE match… J’en ai les poils encore en lisant l’académie. Quelle période bénie, que j’aimais arpenter les pourtours avec les places scolaires à 2 Frcs (oui francs).
    J’ai pourtant mauvaise mémoire, mais je me rappelle sans aucun problème la découverte du score ce soir là (j’étais à Bruxelles en week-end)…

    Sinon, bravo pour l’académie encore une fois. Pas un mot sur la 13eme victoire avec cleansheet enn13 matches ?

    Allez Sedan !

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