Michel, c’est le Brésil

C’est Michel

C’est Michel

C’est le roi de tous les ouragans du ciel

C’est l’été 2017. Il fait chaud, il fait beau, je suis amoureux. Je crois que je suis un peu heureux, aussi. C’est l’été 2017 et on me fait croire que ça va bien se passer, finalement. Que ce n’est pas ça, la vie. Que, contrairement à ce que chante Mylène, tout n’est pas cahots, tout n’est pas à-côtés. Génération désargentée, si. Je compte mes sous pour péniblement payer une demi-tournée. Ne croyez pas que je ne suis pas soul, c’est tout l’inverse, j’ai des amis en or massif. C’est l’été 2017 et je tiens la main de cette fille qui ne la lâche pas. C’est une saison qu’on ne reverra jamais.

C’est l’hiver 2017. Frédéric Hantz a failli et Jean-Louis Gasset, l’un des nombreux chats de Montpellier, arrive pour éteindre le feu et compter les arbres brûlés. Sous les cendres, on entend un cri : « C’est Michel, c’est Michel, c’est le démon de la danse qui l’appelle. »

C’est l’été 2017 et j’ai mal aux yeux. Je ne sais pas trop si c’est à cause du soleil qui tape ou de la couleur de la chemise de Michel. C’est l’été 2017 et Loulou rend son dernier souffle, prend son cheval et remonte la montagne des dieux. La Paillade pleure, la Paillade saigne. Laurent prend la suite du père, en réglant son pas.

C’est Michel, c’est l’homme aux chemises en kaléidoscope. Et c’est le Brésil. Enfin, le Brésil du Clapas : la Camargue. Michel, il danse la samba et il va de ville en ville pour mettre des velux aux rêves montpelliérains. Pour que s’entraperçoivent les étoiles jadis côtoyées. Dixièmes, sixièmes puis deux fois huitièmes. On pourrait bien se moquer en regardant la moue satisfaite des fanas pailladins. Et on aurait tort. Michel nous a aimés de sa patte de velours, nous a choyés, bercés dans un ventre mou délicieux, chaleureux d’espoirs et sain de certitudes. Pas trop de rêves fous, pas trop de désillusions assassines. Le pas fou pas cong, dirait mon grand-père.

C’est Michel, c’est l’homme qui marche vers la sortie. Laurent en a eu marre de se cogner la cabèche sur le velux et, plutôt que de l’ouvrir, l’a bouché pour descendre passer par le perron. Il ne veut plus juste le voir, le ciel, il veut le toucher. Laurent a pris le pragmatisme de son père et l’a peint avec des paillettes de Ricard pour que ça sente les plantes et que ça enivre. Il lui faudra du temps pour revenir sur terre. On ne lui en veut pas, Michel non plus. C’est comme un couple qui se regarde sans se voir parce que le quotidien a repeint le salon en taupe. Qu’est-ce que c’est comme couleur, le taupe ? C’est la mort en papier peint. Laurent ne veut pas que la Paillade meure, il a peur que disparaisse l’édifice, alors il casse lui-même et repart à la forge.

Michel, mon Michel, mon Zak, ma calebasse en acier trempé, mon hoplite féroce. Quelle guerre ne ferais-je pas à tes côtés ? Quelle bataille le peuple pailladin te refuserait ? Souffle ta morgue stoïque, balaie donc ces balbuzards anophtalmes qui chantaient que le Michel est froid et sans poésie. Triste, mon Michel ? Mais c’est la joie de vivre à l’état absolu, la vengeance guillerette que chante le rhapsode pour les bas-du-cul. Qui se lasse de Michel ? Qui dit qu’il n’est plus celui qui nous fait nous lever pour crier PAILLADE Ô PAILLADE ? Laurent, qu’as-tu fait ? Qui vient à sa suite ? Qui arrive ? Un Alésien ? Un Nantais rosé ? Un autre Alésien ? Mais nous, c’est Michel qui bat sous le palpitant.

Allez, cessons ces entrechats de suppliciés, acceptons. C’est Michel qui s’en va, le Brésil sur son dos, le velux en bandoulière, la samba dans les souliers. La chemise est froissée, les couleurs sont passées, et il s’en va sans se retourner. Il n’est pas comme ça, Michel. Il ne regrette pas. Il part avec un petit sourire, celui d’avoir fait la nique à la Trumpette ligérienne, de lui avoir foutu son pare-choc de 2CV dans la gueule. Mais, derrière le sourire, il y a des larmes. Oh, pas les siennes, Michel ne pleure pas, il ne manquerait plus que ça. L’extrait lacrymal vient de La Mosson. On entre dans une période de pluies.

Merci Michel, tout simplement. Pour sûr que ta stabilité commode sera retenue, mais je peux te dire que j’ai crié, que j’ai rêvé à mieux, que j’ai oublié les moins bien grâce à toi. Merci d’avoir été là, d’avoir placé ton corps de rocaille dans les fissures, d’avoir porté de ta force gigantesque la bâtisse. Pailladin à jamais tu étais, pailladin sans révocation tu resteras.

C’est le printemps 2021. Il fait presque chaud, il fait presque beau, je n’ai que peu de goût pour la vie qui m’entoure. C’est le printemps 2021, aux portes d’un été qu’on veut de nouveau normal. Je ne sais plus si je rêverais encore, mais j’en rêve encore, d’aimer, de m’enflammer, de trouver dans les excès autre chose qu’une porte de sortie cathartique et éphémère, de comprendre que la vie reprend, vole mais surtout donne. C’est le printemps 2021 et Michel est parti. Peut-être reviendra t-il un jour ? En tout cas, on te le souhaite.

Michel, c’est le Brésil, il danse la samba. Il va de ville en ville, pour vendre des velux qui donnent sur rêves.

Isse missa est. Et viva El Zakarian.



marcelin

Qui ne saute pas est un Nîmois.

9 commentaires

  1. Le Miche !! Moi aussi je l’aimais bien cet homme droit et sans faux-semblant. Je lui souhaite de poursuivre une belle carrière dans un club qui l’aimera autant que vous, Marcelin.

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