Paris SGEL / Les gens du Nord – La Porte de Saint-Ouen Académie se noie dans la nostalgie

Rosebud

Salut à toi, l’académicien frustré,

C’est aujourd’hui, en pleine tourmente émotionnelle, que j’ai décidé de faire mon « venir dehors » footballistique. Voilà, j’avoue, j’en ai rien à branler du PSG. La Ligue des champions, Cavanul, le Parc, les Arabes pétés de thune, le 4-3-3 de Laurent Blanc… Rien à cirer que j’vous dis. Cette acad’ à deux sous, j’l’ai prise par défaut, parce que personne n’en voulait, mais surtout, parce qu’y avait plus de place chez Jules Rimet. Académiser le Red Star, putain, mais quel pied ç’aurait été, quoi ! Jouer les Porthos Molise, narrer les exploits de Captain Allegro, les chants du kop vert et blanc, les folles enjambées de Cédric Sabin, le tarif étudiant, le coaching foireux de Doukantié, la cité Étienne-Dolet derrière les buts, les grosses mines d’Oudrhiri, les ovations pour notre Coréen national, la reprise pseudo-punk de You’ll never walk alone… Te raconter surtout les baguettes-saucisses d’antan, les effluves de teuchi… Et les vrais picon-bières qui nous coupaient la soif quand venait la mi-temps… Et quelques matches gagnants…

Ces souvenirs, ces moments, ces sensations, ces petites choses comme autant de madeleines de Proust, c’était mon Red Star, mon Bauer… Mon football. Et l’autre soir, en repensant à mes escapades audoniennes, devant le mâche de PSG, tout m’est apparu si fade, si vide de sens, si peu vivant, que je me suis pris à m’éloigner de mon streaming dégueulasse, à naviguer sur l’océan de la mélancolie, à la recherche du temps retrouvé…

Bref, je me suis salement endormi.

Pourtant, je voyais clair. Le match ne s’était pas arrêté. La balle circulait toujours sur le carré vert. Seulement, ce n’était plus le même match. La pelouse impeccable était devenue un synthétique digne d’un city-stade de banlieue. Auteuil se dégarnissait le long de la rue du Docteur-Bauer, Boulogne prenait la forme d’un HLM en escalier, du côté des Puces. Sur les gradins d’un béton sans âge, les sièges disparaissaient, les spectateurs se levaient, la chaleur montait jusque sous la toiture de tôle. Derrière les poteaux de soutènement, le ballon vagabondait sous les projecteurs d’un autre temps, au goût d’entraînement de minimes du jeudi soir. Tout près des grilles, à portée de main, les silhouettes vertes et blanches allaient et venaient sur le terrain. Au loin, on distinguait Montmartre et sa pierre rose sous les derniers rayons du soleil. La ville lumière, toute proche, et pourtant si loin…

Je ne suis plus à Saint-Cloud, envahi par l’odeur nauséabonde du fric oléifère, mais j’erre dans les passages sombres du 9-3, à l’ombre des ponts ferroviaires, le long des devantures de bistrots et de kebabs décrépis, derrière les portails des Puces. Les noms s’égrènent : porte de Clignancourt, rue des Rosiers, l’Olympic, le marché Malik – cher à B2O -, le Calife – escale des estomacs dans les talons -, l’avenue Michelet… Elle est là, avec moi, prend ma main en sirotant son Tropico, cette pisse de perroquet qu’on ne peut manger qu’avec une galette sauce blanche-tomates-oignons. La foule grandit à l’approche de l’enceinte centenaire. Sur le parvis, triste plage de graviers, elle m’embrasse. Les clameurs se font déjà entendre, au-dessus des guichets minuscules. La cohue est formidable à la fouille. Je la suis du regard. On s’engouffre dans le couloir obscur, foulant au pied l’étoile rouge patinée par mille et un passages hebdomadaires. Tout le monde est là : Flûteman et son instrument de torture auditive, les enfants dans leur enclos à l’écart, les Red Star Fans et leurs banderoles, le second entraîneur qui beugle ses consignes à la volée et chante tous les refrains à contre-temps (« Nous sommes du 9-3 et on va vous niquer », sa spéciale)… Il m’avait abordé à l’Olympic, une fois que j’étais trop en avance et que j’éclusais mes premières bières. Il m’avait demandé d’où je venais, tout sourire… Je suis pas foutu de me rappeler son nom…

Sur le terrain, c’était plus les Bleus-violets. Disparus les Layvin, les Thiago, les Julian. Bonjour les Kévin, les Pierrick, les Farid. Les contrôles se font plus approximatifs, les courses plus fatigantes, les passes plus hasardeuses. Le suspense n’en est que plus grand, les actions plus incertaines, les buts plus beaux quand il s’agit de les fêter. Je la prends dans mes bras, je la fais bondir sur les marches de béton, je l’embrasse de joie. Nous sautons ensemble, le terrain est envahi. La liesse s’empare de ce petit bout de banlieue lorsque les filets tremblent.

Mais faut bien se réveiller. Je ne suis pas à Bauer, mais devant mon streaming. PSG a gagné. Elle est partie. Le Red Star aussi.

 


LE SOVIET DU 9-3 QUE Ç’AURAIT ÉTÉ STYLÉ QUE PADLS EN FASSE DES VIGNETTES


 

Jean-Alphonse Bouet (1/5) : Les relances au pied c’est toujours pas ça, décidément. Si papy était encore là, il vous dirait que du temps de Christian Laudu, ce serait jamais arrivé. Heureusement pour nous, le vieux est aujourd’hui enterré avec Roger Lemerre au cimetière de Pantin, sur sa tombe on a mis deux bandes blanches, c’est super. Sa bagnole crève doucement, tout au fond du jardin d’un pavillon de banlieue, près de la ligne de chemin de fer.

Serge Kébé (3/5) : Il nous a collé quelques-uns de ses habituels air-contrôles en touche, mais il a fait le taf en seconde période, et il est à l’origine du but de la discorde.

Thiago Allegro (4/5) : Le capitaine Courage y est encore allé de ses interventions de patron et de ses anticipations fulgurantes. Quel bonhomme. Les années passent sur lui comme un pet sur du verglas.

Presnel Marlet (3/5) : Je trouvais pas de défenseurs centraux noirs au Red Star, alors j’ai pris un gros nom qui fait bander les partisans du « Haddad Docks Champions project ».

Maxwell Hergault (2/5) : Boh, il a pas été transcendant pour une fois, papy.

Thiago Mokhadjouf (3/5) : Quelle élégance ! Quelle nonchalance ! Quelle vista ! Quel calme ! Et il peut enfin assumer son amour du PSG à pleins poumons !

Blaise Fardin (3/5) : Ludo, Blaisou, ils étaient là bien avant Break Street ; sans limite, comme dans GTA, représente la banlieue comme un grec-frites.

Angel « Pépito » Castro (4/5) : Vous vous souvenez ? C’était le petit Argentin qui nous arrivait de Bordeaux et qui nous vendait du rêve parce qu’il était argentin. Mais là, on est un ton au-dessus quand même. [ALERTE CLICHÉ RACISTE DU FOOTBALL] Pour les dribbles, y a pas à dire, y a vraiment que les latinos de bidonvilles sud-américains.

Hatem Benziouen (3/5) : Le lutin kabyle d’Aubervilliers a pas mal tenté, a percuté, a frappé, mais n’a pas été payé. [ALERTE BLAGUE RACISTE] Un beau p’tit but, il l’aurait pas volé.

Julian Laborde (3/5) : Ah, ce retourné acrobatique contre Orléans… Difficile de faire mieux, mais il s’est pas trop mal démerdé non plus. Des renversements de jeu, des ouvertures, des transversales au millimètre… Quel quatuor, mes amis ! Quel quatuor !

Jean-Jacques Cavanichi (555555/5) : Alors, tout le monde dit qu’il est nul, qu’il est lourdaud, qu’il en touche pas une, que c’est une grosse saucisse, qu’il est dégueu avec son bandeau dans les cheveux… N’empêche, quand il faut marquer un but du bide pour se maintenir contre le club d’une obscure cité méridionale connue du grand public pour son tunnel éponyme dans les Alpes, et ben on est bien content de l’avoir. International corse, ne l’oublions pas.

 

Merci à Sébastien Unai Robert, le gros David Moyes du 9-3, qui n’avait pas besoin de s’appeler Sanchez ou Alvarez pour gagner des titres. À jamais dans mon coeur, tout comme toi, ma belle étoile.

 

 

Cordianalement,

Votre académicien à l’étoile rouge,

Georges Trottais

Georges Trottais

L’homme le plus (lutte des) classe(s) du monde.

4 commentaires

  1. Comment il césu l’autre !? Tu cause pour tchi, y a qu’un moyen d’y entrer à la neuf trois académie: lâche un chèque narvalo, ou belek.

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