Ajuster Samir

Faut-il s’attendre à voir défiler toute la génération 87 ?

Repentance et réconciliation, c’est dans ce petit livre de la fin du siècle dernier que Philippe Moreau Defarges nous engage à penser les relations internationales à travers les crimes de l’Histoire et l’avenir de l’humanité. En toute modestie évidemment. Cela vous semble abscons et lointain et pourtant, c’est un sujet footballistique de la plus grande actualité. Comment considérer les footballeurs qui ont fauté, qui le reconnaissent et qui ont la volonté de l’expliquer ? Et vous voyez alors maintenant s’éclairer le thème de ces quelques lignes, comment considérer Samir Nasri cette semaine, Karim Benzema l’an dernier, et peut-être un jour Adrien Rabiot quand il aura retouché terre ou Nicolas Anelka lorsque la lumière lui parviendra de nouveau ?

J’essaie avec beaucoup de diplomatie de ne pas accuser L’Equipe d’opportunisme mièvre en prenant un beau gros coupable. Ne leur en déplaise, Nasri est un coupable de seconde zone par rapport à Benzema. Cela reste donc une sous-campagne de réhabilitation face à celle proposée par Canal +, en très grande pompe et très gênante, avec l’attaquant du Real Madrid. Mais mais mais il y a des mais.

Le choix des personnes interrogées reste par essence subjectif, un documentaire ne peut pas interroger l’ensemble des personnes qui ont un avis, donc passons, n’en faisons pas une critique. Le calendrier est un brin opportun, son retour à la compétition après sa suspension pour dopage est en soi une bonne raison, car il a eu du temps pour remettre de l’ordre dans ses idées et surtout a été disponible plus que d’habitude pour des opérations de communication plus épaisse qu’un entretien d’après-match dans une zone mixte. Je ne crois pas au positionnement confiteor, ce milieu n’est qu’exceptionnellement le cadre d’une telle opération, Nasri n’en a pas l’envergure. Benzema avait son retour en équipe de France en ligne de mire, ce n’est pas le cas de Nasri. En revanche, à 31 ans, après une lourde suspension, après avoir épuisé les championnats pouvant l’accueillir, il est temps de penser à une fin de carrière réaliste. Pourquoi ne pas revenir en France alors, lui qui en est parti à 21 ans ? D’autant que nous apprenons opportunément que Garcia l’a refusé l’été dernier pour l’OM. Bonne ou mauvaise chose, les uchronies sont des conseillères instables. D’autant que son contrat avec West Ham ne dure que 6 mois. C’est peut-être voir le mal partout mais il y a sans doute une anguille. Ne voudrait-on pas nous faire passer tous les blaireaux pour des angelots une fois qu’ils ont pris trois poils au menton ou qu’ils sont sportivement en galère?????

S’il faut s’attarder un peu sur le contenu de la prestation, il est intéressant de noter quand même les pluies de compliments sur le joueur que de nombreux illustres personnages connus pour leur sagesse (Diouf, Boumsong ou Blanc) soulignent continuellement. Alors c’est intéressant comme discours. Loin d’excuser les erreurs, maladresses que Nasri a parsemées tout au long de sa carrière, il faudrait que son intelligence les transforme en une sorte d’incompréhension. Comme s’il avait agi trop vite ou sans permettre aux observateurs de bien comprendre. Parce que vous voyez, un être aussi intelligent ne peut pas consciemment être un méchant. Nous en viendrions même à douter de notre interprétation, oui, si en fait nous nous étions trompés ? et si nous n’avions simplement pas compris ses actes, ses appels de détresse, ses lumières. J’en viendrais à penser qu’en extrapolant un peu cela reviendrait à me faire penser que le dialogue suivant est possible :

  • Dis donc espèce d’ordure, c’est toi qui a violé ma fille ?
  • Oui oui mais ne vous méprenez pas, je suis très intelligent, cela m’est venu comme ça.
  • Ah dans ce cas, pardon, vous savez que j’ai une nièce aussi ?

Voilà l’effet que me font ces témoignages tellement objectifs qui en plus sont accompagnés par un mea culpa de Nasri avec le définitif « j’ai mûri, maintenant j’ai du recul, j’ai vieilli, j’ai connu des échecs, je sais que je me suis écarté du droit chemin, j’ai une relation stable, j’ai un enfant, le décès de mon meilleur ami m’a fait comprendre beaucoup de choses, je suis allé voir un psy pendant plusieurs années, mon hamster aime bien tourner dans sa roue, tiens est-ce que j’ai étendu ma lessive, putain j’ai envie de me gratter les couilles, peut-être que ça ne se verra pas à la caméra. »

Tout cela sonne comme une orchestration de boys band et Samir Nasri ne respire pas plus la sincérité qu’avant. Il restera un dilettante immature qui est sans doute passé à côté de pas mal de beaux moments de sport. Sachons également lire entre les lignes pour se convaincre que la prise de hauteur n’est pas une spécialité. Jamais il ne remet en question son parcours, il sait qu’il aurait pu mieux faire mais dire qu’il a gâché sa carrière, c’est hors de question. Il dira qu’il en a profité, qu’il a vu du monde, qu’il est sorti, qu’il a gagné beaucoup d’argent. Il passera encore pour un caïd de seconde zone car lui, contrairement à d’autres grandes gueules, ne pourra pas mettre une ligne prestigieuse sur son CV. Il n’aura jamais été très longtemps indiscutable dans ses clubs, il aura fait partie d’une génération avec des pieds pleins d’espoir et des têtes pleines de vent. Il a perdu tous les rapports de force qu’il a cru bon d’engager avec ses hiérarchies. Persuadé d’être dans son droit, peut-être même divin, lui qui a été encensé à juste titre depuis son plus jeune âge, professionnel à l’OM à 17 ans et international à 19. Cela n’a pas fait de lui un surhomme et il a mis un peu de temps pour s’en rendre compte. Lui en vouloir éternellement serait idiot, qui intéressera-t-il quand il ne sera plus footballeur ? Son principal fait de gloire restera le titre espoir. Et tous les autres seront déchus.

Frantz-Christophe Van Dustgroski

Je travaille pour un employeur fantôme et ce n'est pas un emploi fictif. Je parle comme je veux de ce que je veux quand je veux. Tu n'es pas obligé d'aimer. Tu n'es pas obligé de lire. Tu es obligé de savoir que je suis là

2 commentaires

  1. Il faut quand même signaler le rôle un peu débile de Tarrago avec la question « est-ce que vous avez été jaloux de la victoire des bleus à la CDM 2018 ? » pour faire une référence assez vulgaire à l’entretien de Koscielny. Nasri a voulu la jouer fine en disant qu’il n’était pas jaloux pour ne pas entraîner la même polémique.

    Sérieusement, Nasri n’était pas du tout dans la même posture de pouvoir être sélectionné comme Koscielny. Si on pose la question à tous les seconds couteaux…

  2. l’Equipe 21 « suit » Nasri depuis un paquet d’année quand même. Il me semble l’avoir déjà vu notamment dans « l’équipe du soir » il y a quelques années. Je sais pas si on peut parler « d’opportunisme » mais c’est pas non plus un coup marketing d’après moi.

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