De jouer avec ses pieds

Imitation du football vrai

De jouer avec ses pieds


Les pédants ont moqué ces oiseux du dimanche
Qui meuvent un ballon sans manche ;
Ils les voient d’un pied malséant
Châtier un geste futile
À toute autre tâche inutile
Et courir après leur néant.

D’un pas embarrassé ces manchots se font face
Pour pousser dans l’autre surface
Un ballon en usant du pied.
Pourquoi souffrir pareille entrave
Quand on peut saisir ce corps grave
De nos mains après qu’on s’assied ?

Comment un siècle instruit vit germer ces sauvages
Qui font revivre d’autres âges
Avec leurs vains duels tribaux ?
Ce rejet des mains volontaire
Semble un réflexe héréditaire
De nos ancêtres bestiaux.

Mais ces rêveurs sans verve et ces héros sans fame,
Pour qui cette lutte est dictame,
Ne sont que des Atlas lassés
De supporter le poids d’un monde
Dont la sagesse moribonde
Semble les avoir délaissés.

Leur honneur outragé meut leurs corps et regimbe
Pour reprendre au monde leur nimbe
Grâce à leurs membres conspirants ;
Les chaînes fragiles s’écroulent
Dès que leurs pieds ingénus foulent
Et domptent la Terre en tyrans.

Ainsi le footballeur tire de cette sphère,
Qui par la gravité l’enferre
De même qu’un servile hymen,
Un ballon à sa ressemblance
Comme jouet de sa puissance
Et se crée un jardin d’Éden.

La Terre entière mue en terrain où le grime
S’adonne au football et l’exprime
Dans son universalité ;
Ce jeu sans main, ni règle abstruse,
Par sa contrainte unique amuse,
Et règne avec simplicité.

Comme un poète obtient sa liberté retorse
Grâce à la poétique entorse
Pour s’élancer vers le divin,
Le footballeur au corps en proie
Découvre en objurguant la joie
Dans un art également vain.

Ce ballon délicat qu’avec peine il capture
Nous fait rêver une sculpture
Et provoque notre clameur.
Ses deux racines font éclore
Des talents que lui-même ignore
Puis un ineffable bonheur.

Maniant gracieux les pieds cloués à terre,
L’âme peut s’envoler légère
En sublimant nos passions ;
Sans deviner l’effort tenace
Qui pare ses gestes de grâce,
On en sent les perfections !

Le stade est le théâtre où l’on voit maint bohème
D’une subversion suprême
Renverser de son corps les lois,
Ses pieds noircis par la poussière
Sont loués de mainte prière
Et baisés comme ceux des rois.

Experts sans vision, voyez l’effort de l’homme
Pour quitter votre indigent somme !
Riez qu’ils poursuivent leurs buts
Sans démêler le jeu du drame,
Vous enviez pourtant leur flamme
Qui seule embrase vos cœurs bruts !

Delphine, la muse poétesse

Delphine

Je vous donne un alibi poétique pour justifier votre présence sur un site d'analterfoot auprès de votre conjointe. Mais attention à la jalousie.

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