Bastia-Sedan (0-1). L’Ardwen académie fait l’hélicoptère avec sa… son… enfin vous avez compris quoi…

L’effectif, le groupe, le match. Mouillez-vous la nuque, plongée en N2.

Les enfants on est bien ! Bon, on va tenter de ne pas s’enflammer. On est déjà passé par là. De l’enthousiasme, de l’espoir pour finalement s’échouer lamentablement à la place du con dans le money-time tel un vulgaire François Fillon. Mais ce groupe semble avoir un truc en plus, une sorte de supplément d’âme qui te donne l’impression que tout est possible, le meilleur comme le meilleur.

Ce samedi, la bande à Aziz a frappé un très grand coup en allant climatiser le Stade Armand Cesari, salement, au forceps, en posant les gonades sur le pré. Et mine de rien c’est juste la 5e victoire, 5e clean-sheet en 5 matchs. Sedan est seul leader du groupe A de N2. Alors oui ce n’est que la 5e journée et la route est encore longue, mais bon. On est mieux là que si on n’y était pas hein ? (ça m’a coûté une blinde mais c’est avec ce genre d’analyse que je me dit que ces trois années à la Stéphane Guy Journalism School of La Motte Beuvron n’ont pas été inutiles).

Justement profitons de cet instant de félicité pour faire un petit bilan d’étape, l’occasion de vous présenter plus avant l’effectif et les adversaires du plus grand club de l’histoire du football dans la catégorie « situé au Nord de la Marne et au Sud de la Belgique ».


L’effectif

Si vous avez lu la première Ardwenn académie, vous le savez, on avait le sentiment que le club avait bien travaillé durant l’inter-saison, c’est désormais confirmé. Le CSSA profitait du feuilleton Neymar et de l’arrivée de Benalla sur twitter pour travailler sereinement, discrètement, loin des projecteurs. Le résultat est là, un recrutement pertinent, bien anticipé qui permet au groupe de reprendre quasi déjà complet après la trêve estivale.

Mais ça ne suffit pas, n’importe quel sélectionneur de la Hollande des vingt dernières années vous le dira, il ne suffit pas d’avoir de bons joueurs, il faut aussi que la mayonnaise prenne. Force est de constater que la mayonnaise a pris et bien pris. Le groupe vit bien. C’est un des plus gros clichés du football, cette idée naïve et savamment entretenue qu’une équipe est une bande de potes parce que c’est romantique, fédérateur et parce que c’est comme ça que les footeux du dimanche vivent le foot. Tu irais toi, un dimanche après-midi de février, faire 60 kilomètres te geler les harpions dans le mélange de grêle, de boue et de mousse du stade Patrick Regnault de Saulces-Champenoise si ce n’était pas pour retrouver les potes autour d’une cervoise après le match ? Dans l’inconscient collectif on voudrait que ce soit la même pour les pros ou assimilés. Après tout, beaucoup des trentenaires qui lisent ces lignes ont grandi avec la Bromance Thomas Price, Olivier Aton, Ben Becker.

Aussi ne soyons pas naïfs, ces gars là, ceux qui viennent d’arriver et ceux qui étaient déjà là, sont des joueurs de foot qui sont d’abord là pour faire leur job. Mais à les observer il semble qu’un truc se passe, une cohésion réussie. Ce sentiment est évidemment renforcé par les bons résultats et la bonne préparation et il faudra vérifier si c’est toujours le cas lorsque les premiers obstacles ne vont pas manquer d’arriver, la première défaite, les premiers doutes, la révélation du glamour inestimable d’un vendredi soir de novembre à Sedan. Mais le groupe vit bien.

Dans l’organisation, le coach Tambouret est fidèle en 4-2-3-1 ou 4-3-2-1 ou 4-6-mecs-rangés-à-peu-près-toujours-de-la-même-manière-sur-le-terrain :

Le schéma de jeu classique.

Sur les cinq premiers matchs il semble que les dieux du football ardennais (Dudule et Saint-Louis) aient béni cette équipe. Chaque petit élément de la machine fonctionne parfaitement.

DERRIÈRE :

Soyons clair, tu as plus de chance de rentrer au Bal de la Rose avec ton survêt’ Tacchini et ton bob Ricard que de mettre un but à cette équipe.

Dans les buts, Lembet fait le boulot, c’est un international centrafricain qui a connu la ligue 2, à Sedan déjà (il a démarré en pro en 2011 en remplaçant un Ulrich Ramé blessé) puis à Auxerre, il est expérimenté, efficace et ne fait presque plus peur (sauf sur certaines relances).

Devant lui, la défense à quatre est pour l’instant quasi-parfaite ! Le patron c’est Yasser Baldé, l’ancien capitaine d’Endoume, formé à Auxerre, arrivé au club cet été est un roc. Il est serein et ça se diffuse autour de lui. Il fait partie de ces joueurs qui affichent leurs ambitions et surtout leur volonté de les mener à bien. En même temps, tu es né dans le Var, tes deux derniers clubs sont à Fréjus et à Marseille, tu ne montes pas dans les Ardennes pour ses stations balnéaires. Avec son compère Bissenty Mendy, ils sont la clé de l’efficacité défensive de l’équipe.

Sur les côtés Harvey, et N’Joh Eboa sont les joueurs les plus utilisés par Tambouret à ce poste depuis le début de saison. Deux bons latéraux qui n’oublient pas de défendre et qui sont capable d’apporter des solutions aux relances. Thierry N’Joh Eboa, arrivé cet été de Saint-Malo semble être une vraie trouvaille, à voir s’il va confirmer sur la durée.

AU MILIEU :

J’ai de l’amour pour le milieu sedanais de cette saison. Il a tout ce que j’aime. Je dirais même tout ce qui m’excite. De la qualité technique, du vice, la capacité de casser le jeu adverse en phase défensive tout en en produisant en phase offensive.

L’homme de base du milieu c’est Raphaël Calvet, un parcours mouvementé avant de débarquer à Sedan cet été en provenance du Mans. Il a été formé à Auxerre, n’est pas parvenu à s’y imposer puis est parti en Angleterre, à Bentford, où il n’a pour ainsi dire pas joué avant de revenir en France, Annecy puis le Mans. Il a connu les sélections jeunes en équipe de France avec le brassard de capitaine, jouant avec des Laporte, Tolisso, Mendy,… L’imprévisibilité d’une carrière de footballeur pro dans toute sa splendeur. Le coup de génie du coach sedanais est de faire de ce défenseur central un milieu défensif. C’est peu dire qu’il assure, il récupère de nombreux ballons, par son physique et son placement et relance juste.

Devant lui Quarshie et Paco Borgniet ont les faveurs de Tambouret. Quarshie venu du National et de Bourg Peronnas est une des grandes promesses du mercato, il alterne avec Borgniet, le John Travolta de la team. Un milieu qui est là pour couper les offensives adverses, récupérer le ballon la plus haut possible. C’est aussi grâce à eux que les filets sedanais se refusent aux ballons adverses comme une héroïne de Jane Austen.

Capitaine Dahchour est la pointe de ce milieu, venu lui aussi du National et de Drancy, où il a été un des meilleurs joueurs de la saison et si montée il y a, il sera un des acteurs principaux. J’adore le regarder laisser traîner la jambe pour la faute qui coupe le jeu, éloigner le ballon quand il faut gagner du temps, provoquer et mettre des coups de pression à l’arbitre. Je pense un peu à l’affreux van Bommel quand je le regarde. C’est un briscard vicelard. C’est aussi un beau joueur de football (comme van Bommel), il oriente et dirige le jeu autant qu’il emmerde le milieu adverse. Il est plutôt positionné comme un 10 mais il aurait aussi bien pu jouer 6. Son expérience va être précieuse quand les premiers coups durs ne manqueront pas de subvenir.

DEVANT :

Les décapsuleurs ! En deux passes, un coup d’éclair, ils te font sauter la mousse. Une pointe, deux ailes, ça désaltère et c’est déjà pas mal.

J’en ai déjà parlé dans la première académie, l’entente entre l’artiste Bekhechi à droite et le bombardier Durbant dans l’axe c’est de la dynamite. Bekhechi j’aurai encore l’occasion de vous en parler plusieurs fois et avec des termes qui feraient rougir un micro de Radio Courtoisie. Aussi j’aimerais m’attarder sur Geoffray Durbant, puissant attaquant arrivé cet été de Lusitanos Saint-Maur. Seul en pointe, il a un rôle ingrat, celui de saloper les relances des défenseurs centraux et de faire fructifier les quelques ballons qu’il ne touche pas dos au but. Il le fait bien. Il va au carton régulièrement avec ses adversaires directs, il use et au final il est décisif. Déjà 5 buts même si trois sont des penalties (qu’il contribue à provoquer). Le schéma relance longue à droite sur Bekhechi, centre pour Durbant est jusqu’ici l’arme qui a le plus fait de mal aux adversaires de Sedan.

Sur la gauche de l’attaque, Sosa Maluvunu, fait peu à peu son trou. Arrivé en janvier et rapidement blessé au genou, il a du bûcher dur, mentalement et physiquement pour revenir et s’imposer, c’est quasiment une recrue. Il est lui aussi plein de promesses. Grosse percussion et une bonne capacité à faire sauter les lignes, il fait mal aux latéraux mais il va devoir lutter contre le syndrome du poulet sans tête, apprendre à donner son ballon avant de se cogner contre les pubs. S’il parvient à faire ça, il peut être une vraie bombe à ce niveau.

Petit P.S. le mercato de Sedan c’est aussi le départ de la voix qui a accompagné mes visites et celles des collègues supporters à Emile Albeau puis à Louis Dugauguez depuis tant d’années. Le speaker Bruno-TOUT L’MONDE SUR LE PONT !!!-Guillen, son catogan et son micro tirent leur révérence et cèdent leur place à Alexis et sa casquette. Bonne route à Bruno et bienvenue à Alexis.


N2 Groupe A

Il est difficile d’évaluer les forces et faiblesses d’un groupe de N2, d’isoler les favoris des équipes plus faibles. Il y a un gros manque de continuité, les effectifs sont très fluctuants et tout peut bouger d’une saison à l’autre à l’image de la J.A. Drancy, fraîchement relégué de National, qui devrait faire partie des favoris mais qui a perdu nombre de joueurs cet été (dont notre capitaine évoqué plus haut) et qui va connaître une saison compliquée.

Par contre se plonger dans les effectifs peut révéler quelques surprises, quelques souvenirs, des joueurs qui ont connu le haut niveau voire la Liguain avant de se perdre ou de partir en prè-retraite active. Ainsi on va croiser Gilles Cioni et Chaouki Ben Saada à Bastia ou encore Vincent Nogueira et Jean Alain Fanchone à Shiltigheim.

Après cinq journées on peut commencer faire une première analyse de qui devrait embêter Sedan dans sa quête affichée de remontée. Avant même le début de saison Bastia faisait partie de ceux-là, et ce n’est pas le match de samedi qui change la donne. C’est un effectif expérimenté, sur une bonne dynamique et même si on a relevé le gant, Furiani reste un putain de piège. Ils sont actuellement 3e avec quatre victoires et une défaite (c’est nous!).

Plus surprenant pour le béotien des limbes footballistiques que je suis, Bobigny, actuellement 2e avec quatre victoires et un nul, ils font un excellent début de saison avec notamment leur duo d’attaque Farade et Bazolo (Pythoclès de son prénom, le prénom d’un vainqueur de l’épreuve du stadion, la longueur du stade, aux Jeux d’Olympie en 236 avant J.C. concrètement on s’en fout mais perso je trouve que ça pète sur une passeport !), 12 buts en 5 journées à eux deux. Gros test à venir pour notre défense de fer.

A l’affût, Sainte Geneviève des Bois et Lusitanos, des équipes qui connaissent bien la division et qui sont toujours des plaies à bouger.

Bref Jusqu’ici tout va bien mais la saison va être longue.


Le match

La Compo.

Bordel ce fut dur mais ce fut bon ! On l’a fait ! On a serré tout ce qu’on pouvait serrer et croisé tout ce qu’on pouvait croiser (avec quelques jolies curiosités anatomiques à la clé) mais on l’a fait ! Au bout de six minutes d’arrêts de jeu dans l’ambiance que vous imaginez à Furiani (quasi 7000 spectateurs pour l’occasion).

C’était le premier vrai gros test pour le groupe de Sebastien Tambouret et ils l’ont relevé. A la sedanaise. C’est à dire qu’on n’a pas été grandiose dans le jeu mais qu’on a été costaud, qu’on a su les éteindre.

Les Bastiais nous ont bien bougé en première mi-temps sans toutefois parvenir à réellement être dangereux, mis à part une frappe flottante vers la 13/14e minutes de Gilles Cioni qui frappe la barre et fait faire un claquage anal à bien des Ardennais fébrilement posés devant le lecteur FB capricieux du Sporting Club de Bastia. Ben Saada peu de temps après permettra à Lembet, très bon ce soir, de se mettre en valeur.

Du côté sedanais, on a principalement vu Maluvunu partir dans ses œuvres, faire sauter le côté droit de la défense bastiaise comme un bouchon, s’enfoncer dans la surface, puis tenter vainement d’aller chercher un vague péno quand il a vu les panneaux publicitaires se rapprocher dangereusement. En retrait Durbant n’attendait que le ballon pour faire hurler les quelques supporters vert et rouge qui avaient fait le déplacement (gros cœur sur eux).

Durbant pas avare de ses efforts, sera récompensé d’un jaune en début de deuxième et surtout d’un pénalty à la 53e . La spéciale sedanaise, longue relance sur la droite, Jeremy Bekhechi fait parler sa magie, centre pour Durbant au premier poteau. Martin le gardien bastiais, le visage peint en bleu et blanc, sort les yeux fermés en gueulant « POUR LES CORSES !!! » et emmène Durbant. Péno, Durbant transforme. C’est bon on ferme !

53e minutes, Durbant marque à Furiani.

La suite du match est uniquement vivable par les supporters des deux clubs. C’est vilain. Bastia n’arrive pas à faire du football et Sedan arrive à empêcher Bastia de faire du football. Mais quel kiffe de revivre des instants au couteau comme ça dans une grosse ambiance (hostile, d’autant que les derniers déplacements en Corse ont été quelque peu mouvementés). Un dernier frisson géré par Lembet en toute fin de match et on peut lever les bras.

Bobigny a fait match nul, Sedan est seul leader, dans les vestiaires Borgniet peut danser comme un lémurien passé au tazzer.

Le stream ayant été très capricieux chez moi, il m’est impossible de faire une notation un tant soit peu crédible des joueurs sur ce match. Aussi je me contenterai de mettre un beau 8/10 aux deux extrémités, Geoffrey Lembet et Geoffray Durbant pour avoir été décisif sur ce match.

RDV pour la prochaine face à un outsider, Sainte Geneviève des Bois et cadeau bonus pour le match du centenaire avec les gloires du club en ouverture, Face App IRL !

Mustafi Dahleb

8 commentaires

  1. Ca fait plaisir de lire un compte-rendu sur le plus beau club de la région, pourvu que ça dure ! Impatient de lire celui sur le centenaire qui était beau et grand comme Geoffrey Lembet.

  2. Je me joins au autres : bonne acad’. Bien old school. Qui d’autre citerait encore François Fillon dans ses acads, si ce n’est un sedannais perdu en N2 ?

  3. Superbe prose, surtout ne change pas de main ! Tu me fais autant (Dur)ban(t)der que l’équipe ;)

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