La Lens académie des arts et des lettres ne note pas Lens-Guingamp (0-2)

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Luissette cultive sa rancoeur et l’acrimonie de rigueur.

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Voilà voilà. Le Racing est 15e de la L2. Sereinement installé à côté de la voiture – balai. Prêt à faire un nouveau bond en avant dans le monde du ridicule.

Alors, oui, il  aura toujours des footix pour dire que je suis négatif, que je tire sur les ambulances ou que je ne suis pas un vrai –supporter-qui-soutient-son-équipe-à-jamais-dans-son-cœur. Je tiens d’emblée à leur répondre : rien n’est en effet perdu, on va évidemment remonter, …au moins dans les 10, …ou au moins remonter à une place plus honorable, … enfin dans le ventre mou… au moins se maintenir, ou … se retrouver à jouer contre Luzenac la saison prochaine…

Alors plutôt que de vous parler d’un match qui nous aura vus perdre à nouveau à Bollaert, face à un promu, sans que cela ne souffle aucune discussion, (pour ceux que ça intéresse, le lien du match), j’ai essayé de trouver à quoi pourrait bien servir nos joueurs dans les mois ou années à venir. Si parler d’eux en tant que « joueurs professionnels » est déjà sujet à caution, il est évident que les envisager entretenir cette supercherie plusieurs saisons supplémentaires s’apparente à de la science-fiction. Dès lors, que faire d’eux ?

Déjà, comme personne ne viendra les chercher, ils vont devoir trouver une reconversion à Lens. Et à part chez Sensas comme vendeur de frites, l’avenir n’est pas forcément rassurant. (Car oui, l’avenir est rassurant quand on bosse chez Sensas, ya qu’à voir le nombre de ptits gros de 10 ans pour être persuadé de la pérennité de l’activité). Et puis, au hasard d’une conversation, votre serviteur s’est retrouvé à parler du futur Louvre 2 (le nom est officiellement « Louvre-Lens ») qui s’implantera au cœur de la cité minière (fosses 9 et 9 bis, pour les puristes (ou les descendants de mineurs)).

Le déclic fut immédiat, et je me suis retrouvé à m’imaginer flâner, au sortir d’une défaite à domicile en National contre Colmar, dans un musée qui aurait su trouver sa place au milieu des terrils, qui aurait su tirer de son environnement couleur charbon une quintessence artistique surréaliste. (J’aime en faire des caisses)

Mais qui dit Louvre dit forcément œuvres d’art. Alors plutôt que de vous raconter comment Rémy a ouvert son compteur but en pro en marquant contre son camp ou comment Pollet a vendangé en un match plus que Dionysos en une vie, j’ai préféré me demander (et partir un peu en vrille il est vrai) derrière quelle œuvre maîtresse se cacheraient nos valeureux sang et or.

Je tiens d’ailleurs à m’excuser, avant d’aller plus loin, de lier des grands maîtres et leurs chefs-d’œuvre à de si pitoyables joueurs de ballons, c’était pour rire… pis on a pas souvent l’occasion de trop rigoler ces derniers temps…

 

Fabre :

Impassible, une jambe légèrement fléchi, elle a déjà ôté le maillot, comme si elle savait que le sort en été déjà jeté. Elle va y passer.

Découverte par un paysan qui labourait son champ, sous les yeux d’un officier français qui passait par là, la célèbre Vénus de Milo, plus qu’aucune autre, ne pouvait que représenter nos gardiens. Pensez donc : rachetée par un dignitaire Turc, négociée à la va-vite par un employé d’ambassade alors qu’elle partait orner on ne sait quel bordel ottoman, la Vénus/Aphrodite de Milo est l’une des œuvres les plus connues du Louvre, et du monde. Personne ne peut certifier le nom de son auteur, on suppose juste qu’elle devait trôner à l’entrée d’un temple, sur l’un des piliers découverts dans le même champ.

Gardien, temple, regard impassible, pas de bras… si tu n’as pas encore fait le lien, moi si.

Aurier :

La Méduse, frégate royale française, doit rejoindre le Sénégal, fraîchement racheté aux anglais. Le commandant est un bleu-bite, il réussit à s’échouer à 150 km de toute côte.

Cette scène, peinte par Géricault, inspire l’illustrissime Radeau de la Méduse.

Le bateau a sombré, les passagers sont parqués dans des chaloupes jetées en mer, un radeau est bricolé vite fait pour entasser les 150 membres d’équipage. Trop chargé, sans vivres, le calvaire commence et seule une petite dizaine survivra (soupçonnée de cannibalisme), repêché par un bateau Anglais passant par là.

Le capitaine prendra 3 ans de prison militaire, les autres sont morts. Serge ira donc en prison… ou crèvera, bouffé par ses congénères (par Yahia, pour ne pas le citer)

 

Queudrue :

Au retour de la 1e guerre mondiale, Otto Dix peint des scènes de la vie quotidienne où la banalité contrebalance les déformations physiques subies par les sujets peints. Cette série est connue sous le nom des « Gueules cassées », du nom donné aux soldats rentrés amochés de la Grande Guerre.

Quand la guerre provoque de telles blessures physiques, il fait le choix de la dénonciation des horreurs là où certains s’entêtent à continuer à vouloir aller combattre, malgré les pertes, les blessures et les meurtrissures. Franck, si tu me lis, il est temps d’arrêter.

 Otto Dix, Die Skatspieler, (les joueurs de cartes)

 

Rémy :

Il n’y est pour rien, même s’il a marqué contre son camp et entraîné la chute de son équipe. Certes.
Mais dans ce monde, il n’y a pas de places pour les faibles. Ce n’est d’ailleurs pas moi qui le dit, mais St Mathieu (Evangile, 2. 16), lors de la narration du massacre des Innocents, ici peint par Nicolas Poussin, le plus grand peintre classique Français.

Baal :

L’un des plus grands talents de la fin du XIXe est aussi l’un des plus méconnus. Il a d’ailleurs tout fait pour.

Jean-Eugène Buland, Français, est installé dans l’Aisne après un exil à Rome. Il y enchaîne les récompenses de 2nde zone :

– Second Grand-Prix de Rome en 1878 et 79

– Médaille de 3e classe à l’expo Universelle de Barcelone en 1888 et à Paris en 1889

– Médaille de 2nde Classe à l’expo Universelle de Londres

– Classé hors concours en 1893 à celle de Chicago.

Il faut attendre 1900 pour qu’il reçoive la médaille d’Or lors de l’expo universelle de Paris.

Peintre qui ne dénonce rien, qui ne juge pas, ne critique ou ne glorifie personne, il reste neutre et ne prend jamais parti. Il faudra attendre sa mort pour qu’on reconnaisse en lui le père des hyper – réalistes. Comme un symbole de désintérêt de l’homme.

Ici, l’œuvre par laquelle je l’ai découvert, le tripot, où l’impassibilité des personnages et l’absence d’émotion n’est pas sans rappeler notre recrue estivale…

 

Bérenguer :

Ugollin della Gherardesca est un noble ayant régné sur la ville de Pise au 13e siècle.

Ce militaire était tellement sympathique qu’il a inspiré Dante lors de l’écriture de sa Divine Comédie : Héros damné, il finira aux Enfers, condamné à manger ses enfants avant de mourir de faim. Sympa qu’on vous dit Ugollin.

Non pas que Bérenguer soit si flippant que ça, mais étant le seul qui semble avoir la dalle sur un terrain, autant le signaler, et le condamner à le rester. Et puis, cette légende, mainte fois reprise a donné lieu à cette sculpture d’un gars du coin, sans doute un des plus grands artistes nordistes de l’histoire, le Valenciennois Jean-Baptiste Carpeaux. Ceux qui descendent en gare de Valenciennes pourront désormais passer devant elle en pouvant faire les malins en discutant avec Kelly ou Jessica.

 

Jean-Baptiste Carpeaux, Ugollin et ses enfants.

 

 

Kondogbia :

Le coup est sûr, même pas besoin de lutter. Bien installé au milieu, il suffit d’ouvrir les yeux pour comprendre que ça va passer comme dans du beurre. Victime toute trouvée, ça en serait presque trop facile.

La Maja nue, de Goya, vous salue bien… et vous attend sagement et innocemment.

Démont :

Tel un inconscient, il continuera de courir, sans jamais prendre peur de l’inutilité de son activité. Il le sait, c’est écrit. Le salut viendra de lui, mais le monde ne le sait pas encore.
Alors il prendra les armes et guidera Bollaert vers la rédemption, la révolution, et la liberté… ou pas.

Eugène Delacroix, la liberté guidant le peuple.

 

Ben Saada :

Touche à tout, mais aussi touche à rien, Warhol est l’un des artistes les plus connus du XXe siècle, alors qu’on n’est même pas sûr qu’il en un jour été un. Photographe, sérigraphiste, cinéaste, acteur, écrivain, il a copiné avec Lichstenstein (autre branleur US de l’époque) et les mecs du Velvet pour finir reconnu comme « Pope of the pop », le pape du Pop Art.

Un mec qui a peint des bananes et des boîtes de conserve sur des pochettes de CD… une belle arnaque.

Pollet : Qu’un mec aussi nul techniquement soit devenu professionnel ne peut faire du Belge qu’un surréaliste. Heureux hasard, les Belges étaient à la pointe dans ce domaine. Certes, la période ne correspond pas à celle que couvre le Louvre, mais quelle importance quand le lien est si évident ?

Magritte avait malheureusement tort, Pollet est bien une pipe…

Eduardo :

Au début du XXe, Malevitch réalise la plus belle escroquerie du siècle en réussissant à se faire passer pour un artiste en réalisant le premier tableau monochrome de l’histoire de l’art. Son nom, carré blanc sur fond blanc, sent le foutage de gueule à plein nez, mais tout le monde tombe dans le panneau.

Il pousse ainsi l’immatérialité à son paroxysme et permet au mouvement suprématiste d’être pleinement reconnu, dixit les spécialistes. Un carré blanc sur un fond blanc (légèrement différent, quand même, c’est de l’art…) comme un symbole du rien… Pire, le salopard ira jusqu’à une « réédition » de son œuvre la plus connue. Un génie … ou un escroc.

Eduardo a repris le concept et l’a poussé jusqu’à le personnifier. Méfiance quand même, les Soviétiques ont découvert la supercherie et Malevitch a fini au Goulag. Un génie… ou un escroc qu’on vous dit.

Pour info, les remplaçants, Maurice, Ducasse et Mathlouthi ont déposé leur CV chez Sensas.

Luissette.

 

16 réflexions sur “La Lens académie des arts et des lettres ne note pas Lens-Guingamp (0-2)

  1. superbe et si vrai, merci pour la bonne rigolade. c ‘est bon de rire et puis ca évitera peut etre des suicides dans Marek.

  2. Un footeux qui parle d’art, ça ne pouvait que mal finir (cf Warhol et surtout Malevitch).

    Bel effort quant même. Puisse ton collègue ajaccien en prendre de la graine.

  3. Très bonne visite culturelle. Merci Luisette!

    Excellente biographie, avec illustration (Bhaal)

    A quand une application a l’EDF??! France-Bosnie en leitmotiv.

  4. Tous les commentaires sont à l’image de l’acad. Celle-ci vaut ses lecteurs. Ou l’inverse. Sinon, Eduardo est la Madoff du foot français. N’oublions pas, il jouait contre son ancien club. La supercherie poussée à son paroxysme

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