michelpanini

Turin, 22h30. Vêtue d’un maillot noir, la vieille dame s’apprête à faire le deuil de ses deux points que le destin ne souhaite pas lui confier. Le ciel est de circonstance, et les perles froides qui en découlent, dessinent sur les visages les pleurs à venir. A cet instant précis, Angelo Alessio sait que son nom de baptême ne lui donne aucune faveur face à la providence. Son impuissance se révèle à lui-même, sa condition d’humain ne lui octroie aucune perspective si ce n’est pas la possibilité du pire. Depuis sa zone technique, il entrevoit déjà un futur délicat. Un frisson le parcourt. La fureur d’un individu haut placé dans le stade et dans l’organigramme du club plane. Son président griffonne déjà la procédure de licenciement pour faute grave. Il se réconforte en se souvenant que la guillotine n’existe plus. Mais tout va s’enchainer pour lui : lutte judiciaire, la honte sur sa famille, l’alcool qui va l’emporter, à moins que ce ne soit les journées devant la télé. La crise de novembre a traversé le périphérique jusqu’au piémont. « Pourquoi faut-il qu’un seul homme paie dans un sport collectif » semble-t-il gémir… Intérieurement, il se repasse le film des évènements sur la musique de l’entretien de Sept à Huit. Mais son éducation chrétienne lui interdit d’en vouloir à De Ceglie. Cette relance pleine axe à destination de Saphir Thaïder n’était pas volontaire, elle n’est due qu’à une mauvaise irrigation du cerveau de Paolo. Sans conviction, il regarde le temps additionnel sur l’écran géant. Ce dernier indique trois minutes. 180 secondes avant la fin, avant la fin de son monde. Le regard vide, il est ici. Ici, mais déjà ailleurs. Jusqu’à ce que l’aura du public qui retient son souffle l’interpelle, il se tourne vers cette foule d’inconnus. Il n’ose pas faire face, il connait bien la psychologie des foules comme un certain Raymond, quelques années avant lui. Elle est menaçante, elle voudra sa tête à l’unanimité. Après tout, c’est déjà trop tard, alors autant les observer une dernière fois. Certains croisent les doigts, d’autres se tiennent le visage. Et puis, quelques encouragements descendent des tribunes pour soutenir la dernière initiative de Giovinco. Le bel enfant centre, ça y est, lui aussi n’a plus aucune influence sur la suite des événements. A ce moment, impossible de dire si sa tentative est « intéressante ». Est-ce une « balle de but » comme le prétendrait à l’avance Christian Jeanpierre ? La trajectoire du ballon semble épouser une courbe qui le conduira au deuxième poteau. Il n’y a pas d’autre certitude. Un enfant s’apprête à lever les bras, des sourires se dessinent çà et là, et si ? Si après la pluie venait le beau temps ?

Toute ressemble avec la stylistique lyrique et romancée d’un journaliste sportif du quotidien du sport et de l’automobile est purement fortuite.

 

Désinformation importante :

  • Avec 28 points sur 30 possibles, la Juve réalise le meilleur début de saison de son histoire. Et Nicklas Bendtner en est.
  • Andrea Pirlo affiche 54 matches sans défaites, en comptant sa période Milanista. Le record national de Roberto Donadoni est de 64. Write the future qu’ils disaient.
  • Les Diamanti sont éternels, les emmerdes aussi. Bologne était privée de 8 joueurs pour cette rencontre, dont Diego Pérez, Acquafresca et Diamanti. De fait, difficile de rivaliser.
  • Paul Pogba, ce n’est pas un 6 à la française. C’est bien plus que ça.

 

 

L’évaluation :

Buffon 3/5 : réduit à l’abstinence dans ses interventions. Difficilement critiquable sur la frappe de Saphir Thaïder. La donne sera différente face à l’Inter, samedi.

Caceres 3/5 : a vécu une rencontre ambivalente. Positionné défenseur axe-droit dans le 3-5-2, il n’a pas souffert défensivement ce qui l’a conduit à évoluer plus haut sur le terrain. Quasiment latéral droit, il a pris quelques initiatives.

Bonucci 4/5 : recherche la profondeur à 13 reprises, ce qui permet d’accélérer le jeu au moment opportun. Rassurant défensivement, 4 interceptions et 3 tacles notamment, en vue du Derby d’Italia.

Barzagli 4/5 : à nouveau remarquable dans son jeu de passe. Sa prestation est agrémentée de 3 dribbles. Ce qu’il y a d’amusant avec Gilardino, c’est que même en avance de 10 mètres, Barzagli parvient à le rattraper. Et pourtant la vitesse n’est pas sa qualité première, bien au contraire.

Isla 2/5 : décevant car il touche peu de ballon. Il a effectué plusieurs centres, dans la majorité peu dangereux. Le chilien a besoin de retrouver explosivité et précision dans ses débordements.

Pogba 5/5 : a impressionné. Même si son influence a décliné en seconde période, il a été omniprésent lors des 45 premières minutes. Audacieux, il a délivré plusieurs ballons dans l’intervalle, ainsi qu’un jeu long appréciable. Il sait dribbler aussi. Mais l’important est qu’il est décisif. D’abord d’une belle balle brossée, il est à l’origine du premier but. Puis il touche le poteau sur une frappe du gauche, et c’est sur sa deuxième tentative de la tête (la première avait frôlé le poteau) qu’il donne la victoire.

Pirlo 4/5 : presque parfait dans le jeu long. A tout moment, il peut décider de jouer dans le dos de la défense adversaire d’une subtile balle en cloche. Par ailleurs, en observant le positionnement effectif de ses coéquipiers, on constate qu’il est seul derrière une ligne offensive composée de 5 joueurs, à l’image d’un quaterback. Le risque, c’est la distance entre lui et les défenseurs qui peut être exploitée en cas de perte de balle.

Giaccherini 4/5 : n’use pas du jeu long, et ses centres ont été inefficaces, mais offre des solutions alternatives. Il tente sa chance à plusieurs reprises, et sa mobilité lui permet de s’activer sur une grande partie du terrain. Parfois de manière stéréotypée puisqu’il a eu tendance à s’excentrer pour repiquer dans l’axe. Remise habilement de la tête pour Quagliarella sur le 1-0.

De Ceglie 1/5 : « J’ai envie de dire fantomatique, je vous suis sur transparent » aurait témoigné CJP. Inexistant jusqu’à cette relance à effet rétro devant sa propre surface. Par ici la sortie.

Bendtner 4/5 : a apporté une plus-value à l’équipe. Il n’est pas là pour servir de point d’appui grâce à sa taille, préférant décrocher et remiser au sol comme Vucinic. C’est donc avec ses pieds qu’il s’est distingué par quelques balles en profondeur bien senties, des déviations et quelques séries dribbles moyennement académiques mais concluantes. Il souffre toujours de l’explosivité de The Rock au Champion d’Europe 2004.

Quagliarella 4/5 : buteur suite au service de Giaccherini. Il a beaucoup tiré, trop souvent sur le gardien. Sa relation technique avec Bendtner est satisfaisante. D’ailleurs, il évoluait plus haut que le Danois, preuve que ce dernier n’est pas un pivot.

 

Les entrants :

Asamoah : car De Ceglie faisait tâche.

Giovinco : pour marquer le 2-1. Et c’est lui qui centre sur la tête de Pogba.

Vucinic : trois tirs, un seul cadré.

 

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