La Krasnaiya Akademiya vous souhaite la bienvenue

Essuyez-vous les pieds avant de nous piétiner, vous serez bien gentils.

 

 

 

Enfin ! La voici arrivée, l’heure H, le jour J, l’instant T (ne me demandez pas pourquoi, c’est un T, c’est comme ça) ! Le football revient à la maison. Oui oui, à la maison. Dans la Mère Patrie des prolétaires de tous pays, eux qui ont fait de ce sport le porte-étendard de la lutte des classes, de l’émancipation des serfs de la méritocratie bourgeoise, de la libération des esclaves de l’ogre capitaliste ! Oui, camarades, le Mondial Caca-Cola Gazporn Adadas Younedaï cartebleueVisa est là, tout près. Et ça va être la fête à son cul.

La Terre bénie du socialisme réel va accueillir à bras ouverts les représentants de tous les peuples du globe. Enfin, presque tous, après avoir enlevé ceux à qui il ne restait plus de sous pour envoyer une délégation à Moscou (des bisous à nos amis héllènes (et non nos amies Hélène)), ceux qui n’ont pas su surmonter leurs vieilles rancunes protocapitalistes pour venir faire la paix (de toute façon, même si vous aviez daigné vous bouger le cul, on vous aurait quand même craché à la gueule, bande de larbins états-uniens), et tous les autres, qui ne se sentaient probablement pas suffisamment dignes de fouler le sol sacré qui a vu s’épanouir les plus grandes idées du siècle dernier. Mais si vous voulez mon avis, ce genre de fausse modestie, ça cache quelque chose de pas net. En fin de compte, il valait sans doute mieux que les chemises noires et autres faisceaux de licteurs restent dans les placards transalpins, si vous voyez ce que je veux dire.

Bref, une fois ce petit monde écrémé, il doit nous rester une petite trentaine d’équipes disposées à se congratuler dans l’allégresse de l’union des travailleurs. Une trentaine d’équipes prêtes à se rallier à corps perdu à la grande Union soviétique, à son histoire, à ses grands hommes, à ses gros nibards et aux valeurs qui caractérisent ce peuple magnifique, grand frère de tous les peuples. La quatrième cinquième dix-septième Internationale est en route, camarades, et ce sera celle des petits ponts, du jeu en triangle et des virils déboîtements d’épaules, le tout dans la bonne humeur et les mœurs colorées qui caractérisent notre belle patrie soviétique, une terre fertile en liberté, en fraternité et en hydrocarbures, mais surtout riche en idées. Bienvenue chez vous.

 

 


UNE SBORNAÏA À LA DÉRIVE


 

Des idées, ce n’est certainement pas ce qui manque à notre secrétaire général à la Sbornaïa : notre bon camarade Stanislav Tchertchessov, arborant la moustache fière et le crâne luisant, a fait le ménage suite à la coupe d’Europe 2016, laquelle avait vu plus de débordements chez les sympathiques supporters russes que chez nos chétifs ailiers. Auréolé de son titre étincelant de champion de Pologne (youpi), le Stan arrivait triomphalement dans une équipe sans forme et puisait dans son passé de grand gardien pour foutre un grand coup de balai et ressortir des placards miteux du stade Lénine le bon vieux 1-2-3-4 de tradition spartakiste, façonné par les grands tacticiens Beskov et Romantsev, et qui a fait la gloire du club des syndicats de la capitale (le véritable club du peuple, face aux keufs et aux bidasses du Dynamo et du CSKA) à la fin des années 1980 et au début des années 1990. Le douloureux souvenir de l’odieuse élimination du Spartak en demi-finale de coupe d’Europe des champions, en 1991, par les mafieux olympiens du gras Tapie et leurs fameux cocktails aux somnifères, est d’ailleurs sans doute revenu à la mémoire des supporters russes lorsque l’idée leur a pris de rénover le Vieux-Porc, il y a deux ans. En Russie, la vengeance est un plat qui se mange froid, très froid.

Un 1-2-3-4, mais qu’est-ce que c’est, me demanderez-vous ? Ce bon vieux Stan n’a probablement pas plus la réponse que vous, tant sa Sbornaïa a peiné à offrir un visage d’hôte conquérant durant ces deux années de préparation. Rendez-vous compte : le soviet-équipe a gagné cinq matches en tout et pour tout sur les vingt joués depuis le dernier Euro (contre des foudres de guerre de l’accabit de la Nouvelle-Zélande et de la Hongrie (et pas le Onze d’or de Puskas, hein)), et n’a même plus connu la victoire depuis le mois d’octobre dernier. La Sbornaïa a traversé cette phase de préparation comme un fantôme, sans aucune garantie collective, tactique ou même digestive. Le dernier match s’est soldé par un piètre nul 1-1 face aux copains turcs, après une série de trois défaites consécutives. Pas de quoi se taper le cul par terre, même si le camarade Tchertchessov a déclaré sans trembler des genoux y avoir vu « du positif ». C’est vous dire si on va s’amuser, cet été.

Lorsque l’on se prend à espérer que nos camarades se sublimeront à l’occasion d’un grand rendez-vous comme celui qui nous attend, le souvenir des compétitions passées nous ramène durement à la réalité : mise à part l’éphémère et idyllique épopée de 2008, durant laquelle les beaux Arshavin et Dzagoev menèrent l’escadre rouge en demi-finale de coupe d’Europe, la sélection russe n’est jamais sortie des phases de poules des compétitions majeures auxquelles elle a participé depuis l’éclatement (tristesse) de l’Union des républiques socialistes soviétiques (mélancolie) en cette année décidément bien triste de 1991. Elle est bien loin, l’époque où les Yachine, Blokhine, Dasaev, Netto et autres Belanov faisaient trembler l’Europe et le monde, accrochant quatre finales en championnat d’Europe (#vanBastenmatuer), dont une remportée lors de l’édition-pilote, en 1960 (#àjamaislespremiers) et une tripotée de quarts et de demies de coupe du Monde. Aujourd’hui, en lieu et place de cette fière équipe unie par l’amour du socialisme réel, on a droit à quinze fédérations nationales toutes plus déglinguées les unes que les autres, dont une seule, la russe, sera présente à ce Mondial (et heureusement qu’elle accueille la compèt’ (merci Sepp), je n’aurai pas donné très cher de leur peau si elle avait dû en passer par les phases qualificatives).

 

15 nations, 3 bandes, 1 maillot rouge : c’est l’Union soviétique.

 


LE SOVIET-ÉQUIPE


 

Bref, l’héritage est lourd, très lourd, trop lourd (comme ma syntaxe) à porter pour les bleu-bites qui succèdent aujourd’hui à la Grande Union. Le groupe, drastiquement rajeuni par Tchertchessov, pèche par son manque d’expérience et l’absence de cadres techniques et tactiques forts. Si bien que, se rendant sans doute compte au dernier moment qu’il avait une Coupe du Monde à jouer, ce bon vieux Stan a dû sortir de sa retraite Sergueï Ignachevitch, 38 ans et presque toutes ses dents, recordman de la sélection avec ses 120 capes au compteur. Le genre de réflexes de panique tout à fait à même de vous rassurer tout un pays avant d’accueillir le plus grand évènement sportif au monde.

Il y a pourtant quelques motifs d’espoir, avec une armature intelligemment structurée autour des joueurs du crû moscovite, dont les clubs n’ont pas été ridicules en coupe d’Europe cette saison. Cinq joueurs du CSKA ont ainsi eu le plaisir de bouffer de la quenelle au printemps dernier, parmi lesquels la star Dzagoev, le vétéran Ignachevitch, Akinfeïev aux gants moites et le jeune crack Golovin, tandis que les jumeaux Mirantchouk du Lokomotiv piétinaient du Niçois au sortir de l’hiver, sans oublier l’incontournable Zenit de Leningrad et ses six représentants au Mondial, parmi lesquels l’ancien Jirkov. Rajoutez à cela l’arrière-garde du Rubin Kazan, GranatKoudriachov, qui semble avoir les faveurs du camarade-sélectionneur, quelques spartakistes (Samedov notamment), caucasiens de Krasnodar (dont Smolov, pressenti pour devenir le Guivarc’h de l’été en l’absence du titulaire naturel Kokorin, blessé), et deux expatriés (dont Cheryshev, qui évolue à Villarreal).

 


LE SCHÉMA TACTIQUE FARFELU QUE VOUS ATTENDIEZ TOUS


 

Allez… Vous le voyez, le 1-2-3-4, là… Non ?

Inutile de vous dire que ce schéma tactique volera en éclats dès le premier match, si tant est qu’il a bel et bien existé et a déjà été utilisé par notre chère équipe. Rien n’est moins sûr. Moi je me fie à mon instinct spartakiste, mais il commence peut-être à dater un peu. C’est que c’est loin, 1991… Hé, me regardez pas comme ça, je vais les regarder les trois mâches de poules, vous inquiétez pas. Mais j’allais quand même pas me farcir les amicaux par-dessus le marché, si ? Mais payez-la vous-même, la redevance télé, non mais je rêve !

Bon, je sais même plus qui on joue dans notre poule, il me semble qu’il y a des cousins friqués du président de Paris-Saint-Germain-en-Laye dans le tas, ce sera l’occasion de claquer la bise et de réclamer les thunes qu’il me doit toujours pour mon académie du quart contre la Cité de Manchèsteure, une sombre histoire de rouquin et de défense à cinq. Et puis on se coltine aussi une amicale d’anciens nazis établis en Amérique du Sud, ou je sais plus quoi, j’irai me renseigner à l’ambassade d’Allemagne. Et puis d’autres copains basanés de Nasser, mais moins friqués, sujets aux accidents de jokari. En bref, on est à peu près sûrs de rien dans ce merdier. Rendez-vous pris à la fin des matches de poules, histoire de voir si notre petite sélection de l’Oural a réussi à se surpasser et à activer le mode URSS.

Allez le foot,

Georges Trottais

Georges Trottais

L’homme le plus (lutte des) classe(s) du monde.

3 Comments

  1. Le service montage n’était pas disponible pour placer Vladimir derrière l’ours ?

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