La Jup’ : la réforme du football belge

En 2016-2017, le football belge fera peau neuve. Cette réforme verra la création d’un 5ème niveau national, intercalé entre les actuelles D2 et D3, appelé D1 amateurs. Toutes les divisions sont par conséquent profondément modifiées.

24 clubs auront alors le statut professionnel. 10 de moins qu’aujourd’hui. Si les clubs de D1 sont favorables à cette décision, aucun n’est prêt à consentir une baisse du nombre de clubs présents dans l’élite, par crainte pour sa propre place. Actuellement à 18 clubs, la D2 passera donc à 8 pensionnaires et deviendra D1 B. Nous verrons que cette décision scinde encore un peu plus les footballs pro et amateur. Cette nouvelle saison s’annonce donc comme une saison de transition à tous les étages.

Mais les changements ne s’arrêtent pas là. Dès 2016-2017, une équipe ne sera plus simplement jugée sur ses résultats sportifs : la qualité des installations (D1 B) ou l’appartenance linguistique (D2 amateurs et D3 amateurs) pourront ainsi déterminer le sort d’une équipe.

Cet article est un condensé des 355 pages du nouveau règlement. Toute ressemblance d’un passage avec la version originale peut ne pas être qu’une simple coïncidence.

 2015-2016

Structure pyramidale :

Division 1 : peu de changements

Si les spécificités de la JPL sont préservées, 3 évolutions sont à noter.

  • Le vainqueur de la phase classique (PC) gagne un ticket européen.
  • En cas d’égalité, le classement lors de la PC départagera les équipes concernées.
  • Les PO3 sont supprimés. Le dernier de la PC sera l’unique relégué. Le 15ème n’intègre pas les PO2 pour autant et sera en vacances fin mars, ce qui devrait ravir pas mal de clubs moyens. On pourrait donc avoir une course à l’avant-dernière place pour ce qui serait la version belge du Championnat à l’envers des Cahiers du Foot.

Division 2

  • Seules 17 équipes joueront puisque 3 équipes sont promues de D3, mais 4 équipes quittent la D2 par la petite porte : le KRC Mechelen et Woluwé-Zaventem (relégations sportives), Alost (relégation administrative) et Mons (faillite).

NDLR : le 18 juillet, Alost a obtenu sa licence devant le tribunal mais n’a pourtant pas été réintégré. Au 23 juillet, le sort de l’Eendracht (et donc le nombre de participants à la D2) est toujours indéterminé.

  • Puisque la D1 se ferme et n’accepte plus qu’un seul promu, le Tour Final (TF) disparaît. Avec lui s’en va le système des tranches[1].
  • La mutation de la D2 relèguera les 9 derniers au terme de la saison.


Division 3 : de 2 à 1 série

Descendons en troisième division et montons dans la complexité. Les actuelles D3A (19 clubs) et D3B (18 clubs) vont disparaître au profit d’une D1 amateurs (sorte de Super D3) composée de 16 clubs. 7 de ces 37 clubs gagneront leur ticket pour celle-ci. Ils seront ainsi déterminés :

  • Les 2 premiers de chaque série (soit 4 clubs).
  • 3 clubs parmi les 3ème/4ème/5ème/6ème de chaque série. Sous forme de matchs aller-retour, ce tour final sera composé de 3 journées :
  • 1ère journée : 4 matchs au programme, un club ne pouvant affronter qu’un autre club de sa série.
  • 2ème journée : les vainqueurs s’affrontent en « finale » de série. Les vainqueurs de ces 2 matchs sont promus.
  • 3ème journée : les 2 finalistes vaincus s’affrontent pour déterminer le dernier promu.

Les 30 autres clubs seront relégués. Et comme ça n’était pas assez complexe, sachez que le dernier de chaque série sera relégué de 2 niveaux.

Promotion : 44 relégués !

En Promotion (D4), je ne veux pas vous faire peur, mais ça se complique. Il y actuellement 64 clubs répartis en 4 groupes égaux. On trouve ainsi 2 groupes 100% flamands (noir et rouge), 1 groupe 100% wallon (vert) et 1 groupe mixte comprenant également les clubs bruxellois (bleu) :

Pour l’anecdote, certains auront remarqué que le groupe 100% flamand noir ne l’est pas vraiment, puisqu’il comprend un club wallon (RFC Tournai).

  • En 2016, le groupe mixte disparaîtra pour séparer totalement les footballs amateurs wallon et flamand. Deux séries seront néerlandophones (NL), la dernière sera francophone/germanophone (FR). Les clubs bruxellois seront répartis en fonction de leur appartenance linguistique.
  • Il n’y aura donc que 48 clubs en Promotion (renommée D2 amateurs), dont les 28 relégués de D3. Les 20 autres seront déterminés ainsi :
  • Les 3 premiers de chaque série sont maintenus, soit 12 clubs.
  • 8 clubs parmi les 4ème, 5ème, 6ème et 7ème de chaque série. La participation de ces clubs dépendra du nombre de places restantes dans une série. Seule certitude : les 20 clubs seront composés de 5 à 12 clubs NL et de 8 à 15 clubs FR.

2016-2017

Après une saison 2015-2016 placée sous le signe de l’incompréhension totale de championnats qu’on ne regarde de toute manière pas, 2016-2017 marquera la première année d’application de cette grande et belle nouvelle réforme. Place au spectacle.

Structure pyramidale :

HD en cliquant dessus

D1A & D1B : vers une minimisation du risque sportif

La principale évolution de la D1A concerne l’organisation des PO2 :

  • Jusqu’ici composés de 8 clubs, ils s’ouvrent au 15ème de D1A ainsi qu’aux 2ème, 3ème et 4ème de D1B. Il y aura donc 2 groupes de 6.
  • Un club de D1B pourra donc être européen.
  • La finale de PO2 et le test-match européen ne se disputeront plus qu’en une seule manche, sur le terrain du mieux classé lors de la phase classique.
  • La D1B se disputera dans un système à « doubles matchs aller-retour » et en 2 tranches : le leader sur la 1ère demi-saison et le leader sur la 2nde s’affronteront après les 28 journées en match aller-retour pour déterminer le champion et promu.
  • Pour le maintien, les PO3 refont leur apparition en reprenant le système des PO1 : les 4 derniers verront leurs points divisés par 2. Au terme des 6 journées, le dernier est relégué.

Le dernier point que je développerai pour les divisions professionnelles concerne les licences. Calquée sur le même principe que la DNCG, la Commission des Licences étudie chaque club et lui attribue ou non une licence indispensable. Tous les clubs doivent avoir une licence correspondant à la division dans laquelle ils évoluent. Sans licence, un club peut donc être interdit de promotion ou de participation aux barrages pour celle-ci. Outre les exigences financières/économiques déjà particulièrement sévères, les critères d’obtention concernant la qualité des infrastructures seront encore plus élevés pour les clubs de D1B[2].

  • Tous les clubs de D1B devront posséder la licence D1A à partir de la saison 2018/2019.
  • Les clubs de D1B qualifiés pour les PO2 ne pourront les disputer que si la licence D1A a été demandée et n’a pas (encore) été refusée.
  • Un club promu en D1B doit obtenir la licence D1A à partir de la seconde saison de son accession. Si tel n’est pas le cas, la sanction va du non-versement des droits TV à la rétrogradation.

L’importance de la licence sera même telle qu’elle pourra prendre le dessus sur l’incertitude sportive :

    • Les équipes de D1B ayant une licence D1A « n’entrent pas en ligne de compte pour la descente, tant qu’une ou plusieurs équipes en D1B n’ont pas de licence D1A»[3].

D1 amateurs : si possible, ne montez pas !

Composée des 9 relégués de D2 et de 7 promus de D3, cette nouvelle division est assez soft :

    • Les 4 premières équipes s’affrontent en PO1, avec points divisés par 2 à l’entame de ceux-ci. Le vainqueur après les 6 journées monte en D1B. Preuve de la volonté de l’Union Belge de limiter l’accès des clubs amateurs au football professionnel, il est précisé que le champion « peut (mais ne doit pas) monter »[4].
    • Le 13ème joue un tour final contre 3 équipes de D2 amateurs.
    • Les 14ème/15ème/16ème sont relégués.

D2 amateurs : l’apocalypse

Divisée en 2 séries NL et 1 série FR, la D2 amateurs se déroulera ainsi :

  • les champions de chaque série sont promus.
  • Le tour final pour la montée (avec le 13ème de D1 amateurs, cf plus haut) se disputera sous la forme d’une compétition débutant en demi-finales (matchs aller-retour, même pour la finale). Le vainqueur gagne sa place pour la D1 amateurs.
  • Il y aura un tour final pour la descente, dont les termes n’ont pas encore été fixés.

Ça a l’air assez simple à comprendre. Grossière erreur. En réalité, comme les clubs seront répartis en fonction de leur appartenance linguistique et qu’il faut conserver 16 clubs dans chaque série, l’appartenance linguistique des relégués de D1 amateurs déterminera le nombre de relégués de D2 amateurs vers la D3 pour chaque appartenance linguistique ! La Jup’ vous offre ainsi ces tableaux récapitulatifs :

Particularité : si le gagnant du tour final pour la montée n’appartient pas à la même aile linguistique que le participant de la D1 amateurs :

Sous réserve des ajustements susmentionnés :

D3 amateurs : format anal indéterminé

Les ailes néerlandophones et francophones travaillent encore sur la complexité de ce championnat et ne sont toujours pas fixées. On sait juste qu’il y aura 2 séries NL de 16 clubs, 2 séries FR de 14 clubs et qu’il y aura des tours finaux, aussi bien pour la montée que pour la descente.

Jean-Marie Pfouff

Retrouvez-moi sur Twitter, Facebook et sur la page de la Jup’ Académie.

Bart Van der Van Krrr, ce Bel Homme, est aussi ici et .

_________________________________________

[1] Cf le dernier paragraphe : http://horsjeu.net/fil-info/les-playoffs-sont-de-retour-chez-la-jup-academie/

[2] Article 410, pp 90-91.

[3] Page 236, point 62.

[4] Page 236, point 71.

Jean-Marie Pfouff

22 commentaires

  1. Jean-Marie Pfouff aurait pu faire Centrale-Pont-Les Mines-Normale Sup Math Cachan cette année et au lieu de ça il décrypte le championnat Belge.

    J’ai rien contre la recherche fondamentale ceci dit mais je trouve que c’est un peu du gâchis.

  2. Nan mais il faut leur dire qu’ils peuvent arrêter les expériences, il a été trouvé le Boson de Higgs !

  3. On attend toujours la réaction de l’Editeur, qui s’est évanoui au deuxième paragraphe.

  4. On sait désormais que l’achat de jambon Herta est prohibé en Belgique.

  5. Sinon plus sérieusement j’ai déjà vu des choses à peine croyables dans ma vie mais ça, ça dépasse l’entendement.

  6. Donc, un club de D2 (pardon, de D1B), peut obtenir une qualification européenne, mais pas le champion de D1B. Je ne comprends guère la logique…

    Bon, y’a un côté « ce n’est plus une D1 et D2 mais une D1 et une D1 bis », d’où ce côté poreux, mais tout de même…

    Et si je comprends bien, en D1B, ce n’est pas le n°1 qui est promu mais le promu qui est placé n°1 dans le classement final. Car techniquement, celui qui termine promu peut terminer dernier du championnat D1B.

    Et s’il faut (avoir demandé) la licence D1A pour pouvoir participer aux PO2, n’est-il techniquement pas possible d’être promu en D1A sans remplir cette condition ? J’imagine que non et que tu as sauté cette évidence dans tes explications, cher auteur. Sauf si les autorités compétentes (?) ont oublié ce point-là.

    Et s’il y a plusieurs clubs de D1B qui n’ont pas encore obtenu la licence D1A, comment fait-on pour choisir LE relégué ? Ou alors on les dégage tous pour faire monter plusieurs promus (là encore comment les choisit-on dans ce cas ?) ? Mais ceux-ci n’auront probablement pas les licences nécessaires.

  7. Bon, j’ai regardé un peu le règlement et j’ai déjà quelques réponses à mes questions :

    pour pouvoir participer aux tests-matchs pour la promotion en D1A, il faut avoir demandé la licence D1A. De plus, si le club devant être promu n’obtient finalement pas la licence D1A, il reste en D1B. Le finaliste le remplace sauf s’il n’obtient pas non plus cette licence, auquel cas le plus-haut classé de la D1B ayant la licence D1A est promu.
    Amusant : si le champion de la D1B ne peut être européen bien que promu, le quatrième lui peut-être promu ET européen.

    TOUS les clubs de D1B n’ayant pas obtenu la licence D1B seront relégués à l’issue de la saison.
    Mais il faut également que TOUS le promus en D1B aient cette licence D1B.
    Que se passe-t-il alors s’il n’y a pas assez de clubs possédant la licence ?

    Et c’est moi où il n’y a pas de sommaire pour le règlement !?

  8. Merci pour vos retours laudatifs !

    Je tenais à signaler que j’ai fait de mon mieux pour simplifier.

    @Shag a Eve : j’ai évoqué ces quelques points. Je n’ai pas voulu développer le cas des licences plus que ça, mais peut-être était-ce nécessaire. Je trouve d’ailleurs amusant que le règlement indique que pour disputer le tour final pour la montée vers la D1A, la licence doit avoir été demandée, mais pas encore refusée. En gros, le club qui a un doute a tout intérêt à faire sa demande le plus tard possible s’il veut avoir l’occasion de s’offrir quelques bons matchs.

    Si les licences des premiers clubs de D1B sont en règle, le 4ème peut surtout être européen sans être promu. Ça me semble bien plus terrible !

    Concernant ton dernier point, le règlement évoque cette éventualité (page 234, article 1542) :
    – Parmi les 9 clubs relégués de D2, on repêche autant de clubs qu’il faut répondant aux critères d’obtention de la licence de D1B (critères 2016/2017).
    – Si le nombre de clubs est toujours inférieur à 8, on repêche autant de clubs qu’il faut répondant aux critères ACTUELS (2015/2016).

    Pas de sommaire, mais une table des matières tellement longue qu’ils ont fait un PDF à part : http://static.belgianfootball.be/project/publiek/reglement/index_fr.pdf

  9. Merci a Jean-Marie de s’etre farci cette purge.

    L’avant-dernier paragraphe (sur la d2 amateurs) m’a achevé

  10. on savait l »union Belge en-dessous de tout mais, ici , c’est la connerie qui prend le dessus? Et tout ça pour contenter les imbéciles de la pro ligue

  11. la sa confirme de ce que j’ai toujours dit a savoir que le foot et les dirigent ont 30 ans de retard sur le foot européens.

  12. Tu sais Jean-Marie que tu vas devoir nous refaire cet article tous les 6 mois, hein ?

    6 mois, ça me paraît bien. C’est le temps que je mets à récupérer après un tel article, prêt à tenter de comprendre à nouveau le fonctionnement de ce championnat.

    • Figurez-vous Bichentéé que j’ai rencontré un directeur sportif belge il y a deux semaines qui n’avait pas encore bien compris que des clubs de D2 peuvent réellement être européens.
      Pareil chez certains journalistes, ça semble flou.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.