Nancy-Orléans (3-0) : La Chardon à Cran Académie ne part jamais sans en étaler une dernière fois.

La Chardon à Cran Académie, fidèle à ses habitudes, s’est encore démerdée pour glisser un texte très proche d’une échéance vaguement importante, histoire que ledit texte passe globalement inaperçu. Ce qu’il ne faut pas faire pour respecter les usages de son club de toujours.

Dernier match dans le temple du football campagne pour cette saison 2017-2018, contre le très respectable FC Orleans . Côté composition de notre ASaNaL, du classique :

Rappelons tout d’abord que Orleans est déjà condamné à rester dans le ventre mou de la Ligue 2 tandis qu’une simple victoire maintiendrait officiellement l’ASaNaL. Notre bon Jacquot qui ne perd jamais le nord a déjà sorti ses cartons de Gris de Toul du Leclerc Vandoeuvre (dont il est proprio, malin Rousselot) afin de les offrir au président orléanais.
Plusieurs joueurs nancéiens devraient connaître leur dernier match sous le maillot du Chardon ce soir : Cuffaut dont le contrat se termine en juin ; Bassi pisté par plusieurs clubs (dont Nice) ; Nordin prêté cette saison par Sainté ; Youssouf Hadji dont c’est le dernier match en carrière, on s’y attardera plus tard ; enfin Jacques Rousselot qui ne rempilerait pas une année supplémentaire si le club venait à être racheté (ce qui semble être dans les clous).

Le début de match est, contre toute attente, sous le signe de l’ennui. Rappelons que le destin du club est entre les mains des joueurs, qu’une victoire scellerait le maintien… c’est bien la peur que l’on détecte et que l’on aperçoit dans le short de nos joueurs.
Le gris de Toul n’ayant pas encore fait son effet, les Orléanais se démerdent pas trop mal et n’ont pas beaucoup de difficulté à mettre en danger nos faibles défenseurs… si bien que dans le même temps, Bourg-en-Bresse gagne et colle au cul de l’ASaNaL au classement. Tout va bien dans le meilleur des mondes, l’ASaNaL est à 2 micropenis de la relégation, mais n’a pas les couilles ou les pieds nécessaires pour s’en sortir… les supporters chantent, sortent les fumigènes, Jacquot s’énerve et ressert un ballon à son confrère.
C’est d’ailleurs le bon moment qu’a trouvé l’arbitre pour siffler un pénalty et un dernier but à Youssouf Hadji qui le transforme (évidemment) : 1-0.
Amine Bassi qui doit voir des scouts au milieu des supporters joue la musique et double la mise d’une magnifique frappe en lucarne (2-0). Dès lors la tension retombe, les Orléanais ont fait le boulot.
Nordin est en grande forme (pour une fois, coucou Gromerdier) et a envie de se montrer, il tente à plusieurs reprises, dribble les défenseurs…on aurait aimé voir ça plus souvent, ou bien est-ce peut être le gris de Toul qui agit enfin sur les adversaires ? La mi-temps est sifflée et rien de très bandant ne se passe sur le terrain.
Le grand moment à Marcel-Picot arrive, la sortie à la 70e minute du grand Youssouf Hadji dont la carrière en tant que joueur se termine après 384 matchs avec l’ASaNaL et quelques 92 buts sous les belles couleurs rouge et blanc. Un grand merci à lui, à sa famille, importante pour le club et aussi à Rousselot qui a su lui redonner confiance cette saison. Un gros mea culpa de ma part et de beaucoup de supporters, soucieux de ce choix en début de saison qui s’avère au final payant puisque Youssouf Hadji est le meilleur buteur du club cette saison (9 buts).
Les Orléanais ont fait le boulot en donnant leur cul ; leur président a, semble-t-il, donné les bonnes consignes à la mi-temps. Dalé signe un 3e but en toute fin de match et scelle le maintien de l’ASaNaL (3-0). Jacquot peut souffler, il termine son long mandat de président de l’ASaNaL (depuis près de 30 ans) sur une victoire et un maintien dans le football professionnel.

Difficile de noter les artisans du match aujourd’hui : un match quasi sans enjeu, qui tourne au jubilé en 2e mi temps et au grand n’importe quoi en fin de partie.
Le feu d’artifice de fin de saison peut alors scintiller : petite perche tendue pour rappeler que comme d’habitude les privilèges sont toujours accordés aux mêmes et que même si la pyrotechnie est, tout le monde le sait, interdite depuis la loi Alliot-Marie de 1993 … tous les ans, les fumigènes et autres artifices sont autorisés sur la pelouse de Picot car mis en oeuvre par une entreprise … Business is business. Faisant écho aux dernières déclarations de notre ami Le Graet sur la pyrotechnie dans les stades, les ultras ne tarderont pas à lui répondre, je n’en doute pas.
Cette question politique achevée, le club, des joueurs au staff, en passant par les supporters (véritables acteurs du maintien cette saison) soufflent et terminent l’année en sauvant les meubles. Le feu d’artifice paraît même grossier compte tenue de la saison que l’on vient de vivre, entre la valse des entraîneurs et la grève des encouragements. On attend autre chose la saison prochaine, pour notre part, mon camarade et moi même serons encore là pour vous narrer les péripéties de l’ASaNaL avec, espérons le, plus d’assiduité et davantage d’absurdités débitées.


Un dernier mot avant de se quitter. Une sorte de bilan.

Avant de commencer, saluons la réussite de Didier Tholot. Quoi que cette réussite puisse être relativisée, il a fixé un objectif et s’y est tenu. En soi, c’est déjà une très belle performance compte tenu de la saison sensationnelle de déception que le club a connue.

Cette saison, parlons-en donc. Les quatre lecteurs assidus de la Chardon à Cran Académie l’auront constaté : c’était souvent difficile de parler des matchs en eux-mêmes tant leur contenu était pauvre. Si l’illustre Roger Piantoni-Vairelles (paix à l’âme de son homonyme du monde réel), mon impeccable partenaire, fut le garant d’une certaine rigueur scientifique, je me laissais aller de mon côté à divaguer quelque peu dans les méandres d’une uchronie qui, dans le plus strict respect des traditions horsjeuïennes, devrait rester inachevée (à moins qu’un système de tip ne se mette en place un jour comme chez les petites catins d’internet et que vous DONNIEZ pour avoir la fin, sait-on jamais…). On aura bien rigolé mais maintenant, place aux choses sérieuses.
Parmi les quelques changements d’organigramme propres à tout club dynamique, l’ASNL a offert en cette fin de saison ce qu’on attendait tous avec plus ou moins de circonspection : un minuscule changement de tête. 25 ans après, le bon Jacques Rousselot a enfin trouvé une porte de sortie digne du piège dont il n’arrivait plus à se dépêtrer. Son habitude de fanfaronner dès que l’un de ses joueurs a acquis une nouvelle paire de crampons remisée au placard, notre président de toujours (qui a connu quelqu’un d’autre, sérieusement ?) a annoncé sobrement avoir trouvé des repreneurs biens sous tous rapports, polis, propres et même presque gentils, puisqu’ils veulent faire entrer plein de brouzoufs dans la machine et ainsi offrir un lustre nouveau riche au chardon, comme c’est la mode un peu partout.


Menelaos Pissourios, un nom et une figure appelés à être souvent moqués convoqués ici (photo l’Est Republicain).

Et justement, s’il y a un truc qu’on n’aime pas trop en Lorraine, c’est la mode. Il n’y a qu’à voir comment on s’habille ou on se coiffe, ou encore comment on repeint nos voitures. Un autre truc que moi j’aime pas trop, c’est les Américains. Mais on va dire que je suis raciste alors que c’est même pas vrai : j’ai plein d’amis qui votent à gauche. Qui votent. Bref, on va plutôt dire que je n’aime pas les investisseurs. Cette sous-espèce de Kardashian du football qui s’amène avec ses valises pleines de billets de banque, dépense sans compter ni rien y connaître dans l’unique but de récupérer encore plus de pognon, optimisation, spéculation, millions, millions…ah on voit ce que ça fait quand ça marche mais moins quand ça plante dans les grandes largeurs. Allez donc voir au Mans, à Sochaux ou à Grenoble comment ça s’est passé quand ils ont cru voir la lumière et que les ténèbres (inhérentes aux villes citées -surtout celle du milieu-, certes) les ont enveloppées de nouveau, avant de me balancer des “oui mais Paris, oui mais Marseille”…

Le pognon pourrit tout. Clubs, joueurs, direction, arbitres, supporters, édiles, présidents nains qui ouvrent grand la porte au fascisme, politiques, enculés de tous bords, et même certains types parfois classes dont la carapace cède…nulle intégrité, nulle dignité qui n’ait un jour craqué face aux sirènes vicieuses de l’argent facile.
Nous, l’argent, on n’aime pas ça. Ça ne nous fait ni rêver plus gros ni bander plus dur ; pas qu’on ne veuille pas tricher. Oh non. On veut juste rester crasseux, bêtes et méchants, boire de la gnôle frelatée et pas du vin en caisses, galérer comme des ânes bâtés sur le terrain, tirer la langue et perdre, perdre encore et nous relever, n’avoir rien de mythique ni d’attrayant, juste nous débattre parce que surnager nous paraîtrait suspect à nous-mêmes encore plus qu’à tous les autres, gagner sur des hasards heureux ou malheureux, gagner sans gloire, gagner même à la barbe de nos concurrents (pour la montée ?) au prix d’une injustice flagrante, bref, rien de tout ce que les Yankis nous promettent.

Oh que nous sommes conservateurs, nous petits Lorrains rétrogrades qui nous détournons de ces alléchantes encaisses transactionnelles ; oh que nous sommes gourds, fats et veules, tous autant que nous sommes. Ils n’ont pas fini de s’arracher les cheveux, avec nous.


Club de supporters nancéiens allant présenter quelque doléance à la nouvelle direction.

Mais plutôt que de nous appesantir sur un inquiétant futur (le retrait de l’entrée au capital de Saint-Étienne -je ne sais pas si c’est ce que l’on dit dans le langage dégradé du capitalisme et je m’en fous- du même fond d’investissement qui doit pénétrer notre propre capitanal, ça devrait nous inquiéter, non ? Et ces reports de rendez-vous avec la DNCG…?), arrêtons-nous sur quelques éléments récents de l’Histoire havec hun hgrand HACHE. Je veux parler bien sûr des départs à la retraite en cascade.

Symbolique de mes deux, petite mort des faibles pour nos esprits chagrins d’Européens fatigués par le poids de l’histoire indigne de notre continent, le retraite pourrait en d’autres temps provoquer notre mépris. Mais une sorte de conformisme inhabituel nous pousse à pleurer les départs successifs de Benoît Pedretti et Youssouf Hadji.

L’un en cours de saison, l’autre à la fin, pour le même résultat ou presque : des vétérans qui sortent d’un groupe aussi inexpérimenté, c’est d’une part un peu triste comme quand on est contraint de se débarrasser de son vieux froc qu’on adore mais qu’on ne peut plus porter sans se faire jeter des pierres par les passants, et d’autre part ça nous promet des complications comme quand on sort en slip sans avoir trouvé de pantalon de remplacement. C’est pas très sympa d’identifier notre Ballon de Plomb préféré et l’étoile verte du club à de vieux falsards, certes. Mais pour peu que quiconque qui nous lit ait eu la faiblesse de confier ses sentiments à une paire de jeans, la comparaison fera son chemin, du moins on l’espère.

C’est quand on saluera leurs remplaçants qu’on trouvera peut-être les moyens de se plaindre. En attendant, laissons ces deux bonhommes profiter d’une courte période pendant laquelle tous les “lowlights” de la carrière d’un joueur sont effacés au profit des meilleurs souvenirs. Les langues de pute -la mienne la première- reviendront bien assez tôt remémorer leurs carences aux anciens et autres couilles molles nostalgiques. Merci messieurs, merci pour votre investissement, merci de montrer encore un intérêt pour ce club en entrant dans son staff, merci pour vous surtout de ne pas céder trop vite à cette tragédie de la mort comme seul recours pour qu’on parle encore un peu de vous.


Les deux papas de l’ASNL, accompagnés de leurs lardons turbulents.

Voilà, ce sera tout pour cette saison de merde, dardons maintenant nos regards vers l’avenir. Celui du club étant bourré d’incertitudes, nous pouvons au moins envisager celui de cette académie sereinement. Vous avez peut-être vu que ça tournait pas mal depuis le début de saison, avec plus d’un article tous les deux matchs. On voudrait vous y voir pour regarder des matchs le vendredi soir à 19 heures. Bref, en comptant tous ceux qui ont été publiés dont celui-ci, on arrive à 23 articles, ce qui compte tenu du boulot que ça représente et de la cure de ricard désintoxication nécessaire pour s’en remettre, est plutôt satisfaisant. En tout cas pour nous. On s’était juré qu’on ferait plus évidemment, mais que voulez-vous, en Lorraine on évite de remplir ses objectifs car on ne tient pas à ce que le monde commence à s’inspirer de nous. Nous ne pratiquons l’échec que pour vous épargner.

Toutefois on aimerait vous offrir encore un peu plus de sombre football, c’est donc pour cela que nous envisageons quelques modiques évolutions pour la saison prochaine. Pas grand chose : moins de blabla en intro, plus d’assiduité, une charte graphique un peu plus homogène…choses dont zuns zet zautres devraient s’inspirer plutôt que de venir fanfaronner quand leur club de mort est à trois matchs de la montée. Mais trêve de méchanceté, après tout la Coupe du Monde devrait apaiser nos différends et jamais au grand jamais exacerber nos putains de sentiments nationalistes alors qu’on vit déjà dans un putain de pays d’extrême droite. Tocards, va.

Roger Piantoni-Vairelles et Marcel Picon.

Marcel Picon

Ras le cul de toutes ces conneries.

3 Comments

  1. ah quand même… un mois que ma touche F5 souffre… c’est que je l’attendais cette acad’ (hé oui, je fais fièrement partie des 4 lecteurs susnommés….)

    une page du club se tourne…

    on sera peut être riche avec nos ricains, on s’en fout, on aura un derby !

    un grand merci aux 2 auteurs pour cette saison ! vivement les prochaines !!!

  2. Cette académie réussit à nous ramener à la dure réalité du football anal avant même l’ouverture de la parenthèse enchantée du mondial. Bravo.

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