La Chardon à Cran Académie prend congé
Fin de saison en fanfare

Bientôt quatre mois sans écrire que des rapports d’entretien à la con et des mails plus creux que le cerveau d’un ministre en exercice (choisissez). On ne choisit pas le moment où la plume se pointe pour se planter dans un cul au hasard et transmettre le démon de l’écriture.
On était guéri, débarrassé du péril, le cou du diablotin de la souffrance était tordu, laissé piétiné dans un caniveau malodorant très approprié pour sa complexion dégoûtante. On virevoltait heureux comme un cycliste à qui on a retiré le garde boue sans comprendre que la boue c’est lui.
Seulement voilà, quelqu’un a pris les commandes. Le bus en flammes a quitté la route et après avoir molesté les innocents, Keanu Reeves compris, il a ouvert la voie au retour de l’anti-héros le plus inattendu de notre histoire. On a frôlé la vie et maintenant nous voilà coincés avec lui, l’humour en bandoulière, la gourde emplie d’une eau scabreuse, sûrement prélevée dans une nappe vosgienne privatisée.
Maintenant qu’écrire nous rappelle le boulot, il nous faut dompter d’autres formes, plus sauvages, plus libres, d’expression. Foutre le feu à des agences bancaires et proposer de venir éteindre avec son pioupiou noyé de vodka bon marché en est une. Apprendre à construire des guillotines grâce à des tutos de menuisiers sur Tiktok en est un autre. Eh, comment ils faisaient, à l’époque ? Fallait bien transférer les compétences par un moyen ou un autre.
Alors oui, on n’en peut plus de scribouiller, on le regrette, c’est comme ça. On ne veut pas se chercher des excuses, nuances de lâcheté et de renoncement (tout ce à quoi on aspire depuis le début mais PAS POUR NOUS putain). Y a des trucs plus graves dans ce monde à gerber, je ne vous dresse pas la liste ; certains mécanisent leur haine à l’aide de traitement de texte ou de guitare électrique, d’autres avec des bombes de 40 tonnes, c’est comme ça, c’est la vie, façon Abattoir 5 mais je préfère le titre original parce qu’il mentionne une maison de massacre et le mot me paraît plus approprié.
Quand on reviendra pour un ultime retour, on essayera de mentionner tout ça de manière moins explicite, ça nous donnera l’impression d’être un intellectuel “neutre” et pondéré.
Maintenant, il faut détourner le regard, envoyer d’autres infos à un cerveau rompu à la dépression depuis le plus jeune âge parce que moi c’était pas très important mais maintenant que je vieillis c’est ptêt con mais j’ai comme qui dirait moins envie de crever, la vie a vaguement répondu à quelques questions, c’était guère satisfaisant mais ç’ a eu le mérite de m’envoyer un message, le genre qu’on perçoit à travers une langue étrangère miraculeusement intelligible. L’instinct de mort nous a quitté, si bien qu’on s’entendrait presque à s’abîmer dans l’existence sans se nier, merde à la fin ! mais d’où provient la source vive de tant d’énergie motrice ? On se le demande.
Bon, assez tourné autour du pot, envoyons le tant attendu mot de la fin : l’As Nancy-Lorraine est championne de National, voilà on ressort du puits de fange dans lequel un sort vilain nous avait plongé et on reprend goût à la souffrance au football.
Ça ne nous rendra pas les législatives, ça n’éliminera pas la pub sur Youtube et ça ne lavera pas plus blanc, mais au milieu d’un maelström sclérosant d’actualité morbide, d’ère politique obscurantiste et de cataclysme environnemental, permettez que ce petit événement dérisoire réchauffe le cœur abîmé d’excès du Lorrain phtisique de naissance. Alors loin de vouloir vous faire la leçon, car après tout, si l’on en reste au seul football, la France vient quasiment de doubler son palmarès européen des clubs et de vivre une humiliation comme on n’en fait plus à l’échelle nationale, mais tout de même, tâchez d’en profiter ou à défaut, si votre club est encore plus nul que le nôtre, peuplé de supporters néo-nazis ou d’investisseurs capitalisto-rapaces (histoire de n’épargner personne), de compatir un poil car ça pourrait vous arriver, nous en sommes la preuve vivante : même les plus insondables nullards ne sont pas à l’abri d’un succès de circonstance.
Et quand bien même vous ne croiriez pas au pur ravissement procuré par le fait d’apercevoir une grosse statue de monarque polonais s’illuminer de la lueur des torches ou ses rondeurs vous renvoyer aux joues bien pleines de l’entraineur de votre club de cœur, essayez de transposer ça aux quelques petites victoires que la vie peut réserver de temps à autres même quand on ne s’y attend pas, votre patron qui glisse sur un étron canin à s’en rompre le cou (oui toute joie est méchante chez moi, niquez vous), une jolie petite musique qui vous émoustille les hormones, une caresse librement consentie…
Allez, je vous laisse avant de devenir complètement mièvre. Merci à Pablo, merci aux joueurs, merci aux spectateurs présents au stade, merci à personne d’autre parce qu’on ne s’est vraiment pas senti aidés. Grâce à vous de nous avoir souvent régalé, parfois de nous avoir fait douter, occasionnellement mais tout de même pas aussi régulièrement que par le passé, de nous avoir enragé.
Une belle fausse trêve à tous ; je ne vous dis pas au revoir, à la manière des anciens trop vieux pour savoir s’ils vont passer l’été.
Marcel Picon
Merci Marcel.
La relève viendra à point, sans tambours, ni trompettes (l’ASNL ayant trop puisé dans le stock…)