Chaque été c’est la même histoire : la Ligue 1, 2 ou autre (hum) revient prématurément nous sortir de notre torpeur estivale au beau milieu du mois d’août et nous inflige deux heures subites de sobriété obligatoire, le temps d’assister aux premiers ébats de la saison. Un vaseux sentiment de panique s’empare de l’académicien né en retard mais ne le mène pour autant pas à sortir la plume de son cul flasque dans l’immédiat : on procédera plus tard, lorsque la graisse du barbecue aura figé et que bobonne aura couché les chiards. C’est que bon dieu de queue, on est en vacances. Et c’est en se décarcassant sévèrement les burnes sur des terrains violents toute l’année qu’on a péniblement accumulé ces maigres jours de congé, alors n’allez vous n’allez pas nous remettre au boulot si facilement. On a beau faire partie du seul corps dont le budget augmente désormais, notre fonction repose surtout sur le fait de payer de notre corps les intérêts supérieurs de la nation. On n’a pas le droit de grève mais on a des fusils, nécessaires pour bouter le barbare hors de France, on n’a pas beaucoup de temps de permission mais on a du football.

Non, attendez, ça c’est ce que j’écrirais si j’étais un de ces brutaux galonnés tant affectionné par le chef des armées et des connards, le va-t-en-guerre sans organe qui invoque armement et force brute à tout bout de champ, du mirador de la petite enfance au nid de mitraille de la croissance positive, en attendant la division blindée de l’allocation de rentrée. Au beau milieu des tirs croisés et des massacres, l’idiot du village veut se placer en faiseur de paix tout en fourguant le maximum de joujoux meurtriers à tous les belligérants possibles, mais il n’arrive pas à obtenir, comme un peu tout ce qu’il prétend viser, son propre terrain de jeu pour étrenner les saloperies mécanisées qu’il paye pourtant grassement à ses copains industriels meurtriers aux frais du contribuable. C’est ballot, on a presque envie de lui suggérer de porter le combat dans l’arène comme savaient faire les grands hommes, théâtre ou spectacle sanglant de professionnels payés pour ça mais au moins ils savent ce qu’ils font et tu n’as qu’à lever ou baisser le pouce pour gratter un ou deux points dans les sondages (mais nul doute que ton nez dans le sens du vent sera encore et toujours obstrué par un trop plein de poudre et que tu te planteras lamentablement, j’en rirais presque d’avance si mon cœur n’était pas desséché au point de ne rire que quand je me brûle, et ça en grande partie de ta faute, sac à pisse). Mais voilà : le chef, non content d’être universellement bête et de se vautrer avec la plus malsaine complaisance dans sa bêtise, est plus dangereusement contagieux qu’un virus échappé du cul pourri d’un bouffeur de chauve souris, et non ce virus ne s’appelle pas “heavy-metal”, même si on t’aime, Ozzy. A cette volatilité qui l’amène à s’épanouir un peu partout sans frontière ni garde-fou, l’insondable stupidité présidentielle ajoute un caractère saugrenu et inattendu qu’il partage donc avec le football français : l’acharnement à nous sortir d’un repos bien mérité et, dans certains cas, nécessairement incompressible en dessous des dix mois par an, et à nous foutre au turbin, fut-ce de force, et ce pour pas un rond.

Pauvre mais honnête, l’académicien ramasse sa peine et allume la téloche à l’heure convenue (avec une demi-heure de retard syndicale) et panique à la découverte atroce qu’il faut désormais PAYER pour voir le jeu de ballon-pied. Comment ? Mais c’est qu’on s’était vite habitué au fait d’accéder aux matchs via l’outil de la FFF, nous. Encore un budget à saper juste pour avoir le droit de râler avec les autres sur le niveau de jeu, et encore une prépa tronquée, mais qu’est-ce que c’est que ce mercato de joueurs youtube…, au hasard on fait comme Manu le pas Malin : on tape dans la santé publique. Finies les bières et les agréments chimiques pour regarder les matchs, on est sobre, on vous a dit. Bon mais le temps de souscrire un nouvel abonnement à n’importe quelle chaîne qui recèle éhontément le droit de diffusion de nos poulets sans tête préférés, on se sent vraiment coupable de l’avoir fait, mais on a demandé de l’aide à des gens peu recommandables. On ne saurait vous dire de qui il s’agit, de peur qu’ils n’aient plus le droit de rentrer sur le sol américain à cause de la fouille anale des réseaux sociaux, les pauvres, tout juste peut-on vous dire qu’ils fréquentent occasionnellement un site à la limite du footballistiquement correct.

Ainsi donc, l’écran du téléphone judicieusement splitté entre une réclame pour des paris sportifs sans risque et tout ce qu’il y a de plus légaux, et un cul appétissant généré par IA, nous voilà à plisser les yeux pour apercevoir le ballon durant au moins une mi-temps passée à se demander si on jouait bien en blanc ou si c’étaient les adorables petites pelures d’en face.


Le match

Comme convenu, on n’en a pas vu grand chose mais il s’agissait d’une confrontation de reprise, quoique officielle, on n’en avait donc pas grand chose à carrer, tout comme certains acteurs sur le pré qui ont semblé aborder cette manche sans le mors aux dents et avec encore pas mal de saucisson et de biscuits apéro sous le sponsor maillot. Comment les blâmer.

Parmi les belles choses aperçues : des offensives vibrantes et une réelle envie de bien jouer (Pablo a même dû trouver ça sympa, un nul à l’extérieur c’est pas si pourri comme résultat, surtout quand on a fait le jeu), voire même de gagner, quelques inspirations offensives sympathiques et même un semblant de début de liant dans le jeu d’ensem…, non ça c’est pas vrai. Cela nous mène d’ailleurs à ce qui ne va pas : l’absence assez visible de cohésion d’équipe, les offensives se construisant sans patience dans les grands espaces où paissent des buffles sauvages que laissent nos adversaires (on n’a pas le droit d’en parler selon les règles du site mais le traitement de texte refuse de concéder qu’on puisse publier sans préciser à quel point ils étaient nuls), on ne profite pas des retours en catastrophe pour lever la tête et attendre le soutien d’un milieu trop prudent qui se lance lui-même dans une course effrénée de couverture à la perte du ballon sans réellement chercher à couper la relance : du foot tel qu’on peut le jouer en National mais dont il va falloir au plus vite réviser les fondamentaux si on ne veut pas que So Foot se remette à parler de nous selon le seul angle qu’ils connaissent (Pablo et le bus, pour les plus jeunes d’entre nous).


Les notes

On va commencer lentement et donner une note d’équipe qui recouvre plusieurs avantages dont celui de ne nous engager à rien, de ne strictement rien laisser transparaître du fait qu’on a plutôt jeté un œil distrait à l’écran, tout affairé à casser la gueule à une bouteille de pineau des Charentes pendant ce temps-là et de ne pas encore trop admettre que moins on les voit mieux on se porte, même quand ils jouent bien ces salopards.

3/5 pour tout le monde ainsi que pour l’équipe, le tout étant paraît-il supérieur à la somme de ses parties.

A dans dix jours pour l’académie du match de ce soir.

 

Marcel Picon

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