OM-Rennes (3-1) : La Canebière Académie donne le clap

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Le plus dur est passé, que le plus dur commence.

Aïoli les sapiens,

Pour ce final de la saison, l’OM pouvait prétendre à la fois au prix du scénario et au prix d’interprétation. Imagine donc : menant 2-0 à l’entrée du dernier quart d’heure, l’OM se fait remonter par le traditionnel but de la 84e minute, suivi d’un pénalty concédé par Balerdi à la 89e. À la 94e, Rennes se procure un ultime corner, que la défense repousse tant bien que mal. À l’entrée de la surface, Valentin Rongier contrôle et arme une frappe surpuissante qui nettoie la lucarne de Rulli.

Conjuguée aux défaites de ces devanciers, cette victoire des Bretons les propulse sur le podium et, surtout, éjecte l’Olympique lyonnais de la Ligue des Champions. À cause de cet ultime but, l’OL se voit ainsi privé de la dernière clôture qui l’isolait de ses créanciers, lesquels fondent aussitôt sur l’agonisant pour le déchiqueter, prélude à des années de marasme dans les divisions amateurs.

À Marseille, cette ultime humiliation ouvre les festivités de la Biennale olympienne : massés devant le parking, les ultras font vite comprendre au loueur que la restitution des véhicules en fin de saison ne s’effectuera pas à la concession, mais directement au rond-point de Bonneveine, en compression autour du pouce de César.

Une joyeuse procession se met ensuite en branle le long de l’Huveaune, avant de bifurquer vers les Caillols pour célébrer la fête de la nature en général et du cyprès en particulier. Devant le portail de la Commanderie, toutes les disciplines du street-art sont convoquées : des Banksy à deux grammes par narine recouvrent les murs de propositions certes peu innovantes sur le plan graphique, mais dont le message marque un retour à une certaine forme de radicalité. On appréciera notamment les coulures de peinture noire sous ce « NIQUEZ VOS MÈRES BANDE DE SALOPES » tout en traits tremblants. Souvent décriés, les cracheurs de feu et pyrotechniciens divers prennent toute leur place, le manque de cyprès encore debout étant judicieusement compensé par l’embrasement d’un fourgon de police judicieusement placé ici. Sur le plan musical, la Maîtrise du chœur du Virage Depé n’est pas en reste, revisitant ses meilleurs classiques tout en parcourant les locaux du centre d’entraînement, au rythme des percussions assurées par la Battucada des Fracas (une battucada étant l’équivalent d’une batudaca, mais où les maillets sont remplacés par des battes, et les tambours par tout ce qui se trouve le long du défilé).

Désemparé, Benoît Payan se résout à activer une fois encore le ratepenade-signal. Du haut de la tour high-tech dominant la rade, Rodolphe Saadé soupire : « Eh bien Alfred, je crois que cette fois-ci nous n’avons plus le choix. ». Pour calmer l’émeute, la CMA-CGM devient ainsi actionnaire majoritaire du club, sous des conditions somme toute raisonnables : s’engager à ne pas faire caguer le groupe et ses propriétaires avec de bêtes questions d’intello telles que la taxation des milliardaires, les conflits d’intérêts ou l’indépendance éditoriale, implanter une ligne directe entre la tour d’Arenc et une oreillette portée H24 par le maire, veiller à ce qu’aucun mauvais esprit ne critique injustement les bienfaiteurs de la Ville, prendre en otage le ficus de Marsactu avec la promesse qu’il ne lui arrivera rien pourvu que les journalistes se tiennent à bonne distance. En échange de quoi le nouveau propriétaire investira dans le club suffisamment d’argent pour faire la nique aux Qataris et à Bernard Arnault réunis, cette promesse faisant l’effet d’une pipe au miel auprès des juges de la DNCG et de l’UEFA. L’OM retrouve ainsi les coudées franches et reconstruit rapidement une équipe compétitive, remportant d’ailleurs la Ligue Europa avant de dominer durablement le football français les années qui suivent.


Ce scénario idéal avait de surcroît l’avantage de ne pas demander d’effort particulier aux joueurs olympiens. Eh bien figurez-vous que ces andouilles ont tout de même réussi à tout saboter, tout ça pour une qualification en Europa Ligue, dont on ne sait même pas si l’UEFA nous autorisera à la disputer. Jusqu’au bout on n’aura pas pu compter sur ces mastres.


Les B-Beye Boys

Rulli
Weah (Pavard, 88e) – Balerdi– Medina – Emerson
Højbjerg (Timber, 82e) – Nnadi (Kamissoko, 82e)
Greenwood (honte à nous) – Gouiri – Paixão (Vermeeren, 72e)
Aubameyang

Aguerd, Egan-Riley, Kondogbia, Nadir et Traoré sont forfait, mais Weah revient. Gouiri et Aubameyang sont alignés ensemble, tandis qu’au milieu Nnadi est préféré à Timber.


Le match

Il aura fallu aller la chercher très loin aux pinces coloscopiques modèle « David Cronenberg », mais on a enfin fini par la retrouver : la dignité des joueurs. Accueillis par une unanimité qu’on ne retrouve habituellement qu’aux apparitions publiques d’Emmanuel Macron, nos bordillettes semblent avoir enfin compris – mais pour combien de temps – que se bouger le maffre était encore le meilleur moyen, sinon le seul, de reconquérir un minimum de respect de la part du public. Manque de bol pour eux, les Rhénais s’attendaient à l’option inverse, qui les auraient vus faire face à des estrasses essorées. Les voici donc surpris de se voir pilonner le mourre pendant les premières minutes. D’une passe précise, Greenwood (honte à nous) trouve Højbjerg en projection à l’entrée de la surface. Le Danois cague un peu son contrôle mais, tout en rage et en détermination, a le coup de reins nécessaire pour résister au défenseur et expédier un tir croisé à ras de terre (1-0, 2e).

Sur leurs six-mètres, les Rhénais prennent soin de faire toucher la balle avec leur jeune gardien remplaçant dans le but de mettre icelui en confiance. Bien vu l’aveugle : alors qu’il lui suffit de bourriner droit devant, le minot a l’idée folle de tenter un dégagement latéral, directement contré dans le but par Gouiri (2-0, 10e).

Rennes met quelques minutes à émerger, puis parvient à faire remonter son bloc pour installer le rapport de force qui préside au reste de la partie : deux équipes engagées au duel, laissant des espaces béants au milieu voire en défense, mais trop moyennement adroites pour profiter des boulevards offerts par les uns et les autres.

Rulli doit ainsi parer une première lourde de près de Blas, et surtout s’envoler pour une RAIE, déviant sur la barre un missile d’Al-Tamari consécutif à une perte de balle au milieu de terrain. Blas, encore lui, est trouvé en profondeur puis, ralenti par la sortie bizarre de notre gardien, trouve Camara en retrait : hypnotisé par le short remonté de Medina, le Rhéné voit sa frappe attirée par notre défenseur.

En attaque, nos combinaisons sont intéressantes, mais systématiquement gâchées par un geste de gros mangeur de la part de Paixão ou Greenwood (honte à nous). Dans le temps additionnel, le ballon va d’un but à l’autre : entre deux occasions rhénaises, Jean-Bite, est trouvé en profondeur mais se voit mis en échec par la sortie du gardien.


Ainsi, nos deux buts d’avance à la pause sont tout sauf un luxe. On enrage d’autant plus quand Jean-Bite, trouvé en profondeur par Nnadi, tire droit sur le gardien, alors qu’un daron comme lui est censé avoir l’expérience pour battre ce puceau une main dans le slip. Surtout, ce raté manque de se payer très cher. Le corner qui s’ensuit est repoussé et, sur le second ballon, Emerson commet un duel de vier marin qui ouvre grand la contre-attaque. Le centre au deuxième poteau est parfaitement remis par Al-Tamari dans la course de Breel Embolo, qui pour le coup justifie pleinement son prénom en satellisant l’immanquable.

Cette fois, le dieu des avants-centres à pieds tordus a choisi son camp : c’est bien ce dernier loupé Rhénais qui s’avère lourd de conséquences. Alors que les Bretons combinent dans leur propre surface pour essayer d’esquiver notre pressing, le bien connu Quentin Merlin se refuse à mettre une nouvelle fois son gardien dans la difficulté : il se charge donc lui-même de bazarder une relance abominable droit dans les pieds de Nnadi. Servi dans une surface ouverte aux quatre vents, Højbjerg choisit la complexité en allant percuter le côté le plus dense en défenseurs. Cela ne perturbe pas notre capitaine, qui déborde et centre pour Jean-Bite dans les six-mètres. Le contrôle d’Aubameyang est moyen, mais la défense au ralenti l’autorise à une prise de conscience : on prend une grande inspiration, on fait redescendre la fréquence cardiaque, on se retourne et on arrête les conneries, et voici l’affaire entendue d’un subtil piqué au-dessus du gardien (3-0, 55e).

Cet accès de lucidité ne dure malheureusement pas : après un bon travail de Greenwood (honte à nous) et une inspiration géniale de Gouiri en pleine surface, Jean-Bite se remet à tirer droit sur le gardien. En face, Blas n’a cependant rien à lui envier, manquant le cadre alors que la défense l’avait laissé inexplicablement seul.

Pas lassé, Greenwood (honte à nous) réexpédie un centre plongeant dans la course d’Aubameyang, dont le raté doit cette fois-ci, surtout à l’excellente sortie de Silistrie (ah, ça y est, j’ai retrouvé son nom).


Des changements surviennent de part et d’autre dans le dernier quart d’heure. En maintenant deux attaquants sur le terrain, on ne peut pas dire que Beye se rende coupable de rétractation gonadique. Cela n’empêche pas hélas nos joueurs, si valeureux jusqu’ici, d’activer le mode caguelette, et nous avec par voie de conséquence. Ce n’est pas le moindre exploit de la part des nôtres que de nous avoir appris que oui, en tant que supporter olympien, on peut trembler en menant 3-0 à domicile à la 80e minute.

Bref, on se met à jouer trop bas, on ne ressort plus la balle proprement, et la moindre intervention pue la panique. À la retombée d’un corner, Emerson et Nnadi se jettent l’un sur l’autre en voulant dégager, ce qui offre à Camare l’occasion d’un tir croisé sur le poteau. Notre latéral gauche, justement, se voit proprement martyrisé par l’entrée de Nordin, au point de ne plus oser avancer sur lui lorsqu’il se prépare à centrer. La galette trouve Le Paul dans le dos d’un Balerdi certes laxiste au marquage, mais avec la circonstance atténuante de se trouver seul contre trois attaquants pendant que les coéquipiers le regardent faire. D’une tête piquée, le meilleur buteur de Ligue 1 ne laisse aucune chance à Rulli (3-1, 84e).

La fin de match n’est que souffrance, mais la présence de Rulli combinée à la maladresse des attaquants évite de porter le slipomètre à des valeurs extrêmes. Nagida allume une volée certes magnifique, mais surtout hors-cadre, avant que Nordin ne secoue ses dernières gouttes d’urine sur Emerson, pour une sacoche en angle fermé bien parée par Rulli. Embolo, enfin, gâche une belle position de tir, puis voit sa dernière tentative de la tête parée par Geronimo.


S’il permet de finir sur une bonne note et de sauver ce qui pouvait encore l’être, ce match ne fait toutefois qu’accentuer l’énorme sentiment de gâchis qui préside à cette fin de saison. Même victimes du comportement d’abrutis de leurs dirigeants, il aurait suffi aux joueurs de se montrer juste un tout petit peu moins connards en une ou deux occasions pour monter sans trembler sur le podium. Tant pis pour eux, tant pis pour nous, c’est maintenant dans les bureaux-moquette de la Commanderie que la saison suivante va commencer à se jouer, dans une incertitude quasi-totale.


Les joueurs

Rulli (4/5) : Il a retrouvé sa solidité au meilleur des moments. À côté de ce qu’il vient de traverser et de ce qu’il risque de retrouver en rentrant, la Coupe du monde, pour lui ça va être le club Mickey.

Weah (2/5) : Toujours aussi peu décisif, avec en fin de match le supplément agaçant « je ne vais pas faire l’effort de me replacer en défense, après tout c’est juste un duel entre Balerdi et trois attaquants dont le meilleur buteur du championnat ».

Pavard (88e) : Premier à l’applaudimètre. Bon baisé de Marseille, comme on dit.

Balerdi (3-/5) : Attitude intéressante et souffrance constante. Balerdi, c’est une armoire à fibre : souvent bien câblé mais jamais bien fermé.

Medina (4-/5) : En le voyant torse nu en fin de match, ma femme s’est exclamée « ah mais il est musclé, quand même ». Car ce n’est pas le moindre des talents de Dromadame que de savoir discerner l’être sous la couche de graisse, c’est d’ailleurs pour ça qu’elle m’a choisi, je pense.

Emerson (2-/5) : Il s’est fait prendre une de ces danses par Nordin, je ne te dis que ça. On aurait dit un pied-tendre qui se fait bizuter, comme dans Lucky-Luke.

Høbjerg (4/5) : LA RAAAAAAAAAAAAAAAAGE DE VAINCRE. Après avoir tout fait pour te faire insulter ta daronne dans les mois qui ont précédé, je ne saurais pas trop dire si le pardon t’est acquis pour autant, hein. Limite ça aurait tendance à renforcer l’exaspération.

Timber (82e) : N’a pas colmaté grand-chose au milieu. Passons, il n’y a pas eu de dommage.

Nnadi (3-/5) : Jouer en Ligue 1 avec sa technique, c’est comme monter la Sainte-Victoire en tongs. C’est pas impossible, mais ça demande du courage.

Kamissoko (82e) : Dans la mesure où notre comptabilité n’exclut pas encore un plan « tout sur les minots la saison prochaine », c’est pas plus mal qu’il se soit un peu aguerri cette année.

Greenwood (honte à nous, 3+/5) : Offre aux caméras un atelier « grands ponts » ma foi bien esthétique. En revanche, ce n’était pas la peine de finir les actions comme un gros perso, si tu voulais prendre la place de meilleur buteur, c’était avant qu’il fallait y penser.

Paixão (2/5) : La joie enfantine de jouer au football, c’est de forcer son entraîneur à crier « lève la tête bordel » et « donne la balle putain », même à 25 ans passés, même en pro.

Vermeeren (72e) : Même remarque que Timber, on ne peut que constater la reculade générale après son entrée, sans trop savoir s’il faut ou non lui en vouloir.

Gouiri (4/5) : Il y a des équipes qui mettent en place un plan anti-meneur de jeu, Rennes c’était l’inverse : on a l’impression qu’ils ont tout fait pour qu’Amine se régale. Ce dont il ne s’est pas privé du tout.

Aubameyang (3/5) : C’est comme le prix d’éloquence du petit Nicolas, on va récompenser la quantité plus que la qualité.


L’invité zoologique : Mahdi Camarabout

Le marabout est de la même famille que les cigognes, dont il a cependant laissé l’élégance au vestiaire. La tête dans les épaules, le bec pendant, le cou déplumé, l’oiseau passe à côté de son destin lorsqu’il se prétend aussi majestueux que ses cousines. Mais rien n’y fait : il y des espèces qui sont nées pour être charognardes, pour réussir il faudrait commencer par l’assumer. Voici ses observations :

  • Les autres : c’est gentil de leur part, de ne pas nous avoir collé deux attaquants d’entrée et d’avoir tenu à jouer des relances courtes avec un gardien prépubère.
  • Le classement : Entre ce match dont personne n’est franchement content, la remise du titre aux champions dans un stade sinistre tenant du parking de supermarché, la tristesse de Vahid empêché par son staff d’aller savater de l’intrus comme lors de sa soixantaine fringante, les qualifiés en C1 heureux de voir les aîtres se vautrer encore plus lamentablement qu’eux, heureusement qu’il y avait les Lensois pour apporter un peu de joie au football ce soir. Même le FC Procuration est en pleine déprime, obligé qu’il est d’aller regarder Bordeaux en National 2 pour se procurer un peu de schadenfreude.
  • L’incongruité : on a entendu chanter la Marseillaise tout à fait inédite au stade hier soir. Sans dénigrer ce noble chant, on connaît trop notre lexique footballistique pour ne pas craindre une action coordonnée de quelques branle-pétain en mal de sensations fortes. Si c’est le cas, on veut bien que le virage ait été pris par surprise cette fois, mais un bolossage en règle s’imposera si cela se reproduit. Une Marseillaise en ligue 1, c’est comme un grain de beauté suspect : sans être parano, c’est à surveiller de près et si nécessaire à éradiquer avant que ça ne dégénère.
  • Le projet : il nous est arrivé naguère de participer à l’excellente émission TeCasse du camarade Sisko. On te laisse prendre connaissance de son beau projet ici : https://www.helloasso.com/associations/tecasse-compagnie/formulaires/1
  • Les réseaux : ton dromadaire blatère surFacebook et BlueSky. Johan B. remporte le concours zoologique. Pour ne pas nous faire avoir, on va établir tout de suite le classement général de la saison, dont le vainqueur est…
Trois points n’ont pas été attribués : un pour cause de Monsieur Lapin, un par manque de participants, et un parce que ma proposition était meilleure que les vôtres.

Bises massilianales,
Blaah

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